‹ FranceChapitre 308 sur 378 · Expédition de Bellovèse · texte numérisé non relu

Expédition de Bellovèse

De 587 à 521 : diverses expéditions des Aulerques , des Carnutes et des Cénomans , des Ligures Salyens , des Lxves et des Libices , des Boies et des Lingons ; enfin, des Sérions.

391. Irruption des Sénons au delà de l'Apennin. Luttes avec Rome jusqu'en

De 237 à 222 , et de 200 à 190 : nouvelles luttes des Gaulois et des Romains.

Pour le détail de toutes ces guerres , voyez le tome Ier des Annales, pages 2, 3, 4, 5, 7 et 8.

Ajoutons que lorsque César, après la conquête des Gaules , repassa les Alpes pour consommer l'asservissement de sa patrie , son armée comptait (luimême le déclare dans son livre Ier de la Guerre civile) vingt-deux cohortes gauloises.

L'an 535 après J. G., lorsque Justinien forma le projet de reconquérir sur les Ostrogoths l'Italie , détachée de l'empire depuis Odoacre, il crut nécescessaire de réclamer la coopération des rois de Paris, de Soissons et d'Austrasie : c'étaient Childebert, Clotaire et Théodebert, les deux premiers, fils , le troisième, petit-fils deClovis.Séduitspar de riches présents qu'il leur envoya, les princes francs lui promirent assistance.

En effet, dès 536, ils envoyaient déclarer la guerre au roi des Ostrogoths, Théodat, et leur armée se disposait à passer les Alpes pour seconder Bélisaire. Effrayé de cette double invasion , Théodat songea à traiter avec le général de Justinien; mais les Ostrogoths, indignés de sa lâcheté, le massacrèrent , et élurent Vitigès à sa place. Celui-ci, quoique habile capitaine , pensa aussi ne pouvoir résister qu'en diminuant le nombre de ses adversaires. Ce furent les successeurs de Clovis qu'il entreprit de ranger à sa cause. Il leur représenta que Tes rapides succès de Bélisaire, déjà maître de Rome , devaient leur inspirer à eux-mêmes de sérieuses inquiétudes,

et il leur offrit 100,000 sous d'or s'ils voulaient le secourir. Les princes francs acceptèrent; mais, pour ne pas paraître manquer trop ouvertement à leur parole envers Justinien , ils convinrent de n'envoyer au roi des Ostrogoths que 10,000 Bourguignons. Ces troupes rendirent aux Ostroeoths, en 528, d'utiles services dans la Ligurie et au siège de Milan; mais elles commirent tant de désordres, que Vitigès fut bientôt forcé de les renvoyer dans leurs foyers , en se bornant à supplier les rois francs de demeurer neutres dans les affaires d'Italie.

Cependant, Tannée suivante, ces princes, au lieu de rester tranquilles spectateurs de la lutte, se persuadèrent que , vu l'affaiblissement de Vitigès et de Justinien ; il ne serait pas difficile de leur enlever à tous les aeux l'Italie, ou du moins de la partager avec eux. Pour exécuter ce projet, ils recoururent à la plus insigne perfidie.

Théodebert , chargé de l'entreprise, traversa le Piémont, parut tout à coup en Italie à la tête de 100,000 hommes , s'avança , sans faire acte d'hostilité , jusqu'à Pavie, et là, franchissant le Pô, tomba inopinément sur l'armée des Ostrogoths, qu'il mit en déroute complète.

Telle fut la terreur des fuyards , qu'ils se sauvèrent dans la direction du camp des troupes impériales , établi près de Tortone. Le roi d'Austrasie s'élança à leur poursuite, et, profitant de l'erreur qui déjà l'avait si bien servi, il attaqua 1 armée des Romains sans lui laisser le temps ni de se former, ni de reconnaître les agresseurs; enfin il lui infligea également une rude défaite.

Les Francs se répandirent alors dans la Ligurie et dans l'Émilie, et y mirent tout à feu et à sang. Mais 'm eurent bientôt consommé les vivres qu'ils avaient recueillis dans les deux camps, et alors ils se trouvèrent, quoique chargés des plus riches dépouilles , manquer absolument de pain. Réduits à la chair des bestiaux , ils furent tellement effrayés des progrès des maladies que cette nourriture, et surtout la mauvaise qualité de l'eau, développa parmi eux, que Théodebert se vit contraint de les ramener en France ; mais il eut soin de laisser des troupes dans les postes

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les plus importants des Alpes, car il se proposait d y revenir tôt ou tard.

Dès 540, quelques mois après sa retraite, il envoya offrir à Vitigès, assiégé dans Ravenne et réduit à la dernière extrémité, de marcher à son secours avec 500,000 hommes; il se contenterait , disait-il , pour prix d'un tel service, de la portion de l'Italie que les Ostrogoths voudraient bien lui céder; mais Vitigès connaissait par expérience la mauvaise foi de l'Austrasien ; il aima mieux se soumettre à Bélisaire et s'en aller vivre tranquillement à Constantinople avec le titre de patrice.

En 547 , Théodebert , revenant à ses desseins sur l'Italie, y envoya , sous la conduite d'un capitaine nommé Bucelin, une nouvelle armée de Francs et d'Allemands. Bucelin s'empara , dans la Ligurie et la Vénétie , de plusieurs villes, que ni les troupes de Justinien ni les Ostrogoths ne purent défendre.

L'Empereur, convaincu alors qu'il ne réduirait les Ostrogoths qu'avec la coopération, ou du moins la neutralité des rois francs, leur offrit, en retour de l'une ou de l'autre, de renoncer en leur faveur à tous ses droits sur la Provence. Ils acceptèrent ; mais en même temps, le roi d'Austrasie prêta l'oreille aux propositions de Totila , neveu et successeur de Vitigès. Totila lui offrait, s'il faisait marcher promptement une seconde armée francque pour l'aider à expulser d'Italie les troupes de Justiiiien , de lui céder , quand ce résultat serait obtenu, plusieurs provinces à son choix : Théodebert accepta encore; mais, en 548, tandis qu'après avoir déjà fait passer des troupes en Italie, il se préparait à aller lui-même tenter une puissante diversion du côté du Danube, il mourut , et sa couronne passa sur la tête de son fils Théodebalde , à peine âgé de 13 ans.

La nouvelle de cette mort, non-seulement délivra Justinien des plus vives inquiétudes, car Théodebert ne méditait rien moins que de pénétrer en Illyrie, de là en Thrace , et de pousser jusqu'à Constantinople , mais encore lui suggéra l'espérance de voir le jeune Théodebalde lui restituer volontairement les provinces alors possédées par les Francs en Italie, ou Lanta-

T. ix. 4P Livraison. (Dict. e>cycl., etc.)

caire, un de leurs généraux, venait d'être vaincu , dans une bataille livrée contre les ordres des tuteurs du nouveau roi. Or, Théodebalde, d'après l'avis de son conseil , repoussa et les prétentions de la cour de Constantinople et les instances des Ostrogoths, qui, de leur côté, sollicitaient son alliance. Cependant il ne retira point les troupes qu il avait au delà des Alpes ; mais il leur enjoignit une neutralité complète, qu'elles gardèrent effectivement plusieurs années de suite.

Dans cet intervalle, le successeur de Bélisaire, Narsès, porta des coups si rudes aux Ostrogoths , qu'en 552 leur armée principale consentit à évacuer 1*1talie , pourvu que chaque homme fût libre d'emporter ce qu'il pourrait avec lui. Le traité était signé, et il allait recevoir son exécution , quand un capitaine goth , du nom d'Indulphe , refusant de capituler à aucun prix, sortit du camp avec un millier de ses compagnons, gagna le Pô, alla s'enfermer dans Pavie, d'où il ranima le courage des riverains du fleuve, et envoya de nouveau en France demander des secours contre les troupes de Justinien. Théodebalde se détermina cette fois à expédier au delà des Alpes un puissant renfort; non qu'il songeât à relever la puissance des Ostrogoths, détruite sans ressource, mais espérant réunir leurs derniers bataillons, et les opposer pour son propre compte aux Impériaux , affaiblis par la lutte qu'ils venaient de soutenir.

