‹ FranceChapitre 311 sur 378 · IVRY · texte numérisé non relu

IVRY

« et ses gens seurent les nouvelles que « le duc de Betheford alloit à grant « puissance contre eux pour les com- « battre... et le roi Charles eut conseil « de lui retraire, et s'en alla vers Ver- « neul (*). » Les Français se retirèrent donc, abandonnant Ivry, malgré la promesse qu'ils avaient envoyée au gouverneur, scellée, ainsi que le dit Monstrelet, des sceaux de dix-huit grands seigneurs du parti du roi. Le gouverneur dut exécuter les conventions, et livra la forteresse la nuit de l'Assomption, 15 août 1424.

— Les plaines voisines dlvry furent, à la fin du seizième siècle, le théâtre de l'une des plus célèbres batailles gagnées par Henri IV sur les partisans de la ligue.

Mayenne s'avançait avec vingt-quatre mille combattants , la plupart Flamands , Espagnols , Suisses , Allemands, pour forcer le roi à lever le siège de Dreux. On conseillait à Henri, qui avait à peine onze mille hommes, de se retirer encore une fois sur la Normandie. Mais il calcula ses'chances de réussite, et pensa qu'il serait probablement atteint dans sa retraite, et peut-être forcé de combattre dans une position désavantageuse; il préférait d'ailleurs les partis prompts et hasardeux, et redoutait la défaveur que jetterait sur lui une espèce de fuite; il résolut donc d'attendre l'ennemi dans la plaine d'Ivry, où il occupait une excellente position.

Ce fut le matin de la bataille (14 mars 1590) qu'il adressa, suivant d'Aubigné, à ses compagnons d'armes ces paroles célèbres : « Mes compagnons, Dieu est « pour nous; voici ses ennemis et les « nôtres; voici votre roi ; donnons à eux. « Si vos cornettes vous manquent, ral- « liez-vous à mon panache blanc : vous « le trouverez toujours au chemin de « l'honneur et de la victoire. » L'armée lui répondit par des cris de vive le roi! et la bataille commença.

(•) Mémoires de Pierre de Fenin.

L'artillerie du roi, grâce à l'avantage de sa position, portait en plein dans les rangs ennemis, tandis que celle des ligueurs tirait sans atteindre. L'impatience prit au jeune comte d'Egmont, et, sans attendre la troisième décharge, il se lança avec sa cavalerie flamande contre les batteries de l'armée royale.

Là, par une folle bravade, il tourne contre la bouche même des canons la croupe de son cheval , et donne à ses gendarmes l'exemple de cette bizarre insulte à une arme qu'il appelle celle « des hérétiques et des lâches. * Biron, le maréchal d'Aumont et le grand prieur eurent bon marché d'une cavalerie ainsi désordonnée, et l'imprudent Egmont resta sur le champ de bataille. Un autre accident mettait en même temps le désordre parmi les reîtres de l'armée de la ligue. On laissait d'ordinaire à ces escadrons irréguliers un espace ménagé entre les rangs de l'infanterie pour se reformer après chacune de leurs charges. Cet espace leur manque par la Faute du vicomte de Tavannes, et ils donnent de toute la vitesse de. leurs chevaux contre les lanciers du duc de Mayenne. Vainement celui-ci s'erïorcet-il de remettre l'ordre dans cette mêlée; le roi , qui a vu le trouble des escadrons ennemis, les charge à la tête de sa noblesse, et chefs et soldats ne savent plus que fuir. L'infanterie de la ligue restait ainsi seule dans la plaine, exposée à tous les coups de l'armée royale. Les Suisses, sans attendre les premières attaques de l'ennemi, livrent leurs armes, pour signifier qu'ils demandent à se rendre : on les reçoit à merci. Les lansquenets en voulaient faire autant; mais le roi fut forcé de les abandonner à la vengeance de ses soldats, qui se souvenaient de leur trahison; et tout ce que put Henri IV7, ce fut de faire entendre cet ordre : « Sauvez les Français, et « main basse sur l'étranger ! » En effet, dès ce moment, il ne périt plus un Fran-

Î:ais. Davila porte à six mille hommes a perte de l'armée de la ligue.

662 jacobins L'UMV

Jacob (Louis-Léon, comte), viceamiral, pair de France, aide de camp du roi, est né à Tonnai (Charente) en 1768. Nommé lieutenant de vaisseau à 26 ans, il monta le Ça ira, et se distingua dans les deux glorieux combats que ce bâtiment soutint les 13 et 14 mars 1795. Le Directoire arrêta que tous les officiers du Ça ira seraient promus à un grade supérieur ; Jacob devint donc capitaine de frégate , et on lui donna le commandement de la Bellone , gui , après quelques croisières , fit partie de l'expédition d'Irlande. Envoyé ensuite à Saint-Domingue, il fut à son retour chargé delà construction d'une flottille, et s'acquitta de cette mission avec une célérité qui lui mérita, en 1803, le grade de capitaine de vaisseau. Plus tard , il devint commandant de la marine , et s'établit à Grandville , où il inventa les systèmes sémaphoriques. Il était, en 1806 , préfet maritime au service du roi de Naples ; il ne tarda pas à rentrer dans la carrière active, et commanda, en 1811, l'escadre de l'île d'Aix; il fut promu au grade de contre-amiral , le l'r mai 1812, et on lui confia, lors des désastres de 1814, le soin de défendre Rochefort.

La restauration ne lui rendit qu'en 1S20 un commandement. Il fut alors chargé d'une mission à Naples, puis d'une autre à la Martinique, et en 1823, on lui conféra le gouvernement de la Guadeloupe. Les colons reconnaissants le choisirent à son départ (1826) pour leur délégué auprès de la métropole.

Vice-amiral en 1826, et préfet maritime de Toulon l'année suivante , il fut appelé en 1830, avant l'expédition d'Alger, au conseil de la marine. En 1831, il alla siéger au Luxembourg, et devint, en 1834(19mai), ministre de la marine.

Jacobins. — Saint Dominique, chanoine de l'église d'Osma, en Espagne, ayant, en 1 198, accompagné en France son évéque, chargé de négocier le mariage d'Alphonse IX avec la fille du comte de la Marche , conçut, en traversant l'Albigeois, la pensée de fonder un ordre de religieux qui, sous le nom de frères prêcheurs , seraient spéciale-

S. JACOBINS

ment chargés de travailler à la conversion des hérétiques dont cette province était alors peuplée. En effet , nuit ans après, en 1206 , il fonda, près de Toulouse, le monastère de Notre-Dame-de- ProuUle, habité par des religieuses qui se consacrèrent à la même œuvre, et obtint du pape, en 1216, l'autorisation d'établir a Toulouse la première maison de son ordre des frères prêcheurs.

