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L'UNIVERS. HUGUES CAPET

Huguenots. Ce furent les communications journalières des protestants de France avec Genève qui , vers 1559, firent appliquer aux calvinistes le nom de huguenots. En effet, dès l'an 1518, les partisans de la liberté à Genève, s'étant fait admettre parmi les confédérés suisses , avaient pris le nom d'eignots ou huguenots^ du mot allemand eidgenossen , confédérés , et de Hugues, nom du citoyen qui avait négocié l'alliance avec les cantons ; leurs coreligionnaires de France adoptèrent ensuite ce nom à leur exemple. Mais comme personne ne savait ce que c'était que les eidffenossen ou le citoyen Hugues, on chercha d'autres explications à ce terme introduit par les missionnaires de Genève. Pagquier, dans ses Recherches, le fait dériver de Huguet , Hugon ou Chat- Huant, nom d'un lutin qu'on honorait du titre de roi , et qui , dans la croyance du peuple, courait les rues de Tours pendant la nuit, comme les premiers protestants allant au prêche. Suivant Guy Coquille, au contraire, ces derniers auraient été ainsi appelés parce qu'ils soutenaient les droits des descendants de Hugues Capet contre lesGuises, qui se disaient fils de Charlemagne.

Le père Maimbourg, dans son Histoire du protestantisme, paraît avoir été le premier auteur français qui ait donné la véritable étymologie du mot huguenot, étymologie que Voltaire a adoptée sans citer son autorité. ( Pour X histoire des huguenots, voyez Calvinistes , Édits , GuEfiRES de religion, etc.)

Hugues (saint), abbé de Cluny , né à Si'inur, en Briennois, en 1024, d'une des plus illustres familles de Bourgogne , entra de bonne heure dans le monastère de Cluny dont, à l'âge de vingtcinq ans, il fut élu abbé à l'unanimité; et, sous son administration , la congré-

§ation de Cluny parvint à un si haut egré de splendeur, qu'il eut bientôt, suivant Orderic Vital, plus de dix mille moines sous sa juridiction. Malgré la modération dont il fit preuve dans la t querelle des investitures, il fut chargé par les papes de plusieurs missions importantes. 11 mourut en 1109. La BibUotheca cluniacensis renferme de

lui sept lettres et quelques opuscules

sur des sujets de piété.

Un autre saint Hugues, né en 1053, dans le Dauphiné,fut nommé, en 1079, évêque de G renoble, et se retira deux ans après à l'abbaye de la Chaise-Dieu. Mais le pape Grégoire VII l'obligea de reprendre ses fonctions épiscopales. Il mourut en 1132. Il a laissé un cartulaire, monument précieux à cause des observations dont les chartes y sont accompagnées. Plusieurs fragments en ont été publiés dans les Mémoires pour servir à t histoire du Dauphiné, par Allard.

Hugues d'Amiens descendait, dit-on, de l'illustre familledes comtes d'Amiens.

Il embrassa de bonne heure la vie religieuse à Cluny , fut pourvu en 1 1 13 du prieuré de Saint-Martial de Limoges qu'il résigna peu de temps après , et fut élu en 1 130 archevêque de Rouen. Il assista aux conciles de Reims , de Pise et de Paris, et prit une part active à toutes les affaires de l'Église de France. Il mourut en 1164. Il nous reste de lui plusieurs ouvrages théologiques et quelques leWres adressées à Louis VII et à Suger. Elles ont été insérées par Duchesne dans le iv* tome des Scriptor.

Francor.

Hugues Capet. Nous ne nous étendrons pas sur la vie de ce prince qui a déjà été traitée dans les Annales, t. Ier, pag. 163 , et dans le dictionnaire à l'article Capétiens; nous présenterons seulement ici quelques considérations sur le rôle politique qu'il a joué; rôle sur lequel les auteurs sont en général fort peu d'occord. Les uns, en effet, le représentent comme un prince nul , sans capacité aucune, porté au trône

Ear la force des événements et par ï'amition de son père , plutôt que par sa propre volonté ; suivant les autres , au contraire, ce fut un homme énergique et remarquable à tous égards. Nous ne partageons pas l'enthousiasme de ces derniers; mais en déplorant le manque de documents relatifs à cette époque si importante où s'organisa la féodalité en France, nous croyons devoir , par l'examen des seuls faits dont la connaissance nous ait été transmise, attribuer à Hugues Capet plus d'influence sur son

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siècle qu'on ne lui en accorde généralement.