Bucelin, dont il a été déjà question, et Leuther son frère , furent charges de conduire en Italie une armée de 75,000 hommes , moitié Allemands, moitié Francs. Ils passèrent les Alpes rhétiques , parvinrent aisément aux bords du Pô , mais ils trouvèrent les rives de ce fleuve gardées par un des principaux corps de Narsès , sous les ordres d'un chef appelé Fulcaris; ils ne purent passer outre, et allèrent camper non loin de Parme , dont la garnison, qui était ostrogothe , les accueillit à merveille. Ce Fulcaris , guerrier d'un naturel impétueux et bouillant , poussait la hardiesse jusqu'à la témérité. Il ne voulut point laisser les Francs se fortifier dans leur camp ; il partit avec toutes ses forces , marcha contre eux

avec plus de promptitude que d'ordre, et se flatta de les surprendre. Mais Bucelin avait été averti, et se tenait prêt à recevoir l'attaque. Il avait embusqué de toutes parts des détachements plus ou moins nombreux; quand Fulcaris se présenta, il fondit sur lui et le tailla en pièces.

Cette première victoire encouragea les Francs et ranima l'énergie des Ostrogoths ; ceux qui avaient traité avec Narsès pour évacuer l'Italie ne s'en souvinrent plus, et accoururent grossir l'armée de Bucelin. Presque toutes les villes de la Ligurie et de PÉmilie reçurent garnison. Enfin, les débris de l'armée de Fulcaris , qui, lui-même, avait péri au combat de Parme, se retirèrent vers Faenza et Ravenne. Malheureusement Bucelin, occupé à recueillir partout du butin, commit la double faute de ne pas marcher immédiatement contre Narsès , oui assiégeait Lucques , et de négliger de délivrer Côme, où était assiégé, par une division impériale, Aligerne , frère de Teïas ( successeur de Totila). Aussi Aligerne , qui , en 553, tenait depuis huit ou dix mois , et qui avait espéré longtemps que l'armée des Francs opérerait une diversion favorable aux intérêts de ses compatriotes, finit par voir en eux plutôt des maîtres que des alliés, et traita avec Narsès. La reddition de Côme sépara pour l'avenir la cause des Francs de celle des Ostrogoths ; les lieutenants de Théodebalde se décidèrent cependant à poursuivre leur entreprise, et leur armée , marchant par Cesena, se porta sur H i mini, où se trouvait Narsès. Arrivé à quelque distance de la ville, Bucelin osa détacher 2,000 hommes pour faire des vivres ; Narsès sortit avec trois ou quatre cents cavaliers pour assaillir cette colonne; il réussit à l'attirer dans un lieu défavorable , et en extermina plus de la moitié. Ce fut la dernière affaire de la campagne.

Les Francs passèrent l'hiver de 554 au pied des Alpes , et rouvrirent , dès le printemps , les hostilités. Ils traversèrent l'Apennin , et , se déployant de manfère à balayer tout le pays renfermé entre la mer de Toscane et le golfe de Venise, marchant avec lenteur et toujours en bataille, pillant et rava-

geant tout ce qui s'offrait à eux , ils s'avancèrent ainsi jusqu'au delà de Rome. Là, les deux frères , soit rareté des subsistances, soit désir d'étendre le théâtre de leurs déprédations, partagèrent leurs troupes en deux corps. Bucelin, avec le plus nombreux , prit à droite , le long de la mer de Toscane, se répandit, pillant toujours, dans la Campanie, la Lucanie, le pays des Brutiens , et poussa jusqu'au âétroit qui sépare le continent italiouede la Sicile. Leuther , côtoyant l'Adriatique , parcourut la Pouille et la Calabre jusqu'à Otrante ; mais bientôt il se trouva tellement surchargé de dépouilles, qu'il envoya proposer à sou frère de s'en retourner ensemble dans leur pays , pour y jouir en paix du fruit de leurs rapines. Bucelin refusa ; un parti d'Ostrogoths le flattait de l'espoir de le choisir pour roi s'il réussissait à exterminer les troupes impériales. Cependant, il laissa Leuther libre d'aller mettre en sûreté son butin dans les villes situées au delà du Pô, à condition qu'il reviendrait le joindre, ou que du moins il lui renverrait ses troupes. Leuther , qui se trouvait alors dans le voisinage du golfe Adriatique , partit en effet pour rétrograder vers les Alpes. Il chemina trois jours sans être inquiété à travers la Marche d'Ancône ; mais le soir du quatrième, son avant-garde, forte de 3,000 hommes, tomba dans une embuscade , et fut exterminée par une division de Narsès. Leuther, qui était campé près de Fano , s'élança avec le gros de ses forces pour livrer bataille ; mais le général ennemi ne voulut pas risquer un engagement sérieux et se retira.

Leuther ne regagna son camp que pour y apprendre une triste nouvelle ; en son absence , ses nombreux captifs s'étaient révoltés, avaient massacré leur escorte, emporté le plus précieux du butin, et trouvé asile dans celles des places environnantes qui reconnaissaient l'autorité de l'empereur. Désespéré, il précipita sa marche, dans la crainte de perdre le reste de ses riches dépouilles, quitta les bords de la mer , atteignit 1 Apennin , passa le Po; mais, parvenu entre Vérone et Trente, il dut s'arrêter pour donner à ses troupes un repos indispensable, et là, elles furent assaillies

par une fièvre pestilentielle, à laquelle il Dans une troisième expédition, possuccomba lui-même l'un des premiers, térieure de deux autres années , les En 555, Bucelin , surpris de ne pas Austrasiens combattirent enfin les Lom- ▼oir revenir l'armée de son frère et in- bards (on ignore en quel lieu) , mais si quiet pour la sienne, car la disette et la malheureusement , qu'on ne se souvemauvaise qualité des vivres comraen- nait pas, selon Grégoire de Tours, que çaient à y exercer aussi de grands rava- les Francs eussent jamais essuyé pages , crut que le meilleur moyen d'ar- reille déroute.

réter le progrès des maladies , était En 590, quatrième tentative de Chil-

d'en venir sans délai à une action debert contre le roi des Lombards.Deux

décisive. Confiant en sa supériorité chefs principaux, Audovalde et Cedin,

numérique , car il avait trente mille commandent les forces considérables

hommes sous ses drapeaux , et Narsès qu'il y destine. Après qu'elles ont franchi

n'en comptait guère plus de dix-huit les Alpes rhétiques, Audovalde se di-

mille, il s'avança dans la campagne de rige à droite et pousse jusqu'à Milan;

Rome, et alla se retrancher à quelques là il s'arrête conformément à ses ins-

lieues de Capoue, sur le Casilin. Narsès, tructions , pour attendre les troupes

de son côté, quitta Rome et vint cam- impériales ; mais leur chef, par jalousie

per à peu de distance des Francs; enfin, sans doute , semble s'éloigner de lui à

après plusieurs jours d'hésitation , une dessein , et Audovalde reste à peu près

grande bataille s'engagea, où Bucelin dans l'inaction. Cedin , au contraire,

fut défait et tué. Cinq de ses soldats, appuyant à gauche , a marché jusqu'à

échappés seuls aux fers et à la mort, Plaisance ; de là il est venu jusqu'à Vé-

revirent leur patrie. La destruction de rone, s'est jeté dans le pays Trentin , a

ces deux armées entraîna la perte de réduit une dizaine de places , et les a

toutes les conquêtes faites par les Francs toutes pillées et rasées. Cependant,

en Italie et la ruine des Ostrogoths. l'insalubrité du climat, l'excès de la

D'ailleurs, Théodebalde mourut sur ces chaleur et des maladies épidémiques

entrefaites , et les rois de Paris et de l'arrêtent dans le cours de ses dépréda-