Sept de ces religieux vinrent, en 1217, se loger à Paris, dans une maison voisine de Notre-Dame. Ils furent admis , l'année suivante , dans un hospice destiné aux pèlerins, et connu alors sous le nom d'hôpital de Saint- Çuentin. La chapelle de cette maison était dédiée à saint Jacques : c'est d'elle que la rue Saint-Jacques prit son nom(*), et que les religieux dont nous parlons furent appelés jacobins; ce nom s'étendit dans la suite à tous leg frères prêcheurs de l'ordre de Saint- Dominique , établis en France.

Le fondateur de l'ordre vint, en 1219, visiter ceux de ses religieux qui s'étaient établis à Paris ; ils avaient fait des prosélytes , et déjà leur nombre s'était élevé jusqu'à trente. Cependant leur chapelle, leur maison même ne leur appartenaient pas encore : c'était l'université qui en était propriétaire. Elle les leur céda en 1221, à condition qu'ils la reconnaîtraient pour leur dame et patronne.

Dès cet instant, les jacobins prirent une importance qui devint bientôt trèsgrande, lorsque l'un d'eux, Jeoffroy de Beaulieu, confesseur de saint Louis, leur eut gagné la faveur de ce prince. Le roi leur donna en effet de nombreuses marques de bienveillance. Il leur permit de prendre, dans ses forêts, tous les bois de construction dont ils auraient besoin , leur accorda une partie de l'amende de 10,000 fr., à laquelle il condamna le baron de Coucy ( voyez Coucy [famille de]), et cette somme leur servit à bâtir des écoles , un dortoir, un réfectoire, et à agrandir considérablement leur enclos.

(*) Cette rue s'appelait auparavant la rue Saint- Benoit, ou la Grant-Rue.

Fiers de la faveur royale, ces reli-

Fieux essayèrent, en 1253, de secouer espèce de vassalité dans laquelle ils s'étaient placés vis-à-vis de l'université. En vain cette corporation rendit-elle un décret pour les rappeler dans le devoir ; le bedeau qui alla le leur signifier fut battu, et le recteur, qui vint ensuite lui-même avec trois maîtres ès arts se présenter à la porte de leur couvent, ne fut pas mieux traité. De là , entre les deux corporations , une longue inimitié qui causa une foule de scandales, et donna lieu aux scènes les plus violentes.

Les jacobins étaient des moines mendiants, et ils éveillaient d'une manière assez bruyante la charité des ûdèles , si Ton peut s'en rapporter aux deux vers suivants, tirés du poëme des Cris de Paris :

Aux frères saint /acquêt , pain; Pain, por Dieu, aux frères menorsv

Ils étaient, avec les cordeliers, les confesseurs les plus achalandés ; mais, s'il faut en croire l'auteur des Quinze joies du mariage , ouvrage composé au quatorzième siècle , ils étaient loin de prêter gratuitement leur ministère, if est en effet question, dans cet ouvrage (*), d'une femme qui dissipe les biens de son mari , « et les dépend , y est-il dit, à moult de manières, tant à son ami u'à son confesseur , qui sera un corelier ou un jacobin, et qui aura une grosse pension pour l'absoudre chacun an ; car tels gens ont toujours le pouvoir du pape. >»

Avec les richesses , la dissolution s'introduisit chez les cordeliers. On essaya, en 1501 , de les amener à une réforme; ils refusèrent de s'y soumettre. On les chassa ; mais ils revinrent bientôt, armés et accompagnés de 1,200 écoliers, firent le siège du couvent, «y pénétrèrent et y commirent, dit Jean Dautan, auteur d'une Histoire de fj>uis XIIt de grands excès ; ils battirent leur frère gardien qui là se trouva. Grands murmures et scandales furent pour cette affaire lors à Paris... Mais enfin, ils vidèrent la ville , et ainsi s'en allèrent les pauvres jacobins vagabonds et dispers.»

Mais leur maison fut bientôt peuplée de nouveaux religieux ; ceux-ci consen-

(*) Septième Joie , p. 108 , 109.

tirent à se soumettre à la réforme, et méritèrent ainsi la bienveillance de Louis XII , qui leur fit , en 1504 , différentes donations , au moyen desquelles ils purent agrandir considérablement leur < enclos ; leur cloître fut reconstruit, 1 en 1556, par les libéralités d'un bourgeois nommé Hennequiu ; enfin , ils obtinrent du pape, en 1563, l'autorisation de prêcher un jubilé, dont le produit servit encore à rebâtir leurs écoles.

Nous avons dit, à l'article Inquisition, que c'était parmi eux que les papes choisissaientordinairement les juges de ce terrible tribunal. Leur ordre fut un de ceux qui , pendant la ligue, se signalèrent le plus par l'exaltation de leurs opinions religieuses , et par leur haine contre Henri III et Henri IV. Jacques Clément, l'assassin du premier de ces princes , appartenait à leur maison , et Bourgoing, qui arma son bras et se fit ensuite son apologiste, était leur prieur.

a cette exaltation politique et reli-

gieuse succéda bientôt , chez les iacoins de France, un excessif relâchement. Aussi le général de l'ordre, Sébastien MichaeliSj qui vint, en 1611 , tenir à Paris un chapitre général, con-

Sut-il tout d'abord la pensée d'y introuire la réforme. Le meilleur moyen d'y parvenir lui parut être la fondation d'une nouvelle maison dont les moines fussent assujettis à une règle sévère, La reine mère, à laquelle il fit part de son projet, l'approuva par lettres patentes enregistrées au parlement le 23 mars 1613. L'évéque de Paris lui donna 50,000 livres pour les frais de construction et de l'église, et bientôt ces édifices s'élevèrent a l'endroit où se trouve aujourd'hui le marché Saint- Honoré.

Nicolas Radulphi, successeur de Sébastien Michaelis, voulut aussi fonder à Paris une maison de son ordre ; Louis XIII l'y autorisa par lettres patentes de juillet 1632; et ce troisième couvent, qui fut connu sous le nom de noviciat général de F ordre de Saint- Dominique en France, fut établi dans un enclos alors occupé par des jardins , et dont l'espace est aujourd'hui compris entre la rue de l'Université et celle de Saint-Dominique,

664 jacobins L'UNIVERS. jacobins

à laquelle ce couvent a donné son nom. La chapelle de cette maison, commencée en 1682 sur les dessins de P. Bulet, ne fut achevée qu'en 1740.