Il se montra adroit lors de son élection qui dut éprouver de grands obstacles , et sut habilement opposer à ses rivaux, Richard, duc de Normandie, son beau-père, et deux ou trois autres seigneurs qui l'aidèrent puissamment. II avait d'ailleurs préparé les voies à son avènement ; c'est ce que prouve le passage suivant de Gerbert : « Lothaire « n'est roi que de nom ; Hugues n'en « porte pas le titre; mais il l'est en « fait et en œuvres. » L'intrigue avait donc aplani à Hugues Capet la route gui menait au trône, et quand une fuis n y fut arrivé, il sut habilement se maintenir dans la position qu'il s'était créée.

« Porté au trône par des seigneurs et des évéques, et ayant pour compétiteur Charles, duc de Lorraine, le nouveau roi dut se ménager par des faveurs l'affection des grands du royaume. Des terres nobles leur furent distribuées ; et ces nouveaux bénéfices , de même que ceux qui existaient précédemment , furent rendus patrimoniaux , mais toujours avec réserve de foi et hommage delà part des possesseurs, et à la charge par eux de servir le roi à la guerre avec leurs hommes d'armes. Apres ce sacrifice fait à la politique, Hugues Capet, éclairé par l'expérience sur les causes qui avaient produit l'affaiblissement et la chute de la seconde race, rendit une loi prononçant l'abolition des partages entre les fils du roi , et la défense d'aliéner le domaine, qui se composait, an commencement de la troisième race, du duché de Bourgogne , de la ville et du comté de Paris , d'une partie de la Picardie, de la Champagne, de l'Orléanais, du pays Chartrain, du Perche, du comté de Blois , de la Touraine , du Maine et de l'Anjou , tous grands iiefs qui avaient fait de Hugues le plus puissant des vassaux. Les seigneurs obtinrent encore de Hugues Capet d'être confirmés dans l'exercice de la justice haute , moyenne et basse , sur leurs hommes et sujets , sauf le droit d'appel du par louer du roi ou parlement. On désignait alors sous ce nom une cour ambulante, composée de barons, de pairs thi royaume, ecclésiastiques et

séculiers, qui suivaient le prince dans

ses voyages (*). »

Hugues Capet essayait ainsi d'établir son pouvoir sans blesser les seigneurs qui étaient ses pairs , et en se les attachant par des concessions peu importantes. Ne se sentant pas assez fort pour mettre fin aux guerres que se faisaient les vassaux de la couronne , il les laissa s*entre-détruiresansprendre part à leurs disputes. Après la défaite qu'il eut à essuyer devant Laon, il comprit que la force ouverte n'était pas le moyen qu'il lui fallait employer, et changeant son système belliqueux en un système

Eu rement politique, il chargea Gerert de réparer le mauvais enfet qu'avait pu produire sa déroute , et lia une correspondance avec Ascelin de Laon. Voici en quels termes le moine d'Aurillac parle de ses négociations dans une lettre adressée à Pévêque de Trêves : « Ne croyez pas trop « légèrement aux rapports du peuple.

« Avec la grâce de Dieu et par l'aide de « vos prières , nous sommes toujours , « comme devant, maîtres de tout l'évê- « ché; et de toute la rumeur que vous « avez entendue, rien n'est vrai, si ce « n'est que les soldats du roi étant.

« après midi , accablés par le vin et le « sommeil , les habitants de la ville ont *« fait une sortie que les nôtres ont re- « pous>ée ; mais pendant ce temps-là , « le camp a été brûlé par des goujats , « et tous les préparatifs du siège ont « été détruits. Le dommage sera cepen- « dant réparé avant le 25 août. »

La vérité était que Charles , à la tête des chevaliers lorrains , laonnais et rémois, avait mis en fuite le roi de France, après s'être emparé de sou camp et l'avoir incendié. Nous ne pouvons nous empêcher de remarquer ici que ce fut à peu nrès à la même époque qu'Aldebert fit a Hugues la fameuse réponse Qui Va fait roi? réponse à laquelle on a attribué un sens différent de celui qu'elle avait réellement, et qui signifiait simplement qu'un comte ue Périgord était souverain à aussi bon titre et aussi pleinement qu'un roi de

(*) Bailly, HisL financière de la France,

pag. 45.

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