Soissons, ne songeant qu'à se disputer tions. Il se voit contraint de retourner

son héritage, parurent avoir complète- en France; mais les Francs ne quit-

ment oublié l'Italie. tent l'Italie qu'après avoir imposé au

Cependant, en 584, Childebert, roi roi Agidulphe, successeur d'Autharic,

d'Austrasie,quoiqueentrant à peine dans un tribut de douze mille écus d'or,

sa quatorzième année, voulut, par suite En 663, Pertharite, roi des Lombards,

d'un traité qui le liait à Maurice, empe- dépossédé de ses États par "Grimoald,

reur d'Orient, passer dans cette contrée duc de Bénévent, se réfugia en France,

pour y combattre Autharic, roi des Loin- et implora la protection des plus puisb

combats violer

présents d'Autharic , ils firent accepter au delà des Alpes. Dès qu'elle arrive en au jeune prince de grosses sommes Italie , Grimoald s'avance à sa rencond'argent pour ne pas attaquer les enne- tre, la joint dans les environs de la ville mis de rempereur , et l'armée austra- d'Atis, et , au bout de quelques jours, sienne repassa les Alpes. feignant la terreur, il abandonne son Deux ans après , cédant aux vives camp , en y laissant tous ses bagages, instances de Maurice , Childebert en- et se retire , à ce qu'il semble , dans le voya de nouveau en Italie une nom- plus grand désordre. Les Francs se breuse armée de Francs et d'Aile- croient vainqueurs, courent au camp mands. Autharic marcha au - devant ennemi , et y trouvent quantité de vid'elle , mais n'eut pas la peine de la vres, abondance de vin surtout. Mais combattre. La jalousie des généraux ils sont bientôt victimes de leur internet des soldats des deux nations la tint pérance; car, le duc revenant sur inactive , et elle rentra en France sans ses pas la nuit suivante , les surprend avoir livré le plus petit combat. dans le sommeil de l'ivresse et en fait

une immense boucherie. Les rois de France ne paraissent pas même avoir entrepris de venger cette défaite.

754 et 755. Expédition de Pépin le Bref en Lombardie. (Voy. le tome Ier des Annales, pag. 32.)

773. Expédition de Charlemagne contre Didier, roi des Lombards (pages 33 et 34 du même volume).

En 776, Charlemagne passe de nouveau les monts pour punir la révolte de Rotgand, duc de Frioul, qui veut rappeler de Constantinople Adalgise , fils de Didier, et le replacer sur le troue de son père.

Vers 781, un nouvel ora&e semble se former en Italie contre la puissance du monarque français. L'empereur d'Orient, dans l'espoir d'y conserver et d'y étendre la sienne, appuyait secrètement les prétentions d'Adalgise. Charlemagne, averti par le pape, n'eut qu'à paraître pour déjouer tous les complots.

Voulant alors prouver qu'il était bien résolu à garder l'Italie , il en donna la couronne à Pépin, son deuxième fils, âgé de 7 à 8 ans, qui fut sacré à Rome par le souverain pontife.

En 786, en 792, en 800 et en 803, les Bénéventins, à l'instigation de leur duc,

fendre de Didier, se révoltèrent contre epin ; mais ces quatre révoltes furent aisément comprimées , la première par Charlemagne en personne, la seconde par son troisième fils, Louis , roi d'A-

Îiuitaine; les deux dernières par Pépin ui-méme. En 809, ce prince fut moins heureux dans une expédition contre les Vénitiens, qui refusaient de reconnaître son autorité.

En 875, l'empereur Louis II, roi d'Italie, mourut, ne laissant qu'une fille.

Aussitôt ses deux oncles , Charles le Chauve et Louis le Germanique , se disputèrent sa succession. Le roi de France mena une armée en Italie; le roi de Germanie se hâta aussi d'y envoyer des troupes sous les ordres de ses deux fils, Charles (depuis surnommé le Gros) et Carloman. Supérieur en forces, Charles le Chauve battit l'armée germanique et la repoussa au delà des Alpes ; mais le prince Charles (le Gros), reparaissant bientôt après, avec une nouvelle armée , reprit l'offensive , obtint de brillants succès , et

obligea le roi de France à recourir aux négociations et aux intrigues. Plus habile dans cet art que dans celui de la guerre , Charles le Chauve décida par d'artificieuses promesses ses deux neveux à retourner en Germanie ; et, rien alors n'arrêtant plus sa marche , il gagna Rome à grandes journées. Il y entra le 17 décembre, et reçut la couronne impériale des mains du pape Jean VIII.

En 877, il dut repasser en Italie, où les Sarrasins , devenus plus entreprenants depuis la mort de Louis II , recommençaient leurs ravages et faisaient trembler' le pape sur son trône pontifical. Comme il arrivait à Pavie, on annonça que Carloman s'avançait avec une armée nombreuse pour lui disputer et l'héritage de Louis II et la couronne impériale. A cette nouvelle, le roi de France, effrayé , prit la fuite , « selon son habitude, » ajoutent les chroniques. Il se réfugia d'abord à Tortone, d'où il manda au duc Bozon , au comte d'Auvergne, au marquis de Gothie, et à divers seigneurs lombards, de venir le rejoindre avec des troupes; puis, voyant qu'ils n'arrivaient pas, et les soupçonnant de perfidie, il se hâta de repasser les Alpes et mourut en chemin.

1003-1090. Conquête de l'Italie méridionale et de la Sicile par les Normands. (Voy. le tome Ier des Annales, page 168.)

1262-1268. Conquête du royaume de Naples par le frère de saint Louis, Charles, duc d'Anjou. Guerres jusqu'à la mort de ce prince et sous ses successeurs. (Même volume, page 190.)

De 1494 à 1528 , c'est-à-dire , sous Charles VIII, Louis XII, François Ier et Henri II , guerres d'Italie proprement dites. (Voyez, au tome I'r des Annales , les règnes de ces quatre princes.)

De 1701 à 1702, sous Louis XIV; de 1733 à 1738, et de 1740 à 1747, sous Louis XV , l'Italie voit encore les Français ; mais les guerres que ces trois périodes embrassent sont celles de la succession d'Espagne , de la succession de Pologne et de la succession d'Autriche, auxquelles nous avons consacré dans notre Dictionnaire des articles spéciaux , et nous y renvoyons le lecteur.

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En 1792 , quand le roi de Sardaigne eut accédé à la coalition , Tannée française, dite du Midi, qui observait les Alpes et les Pyrénées, reçut l'ordre de prendre l'offensive. Montesquiou, général en chef, chargea A nsel me d e f ra nch i r I e Var , à la téte de huit ou dix mille hommes, et de prendre possession du comté de Nice; lui-même en conserva vingt mille, et se prépara à envahir la Savoie. Pour s'établir dans ces deux contrées , et de là pénétrer en Piémont , on pouvait manœuvrer soit sur le Rhône , soit sur l'Isère : Montesquiou adopta la première base, parce que Chambéry était en fermentation , et qu'il importait d'aller contraindre Genève à la neutralité. Ce plan devait d'ailleurs lui servir à jeter dans l'incertitude ses adversaires , qui n'avaient pas plus de quinze mille hommes à lui opposer.

Par une fausse démonstration, il attira leurs principales forces vers le pont de Beauvoisin; puis, s'élançant du fort Barreau , il traversa Montiriéliant, coupa la ligne ennemie, et entra dans Chambérv sans avoir combattu. Son arrivée fut le signal d'une révolution

3 ni donna la Savoie à la France. Les étachements piémontais , épars dans les vallées, furent poursuivis et facilement rejetés au delà des monts.

Anselme , pendant ce temps , avait marché au Var. Le comte de Saint- André en occupait la rive gauche avec douze mille hommes ; mais craignant d'être tourné, car nous étions maîtres delà mer, il se replia, parallèlement à la chaîne des Alpes, dans les différentes positions de Sospello, Saorgio, Belveder et Lantesca. Rien ne s'opposa dès lors au passage du Var, ni à la prise de Nice et de Villefranche par les troupes françaises, et ces villes , d'après le vœu de leurs habitants , furent réunies à la France.

En 1793, le corps d'Anselme, augmenté de 4 à 5,000 hommes , prit le nom armée d'Italie f et Brunet v int le commander. Ce général rouvrit les hostilités de bonne heure. Dès le mois de mai , il tenta de grands efforts sur le poste de Saorgio, duquel dépendait notre tranquille possession de Nice ; mais les Piémontais mirent autant d'énergie à le défendre que nous à l'attaquer.