Ainsi, au moment où la révolution éclata, et où l'ordre des Jacobins ou Dominicains fut supprimé en France, cet ordre possédait trois maisons à Paris. L'égise de la rue Saint- Jacques, menaçant ruine en 1780 , avait été abandonnée , et l'on célébrait l'office dans l'école de Saint-Thomas, située rue des Grès et dépendant de la même maison. Ce local , qui fut de nouveau, pendant quelque temps , consacré au culte sous la restauration, est maintenant affecté à des écoles publiques fondées par la ville de Paris. Ce qui reste des bâtiments du couvent a été transformé en caserne de garde municipale.

Nous avons dit plus haut ce qu'on a fait de l'emplacement du couvent des jacobins de la rue Saint - Honoré.

Ceux-ci possédaient une belle bibliothèque que leur avait donnée, en 1689, un docteur de Sorbonne , nommé Piques. C'est dans la salle de cette bibliothèque que se tint, en 1789, la société des amis de la constitution, qui devint ensuite le club des Jacobins.

L'église des jacobins de la rue Sabit- Dominique est aujourd'hui Yéglise Sainl-T/Mmas oV/îquin; le musée et le dépôt d'artillerie sont placés dans les bâtiments du monastère.

Le costume des jacobins était une robe blanche, avec un scapulaire et un capuchon de la même couleur; ils mettaient par-dessus , hors de leurs maisons, un manteau et un capuchon noirs.

Un rosaire, suspendu à leur ceinture, servait à les distinguer des religieux dont le costume avait le plus d'analogie avec le leur.

Jacobins (club des). — Nous n'avons pas la prétention de raconter ici l'histoire de cette société fameuse, de la suivre dans tous ses développements , d'assister à toutes ses séances, de recueillir les paroles de ses orateurs. Entreprendre une pareille tâche, ce serait écrire d'un point de vue spécial toute l'histoire de la révolution française, et tel n'est pas le but que nous 'nous proposons. Le lec-

teur trouvera aux articles du Dictionnaire qui se rapportent aux hommes et aux événements de cette période de notre histoire, les détails biographiques et historiques qui les concernent. Ici, ce ne serait pas seulement un fait, un homme, un événement que nous aurions à examiner, ce serait l'ensemble de tous les actes , de toutes les paroles, de toutes les crises qui ont marque d'un sceau ineffaçable cette grande époque ; ce serait raconter dans toutes ses phases cette ardente lutte qui passionna l'Europe entière, et dont les jacobins ont été les principaux acteurs.

Notre but, en esquissant les traits principaux de cette puissante association, c'est de constater surtout son influence politique, de dégager l'élément jacobin proprement dit des autres éléments révolutionnaires; d'apprécier sans passion , sans parti pris , l'importance de cet élément ; enfin de contribuer ainsi , pour notre part, à un grand acte de justice historique.

Établissement du club breton. — Lorsque la convocation des états généraux réunit à Paris les hommes encore inconnus qui allaient réorganiser sur de nouvelles bases la société française, le premier besoin qu'ils éprouvèrent fut celui d'associer leurs efforts , de s'unir, de mettre en commun leur énergie et leurs lumières. Envoyés du peuple, ils sentaient bien qu'en eux résidait une force mystérieuse; mais ils avaient à lutter contre un pouvoir organisé; et, pour rendre la lutte égale , il était indispensable de combiner et d'organiser les moyens d'attaque. Étrangers d'ailleurs aux affaires, ils éprouvaient besoin de préparer entre eux, avant d'en aborder la discussion publique, ces questions brillantes qui remuaient toutes les passions, toutes les fibres populaires. Telle fut l'origine du premier club.

La session des états généraux était à peine ouverte , mie les députés des

{)ays d'états, et à leur tête ceux de a Bretagne, se réunirent en dehors des séances publiques; cette réunion reçut le nom de club breton; et c'est de (à que sont sortis tous les clubs révolutionnaires, parmi lesquels celui des jacobins occupe la première place,

non-seulement par le nombre de ses membres , par l'étendue de ses ramifications et par l'influence considérable

3u'il a exercée, mais aussi par la graneur du principe politique aont il a été le représentant , et qu'il a défendu , à travers des excès, des égarements sans doute , mais avec une énergie et une constance qu'on ne saurait méconnaître sans injustice : ce principe, c'est celui de I'unite politique. Le jacobinisme a été la grande école unitaire de la révolution; c'est contre sa logique inflexible que sont venues se briser toutes les tentatives de morcellement , toutes les attaques du fédéralisme et de la contre révolution. On a peint avec desombres couleurs, on a fait saillir les excès que le nom des jacobins résume encore aujourd'hui pour bien des gens. Certes, nous n'avons pas l'intention de prétendre qu'il n'y a rien de vrai dans ce tableau; mais nous croyons qu'il est temps d'échapper au vide et à la partialité de semblables déclamations; qu'il est temps de chercher quel a été, au milieu de la tourmente, le rôle providentiel non-seulement de la nation française, mais aussi de tous les éléments qui ont concouru à former le nouvel ordre social. De ces éléments, le plus puissant , le plus actif, a été le club dont nous allons esquisser la physionomie; c'est lui qui a soutenu, ranimé l'énergie des hommes qui sauvèrent la France des attaques de l'Europe; c'est lui qui a proclamé et défendu cette admirable unité qui fait aujourd'hui notre force et notre grandeur; et quand, sur les débris du Directoire, Bonaparte établit le gouvernement qui nous régit encore aujourd'hui, il ne fut, malgré tous ses etforts, que le successeur du jacobinisme (*), l'apôtre et le défenseur de l'unité nationale.

Les jacobins ont été les successeurs directs de Richelieu; ils ont continué et achevé l'œuvre immense que le terrible cardinal avait entreprise; et on peut dire que la même hache a frappé, à deux siè-

• (*) « Malgré le manteau de Charlemagne dont il couvrait sa casaque de plébéien , il fut toujours la révolution incarnée et le jaco- Lin i - me mis sur le trône. » Th. Lavallée , Histoire des Français, t. IV, p. 391.

cles de distance, la féodalité et la monarchie.

Le club breton change de nom. — Le club breton ne tarda pas à recevoir une importance et un développement remarquables. Au 1er juillet 1789, Sieyès, Barnave, Lanjuinais, Lameth, et beaucoup de députés du côté gauche, en faisaient déjà partie; le nom du cUib n'était plus en harmonie avec sa composition; il imprimait à la réunion un caractère provincial, particuUer, qui contrastait avec la nature nationale, générale, des questions qui y étaient débattues. Elle prit celui de Société des Amis de la constitution; elle régularisa son existence, adopta des mesures d'ordre, établit des règles pour l'admission et la réception de ses membres, et fonda un journal qui prit le titre de la société (*). C'était une puissance qui se sentait grandir d'heure en heure, et qui se préparait au rôle nouveau que les circonstances allaient lui assigner.

Club des jacobins; son organisation.

