ILE-DIEU L'UNIVERS. ILES IONIENNES
Quoi I tos échos redisent nos chanson* ,
Bons MauriKens! ils sont Français encore j Dieu neruit-tlr.i que uos voix se confondent I Mais en français, frères, chaulez toujmir?, Pour que toujours nos échos se répondent.
Les Mauritiens chantent en effet toujours en français : leurs deux journaux , le Cernéeh et le Mauritien , attestent la persistance de leur dévouement pour leur ancienne métropole, de même que la beauté et l'élégance de leurs femmes , le caractère aimable et , spirituel de ces dernières, prouvent qu'il n'existe entre eux et les Anglais d'autres rapports que ceux qui ont été établis par la force.
Ile des Faisans (entrevue de P).
Voyez Faisans (île des).
Ile-Dieu. Cette petite île située à peu de distance des côtes du département de la Vendée, dont elle forme l'un des cantons , possède une population de 2,160 habitants.
Dans les documents les plus anciens, elle porte le nom eeltidue ou latinisé â'Oya , qui depuis se changea en celui d'Oys, (le sorte que la dénomination actuelle dériverait de là , en passant par celle d'Yen.
Il résulte du Qrand routier et pilotage de la mer, ouvrage imprimé à Poitiers, au commencement du seizième siècle , que dès lors cette île était d'une grande importance pour la navigation , possédait une nombreuse population , et avait un chapitre très-richement doté. Elle relevait de la vicomté poitevine de ïhouars.
Possédée par la maison de Rohan , cette terre passa ensuite à la famille de Rieux et de Rochefort, qui la conserva pendant plusieurs siècles. En 1710, elle était érigée en marquisat , et appartenait à madame de Rochechouart , marquise de Blainville et de l'Ile-Dieu. D'après une espèce de charte constitutive dressée cette même année , le seigneur y jouissait d'une foule de droits : corvées, dîmes, banalités, droit de bris, prélèvements sur diverses denrées , etc. , et les droits du roi sur l'île étaient fort restreints (*).
La honteuse échauffouréc du comte d'Artois (voyez l'article suivant) déter-
(*) Voyez France départementale , t. IV, p. 3i8 et 3xg,
mina le gouvernement, aussitôt que la paix d'Amiens lui eut rendu Plie-Dieu, a y faire construire un fort en état de recevoir une garnison suffisante pour une bonne défense. Depuis, aucun événement important ne s'est rattaché à l'histoire de cette île.
Ile-Dieu (expédition de 1*). Au mois de septembre J795, les Anglais, que n'avait pas rebutés le mauvais succès de l'expédition de Quiberon , en préparèrent une nouvelle, qui, sous les ordres du comte d'Artois, devait être déposée sur les côtes de la Vendée. Cette expédition, divisée en deux corps, l'un de 4,000 Anglais, l'autre d'émigrés fortifiés dequelques régiments britanniques, partit de Southampton le 25 septembre, et débarqua à l'Ile-Dieu le 29. Mais au lieu de se jeter dans la Vendée, le prince hésita. Six semaines s'écoulèrent, et la mer devenant mauvaise, la flotte qui l'avait amené s'éloigna et le reconduisit à Londres. (Voy. Chabette et Charles X.)
Ile-Joubdain , petite ville de l'ancien Armagnac , aujourd'hui chef-lieu de canton du département du Cher, érigée en comté, en 1341, par Philippe de Valois, en faveur de Bertrand /cr, baron de l'Ile-Jourdain. Jean de Bourbon, comte de Clermont, la vendit en 1405 à Bernard , comte d'Armagnac , dont elle prit alors le nom.
Les seigneurs de l'Ile-Jourdain étaient, au quatorzième siècle , de puissants et redoutables barons. Le sire de Casaubon , frère puîné de Bernard de l'Ile- Jourdain , ayant marié sa soeur au neveu du pape Jean XXII , s'était mis au-dessus de toutes les lois. Déjà le roi lui avait pardonné dix-huit crimes capitaux, lorsque, sur de nouvelles accusations de rapt , de meurtre , de brigandage, il fut cité devant le parlement de Paris. Quoiqu'il y parût entouré des nobles de sa province et protégé par le
{>ape, il fut condamné à mort, traîné à a queue des chevaux, puis pendu (1323). Jean XXII demanda que les biens du condamné , qui avaient été confisqués , fussent restitués à son frère.
Les fortifications de l'Ile-Jourdain furent démolies pendant le seizième siècle. On y compte auj. 4,307 hab.