Après plusieurs combats inutiles et sanglants, on en livra enfin un dernier, le 12 juin , où nous essuyâmes une déroute complète. Kellermann , qui avait remplacé Montesquiou, et. dont les troupes formaient alors Y armée des Alpes f Kellermann, qui se maintenait en Savoie, vola au secours de son collègue. Il rallia l'armée d'Italie au camp de Donjon , indiqua des positions défensives, conseilla, en attendant de nouvelles forces, une inaction absolue , puis se hâta de regagner son quartier général , et dut bientôt marcher sur Lyon.

Dès les premiers jours d'août , le marquis de Montferrat , un des fils du roi de Sardaigne, s'était porté avec vingt - cinq raille hommes à l'entrée des cols du mont Cenis et du petit Saint-Bernard. Quand il sut que notre général s'éloignait, il marcha en avant, et alla envahir les trois grandes vallées de la Savoie. Mais ses colonnes n'eurent pas le temps d'opérer leur jonction ; Kellermann, accourant de Lyon, occupa, de Conflans à Gresy, l'espace où elles devaient se rejoindre. Montferrat, parvenu à Moutier avec son centre , et trouvant Conflans occupé , voulut , en passant par le col de la Madeleine, renforcer sa gauche, qui avait dépassé Saint- Jean. Il espérait déborder ainsi la droite de son adversaire; mais Kellermann le

f prévint , en se lançant sur les rives de 'Arcq; il lui offrit la bataille à Épiorre, le battit, le poursuivit jusque dans la Tarentaise , et l'obligea à repasser les monts.

Dans le comté de Nice , on garda de part et d'autre la défensive jusqu'au mois de décembre. Les Piémontais, voyant alors Toulon attaqué par les Anglais , songèrent à profiter de cette circonstance, qui aurait pu amener la perte de l'armée d'Italie. Le roi de Sardaigne se rendit sur le théâtre de la guerre, et ordonna une attaque générale du camp français ; mais exécutée avec des corps détachés, et par différentes vallées à la fois, elle échoua, et le roi, mécontent, se hâta de regagner sa capitale. Vers la même époque , le général autrichien Dewins, à la tête d'une division moitié autrichienne, moitié piémontaise, résolut d'opérer sur le Var. En effet , ses troupes , s'élançant des lignes de Saorgio, ^

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obligèrent l'armée française , que Dugommier commandait alors, d'évacuer Belveder et Vesubia ; puis elles se portèrent sur l'Esteron afin de la tourner par leur gauche. Mais elles n'exécutèrent ce mouvement qu'avec 3 ou 4,000 hommes, ne s'avancèrent que jusqu'à Isola, et, se trouvant arrêtées tout à coup à Gilette par un léger échec, remontèrent sur les hautes Alpes sans donner suite à cette tentative.

En 1794, l'armée des Alpes enleva au mois d'avril le petit Saint-Bernard , au mois de mai le mont Cenis. Nous eûmes ainsi notre ligne de défense sur la grande chaîne. Du côté de Nice, l'armée d'Italie campait toujours en présence de Saorgio , sans pouvoir forcer le formidable camp des Fourches. A Dugommier avait succédé le vieux Dumerbion , brave, mais perclus par la goutte ; heureusement, il était tout disposé à suivre les conseils du jeune officier dont le génie avait naguère décidé la prise de Toulon. Bonaparte , après avoir mûrement examiné les positions ennemies , fut frappé d'une iaée aussi lumineuse que celle qui venait de rendre Toulon à la république. Saorgio est située dans la vallée de la Roya ; parallèlement à cette vallée se prolonge celle d'Oneille, qu'arrose la Taggia. Bonaparte imagina de jeter une division de 15,000 hommes n dans la vallée d'Oneille, de faire remonter cette division jusqu'aux sources du Tanaro, de la porter ensuite jusqu'aux sources du Tanarello qui borde la Roya supérieure , et d'intercepter ainsi la chaussée de Saorgio à Tende, ligne de retraite de l'ennemi. Une seule objection s'élevait, c'était qu'il fallait pénétrer sur le territoire de Gênes. Mais 2,000 Piémontais avaient traversé ce territoire , l'année précédente , et étaient venus s'embarquer à Oneille pour Toulon ; d'ailleurs , quelle plus éclatante violation du pays neutre, que l'attentat commis par les Anglais sur la frégate française la Modeste, dans le port même de Gênes ! La France crut donc pouvoir à son tour mettre tout scrupule à l'écart.

Le 6 avril, 14,000 hommes formant cinq brigades franchirent la Roya; Bonaparte en prit trois; et tandis que Masséna , avec les deux au-

tres, se portait vers le montTanardo, il se dirigea sur Oneille, en chassa une division autrichienne , et y fit son entrée ; puis , pendant que Masséna remontait du Tanardo jusqu'à Tanarello, Bonaparte, continuant son mouvement, marcha d'Oneille jusqu'à Ormea, dans la vallée du Tanaro, et y entra le 15. Dès que les cinq brigades françaises furent réunies , elles se portèrent vers la haute Roya , pour exécuter sur la gauche des Piémontais le mouvement prescrit. Le général Dumerbion attaqua leurs positions de face, tandis que Masséna tombait sur leurs flancs et sur leurs derrières. Enfin, après plusieurs actions assez chaudes, les Piémontais abandonnèrent Saorgio pour se replier sur le col de Tende, puis ce col même, pour se réfugier à Limone , au delà de la grande chaîne. En même temps , les vallées de la Tinea et de la Vesubia étaient balayées par notre gauche.

Une inaction assez longue suivit ces opérations ; mais à la fin de l'été , nos troupes remportèrent un avantage important. Les Autrichiens, d'accord avec les Anglais , voulurent faire une tentative sur Savone , pour nous couper la communication avec Gênes , port qui, par sa neutralité, rendait de grands services au commerce des subsistances. Le généralColloredo s'avança avec un corps de 8 à 10,000 hommes, mais si lentement , que les Français eurent le temps de se mettre en mesure. Assailli au milieu des montagnes par nos divisions , que Bonaparte dirigeait, il perdit 800 hommes et se retira honteusement, accusant les Anglais , qui , de leur côté , l'accusèrent aussi. La communication avec Gênes ne fut point interrompue , et l'armée d'Italie, occupant à droite Vado, s'étendant à gauche jusqu'à l'Argentière, se trouva consolidée dans toutes ses positions.

Malheureusement, lorsque les hostilités recommencèrent au printemps de 1795, les deux armées des Alpes, réunies sous les ordres de Rellermann, ne comptaient plus qu'une trentaine de mille hommes; on en avait détaché 10,000, qu'on prétendait débarquer à Civita- Vecchia, pour attaquer Rome et venger l'assassinat de Basseville. Plus malheureusement encore, on avait éloigné Bo-

naparte. Les alliés, au contraire, avaient mis sur pied des forces considérables.

Colli, avec 25.000 Piémontais, Dewins, avec 50,000 Impériaux, Italiens et Napolitains, attaquèrent notre droite vers Gênes. Kellermann. ne pouvant résister à un effort supérieur, fut contraint de se replier. Il occupa toujours avec son centre le col de Tende , sur les Al-

Ses ; mais il cessa de s'étendre par sa roite jusqu'à Gênes, et dut prendre position derrière la ligne de Borghetto. Du moins, il s'y maintint avec succès, et bientôt les coalisés , ajournant tout projet d'attaque à l'année suivante, prirent leurs quartiers d'hiver.

Approvisionnés par Gênes et par les riches cités du Piémont, ils ne songeaient qu'à attendre le retour du printemps. Pour les Français , entassés dans un pays stérile et épuisé, ils se voyaient déjà en proie au plus affreux dénûment. Sur ces entrefaites , Augereau arriva des Pyrénées-Orientales avec sa division victorieuse, et Schérer , qui venait de conquérir la paix en Catalogne, vint remplacer Kellermann.

Tous deux s'indignèrent à l'idée de passer plusieurs mois dans une situation si déplorable , et ils résolurent de livrer bataille pour en sortir.