— Quand , au 6 octobre , l'Assemblée constituante quitta Versailles pour venir siéger à Paris , le club qui jusque-là n'avait pas d'existence propre, qui n'était encore qu'une annexe , un supplément, pour ainsi dire, de la représentation nationale, s'installa à Paris dans un couvent qu'avaient occupé des moines dominicains , beaucoup plus connus en France sous le nom de jacobins.

Cet édifice, situé dans la rue Saint-Honoré , et qui s'étendait sur l'emplacement occupé aujourd'hui par le marché Saint-Honoré, ou des Jacobins, semblait destiné à cette célébrité populaire; c'était là en effet aue, sous Henri III , s'étaient tenus les états de la ligue.

Le club révolutionnaire ne tarda pas non plus à perdre sa pacifique dénomination. Dès les premiers jours de l'année 1790, il n'était plus désigné que par le nom de club des jacobins.

Ce fut alors seulement que son existence politique fut constituée, qu'il devint le centre d'un mouvement considérable , et que des sociétés nombreuses or-

(*) Journal des amis de la constitution. Nous l'avons utilement consulté pour la ré* dactionde cet article.

ganisées à son image se rattachèrent à lui de tous les points de la France. Toutes les questions débattues à la tribune nationale recevaient, dans ses séances, de nou veaux développements qui ne s'arrêtaient devant aucune considération. Les actes du pouvoir, les opinions des députés y étaient commentés, applaudis ou blâmés avec enthousiasme ; ce n'était plus un reflet de l'Assemblée nationale où les députés venaient s'éclairer mutuellement et se préparer aux luttes de la tribune , c'était un flot poussé par une force mystérieuse et qui déjà menaçait d'envahir les pouvoirs constitués.

Pour être admis au club il n'était plus nécessaire de faire partie de l'Assemblée constituante. Tout candidat proposé à l'admission devait avoir deux parrains qui répondaient de sa moralité et de son civisme, puis sa réception était soumise aux chancesdu scrutin. Un bureau fut alors composé : on créa des officiers, des censeurs, chargés de l'ordre et de la police des réunions. Ces derniers, entre autres, étaient préposés à la vérification de la carte d'entrée dont chaque membre était porteur, et ce fut peut-être une des premières réalisations «es théories égalitaires de l'époque, que de voir un jour le chanteur Laïs et le duc d'Qrléans exerçant ensemble , le même jour, ces modestes fonctions.

Les journalistes, les avocats, les gens de lettres , toute cette génération enthousiaste, impatiente de mettre la main aux affaires publiques, et qui se croyait appelée à gouverner la France, tous ces esprits inquiets, tous ces caractères hasardeux, toutes ces âmes irritées qui se rencontrent au début de toute révolution, envahirent bientôt l'assemblée et modifièrent sa physionomie et son allure. On y parlait avec une véhémence et une exagération qui remuaient et faisaient vibrer toutes les fibres populaires; les discussions législatives y étaient paraphrasées, expliquées avec violence ; enfin , de là commençait à partir cette initiative puissante qui était destinée à modifier toutes les institutions, et à renverser le trône lui-même.

Formatim de nouveaux clubs ; éléments de désorganisation. — Déjà à cette époque, l'Assemblée nationale ne présentait plus le caractère imposant d'en-

semble et d'unité de ses premiers beaux jours. Entre les deux partis extrêmes, le centre , « qui se portait tantôt d'un côté, tantôt d'un autre, rendait la majorité mobile et douteuse toutes les fois qu'il ne s'agissait pas de voter contre un privilège de la noblesse ou du clergé (*). » Le côté gauche trouvait un appui dans le club des Jacobins.

Le côté droit voulut aussi se servir (Tune arme semblable; il eut sa tribune; il organisa ses réunions dans la maison des Grands -Augustins ; plus tard, il s'installa dans la rue de la Michodière, et les membres de ce club rovaliste reçurent , du nom de leur président Malouet, la désignation de malouétistes.

Le besoin de se réunir, de délibérer sur les affaires du moment, de régler les destinées du pays, était devenu un besoin général. La conséquence la plus immédiate du principe de la souveraineté populaire était que chaque individu, chaque fraction du souverain avait le droit incontestable de travailler au rèlement des affaires communes. Au»

essous de ces deux clubs principaux, et qui représentaient le mieux les deux éléments que la révolution mettait en présence , l'élément populaire et l'élément royal, des réunions se formèrent de toutes parts.

Le Palais-Royal , d'où la révolution était partie pour aller renverser la Bastille, continuait à être un foyer de trouble et de tumulte. Vainement l'Assemblée nationale voulut le fermer aux agitateurs. L'obéissance à ses décrets n'était déjà plus une des obligations de la souveraineté populaire , et , sur la pro^ position de Loustalot, le club du Palais- Royal devint le district des étrangers présents à Paris.

Ce fut vers le même temps à peu près que, voyant venir forage et dans l'espoir de" le conjurer , les hommes qui avaient ouvert la lice au pouvoir populaire et qui redoutaient le plus ses excès, tentèrent de former un club dont le titre seul annonçait la modération des principes de ses fondateurs : c'était la société patriotique de 1789. Mirabeau, Sieyès, la Fayette, Chapelier, Rœderer,

(*) Bûchez et Roux , t. IV, p. 399. •

jacobixs FRA

Talleyrand, et tous ceux dont la popularité n'était déjà plus en harmonie avec le langage et les allures démocratiques des jacobins, essayèrent vainement de donner à cette réunion une importance politique. « On y affecta , dit un pamphlet de l'époque attribué à Loustalot, on y affecta de se proposer les mêmes objets, de débattre les mêmes questions qu'aux Jacobins; mais on y ajouta d'autres avantages et agréments, tels que de bons dîners, des soirées s pl end ides , un luxe royal.» Là se réunissait en effet l'aristocratie de l'assemblée ; c'était le germe de notre bourgeoisie actuelle qui voulait bien gouverner le peuple, mais non subir son gouvernement. Efforts inutiles ! le moment était venu où un niveau terrible allait passer sur toutes les classes et effacer toutes les distinctions sociales. Les soixante districts de Paris avaient tous leurs réunions, leur tribune, leurs orateurs populaires. Parmi eux, le district desCordeliers s'était fait remarquer par la violence de son opposition et de ses discours ; c'était le Salomon des districts , suivant l'expression d'un de ses membres; et telle était la rapidité du mouvement révolutionnaire, que déjà, dans le mois de janvier 1 790, ce district fameux résistait ouvertement et par la force aux décrets du pouvoir législatif. Sous l'influence de Danton, il attaquait la municipalité parisienne , il protégeait Marat contre le décret d'arrestation lancé contre lui par l'Assemblée nationale, et le 1 1 janvier, il déclarait que nul décret ou ordre quelconque tendant à priver un citoyen de sa liberté , ne pourrait être mis à exécution sur le territoire du district, sans l'approbation de cinq commissaires spéciaux. Ainsi, dès le principe, l'unité politique était méconnue à ce point que, dans Paris même, un district osait lutter contre le pouvoir législatif et se considérait comme une puissance dont le territoire était inviolable.