Iles Ionibnnes. GÇs îles forment
trois groupes distincts échelonnés le long des côtes de l'Albanie, de l'Acarnanie, de la Livadie et de la Morée. Les principales , au nombre de sept , sont : Corfou , Para, Sainte-Maure, Ithaque, Zante, Céphalonie et Cérigo. Les autres, telles que Théatri , Fana , Cérigotto sont des îlots peu considérables. Selon M. Balbi, leur superficie totale estd'en- Tiron 754 milles italiens carrés. Leur population, grecque d'origine, est d'environ 205,567 habit. , d'après M. Montgommery Martin.
En 1 147 , le roi Roger II enleva ces îles aux faibles empereurs d'Orient , et les réunit au royaume de Naples. De là, elles passèrent i en 1385, à la république de Venise, qui les conserva jusqu'à la révolution.
En 1797, après les préliminaires de Léoben, les généraux Gentily et Collaud-Salcette , envoyés par Bonaparte , occupèrent ces îles, dont la possession fut assurée à la France par le traité de Campo-Formio. Conquises en 1799 par les forces turco-russes, elles furent, a la paix deTilsitt, restituées à la France, et incorporées à l'empire. Elles forment, depuis 1815, une république pincée sous le protectorat, c'est-à-dire, sous la souveraineté de l'Angleterre, qui tient ainsi à Corfou la clet de l'Adriatique.
Ille- et- Vilaine (département d').
Ce département, qui emprunte son nom de deux rivières, la Vilaine et l'ille, qui l'arrosent, a été formé du démembrement de l'ancienne Bretagne. La Manche le baigne au nord ; à l'ouest il est borné par le département des Côtes-du- Pîord et celui du Morbihan; au sud, par celui de la Loire-Inférieure ; à l'est, par celui de la Mayenne. Sa superficie est de 672,096 hectares, dont 411,379 en terres labourables , 129,635 en landes, pâtis et bruyères, 54,516 en prés, 40,539 en bois et forêts , etc. Son revenu territorial estévaluéà 19,477,000 fr. Sa part d'impositions directes a été de 2,582,512 fr. en 1839.
Les rivières navigables de ce département sont la Vilaine et le Couesnon.
Il possède en outre un canal , celui d'Ille-et-Ranee, qui ouvre une communication entre la Manche et l'Atlantique. Ses grandes routes sont au nom-
bre de 24 , dont 11 royales et 13 départementales.
Il est divisé en six arrondissements , dont les chefs lieux sont Saint-Malo, Fougères, Rennes, Redon, Montfort et Vitré. Il renferme 43 cantons et 349 communes. La population est de 547,249 habitants, parmi lesquels on compte 2,128 électeurs, représentés à la chambre par sept députes.
Le chef-lieu du département, Rennes, est aussi le chef-lieu de la 13e division militaire et du 25* arrondissement forestier. C'est le siège d'une cour royale et d'une académie universitaire. Le département forme un évêché suffragant de l'archevêque de Tours , et dont le siège est à Rennes.
Peu de départements ont produit autant d'hommes remarquables. Nous ne nommerons que les principaux : la Chalotais, Duguay-Trouin, Labourdonnais, dom Lobineau, les Lameth, Maupertuis, Sainte-Foix, Vauban, Lanjuinais, M. de Châteaubriand, le docteur Broussais, M. de Lamennais, etc.
Illuminés. Sous le nom d'alumbeadosy une secte livrée aux illusions du mysticisme parut en Espagne vers 1575." L'inquisition parvint d'abord à l'étouffer ; mais en 1623 elle reparut avec plus de force. Alors, dit-on, quelques-uns de ces sectaires , fuvant les poursuites dont ils étaient l'objet , se réfugièrent en France, où ils firent des prosélytes , surtout dans le clergé.
Quoi qu'il en soit, des opinions analogues se montrèrent, vers le même temps, dans la Picardie. Les nouveaux hérétiques prirent Je nom d'illuminés.
Pierre Guerin , curé de Saint-Pierre de Roye, auteur d'une secte distincte, mais semblable, celle des guérinets, ne tarda pas à se fondre avec eux.