Quelques détails topographiques sont ici indispensables. La chaîne des Alpes, après être devenue l'Apennin, serre de fort près, d'Albenga à Gênes, la Méditerranée, et ne laisse entre la mer et la crête des montagnes, que des pentes étroites et rapides , qui offrent à peine trois lieues d'étendue. Du côté opposé, au contraire, c'est-à-dire, vers les plaines du Pô, les pentes s'abaissent doucement, l'espace d'une vingtaine de lieues. Notre armée campait sur les pentes maritimes, entre les montagnes et la mer.

Colli et les Piémontais, établis au camp retranché de Ceva, sur le revers des Alpes, gardaient les portes du Piémont contre la gauche des troupes françaises. Dewins et les Autrichiens, placés en partie sur la crête de l'Apennin, à Rocca-Barbenne, en partie sur le versant maritime, dans le bassin de Loano, communiquaient par leur droite avec les Piémontais , occupaient par leur , centre le sommet des montagnes, et par leur gauche interceptaient le litto-

ral de manière à couper nos communications avec Gênes.

A la vue d'un tel état de choses, Masséna (à lui en revient l'honneur) âvait conçu et fait goûter au général en chef le plan que voici : c'était de se porter en forces sur la droite et sur le centre de l'armée autrichienne, de la chasser du sommet de l'Apennin, et de lui enlever les crêtes supérieures. On la séparait ainsi de l'armée piémontaise, et marchant avec rapidité le long de ces crêtes , on enfermait sa gauche dans le bassin de Loano, entre les montagnes et la mer. Ajoutons que Dewins, malade , avait eu pour successeur Wallis, et que la plupart des officiers ennemis , au lieu de rester à leur poste , étaient allés dans les villes voisines chercher un refuge contre l'ennui de la saison.

Schérer, après avoir procuré des vivres à ses soldats, et, ce dont ils avaient encore plus grand besoin , des souliers , fixa son mouvement au 23 novembre. Il allait avec 36,000 mille hommes en attaquer 45,000; mais l'habileté du plan compensait toute inégalité de forces. Il chargea Augereau de pousser la gauche des coalisés dans le oassin de Loano , Masséna de fondre sur leur centre, à Rocca-Barbenne, et de s'emparer du sommet de l'Apennin, enfin Serrurier, de contenir Colli, qui formait leur droite sur le revers opposé. Augereau , tout en poussant la gauche ennemie dans le bassin de Loano , devait n'agir que lentement, Masséna, au contraire , nier rapidement le long des crêtes et tourner le bassin ; enfin Serrurier devait tromper Colli par de fausses démonstrations.

Le 23 , le canon français réveilla les Autrichiens , qui ne s'attendaient guère à une bataille ; les officiers accoururent de Finale et de Loano se mettre à la tête de leurs troupes étonnées. Augereau attaqua vigoureusement, mais sans précipitation, car il ne fallait pas pousser trop vite les ennemis sur leur ligne de retraite. Masséna , avec l'ardeur et l'audace qui le signalaient toujours, escalada les crêtes de l'Apennin , surprit la droite autrichienne, la jeta dans un extrême désordre , lui enleva toutes ses positions, et

ITALIE

campa le soir sur les hauteurs de Melogno , qui fermaient les derrières du bassin de Loano. Serrurier avait tenu Colli en échec. Le lendemain , les opérations continuèrent. Serrurier isola tout à fait Colii de ses alliés; Masséna s'empara de toutes les hauteurs jusqu'à San-Giacomo ; Augereau, cessant de se contenir, se rua sur la gauche des Autrichiens. Elle se débanda, et trouvant les issues fermées , ne s'échappa qu'à la faveur d'une chute abondante de neige, qui suspendit la poursuite des Français. 5,000 prisonniers , 3 à 4,000 morts, 40 canons et d'immenses magasins, furent le fruit de cette victoire qui préludait si glorieusement à la merveilleuse campagne de l'année 1796 et du mois de janvier 1797. •

Cette campagne, nous l'avons racontée, tome Ier du Dictionnaire, p. 103, au mot Adige; nous y renvoyons le lecteur, pour passer au récit des faits subséquents.

Dès que Bonaparte eut signé la capitulation de Mantoue (2 février 1797), il résolut, avant de porter le théâtre de la guerre au sein des États héréditaires de l'Autriche, d'aller donner une leçon au pape, qui, l'année précédente, avait opposé de sourdes intrigues à l'établissement des républiques Cispadane et 'Ira nspadane, et plus tard levé une armée; de lui arracher encore une ou deux provinces, et de le soumettre enûn à une contribution qui subvint aux frais de la nouvelle campagne. Il rassembla à Bologne les troupes dont il crut avoir besoin, et se porta rapidement sur le Senio, qu'il atteignit le 4.' L'armée papale s'y était retranchée. Elle avait Colli pour général en chef; elle plia au premier choc , et fut poursuivie sur Faënza.

Battue de nouveau sous cette ville, elle le fut encore à Forli , Césène, Rimini , Pesaroet Senjgnglia. Colli, auquel il ne restait plus que 3,000 hommes de troupes régulières , les retrancha en avant d'Ancône; Bonaparte acheva presque de les y détruire ; après quoi , il prit possession de cette importante forteresse, et porta son quartier général à Tolentino. Là , les envoyés du sacré collège vinrent arrêter sa course victorieuse , en souscrivant, le 19, le traité qu'il voulut bien leur dicter. Aussitôt après,

il revint vers l'Adige , pour exécuter la marche militaire la plus hardie dont l'histoire fasse mention.

Il avait une fois déjà franchi les Alpes , pour entrer en Italie, il allait une seconde fois les franchir pour se jeter au delà de la Drave et de la Muer, dans la vallée du Danube, et s'avancer sur Vienne, que jamais armée française n'avait approchée. Pour exécuter ce vaste plan, les forces de Bonaparte étaient de beaucoup inférieures à ce qu'elles auraient dû être. Grâce à un renfort de trois divisions fournies par l'intérieur et par les armées de Sambre-et-Meuse et de Rhinet-Moselle, et qui avaient Glé par les cols des Alpes malgré l'hiver , il comptait 70,000 hommes de troupes; mais il voulaiten laisser 20,000 au moins en Italie, garder le Tyrol avec 15 ou 18,000, et se trouverait ainsi n'en avoir que 30,000 environ pour se porter survienne. Au reste, l'archiduc Charles, qui avait été appelé à la tête des débris de l'armée d'Alvinzi, et que six belles divisions tirées d'Allemagne devaient mettre en état de reprendre l'offensive, les attendait encore, et Bonaparte résolut d'en profiter.

Voici comment l'archiduc avait ré-

I)arti les forces dont il disposait alors : a colonne principale occupait la plus accessible des trois routes qui mènent à la capitale de l'Autriche, c'est-à-dire, celle de la Carniole ; la seconde était postée en avant des défilés de Tarvis et de Ponteba ; la troisième gardait le Tyrol : dès l'arrivée des secours qui étaient en marche, le prince se proposait d'attaquer à la fois par les trois points.

Mais Bonaparte déjoua le plan de son adversaire par une de ces grandes combinaisons que suggère le génie.

Toute l'armée française eut ordre de se porter en avant , et quand le centre aurait pénétré en Carinthie, les autres divisions devaient venir se grouper autour de ce noyau, pour descendre en masse le revers des Alpes carniques et déboucher dans la vallée du Danube.

Masséna fut chargé de replier les postes impériaux jusqu'à Tarvis, et de s'y établir.Pendant ce temps, Joubertà gauche et Bonaparte à droite se mirent en devoir de pénétrer dans le Tyrol et la Car- * niole , de balayer les chemins tr ans ver-

fiaux par lesquels ces deux provinces communiquent avec la Carinthie, et de se rabattre sur Masséna. Kilmaine demeura dans le Milanais avec les dépôts, pour imposer aux Vénitiens et assurer la retraite.