Caractère spécial des jacobins.— C'était contre de pareilles tendances que le club des Jacobins s'était donné la mission de protester; et nous ferons remarquer ici combien il importe d'éviter toute confusion à cet égard ; nous ne prétendons pas attribuer aux cordeliers toutes les violences et tous les excès

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de la révolution; mais il faut indiquer nettement la ligne politique de ces deux grandes réunions. N'oublions pas que les cordeliers n'étaient qu'un district de Paris , et que le club des Jacobins, par son origine, par sa composition, avait un caractère plus général,

3ui lui permettait d'aborder et de traiter 'un point de vue plus élevé toutes les questions politiques qui agitaient alors l'Europe entière. Les cordeliers venaient bien se mêler aux jacobins, apporter à leur tribune la violence de leurs attaques et de leurs déclamations; mais Marat , Fréron , Tallien, Danton luimême , n'étaient pas des jacobins proprement dits-

C'était aux Cordeliers, et parmi leurs chefs, que les influences de l'émigration, les manœuvres de l'Angleterre, les ambitions personnelles , trouvaient des points d'appui et de dociles instruments. C'était là surtout que le duc d'Orléans aurait trouvé d'aveugles partisans pour le porter au trône, si les manifestations de l'opinion publique ne s'y fussent opposées. Un pareil reproche ne peut être adressé au club des Jacobins ; nous avons vainement cherché dans les journaux, dans les discours de cette époque , une preuve sérieuse du contraire; nous ne l'avons pas trouvée, et MM. Bûchez et Roux, dans leur beau travail sur la révolution française, font à cet égard le même aveu : «Nous n'avons pas rencon- « tré , disent-ils, une seule indication « gui put même donner le soupçon que « jamais il eût eu (le club) un pareil pro- « jet (*). .

Une question importante , et dont la solution fut pour la royauté un douloureux échec, souleva à la tribune des Jacobins, pendant le mois de mai 1790, des discussions passionnées, et qui déjà laissaient prévoir l'inévitable tendance du mouvement révolutionnaire. Le ministre Montmorin avait lu à l'Assemblée nationale une note relative aux armements de l'Angleterre.

Ce déploiement de forces imposait à la France l'obligation de prévoir les chances d'une guerre maritime. Ce fut à cette occasion que la question du droit

(*) Bûchez et Roux Histoire parlementaire, t. II, p. 37.

de paix et de guerre fut discutée. Les jacobins décidèrent les premiers que le droit de paix et de guerre, celui de contracter ou de rompre les alliances, n'appartenait qu'à la nation.

Extension de l'influence des jacobins.— Déjà de nombreuses affiliations des sociétés départementales donnaient aux décisions des jacobins une grande autorité, et leurs délibérations exerçaient sur celles de l'Assemblée nationale une influence incontestable. Les

généraux au milieu de leur armée, les éputés sur leur siège, tout le inonde enfin redoutait leur pouvoir. Les correspondances des sociétés affiliées occupaient la plus grande partie des séances. Tout ce que la France avait d'esprits exaltés , de cœurs enthousiastes, y trouvait un point de réunion et de contact; et le moment n'était pas éloigne où le peuple, si facile à entraîner , si jaloux de sa liberté et de ses droits, allait, par son effervescence, rendre tout gouvernement, toute liberté impossibles , et nécessiter l'établissement de la plus terrible des dictatures. En effet, le principe de la souveraineté populaire, sans lequel aucune autorité ne saurait être durable, mais qui lui-même ne saurait exister sans le concours et l'appui du principe d'autorité, disparaissait de jour en jour dans le flot ascendant de l'anarchie et du désordre.

Cependant ce n'était pas sans contestation que le club étendait ainsi son influence'et son action. « La société des jacobins, dit une feuille de l'époque (*), fait seule les décrets, gouverne seule la cité, compose le corps électoral, dispose de toutes les récompenses , et l'Assemblée nationale n'a qu'à prononcer les décrets que cette société a arrêtés la veille... Il est affreux, exécrable, infernal et jésuitique d'oser dire comme les meneurs jacobins : Hors de notre église point de salut! Patriotes qui vous réunissez sous leurs enseignes, ne voyezvous pas l'intolérance de vos maîtres, et l'espèce d'adoration qu'ils exigent de leurs esclaves? »

C'était en effet dans cette société que tendaient à se centraliser toutes les forces actives de la nation ; mais les jaco-

(•) La Bouche de fer, 1791.

bins, en travaillant à établir cette centralisation, ne faisaient qu'obéir à ce secret instinct de conservation qui sauve les empires aussi bien que les individus. Maigre cette intolérance exclusive que leurs adversaires leur reprochaient , il y avait en eux un sentiment d'autorité, un principe de gouvernement ; ils avaient, suivant l'expression de MM. Bûchez et Roux , la méthode unitaire , et c'est avec cela que plus tard ils sauvèrent la révolution de ses propres excès.

Les jacobins au convoi de Mirabeau.

—Le départ clandestin de Mesdames et leu r arrestation par la commune d' A rna yle-Duc avaient soulevé contre la royauté d'amers ressentiments. La mort de Mirabeau fut pour elle un nouvel échec.

Déjà les derniers actes politiques auxquels cet orateur avait associé son nom , la loi de régence et celle des émigrés , avaient éloigné de lui les sympathies populaires. Le 28 février, le club l'avait accueilli par des murmures. Duport venait de l'attaquer directement, corps à corps , et sa dénonciation avait été reçue avec des applaudissements frénétiques. Alexandre Lameth monta à la tribune, et, dans une improvisation fort belle , il reprocha a Mirabeau toutes ses défections. Celui-ci répondit sans verve, sans colère, donna des éloges aux jacobins, et déclara «qu'il resterait parmi eux jusqu'à l'ostracisme. » C était mieux que cela , c'était la mort qui allait l'arracher à ces luttes qui n'étaient plus à sa taille , et dans lesquelles il était près de succomber. Il expira le 2 avril, et malgré tout, sa mort fut un deuil pdblic : la société entière assista à ses funérailles, et telle était déjà sa prépondérance, que son président marchait de front avec celui de la Constituante , et qu'elle avait le pas sur les ministres eux-mêmes.