Le fond de leur doctrine était le même que dans toutes les écoles mystiques. Ils professaient un souverain mépris pour tout dogme et pour tout culte, tant intérieur qu'extérieur. Dieu, disaient-ils , avait révélé à frère Antoine Bucquet une pratique de foi et de vie surémincnte , inconnue jusqu'à ce moment dans la chrétienté. Avec cette méthode , on pouvait en peu de temps atteindre jusqu'à la perfection et à la gloire des saints ou même de la sainte
544 ILLUMINÉS L'UNIVERS. ILLYRIENNES (province.)
Vierge, laquelle n'avait eu, selon eux, que des vertus communes. Par cette route , on parvenait à une telle union avec Dieu , que tous les actes étaient déifiés. Une l'ois parvenu à ce degré de perfection , il fallait laisser Dieu agir sans produire aucun acte. C'était, comme on voit, déjà du quiétisme. Du reste, l'illuminé était libre de faire tout ce qu'il voulait ; il n'avait point d'autre loi que l'inspiration ; il était impeccable.
Ces sectaires ajoutaient que les docteurs de l' Église n'avaient jamais su ce que c'était que dévotion ; que saint Paul s'en doutait à peine; que saint Pierre était un bon homme; que toute l'Église était dans les ténèbres ; que l'homme ne devait écouter que son sentiment. Ils prophétisaient qu'au bout de dix ans le monde serait converti à leur doctrine; qu'alors on n'aurait plus besoin de prêtres ni de religieux.
En effet, ils firent bientôt un grand nombre de prosélytes, surtout à Chartres et en Picardie. Soixante mille adeptes embrassèrent leurs erreurs dans cette dernière province. Enfin , le cardinal de Richelieu et son confident , le P. Joseph , résolurent d'arrêter le progrès de la secte par des mesures violentes. On persuada au roi de donner des ordres sévères ; les juges de Roye et de Montdidier furent commis à l'instruction du procès , et « bientôt le mal fut découvert, et le remède appliqué. En moins de rien , on remplit les prisons de ces hérétiques... Ce monstrefutétranglé dans son berceau (*)• » Telle fut l'activité des recherches et la vigueur des
1>oursuites, que, dès l'année suivante, a secte avait entièrement disparu.
D'autres mystiques ont encore paru en France depuis lors , et ont reçu le nom d'illuminés. Nous ne ferons ici que citer Martinez Paschalis , qui fonda à Bordeaux, vers la fin du dernier siècle, la secte des martinistes; son disciple Saint-Martin t qui a reproduit en partie la théosophie mystique de Jacob Bcehme; les disciples de Swedenborg > etc. (Voyez Saint-Mabtin.)
(*) Voyez Le véritable père Joseph, par l'abbé Richard , inséré dans les Archives curieuses de l'histoire de France , ac série , t IV, p. a93.
Nous devons dire aussi quelques mots de la société allemande des illuminés , que quelques auteurs ont comptée sérieusement parmi les causes qui ont produit la révolution française. Cette société secrète, organisée sur le modèle de la franc-maçonnerie , et dont le but était politique autant que religieux, fut fondée en 1776 par Weishaupt. Suivant les récits auxquels tout à l'heure nous avons fait allusion , Mirabeau , durant son séjour en Prusse, se serait fait initier aux mystères des illuminés , qu'à son retour en France il aurait introduits dans la loge des Philalèthes. Le duc d'Orléans, le prince de Talleyrand, Condorcet, Brissot, Grégoire, auraient connu par lui et adopté les principes de la société allemande ; enfin le chef de la secte, Bode, successeur de Weishaupt, serait venu lui - même en France en 1787 , et aurait converti à sa doctrine toutes les loges maçonniques de Paris.
Ces faits, fussent-ils aussi certains qu'ils sont douteux , aucun homme de sens n'y attachera aujourd'hui la moindre importance.
Illustre, titre honorifique en usage dans l'empire romain , et qui fut également très-usité en France sous les deux premières races. Quelques auteurs, qui prétendent que Clovis porta le premier ce titre,disent qu'il le prità l'occasion des letlres par lesquelles l'empereur Anastase lui conféra celui de consul. Les maires du palais, en usurpant l'autorité royale, usurpèrent aussi le titre d'illustre, qui passa ensuite aux comtes et aux rands seigneurs du royaume, auxquels 'ailleurs les rois de la première race le donnent assez souvent dans leurs lettres. Pépin le prit dans toutes ses lettres patentes, et quoique Charlemagne nen voulût point, après avoir pris celui d'empereur , on le voit encore figurer dans son épitaphe. Les rois de France gardèrent ce titre jusqu'au temps où le pape Pie 11 le remplaça par celui de très-chrétien.
Illustrissime, qui vient de l'italien illustrissimo, était réservé aux évéques. Ce fut le cardinal Duperron qui l'importa en France, où il eut, suivant Balzac, quelque peine à s'établir.