Sur tous les points, le succès fut com-

Slet. Masséna défit les Autrichiens Bellune et à Cadore, puis, tournant la Piave , s'empara des cols , de Ponteba à Tarvis. Joubert, de son côté, expulsa du Tyrol les généraux Laudon et Kerpen , les battit a Saint-Michel , à Clausen et à Mittenwaid , culbuta les renforts qui commençaient à arriver , rejeta Laudon vers les sources de l'Adige, et Kerpen au pied du Brenner; puis quittant à Brixen la route d'Inspruck, il se porta par Lientz à Villach. Enfin Bonaparte refoule devant lui l'archiduc, passe la Piave, le 13 mars, sans coup férir, et le 16, déployé ses trois divisions sur le Tagliamento , que l'ennemi prétendait lui disputer. A midi s'engage une furieuse bataille. Bonaparte, vainqueur, passe sur la rive gauche malgré les efforts de la cavalerie impériale , et pousse jusqu'à Palma- Nova. Alors l'archiduc, pour arrêter cet élan qui menace d'avoir des conséquences si fâcheuses , se retourne contre Masséna. D'une part, il ordonne à Bayalitsch de gagner Tarvis, en remontant la vallée de l'Isonzo ; de l'autre , lui-même, laissant à une seule division la défense de la Carniole, il se transporte par Laybach à Klagenfurth , d'où il se rabat également sùr Tarvis. Masséna court donc risque d'être pris entre deux feux. Le prince l'aborde le premier, réussit à occuper Tarvis, et se range en bataille hors de la ville pour attendre son lieutenant. Mais le général républicain ne lui laisse pas le temps de s'affermir , fond impétueusement sur la ligne ennemie, et après un combat où l'archiduc et lu: payent de leur personne, parvient à la rompre. Puis il se rabat sur la division Bayalitsch qui arrive, et l'attaque en tête pendant qu'elle est pressée en queue par les divisions Guyeux et Serrurier , que Bonaparte conduit en personne. La division Bayalitsch n'a plus alors d'autre ressource que de se rendre prisonnière.

L'archiduc se retira à Klagenfurth

et y rappela sa gauche, que Bernadotte pourchassa encore dans la Carinthie. Bientôt Bonaparte, après avoir reçu la capitulation de Trieste, se porta sur cette province , y concentra toute son armée, s'attacha aux pas de son adversaire , le vainquit à Neumark , malgré les renforts qui arrivèrent , et pénétra jusqu'à Léoben. On touchait à Vienne. La cour impériale consentit enfin à traiter , et les préliminaires de la paix furent signés le 17 avril. La convention définitive de Campo - Formio ne fut, on le sait, conclue que le 17 octobre suivant. Dans l'intervalle eurent lieu certains faits que nous ne devons point passer sous silence.

Bonaparte,au moment de s'élancer sur Vienne, avait éte^saisi d'une vive inquiétude : c'était qu'en son absence, les États vénitiens ne fissent assassiner ses malades , attaquer ses dépôts , menacer sa retraite. Pour conjurer de tels périls, il avait offert son alliance à Venise ; mais l'orgueilleuse république avait refusé , sous prétexte qu'elle voulait rester neutre ; en réalité parce qu'elle espérait que l'armée française courait à sa perte.

Puis , accusant les Français demeurés en Lombardie d'avoir excité les insurrections qui, en mars, avaientéciatédans les villes de Bergame , Brescia , Salo , Crème et Vérone, insurrections provoquées par l'excès du despotisme, et auxquelles nos généraux avaient été, malgré eux, entraînés à prendre part, elle ordonna à Vérone les horribles massacres connus sous le nom de Pâques véronnaises, et, dans le port même du Lido , l'assassinat de .tout l'équipage d'un lougre de notre nation. Mais quand Bonaparte, vainqueur, se replia sur les Alpes et l'Isonzo, quand Venise le vit plus puissant que jamais , elle comprit que de terribles représailles la menaçaient, et tenta de conjurer l'orage.

Elle lui envoya deux députés, qui le rencontrèrent a Gratz , le 25 avril , et voulurent pallier l'odieux des événements. Inutile de dire que Bonaparte refusa d'admettre aucune excuse. Dans sa juste indignation, il demanda les têtes des trois inquisiteurs d'État, de l'officier qui commandait le Lido, et du chef de la police ; et comme on hésitait à les lui livrer, il publia sur-le-champ

un manifeste de guerre, somma notre ministre Laliemant de quitter Venise, fit abattre le lion de Saint-Marc dans toutes les provinces de la terre ferme , municipaliser les villes, proclamer le renversement du gouvernement vénitien , et en attendant que le gros de ses troupes fût revenu de l'Autriche , ordonna à Kilmaine de poster les divisions Baraguay-d'Illiers et Victor sur le bord des lagunes. Toutes ces déterminations s'exécutèrent avec promptitude , et les Vénitiens, saisis d'épouvante, consentirent, dans les premiers jours de mai, à traiter avec Bonaparte aux conditions qu'il lui plairait de leur imposer. Disons seulement, pour ne pas sortir de notre sujet, que les principales furent l'institution d un gouvernement démocratique, et l'introduction de 4,000 hommes de troupes françaises dans Venise.

Au mois de février 1798, une révolution analogue s'opéra dans les États romains. Après le traité de Tolentîno, le Directoire avait envov é à Rome, en qualité d'ambassadeur, le frère aîné de Bonaparte, Joseph, dont la présence était devenue dans cette ville le signal de grandes intrigues. D'une part, le sacré collège excitait le pape à rompre de nouveau avec la France ; de l'autre, les patriotes ne dissimulaient pas qu'ils comptaient sur elle pour conquérir leur liberté. Le 27 décembre (1797), par les soins de la police romaine, éclata une insurrection, dont les fauteurs secrets profitèrent pour tourner le fanatisme de la population contre la légation française. Les conjurés de bonne foi arborèrent la cocarde tricolore; mais on avait pris contre eux de sévères mesures. Quelques-uns se réfugièrent au palais de Joseph-, on les poursuivit, on fit feu dans ses cours. L'ambassadeur sortit pour intervenir; mais le général Duphot qui l'accompagnait fut massacré par les troupes papales, et la fusillade continua. Deux jours après , Joseph partait pour Florence. A ces nouvelles, le Directoire ordonna au général Berthier, qui commandait en Italie, de marcher sur Rome. Berthier arriva le 10 février en vue de l'ancienne capitale du monde, que les armées républicaines n'avaient pas encore visitée, y entra sans obstacle, et mit garnison dans le

château Saint-Ange. Alors les démocrates , réunis au Campo-Vaccino, où se voient les restes de l'ancien Forum, proclamèrent la république romaine.

Quant au pape, il fut conduit en Toscane, et y reçut asile dans un couvent.

On sait qu'après la victoire d' A bon kir (2 août 1798), Nelson conduisit sa flotte à Naples,et, malgré les traités qui liaient à la France la cour des Deux-Siciles, fut accueilli triomphalement. Sa présence monta toutes les têtes, et le roi Ferdinand Ier, irrité, effrayé du voisinage d'un État démocratique , se laissa entraîner à marcher sur Rome. Il leva une armée de soixante mille hommes, et en donna le commandement à l'Autrichien Mack. Dans les derniers jours de novembre, lorsque ce général commença ses opérations, la nôtre, commandée par Championnet, n'était forte que de 15 à 16,000 hommes, et elle se trouvait disséminée dans tout l'État romain. Casa-Bianca était avec quatre à cinq mille hommes dans la Marche d'Ancône; Lemoine en avait deux ou trois mille sur le penchant opposé de l'Apennin , vers Terni ; Macdonald , avec la gauche, forte d'environ cinq mille combattants, était répandu sur le Tibre; enfin, à Rome, se trouvait une petite réserve. La nécessité de surveiller le pays et la difficulté des vivres nous obligeaient à cette dispersion de nos forces. On comptait beaucoup à Naples sur cette circonstance; on se flattait de surprendre partout les Français et de les détruire en détail. Le 24, toute l'armée napolitaine s'ébranla. Le roi lui-même partit avec un grand appareil, pour assister aux opérations. Il n'y eut pas de déclaration de guerre, mais on somma nos troupes d'évacuer l'État romain ; elles répondirent à cette sommation en se préparant à combattre, malgré leur petit nombre. Cependant, pour un-général quelque peu expert, rien n'était plus facile que de les accabler. Il fallait marcher droit à leur centre, c'està-dire, porter la masse des forces napolitaines entre Rome et Terni. La gauche des Français, placée au de là de l'Apennin pour garder les Marches, eût été séparée de leur droite, placée en deçà pour garder le Tibre. On les empêchait ainsi de se rallier, et on les ramenait

en désordre jusque dans la haute Italie, goano par des forces considérables.