Les événements se pressaient , et la royauté marchait vers sa ruine avec une rapidité effrayante; Louis XVI venait d'être arrêté à Varennes ; l'étranger menaçait nos frontières. Toutes les effigies, tous les bustes, tous les insignes royaux furent brisés avec rage. Le club des Cordeliers qui, depuis peu, avait pris le titre de Société des Amis des droits de f homme et du citoyen, avait déclaré, sous la présidence de Legendre, qu'il reo-

fermait autant de tyrannicidesque de membres. Au milieu de la fermentation que ces événements avaient excitée,les jacobins s'occupèrent surtout de centraliser davantage leur action; ils réunirent autour d'eux toutes les sections de Paris, parlèrent à toutes les sociétés affiliées un langage calme et digne , et déclarèrent que tout citoyen surpris en flagrant délit de vol ou de pillage serait puni de mort. Robespierre , qui trouvait là une influence et une autorité qu'il n'avait pas encore dans l'Assemblée nationale, reprocha • hautement à cette assemblée , ainsi qu'au ministère, une tendance contre-révolutionnaire , et termina son accusation par cette parole hardie : «Je « viens de faire le procès à l'Assemblée « nationale; je la défie de faire le mien! »

Ce fut au milieu de ces circonstances que la Fay ette vint, avec un grand nombre de députés membres du club de 89, se réunir aux jacobins « pour y traiter « les plus grands intérêts , dit-il , car ici « se réunissent les hommes chargés de « régénérer la France , puissants par « leurgénie et par leur pouvoir... C'est à « cette société que tous les citoyens doi- « vent recourir en temps decrise... «Malgré la naïveté de cet éloge , Danton y répliqua par de sanglants reproches, auxquels la Fayette ne put rien répondre. -

Dans la presse , dans les clubs , sur la place publique, la forme du gouvernement avait été mise en question depuis le retour de Louis XVI, et c'est alors surtout qu'il est curieux d'examiner avec quelle vigueur et quelle vigilance les jacobins résistèrent aux tendances fédéralistes qui se manifestaient de toutes parts et sous toutes les formes. Dans une adresse à l'Assemblée nationale, les cordeliers avaient demandé la destruction de la monarchie et l'établissement de la république. Ils communiquèrent cette adresse aux jacobins ; elle souleva parmi eux de nombreuses improbations. Mais le moment était venu où une scission importante allait s'opérer dans le sein de la société.

Les jacobins et les feuillants. — Les députés royalistes , au nombre de deux cent soixante , protestèrent contre les décrets qui suspendaient l'exercice de l'autorité royale. Les députés constitu-

tionnels du club de 89 et ceux qui siégeaient aux Jacobins ne signèrent pas cette protestation; mais leurs hésitations, leurs frayeurs, le décret si vague et si obscur du 15 juillet, et la sévérité inattendue avec laquelle ils le soutinrent au Champ de Mars , tirent plus de tort à la cause de Louis XVI que les déclamations républicaines des cordeliers.

Les députes scission naires s'assemblèrent, le 16 juillet, aux Feuillants, sous la présidence de Bouché ; ils croyaient pouvoir dominer l'opinion et rallier autour d'eux les svmpathies populaires ; ils rendirent infranchissable , au contraire, l'espace qui séparait de plus en plus la nation du monarque; car, en laissant les jacobins livrés sans contrepoids à l'élément démocratique, ils rendirent tout rapprochement impossible dans l'avenir. Dans les départements surtout , cette scission excita les plus vives alarmes. Sur quatrecents sociétés affiliées à la société mère , trois cents réclamèrent la réunion. Robespierre luilui-méme insista pour faire cesser le schisme ; une lettre , dans ce sens, fut officiellement adressée aux feuillants ; et, par un aveuglement inconcevable et qui avait quelque chose de fatal, ceuxci arrêtèrent qu il n'y avait pas lieu à délibérer.

Quand l'Assemble législative succéda à la Constituante, tous les députés nouveaux vinrent se joindre aux jacobins.

Avant la On de septembre, plus de six cents sociétés nouvelles (*) avaient fait avec eux une alliance exclusive.

Les partis extrêmes étaient placés à un point de vue particulier ou personnel. Les royalistes voulaient sauver le roi; les cordeliers voulaient le renverser; les feuillants et le club de 89 flottaient entre les deux opinions; les jacobins seuls étaient placés au point de vue de la nation et marchaient hardiment dans la ligne qu'ils s'étaient tracée. Ils acceptaient la responsabilité de leurs actes* ils démentaient toute participation aux pamphlets qui, sous leur nom , inondaient le public, et déclaraient que, fidèles à leur titre d\/mis de la constitution, ils juraient de nouveau de la maintenir de tout leur

(*) Bûchez et Roux t. II, p. 481.

pouvoir: détermination pleine de sagesse et de courage , si F on considère les circonstances difficiles, l'agitation générale au milieu desquelles cette déclaration était faite.

La discussion sur la guerre offensive et défensive fut longue et solennelle; Robespierre y trouva l'occasion d'augmenter sa popularité. Brissot , au contraire, y perdit la sienne, et Robespierre, avec cette habileté profonde dont il a donné tant de preuves , jugea le moment opportun pour tracer la ligne qui le séparait de ce rival dangereux; le moment était venu où il allait exercer l'irrésistible ascendant de sa force morale.

Les cordeliers avaient rayé de leur liste un de leurs membres, Girardin, convaincu d'avoir été aux Feuillants ; ils proposèrent aux jacobins d'adopter et de consacrer en principe une pareille mesure. Robespierre saisit avec empressement ce moyen d'épuration, et fit décider par la société que tous les membres qui se seraient présentés aux Feuillants seraient frappés d'une exclusion absolue. Il dominait ainsi toutes les discussions ; il était incontestablement le chef moral de la société ; et celle-ci elle-même était une puissance respectable , à ce point qu'un diplôme de jacobin était le plus sur des passeports.

Cependant l'Assemblée législative s'inuiétait du voisinage des jacobins. Penant le mois de février 1792, elle protesta, au nom de l'administration , contre les empiétements d'une société célèbre ; les journaux, les affiches même étaient remplis d'attaques sérieuses ou plaisantes contre ces frères jacobites , dignes émules des frères jésuites ; des ogres , des disciples du Vieux de la Montagne, un fléau, une peste, etc.