Illybiennes (provinces). Par un décret du 14 octobre 1809, Napoléon réta-
IMPOTS
blit l'existence de l'Illyrie, en déclarant que le cercle de Villach , la Carniole, llstrie autrichienne, Fiume, Trieste, le littoral , la Dalmatie et les îles qui en dépendent, seraient réunis sous le nom de provinces Ulyriennes. Le 15 avril 1811, un second décret flt connaître l'organisation définitive de cette contrée , qui forma six provinces civiles et une province militaire. Le gouverneur général, Marmont, résidait à Laybach ; l'intendant général des finances, ou provéditeur de Dalmatie (comte Dejean), le commissaire de la justice, trois intendants provinciaux , complétaient le système d'administration.
Les troupes autrichiennes firent rentrer, en 1813, cet État sous la domination de ses anciens maîtres.
Imbert ( Joseph -Gabriel ) , peintre distingue, né a Marseille en 1654, entra au couvent des chartreux de cette ville, en 1688, et fit ensuite profession dans celui de Villeneuve- lez-Avignon , où il mourut en 1740. Ses principaux ouvrages sont un Calvaire et une suite de tableaux de dévotion. On reconnaît - en lui , à la vérité et à la fraîcheur du coloris , un élève de Vander-Meulen , sous lequel il s'était en effet formé. Il avait suivi aussi pendant longtemps les leçons de Lebrun , qui lui donna la correction du dessin et la vigueur de la composition.
Immunités. Voyez Franchises.
Importants (cabale des). On appela ainsi, en 1643, le parti formé aussitôt après la mort de Louis XIII, par les victimes de Richelieu , p r tous les gens
3ui , s'étant empressés autour de la reine epuis la mort du ministre, se crurent les maîtres du gouvernement. Ces réacteurs, qui parlaient haut, et prenaient des airs de supériorité et de protection, reconnaissaient pour chefs les princes de Vendôme, et particulièrement le duc de Beaufort. Quand Mazarin eut gagné la confiance de la reine, ils menacèrent de renouveler les révoltes de la noblesse. Un coup de vigueur mit fin à ces intrigues , qui d'ailleurs n'étaient conduites que par des femmes et par des jeunes gens. Le 2 septembre 1643, Beaufort fut enfermé à Vincennes ; Vendôme , Mercœur , Guise, furent exilés, ainsi que la duchesse de Chevreuse, l'évêque
T. ix. 35e Livraison. (Dict. enc
de Beauvais , et beaucoup d'autres personnages de la cour.
Impôts. Les Gaules , conquises par César, et réduites en province romaine, furent, en punition de la résistance opiniâtre qu'elles avaient opposée à l'invasion, condamnées à payer un tribut dont le chiffre égalait presque celui des impôts perçus dans le reste des provinces soumises à la république. Cet impôt , qui portait le nom de stipendium , montait annuellement à quarante millions de sesterces ( environ 8,199.000 fr. de notre monnaie).
Auguste , devenu empereur , introduisit dans l'administration les réformes nécessitées par le nouvel état des choses, et fit faire dans les Gaules un recensement après lequel les immeubles furent soumis à deux contributions, payables l'une en argent, l'autre en denrées. De plus , tous ceux qui ne jouissaient pas du droit de bourgeoisie romaine , ou qui n'avaient pas été exemptés d'une manière spéciale , payaient une contribution personnelle.
De nouveaux recensements eurent lieu sous Tibère et Kéron, et la dernière de ces opérations causa la révolte de Vindex.
Lorsque Caracalla , sous le prétexte d'étendre à tout l'empire l'honneur et les privilèges de la bourgeoisie romaine, assujettit les provinces aux impôts indirects que pavait l'Italie, quelques autres contributions particulières, entre autres le droit du quarantième , furent ajoutées aux charges qui pesaient sur la Gaule. Mais ces impôts furent probablement abolis lorsque, sous Dioctétien et Constantin , un recensement général détruisit les privilèges du jus italicum, que conservaient encore quelques villes provinciales , et modifia essentiellement l'ancien système d'impositions. jN'ous ne citerons qu'une seule des modifications qui furent alors introduites; elle est capitale. Toutes les terres étaient auparavant frappées d'une contribution égale , dans les provinces où les impôts étaient répartis sur le territoire. On divisa alors celui de chaque province en parties égales, non pas en étendue , mais en valeur , de telle sorte que toutes ces portions, désignées par l'expression de caput , donnaient
cl., etc.) 35
IMPOTS
L'UNIVERS
IMPOTS
un même chiffre île revenu. Suivant Ammien Marceliin , on exigeait de chaque caput, au moment où Julien prit en main l'administration de la Gaule, un tribut de vingt-cinq aurei. Cette somme se trouvait réduite à sept aurei lors du départ de ce prince.