La Péninsule du moins était délivrée, Aucune attaque ne réussit; nulle part

et la Toscane, l'État romain, les Mar- les troupes napolitaines ne soutinrent

ches entraient sous la domination de le choc des troupes françaises. Mack ,

Naples. un peu décontenancé, commença à s'a-

Au lieu d'entrevoir ce plan si sim- percevoir que c'était à Terni qu'il aurait

pie, Mack, grand faiseur de projets, dû frapper le coup principal, et il voulut

forma six colonnes. La première, agis- réparer sa faute; mais il exécuta avec

sant sur le revers de l'Apennin, le long trop de lenteur une opération déjà trop

de l'Adriatique, dut pénétrer par la tardive. Macdonald, qu'il crut retenir

route d'Ascali dans les Marches; la se- en deçà du Tibre par des démonstra-

conde et la troisième, agissant sur tions, passa ce fleuve, et Lemoine fut

l'autre côté des monts, durent marcher renforcé à Terni. Les Napolitains fu-

l'une sur Terni, l'autre sur Magliano; rent donc prévenus sur tous les points

la quatrième, qui était la principale, et qu'ils espéraient surprendre. Le pre-

qui formait le corps de bataille, fut di- mier mouvement du général Metsch, de

rigée sur Frascati et Rome; la cin- Calvi sur Otricoli, n'amena qu'un dé-

quième , longeant la Méditerranée , eut sastre. Ramené le 9 d'Otricoli sur Calvi,

mission de balayer les Marais-Pontins, il fut cerné, et, quoique supérieur en

et de rejoindre le corps de bataille sur nombre, forcé de mettre bas les armes,

la voie Appienne; enfin la dernière , Dès lors, Mack ne songea plus qu'à se

montée sur l'escadre (Je Nelson, fut di- replier au pied des montagnes de Fras-

rigée sur Livourne pour soulever la cati et d'Albano pour y rallier les débris

Toscane et couper la retraite aux Fran- de son armée et attendre des renforts,

çais. Tel fut Tordre dans lequel Mack À la nouvelle de ces tristes événe-

s'avança, mais avec une extrême len- ments, le roi de Naples se hâta de quitter

leur. Championnet, averti à temps, dé- Rome. Championnet y entra 17 jours

tacha deux corps pour observer la mar- après en être sorti , et,"non content d'a-

che de l'ennemi , et protéger les divisions voir défendu les États romains, il conçut

isolées qui se repliaient. N'espérant pas le hardi projet de conquérir le royaume

pouvoir conserver Rome, il résolut de de Naples avec sa faible armée. Il s'é-

E rendre une position en arrière sur les lança clone à la poursuite de Mack , lui ût

ords du Tibre, entre Civita-Castellana sur la route de nombreux prisonniers,

et Civita-Ducale, et là de concentrer ses et défit complètement la colonne débar-

forces pour reprendre l'offensive. Pen- quée en Toscane. Tout à fait démora-

dant cette sage retraite du général fran- hsé, Mack se rejeta rapidement sur le

çais, Mack s'avança fièrement par toutes territoire napolitain , et ne s'arrêta que

les routes. Le 29,' il arriva aux portes devant Capoue, sur la ligne du Vol-

de Rome, y entra sans obstacle, et fit turne. C'était au moins une position

préparer au roi une réception triom- bien choisie. Sur ces entrefaites, le roi

phale. regagnait Naples, et son retour inat-

Mais bientôt, les Napolitains eurent tendu y jetait la confusion. Le peuple,

à se mesurer avec les Français. Dans furieux des échecs de l'armée, criait à

les Marches, leur colonne, qui s'avan- la trahison, et voulait égorger ministres

çait par Ascoli fut repoussée au loin et généraux. La cour eut l'ineptie de

par Casa-Rianca. Sur la route de Terni t donner des armes aux lazzaroni. A peine

un de leurs colonels fut enlevé avec tout armés, ces brigands s'insurgèrent et se

un corps par Lemoine. C'était peu en- rendirent maîtres de la capitale. Ferdi-

courageant pour eux. Néanmoins, Mack nand et sa famille ne s'y croyant plus

se disposa à s'emparer de l'importante en sûreté , s'embarquèrent le 31 sur

position de Civita-Castellana , ou Cham- l'escadre de Nelson, qui les conduisit

pionnet avait établi Macdonald avec le en Sicile. Pendant ce temps, Charn»

gros de no? forces. Nous occupions pionnet s'avançait vers Naples; mais il

plusieurs postes éloignés qui en cou- avait à son toûr commis la faute de se

vraient les approches. Le 4 décembre, diviser en plusieurs colonnes. Parvenu,

Mack fit attaquer Borghetto , Nepi , Ri- le 3 janvier 1799, avec son corps de ba-

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taille seulement, sur les bords du Volturne, il voulut faire une tentative sur Capoue; mais, repoussé par une artillerie nombreuse, il dut renoncer à un coup de main, replier ses troupes, et attendre l'arrivée des autres colonnes.

Plusieurs jours se passèrent sans qu'il en reçût de nouvelles. Mack envoya alors proposer à Championnet de s'arranger amiablement; mais celui-ci voulait tout ou rien ; il refusa. Ses colonnes le rejoignirent le 11, et il dicta alors les conditions suivantes d'un armistice :

Mack devait abandonner la ligne du Volturne, remettre la ville de Capoue aux Français, rétrograder derrière la ligne de Regi-Lagni, du côté de la Méditerranée , et derrière celle de l'Ofanto, du côté de l'Adriatique ; enfin , céder une grande partie du royaume de Naples.

Outre les concessions de territoire, on stipula le payement d'une somme de huit millions.

Quand on apprità Naples la signature de cet armistice, la populace protesta qu'il ne serait pas exécuté, et se porta aux derniers excès. Le tumulte fut tel, que le prince Pignatelli, institué gouverneur par le roi lors de son départ, prit la fuite, et que la ville resta livrée aux lazzaroni. Les mêmes fureurs éclatèrent dans le camp de Mack; ses soldats voulurent le massacrer, et il ne trouva d'autre asile que le camp même de Championnet. Celui-ci, autorisé par le refus fait à Naples d'exécuter les conditions de l'armistice du 11, s'avança alors sur cette capitale. On eut quelques combats à soutenir pour approcher de la place, et les lazzaroni y déployèrent plus de courage que l'armée napolitaine. Le 23, l'assaut fut donné. Ils se défendirent encore vaillamment; mais la bourgeoisie, maîtresse du fort de Saint-Elme et des principaux postes, donna accès à nos troupes. Ils allaient se défendre de rue en rue, peut-être incendier la ville:

heureusement, on prit un de leurschefs, on le traita avec égards, on lui promit de respecter saint Janvier, et on obtint qu'il lit mettre bas les armes à tous les siens.

Maître de Naples, Championnet le fut de tout le royaume ; il se hâta d'y rétablir l'ordre , et proclama la répu-

blique parthénopéenne. Tandis que ces événements avaient lieu dans la Péninsule, le roi de Piémont s'était vu contraint d'abdiquer, en conservant toutefois la Sardaigne; et le Directoire ne voulant pas se donner l'embarras de créer une nouvelle république, avait décidé que provisoirement le Piémont serait administré par la France. Il ne nous restait donc plus à envahir que la Toscane. Mais la fortune allait nous abandonner dans la campagne de

Au printemps, l'Autriche, de nouveau déclarée contre nous, jeta sur l'Adige soixante mille hommes, que cent mille Russes devaient bientôt rejoindre. Les deux armées que nous avions alors au delà des Alpes réunissaient environ cent seize mille hommes; mais l'une des deux, celle de Rome, qui en comptait soixante mille, se trouvait encore éloignée du théâtre de la guerre; et l'autre, celle d'Italie, forte primitivement de cinquantesix mille hommes, avait dû en détacher cinq mille en Toscane et cinq mille dans la Valteline. 11 ne restait donc adhérer, son général en chef, que quarantesix mille combattants pour ouvrir la lutte sur l'Adige. Attendre les renforts que Macdonald , général en chef de l'armée de Rome, devait lui amener, ce n'était pas possible : le Directoire ordonnait qu'on prît sur-le-champ l'offensive; et, si on ne l'eût prise, Kray, le général ennemi , était prêt à la prendre. Pourtant franchir l'Adige offrait d'énormes difficultés; car les Autrichiens, maîtres de Vérone et de Legnago, avaient tout l'avantage de cette ligne.