Mais il n'était plus au pouvoir de personne de lutter contre une puissance dont la mission commençait à peine, et dont l'ascendant imposait déjà au gouvernement lui-même. Dumouriez, alors ministre de la guerre, monta à la tribune du club (19 mars 1792) , coiffé du bonnet rouge, dont Robespierre ce-

Î tendant n'était guère partisan , et que ui ni les jacobins ne considéraient pas comme un signe nécessaire ou indu-

bitable du patriotisme; Dumouriez, disons -nous, annonça qu'il allait entamer des négociations qui produiraient sous peu une guerre décisive ou une paix solide. Contrairement à l'usage, le président lui répondit par quelques paroles flatteuses. Col lot-d'Her bois et Robespierre, après lui, s'élevèrent vivement contre cette distinction inusitée, et celui-ci rappela sévèrement le président aux principes et aux règlements de la société, ainsi qu'à la pratique de l'égalité. Dumouriez ne trouva rien de mieux à faire que de se précipiter dans les bras de Robespierre pour le remercier avec effusion.

Nous avons fait remarquer avec quelle indépendance la société s'était posée au milieu des partis qu'elle dominait; la scission des feuillants y avait détruit toute sympathie pour la monarchie, mais elle était loin encore de se prononcer pour la république. « Jamais la mo- « narchie, disait P. Choderlos(*), ne m'a « paru meilleure à conserver que depuis « que les vaines illusions qui, naguère en- « core, environnaient la personne du mo- « narque , sont détruites. » Robespierre s'exprimait ainsi : « J'aime le caractère « républicain; je sais que c'est dans les « républiques que se sont élevées toutes « les grandes âmes, tous les nobles senti- « ments; mais je crois aussi qu'il nous « convient dans ce moment de déclarer « tout haut que nous sommes des amis « décidés de la constitution , jusqu'à ce « que la volonté générale , éclairée par « une plus mûre expérience , déclare « qu'elle aspire à un bonheur plus grand. « Je déclare, moi , et je le fais au nom « de la société , qui ne me démentira « pas, que je préfère l'individu que le « hasard, la naissance, les circonstances « nous ont donné pour roi , à tous les « rois qu'on voudrait nous donner. »

A côté de cette improvisation remarquable par sa convenance et sa mesure, il en est une autre que nous ne pouvons pas reproduire ici, mais qui mit en émoi toute cette société plus voltairienne encore que jacobine. C'était le 26 mars; le girondin Guadet venait de quitter la tribune : Robespierre , dans

(*) Journal de la société des amis de la constitution, t. IY, p. 355.

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un discours admirable , exprima de nobles pensées, des sentiments religieux; il parla de Dieu avec simplicité, avec effusion , avec une éloquence entraînante. Cependant, malgré l'autorité de sa parole, il ne fut pas compris cette fois : les feuilles girondines et ses partisans eux - mêmes le raillèrent de ce qu'ils appelèrent son cagotisme.

Déjà les luttes personnelles commençaient à donner aux séances du club un caractère plus tumultueux et plus passionné. A mesure que l'horizon se rembrunissait, que le danger devenait plus imminent, les susceptibilités, les haines, les ambitions se tenaient plus en éveil. Rœderer dénoncé par Collot-d'Herbois fut éliminé à cause de ses relations douteuses, et parce qu'il avait d'un côté la figure d'un jacobin, de l'autre celle d'un feuillant; Tallien s'attaqua à Brissot et à Condorcet ; Chabaud accusa Vergniaud et Fauchet; Anacharsis Clootz, en sa qualité de représentant du genre humain, porta un acte d'accusation contre tous les tyrans.

Robespierre voyait avec plaisir ces premières escarmouches, mais il se tenait encore dans la réserve. « Je n'at- « tache pas encore beaucoup de prix à « ces attaques^ dit-il; le moment dedé- « masquer les traîtres arrivera ; je ne « veux pas qu'ils le soient encore.... il « faut que les semences germent... il « faut que le coup qui sera frappé soit «décisif!...»

Ce fut au milieu d'une de ces séances où se succédaient les accusations personnelles, qu'un homme du peuple, un citoyen du faubourg Saint-Antoine, donna en termes énergiques une sévère leçon au club touf entier. « ... Vous vous « occupez trop de formalités. Toujours « Ton vous, voit agités pour des que- « relies particulières , pour des débats « d'amour-propre , tandis que la patrie « devrait appeler tous vos soins. Des ja- « cobins devraient-ils s'abaisser à jouer « le rôle de lutteurs?... »

Cependant la position du roi devenait de plus en plus critique. Le peuple avait envahi les Tuileries dans la journée du 20 juin; l'exaspération était grande. La physionomie du club reflétait toutes ces nuances de l'opinion.

Dans la séance du 25, Delfau , député

de la Dordogne, oui avait à la tribune de l'Assemblée législative attaqué les sociétés patriotiques, fut dénoncé par Baumier et éliminé. Le premier ennemi sur lequel Robespierre frappa ouvertement fut la Fayette; il demanda sa mise en accusation; toutefois, il voulait que l'opinion publique fût appelée à se prononcer avant la haute cour nationale qui devait le juger. Toutes les mesures énergiques qui devaient assurer le salut de la patrie furent proposées par les jacobins, et l'Assemblée législative ne fit qu'obéir à leur puissante initiative. « Ils agissent, disent « MM. Bûchez et Roux (*), comme un « des pouvoirs de l'État ; ils surveillent, « prévoient, préparent des projets d'ad- « ministration; ils se sont saisis de l'i- « nitiative, à laquelle la constitution « n'avait point donné de place parmi les «pouvoirs qu'elle avait constitués... Il « rut heureux que cette société se trou- « vât. Ni le ministère, ni la Législative « ne pouvaient accomplir le rôle dont « elle se chargea. Ainsi toujours nous <» les verrons devancer les corps cons- « titués , jusqu'au moment où ils pré- « sideront aux actes extra-constitution- « nels qui brisèrent le trône et préparè- « rent la république. Les jacobins sont « en ce moment les vrais administra- « teurs de la révolution, »

L'époque de la fédération du 14 juillet approchait. Lamourette avait, dans un moment d'enthousiasme rappelé tous les députés à l'union, a la concorde, et provoqué ces accolades fameuses qui recurent son nom. Le club entier stigmatfsa , par l'organe de Billaud-Varennes , ces démonstrations ridicules, et rappela les dangers de la situation dans ses véritables termes ; en effet, l'émigration et l'Europe entière avec elle conspiraient sourdement contre la France.

! La patrie fut déclarée en danger, et Robespierre demanda , comme la première et la plus indispensable mesure, qu'avant trois jours un décret eût fait justice de la Fayette. Cependant, au milieu de l'exaltation populaire, sous le coup d'un danger imminent, la fête du 14 juillet , qui mit en mouvement la

(») Bûchez et Roux , t ±V, p. a66.

6Î2 JACOBINS I/tlNÎVËRS. JACOBINS

capitale entière et les corps de fédérés qui s'y étaient donné rendez-vous, fut calme et paisible.