L'auteur d'un savant mémoire, auquel nous empruntons les faits relatifs aux impôts de la Gaule romaine (*) , a essayé de conclure, d'un chiffre donné par le rhéteur Eumènes pour la cité des Eduens, la totalité des impôts fonciers supportés par la Gaule à l'arrivée et au départ de Julien. Il a obtenu pour résultat 38,225,000 aurei (577,703,000 francs, suivant M. de LamaUe), et 10,703,000 aurei { 151,982,600 francs); mais ces calculs sont loin, selon nous, de présenter une exactitude rigoureuse.
Outre cet impôt foncier, dont un privilège spécial pouvait seul exempter, les propriétaires étaient encore obligés, suivant leur fortune, à de nombreuses prestations en nature. Ils devaient fournir : Yannona, consistant en froment, orge, huile, vin, vinaigre, foin, lard, chair de porc ou de mouton , etc. ; les matières premières pour la fabrication de vêtements de la cour et de l'armée ; le fer, le bois , et autres matériaux nécessaires aux travaux publics; les chevaux et les bétes de somme pour le service militaire. Ils étaient encore chargés du cursus publiais y c'est-à-dire, de la fourniture et de l'entretien des animaux et des autres choses nécessaires aux voyages de l'empereur et des magistrats; de l'entretien des routes, des ponts, des murs et des fortifications des villes, des aqueducs; et, enfin, du logement civil et militaire (metalum). La plupart de ces prestations pouvaient être payées eu argent.
Les charges publiques se divisaient en ordinaires ou canoniques, et en extraordinaires; quelques-unes portaient le nom de sordides. Telles étaient l'obli-
(*) Description de In Gaule dans les derniers temps de l'empire romain, par le chevalier lîaudi di Vesme , traduit do l'italien, par M. K. Laboulaye, a^ec une ititroducti m et des notes; Revue bretonne de droit, t. II, novembre 1840. Voy. aussi l'excellente Histoire du droit de propriété , par M. E. La boulaye, i83g, in-8°.
gation de cuire le pain ét de préparer la fleur de farine pour l'usage du public: la réparation des ouvrages publics ; la corvée personnelle et gratuite pour les travaux publics; l'exercice forcé et gratuit de quelque industrie; la confection des matériaux nécessaires aux travaux publics, etc.
La contribution personnelle (capitatio humana) ne consistait pas dans un chiffre d'impôt fixe et uniforme par chaque caput, mais en une somme variable par chaque individu , et calculée sur la valeur de la personne et des biens meubles du contribuable. On ne connaît pas exactement le chiffre auquel elle s'élevait ; mais on sait qu'en Orient elle fut réduite, par Théodose Ier, à deux cinquièmes pour les hommes, et à un quart pour les femmes; diminution
3 ni , suivant Cassiodore, fut aussi étenue ensuite a l'Occident. Cette contribution dpvait probablement monter au dixième du revenu et des biens meubles.
Outre la capitation , les hommes et les animaux étaient directement soumis à un autre tribut, connu sous le nom de Chrysargire; toutes les personnes de tout âge , de tout sexe et de toute condition', devaient payer un sou d'argent pour l'urine et ies vidanges. La même somme se payait pour chaque cheval, chaque mulet et chaque bœuf; pour les ânes et les chiens, on payait six folles. Un autre chrysargire avait été établi par Constantin sur toutes les personnes des deux sexes qui exerçaient un négoce , et sur tous ceux qui louaient leur main-d'œuvre. Cet impôt, ui se maintint en Occident jusqu'aux entiers temps de l'empire, était tellement lourd, que, pour le payer, les pères vendaient leurs fils, prostituaient leurs femmes et leurs filles, ou se voyaient quelquefois, dans l'impossibilité de l'acquitter, condamnés, eux et leur famille, à la prison, aux verges et aux plus cruels supplices.
Les horribles exactions commises par les officiers chargés de lever l'impôt furent les principales causes des fréquentes révoltes qui eurent lieu dans les Gaules sous les derniers empereurs.
(Voyez Bagaudes, Cukie, DBFENSOB.)
