‹ FranceChapitre 298 sur 378 · VERS. INSTRUCTION PUBLIQUE · texte numérisé non relu

VERS. INSTRUCTION PUBLIQUE

d'autres lieux, des collèges qui jouirent d'une grande réputation.

Les sévères solitaires de Port-Royal , en introduisant dans les exercices des collèges l'étude approfondie de la langue nationale, et en substituant à la scoïastique du moyen âge la méthode nouvelle de Descartes /marquent une époque importante dans l'histoire de l'instruction publique en France. Les efforts du sage Rollin contribuèrent aussi à opérer dans les méthodes une heureuse simplification.

Avant 1719, les professeurs n'avaient d'autres émoluments que ceux qu'ils recevaient de leurs écoliers ; ils payaient même, aux principaux des collèges, le droit d'y enseigner. Les parlements firent longtemps de vains efforts pour faire cesser ces abus; enfin, le gouvernement affecta aux honoraires du corps enseignant le vingt-huitième effectif du produit des postes et des messageries , dotation évaluée alors à 14,000 livres ; c'est de cette époque que date en France l'instruction gratuite.

La seconde expulsion des jésuites, en 1762, fut le signal d'une nouvelle suite de réformes dans l'instruction publique. Un édit de 1763 établit près de chaque collège particulier un bureau auquel était attribuée, outre la surveillance de l'établissement, la nomination du principal et des professeurs. En 1764, des lettres patentes accordèrent aux professeurs 1 exemption de toutes charges municipales, et, en 1766, il fut créé, dans l'intérêt des études, un corps de soixante agrégés qui devaient être nommés au concours, et parmi lesquels le corps enseignant devait se recruter.

En même temps, les parlements et universités furent consultés sur les améliorations dont était encore susceptible l'instruction publique. L'ardent adversaire des jésuites , le procureur général au parlement de Bretagne, la Chalotais, avait déjà pris l'initiative en publiant, en 1763, son Plan d'éducation nationale. En 1768, le président Rolland d'Erceville présenta , au nom du parlement de Paris, le compte rendu de tous les mémoires oui avaient été adressés en réponse à l'appel fait par le gouvernement : on s'accordait à reconnaître que le plan d'étude suivi jusqu'a-

lors n'était pas assez varié, et Ton se demandait si les écoles publiques étaient destinées à former seulement des ecclésiastiques , des magistrats , des médecins et des gens de lettres. Encore les études littéraires n'étaient-elles pas en progrès , puisque , depuis les premières années du dix-nuitième siècle, celle du grec n'était plus que facultative. On demandait, en conséquence, qu'une part plus large fût accordée à la langue nationale et aux sciences. Mais malgré la frappante unanimité des opinions , la réforme se borna à quelques modifications dans le mode d'administration, et les établissements d'instruction publiue, parmi lesquels on comptait plus e 500 collèges renfermant 70,000 élèves, restèrent jusqu'en 1789 sans lien commun.

Les cahiers des députés aux états généraux étaient remplis de vœux pour une réorganisation complète de l instruction publique. En effet, en septembre 1791, l'Assemblée constituante rendit un décret conçu en ces termes : « Il « sera créé et organisé une instruction « publique commune à tous les citoyens, « gratuite à l'égard des parties d'ensei- « gnement indispensables pour tous les « hommes , et dont les établissements « seront distribués graduellement dans « un rapport combiné avec la division « du royaume. » Le plan d'organisation que proposa Talleyrand sécularisait complètement l'enseignement , et embrassait une vaste hiérarchie d'études depuis l'école primaire jusqu'à l'Institut national , dont il proposait la création.

Entre ces deux points extrêmes se plaçaient des écoles de district pour les études littéraires et scientifiques, qui y étaient distribuées , non plus en classes, mais en cours ; puis des écoles de département destinées à former des sujets pour les quatre grandes professions du sacerdoce, de la médecine, de la jurisprudence et de l'armée. Au mois d'avril 1792 , Condorcet présenta un autre plan dans lequel il créait cinq ordres d'établissements. C'étaient, après les écoles primaires, les écoles secondaires répondant aux écoles primaires supérieures actuelles ; les instituts donnant un enseignement plus directement professionnel, et où les sciences mathéma-

tiques et physiques occupaient le premier rang ; neuf lycées remplaçant les anciennes universités, et une société nationale des sciences et des arts. La Constituante cessa d'exister avant d'avoir eu le temps de discuter ces projets.

Le sujet fut repris par la Convention.

A la suite d'un rapport de Michel Lepelletier, qui avait réclamé pour les « enfants de la patrie » une éducation commune, afin qu'il pût se former « une « race renouvelée, forte, laborieuse , ré- « glée, disciplinée, » et séparée par une barrière insurmontable « du contact im- « pur de notre espèce vieillie, » on décréta d'abord la suppression des collèges et des facultés dans toute l'étendue de la république, ainsi que la vente de tous les biens qui avaient formé leur dotation; puis, le 19 décembre 1793 , on proclama l'enseignement libre, en exigeant seulement des instituteurs et institutrices la.production d'un certificat de civisme et de bonnes mœurs, et en les plaçant , eux et leurs établissements , soûs la surveillance des municipalités. Un salaire était assuré par l'Etat aux seuls instituteurs primaires ; mais ils devaient adopter pour leur enseignement les livres élémentaires approuvés par la représentation nationale.

La Convention , prenant ensuite une part plus directe à l'instruction publique, organisa, en 1794, la grande école normale, et l'année suivante les écoles centrales (voyez les articles consacrés à ces institutions). Le 25 octobre sur le rapport de Daunou , elle vota une loi sur l'organisation générale de l'instruction publique,et établit uneécole primaire par canton , une école centrale par département, et en outre un certain nombre d'écoles spéciales.

Bientôt, du milieu des ruines de l'Université , s'éleva à Paris le collège Égalité, plus tard le Prytanée français, auquel on affecta les bâtiments du collège Louis-le-Grand , avec un budget de 200,000 francs. Il fut destiné à l'éducation de jeunes lils de citoyens qui avaient servi dans les armées de la république. Les élèves y étaient soumis à la discipline militaire. L'État assurait à ses boursiers des emplois dans les carrières publiques. Un arrêté des con-

Page 1