Schérer, après beaucoup d'hésitations, se décida pour une attaque sur sa gauche.

Nous avons, en racontant la campagne de 1796, fait connaître la position de Rivoli : les Autrichiens en avaient retranché toutes les approches, et formé un camp à P«istrengo. Schérer résolut de leur enlever d'abord ce camp, et de les rejeter de ce côté au delà du fleuve. Les trois divisions Serrurier, Delmas et Grenier, furent destinées à cette opération. Moreau , devenu simple général divisionnaire .sous Schérer, devait, avec les deux divisions Hatry et Victor, inquiéter Vérone, et

le général Montrichard, avec une sixième division, marcher sur Legnago. L'attaque eut lieu le 26 mars. Le camp de Pastrengo fut enlevé vivement. Les Autrichiens qui l'occupaient repassèrent l'Adige sur un pont qu'ils avaient jeté à Polo, et qu'ils détruisirent derrière eux. Au centre, sous Vérone, Moreau contint avec habileté l'ennemi. Montrichard, moins heureux, eut affaire à la plus grande partie des forces de Kray, qui avait cru que nous porterions la masse de nos efforts du côté de Legnago. Toutefois, il se replia en bon ordre. Au total, nous avions remporté la victoire, mais obtenu peu de résultats. Nous pouvions, il est vrai, rétablir le pont de Polo et y passer l'Adige; mais la route qui longe extérieurement ce fleuve va traverser Vérone, et on devait se retrouver, après l'avoir suivie, dans la même position que Moreau au centre, c'est-à-dire en face de la place.

Schérer resta trois jours immobile et indécis; puis il conçut l'étrange projet de lancer la division Serrurier par le pont de Polo, et d'aller lui-même avec le reste de ses forces tenter le passage de l'Adige entre Vérone et Legnago. Ce plan fut mis à exécution le 10. Or, comme on devait le prévoir. Serrurier et ses six mille hommes, engagés, au delà du pont, dans une espèce de cul-de-sac, y rencontrèrent Kray avec une masse trois fois supérieure. Ils furent contraints de repasser l'Adige en désordre, et rejoignirent Schérer, qui accomplissait son mouvement. On passa encore

Slusieurs jours à tâtonner de part et 'autre. Enfin Kray résolut, tandis que Schérer se concentrait sur le bas Adige, de déboucher en masse de Vérone , de le prendre en flanc, et de l'acculer entre le fleuve et la mer. Ileureusement, un ordre que Moreau intercepta le mit à même d'avertir le général en chef du péril que courait l'armée, et de l'engager à se mettre en mesure de faire front du côté de Vérone.

Par suite de cette manœuvre, les deux armées en vinrent aux mains le 5 avril , non loin de Magnano. Nous essuyâmes une défaite, et dûmes songer à nous retirer. Moreau conseillait de coucher sur le champ de bataille pour éviter le désordre d'une retraite de njit; Schérer

voulut se replier le soir même. Il se retira le lendemain derrière la Molinella, le surlendemain sur le Mincio.

Appuyé sur Peschiera d'une part, sur Mantoue de l'autre, il pouvait résister vigoureusement, rappeler Macdonald, et, grâce à cette augmentation de forces, reprendre l'avantage perdu dans la journée de Magnano. Mais il n'avait plus sa tête : du Mincio, il se retira sur l'Oglio, et de l'Oglio sur l'Adda, pour s'y placer le plus maladroitement du monde.

Il partagea son armée en trois divisions, et les établit, la division Serrurier à Lecco, la division Grenier à Cassano, et la division Victor à L6di. Il posta en outre Montrichard et quelques corps légers vers le Modénois pour teudre la main à Macdonald. Ses vingt-huit mille ' hommes, ainsi dispersés sur une ligne de vingt-quatre lieues, devaient être enfoncés partout dès que les Autrichiens se présenteraient en nombre.

Sur ces entrefaites , Souvarow vint avec trente mille Russes grossir l'armée ennemie, dont la force fut ainsi portée à quatre-vingt-dix mille hommes, et prit le commandement en chef.. Le 27 avril, il s'approcha de l'Adda sur plusieurs points. Évidemment, cette ligne allait être forcée. Le soir, arriva une dépêche qui enjoignait à Schérer de remettre à Moreau la direction de l'armée. Moreau eut le patriotisme de ne pas refuser, quoique ce fût en même temps accepter une défaite certaine. Le 28, en effet, eut lieu la fatale journée dite de Cassano, qui réduisit l'armée française à vingt mille hommes. C'est avec cette poignée de braves que Moreau entreprit sa retraite. Il s'attacha d'abord à couvrir Milan pour donner le moyen d'évacuer les parcs et les bagages, et, après avoir séjourné quarante-huit heures dans cette ville, se remit en marche pour repasser le Pô. Il lui fallait conserver ses communications avec la France, et, de plus, avec la Toscane, par où s'avançait l'armée de Naples.

Pour atteindre ce double but, il marcha sur deux colonnes : avec l'une, il prit la grande route de Milan à Turin pour escorter les convois; l'autre s'achemina vers Alexandrie pour occuper les routes de la rivière de Gênes. Il eut ainsi le temps d'arriver à Turin, de diriger

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l'excédant de son matériel vers laFrance et d'armer la citadelle; il rejoignit ensuite la colonne d'Alexandrie, et choisit là une admirable position. Placé au confluent du Tanaro et du Pô , couvert par ces deux fleuves, il ne craignait pas une attaque de vive force, gardait toutes les routes de Gênes, et pouvait attendre l'arrivée de Macdonald. Heureusement Souvarow mit beaucoup de lenteur à suivre IVloreau; enfin pourtant il arriva, se posta en face de lui, à Tortone, et, après quelques jours d'inaction , résolut d'attaquer notre aile gauche.

Un peu au-dessous du confluent des deuxfleuves,vis-à-visMugarone, se trouvent des îles boisées, à la faveur desquelles les Russes tentèrent un passage dans la nuit du 1 1 au 12 mai. On les repoussa victorieusement. Néanmoins, Moreau pensa que la prudence lui ordonnait de se retirer vers les montagnes de Gênes : entreprise périlleuse , car le Piémont était en révolte sur nos derrières, et un corps d'insurgés, maître de Ceva, fermait la seule route accessible à l'artillerie. Moreau fit les dispositions suivantes. Il détacha la division Victor sans canons, sans chevaux, sans bagages, et la jeta vers les montagnes par des sentiers praticables aux seuls piétons. Elle devait en toute hâte occuper les passages de l'Apennin pour se joindre à l'armée de Naples, et la renforcer si Souvarow l'attaquait. Moreau luimême, ne gardant que huit mille hommes, se proposait, avec son artillerie et sa cavalerie, de gagner une des routes charretières qui se trouvaient en arrière de Ceva et aboutissaient dans la rivière du Ponent.

Cette double marche s'exécuta avec un égal succès, et bientôt Victor fut établi sur la crête de l'Apennin, Moreau campé près de Novi. Malheureusement Macdonald, qui amenait vingt-huit mille hommes, perdit beaucoup de temps en Toscane, et ne déboucha dans les plaines de Plaisance que vers le milieu de juin. S'il se fût hâté davantage, si Moreau et lui eussent débouché ensemble avec cinquante mille hommes, lorsque les coalisés n'en avaient nulle part trente mille réunis, la destinée de la campagne changeait. Mais Souvarow eut le temps de réparer ses

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