Avec l'invasion des barbares s'écroula tout l'échafaudage du système fiscal de
l'empire romain. « Il fallait, dit Montesquieu, que la maltôte romaine tombât d'elle-même dans la monarchie des Francs : c'était un art très-compliqué , et qui n'entrait ni dans les idées, ni dans le plan de ces peuples simples. Si les Tartares inondaient aujourd'hui l'Europe, il faudrait bien des affaires pour leur faire entendre ce que c'est qu'un financier parmi nous. » Cette opinion est aussi celle de M. de Sismondi. « Les Francs, dit-il , n'avaient voulu se soumettre ni à la capitation que les Romains avaient payée, ni même à l'impôt territorial; et il est probable que leur résistance avait causé l'abolition des mêmes impositions pour les Gaulois.
Quelques-uns de ceux-ci, appelés dans les conseils des princes, essayèrent plus d'une fois de rétablir l'ancien système des impositions romaines; mais ils furent toujours victimes du mécontentement populaire. Les ducs, les comtes ou les grafions percevaient cependant dans les provinces certaines redevances dont nous connaissons mal la nature ou la quotité ; mais il semble que les produits leur en étaient abandonnés presqu'eh entier... Des péages étaient perçus aux portes des villes ; mais ils appartenaient à chaque curie, et ils étaient destinés à pourvoir aux dépenses municipales. »
Nous n'avons que bien peu de textes relativement aux impôts et à leur perception sous la première race. Les passages suivants de Grégoire de Tours sont , que nous sachions , les seuls qui puissent en donner une idée.
« Le roi Chilpéric, dit cet historien, fit dresser par tout son royaume des rôles pour de nouvelles impositions; elles étaient très-pesantes. Pour ce motif, plusieurs, abandonnant les villes de ce pays et leurs propres possessions, se réfugièrent dans d'autres royaumes, aimant mieux vivre parmi des étrangers que de rester exposes à un tel péril. lin effet, il av ait été statué que chaque propriétaire payerait pour sa terre une amphore de vin par arpent. On avait aussi imposé, pour les autres terres et pour les esclaves , d'autres charges nombreuses qu'il était impossible d'acquitter. Le peuple du Limousin se voyant accablé sous le faix, se réunit aux ca-
lendes de mars, et voulut tuer Marc, le référendaire, chargé du recouvrement des impôts; et il l'aurait fait, si l'évéque Ferréoi ne l'eût délivré d'un péril imminent. La multitude ameutée saisit aussi les resistres de recensement et les livra aux flammes. Aussi le roi, fort mécontent, après avoir envoyé sur les lieux des inspecteurs partis de son palais , ruina ce peuple par des amendes , l'effraya par des supplices, et punit de mort plusieurs citoyens. On rapporte ue des abbés et des prêtres, attachés à es poteaux, subirent divers tourments, parce que les envoyés royaux les avaient accusés d'avoir animé le peuple dans la sédition où furent brûles les registres. On établit ensuite des impôts plus durs qu'auparavant. »
Ces opérations fiscales étaient du reste regardées comme impies par ceuxlà même qui les avaient commandées ; car le même chroniqueur raconte que.
le plus jeune enfant du roi étant tombé dangereusement malade, Frédégonde dit a son mari : « Nous thésaurisons « sans savoir pour qui nous amassons.
« Ils vont demeurer sans possesseurs , « ces trésors tout remplis de rapines et «de malédictions... — Eh bien! si tu « veux , allons , brûlons tous ces regis- « très iniques ; qu'il suffise à notre fisc « de ce qui suffisait à ton père, le roi « Clotaire. »
« Ayant ainsi parlé, ajoute Grégoire de Toufs, la reine fait apporter les rôles que Marc avait envoyés de chacune des cités qui lui appartenaient, les jette dans le feu; puis, se retournant vers le roi: «Quoi! tu hésites? Fais « comme moi ; si nous perdons nos « chers enfants, du moins échappons à « la peine éternelle. » Alors le roi , pénétré de componction, livra au feu tous les registres ; et, après qu'ils furent brûlés , il envoya des gens pour empêcher la levée de ces impôts. »
Un nouveau recensement fut fait par Childebert, «afin que les rôles étant rectifiés, conformément aux changements qui avaient eu lieu, le peuple pût payer au roi le cens qu'il avait payé du temps de son père. » La ville de Tours, grâce à la crainte qu'inspirait son patron saint Martin, fut exemptée du tribut. Plus tard, à Clermont, «le roi