Les fédérés ne quittèrent pas la capitale après la fête de la fédération; c'était une force sur laquelle les jacobins voulaient s'appuyer dans les événements qui se préparaient. « Nous ne quitterons « Paris, disaient-ils, qu'après la desti- « tution du roi, et si l'Assemblée natio- « nale n'a pas le droit de rendre la souve- « raineté au peuple, le peuple la repren- « dra (*). »

Un journaliste, accusé d'avoir inséré dans un journal du soir un compte rendu inexact d'une opinion émise par Robespierre , fut chassé du club. Mais les événements politiques arrêtèrent bientôt le système des éliminations personnelles. Les proportions de la lutte avaient grandi; ce n'étaient pas seulement des hommes, des partis, c'était l'Assemblée législative,c'était la royauté, c'était la constitution qu'on voulait renverser. Pendant le mois de juillet, les discussions du club eurent un caractère remarquable de grandeur. L'attaque était hardie ; mais elle était franche et sincèrement pas sionnée, et Robespierre, en combattant ces deux grands pouvoirs de l'État , le roi et l'Assemblée, trouva plus d'une fois de sublimes inspirations.

Le manifeste de Brunswick, celui du roi de Prusse, hâtèrent le moment de l'explosion. Comme ils avaient pris l'initiative dans la discussion, les jacobins la prirent dans la pratique ; ils organisèrent la journée du 10 août, qui lut le dernier coup porté à la royauté, en tant que puissance politique. A la suite de cette journée , l'Assemblée suspendit Louis XVI de ses fonctions , et donna un gouverneur à son fils.

On peut dire cependant, que de ce jour il n'y eut plus de gouvernement en France. Les jacobins pouvaient bien, avec leur valeur d'initiative et la centralisation de leur pouvoir, faire marcher devant ou derrière eux un gouvernement quelconque; mais ils n'étaient pas gouvernement eux-mêmes ; ils n'étaient pas constitués. Ils continrent dans de certaines limites le débordement populaire ;

(*) Séance du club des jacobins, 12 juillet.

mais ils ne purent dire toujours à ces passions qu'ils partageaient, et auxquelles ils devaient leur force : Vous n'irez pas plus loin.

Les jou/nées de septembre furent une des conséquences de cette exaltation , de ces haines et de ces terreurs populaires. Heureusement , nous n'avons pas à retracer ici ces horribles scènes ; mais nous devons établir que rien, dans les documents historiques de l'époque, ne démontre la coopération du club des Jacobins et de Robes- • pierre, qui en était le chef, à ces épouvantables massacres. Le comité de surveillance dont Marat faisait partie fut, sous l'influence de Danton , l'instrument principal de ces terribles mesures , que le salut public et l'étranger à nos portes peuvent expliquer, sans les justifier.

Les séances du club furent dépourvues d'animation et d'intérêt pendant que se préparaient les élections d'où devait sortir la Convention nationale. La nouvelle assemblée ouvrit ses séances le 21 septembre, sous la présidence de Pétion; la république française une et indivisible fut proclamée quatre jours plus tard.

Les jacobins quittèrent alors leur ancien titre d'ami.* delà constitution , et prirent officiellement celui de jacobins amis de l'égalité et de la liberté. Ce fut alors que commença la lutte sanglante entre les influences rivales qui allaient se disputer le pouvoir. Les girondins montèrent les premiers à la brèche; on sait tout ce qu'ils commirent d'erreurs, de contre-sens politiques, d'actes de faiblesse, dans cette lutte où le pouvoir devait cependant rester non-seulement au plus fort et au plus habile, mais surtout au plus capable de diriger le pays et de le sauver de l'anarchie intérieure et de l'invasion étrangère.

Rarbaroux osa le premier accuser Robespierre de viser à la dictature; ce fut en effet le défaut du parti auquel il appartenait que de déclamer contre la dictature et de ne rien faire pour la prévenir. Quant à Robespierre, il se préparait à la tâche immense que les circonstances allaient lui imposer. Il résumait en lui au plus haut degré l'instinct qui faisait la force du club qu'il

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dirigeait; plus que personne , il avait le sentiment de la nécessité de l'unité politique de la France; il était, sans contredit , la seule capacité gouvernementale de son temps. Aucun homme n'a rempli le vide gui le sépare de Bonaparte. « L'opinion publique , » dit-il dans la première lettre adressée à ses commettants, «ne peut plus reconnaî- « tre aujourd'hui les ennemis de la li- « berté aux traits prononcés du roya- * lisme et de l'aristocratie ; il faut «qu'elle les saisisse sous les formes «plus délicates de l'incivisme et de «l'intrigue; elle ne pourrait que se « tromper, ou flotter dans une funeste « incertitude si elle cherchait encore à « classer les hommes d'après les an- « ciennes dénominations. »

Infériorité numérique des jacobins.

— Ils luttent contre toute tendance fédéraliste. — - Procès de Louis XVI. — Les jacobins n'avaient pas la majorité dans la Convention-, au 5 octobre, cent treize députés seulement s'étaient fait inscrire sur leur liste (*) ; ils auraient voulu , en conséquence, être maîtres des élections municipales', le choix du maire étant extrêmement important, en raison de l'influence et de l autorité de la Commune, qui était, après la Convention, le seul pouvoir légal et constitué. Les jacobins voulaient à ce poste un homme nul, qui pût s'abandonner entièrement à leur direction.

Lbuillier, sous ce rapport, convenait parfaitement à leurs vues.

Cependant Louis XVI comparaissait devant la Convention , et les débats de son procès préoccupaient l'attention publique. Mais aux Jacobins, c'était moins ce prince qui était en cause, que l'assemblée qui devait le juger; on y dévoilait, en effet, toutes les manœuvres de la contre-révolution; on y combattait toutes les tendances fédéralistes qui eussent livré la France désarmée et sans force à l'invasion étrangère. Ainsi, quand à propos d'une adresse du département a es Bouches -du -Rhône reclamant un décret contre Marat, Guadet demanda , au nom de la souveraineté du peuple, que les assemblées primaires se réunissent presque en permanence pour

(*) Bûchez et Roux , t. XIX, p. «33.

T. IX. 48* Livraison. (Dict. encycl.,

prononcer sur le rappel des membres de ta Convention qui auraient trahi la patrie, n'y avait- il pas un sens droit et profona à résister à une pareille proposition? «Si nous l'adoptions, disait « Prieur, nous verrions bientôt arriver « les républiques fédératives ! » il avait raison.

Ainsi que nous l'avons dit, la société s'occupait peu du procès de Louis XVI; pour elle, ce procès était jugé. Ce qui se passait à la Convention n avait lieu que pour la forme; c'était un fait accompli qui se régularisait; le roi n'était plus qu'un ennemi renversé; mais Brissot, Buzot, les girondins, Philippe-Égalité, ceux-là étaient encore debout; c'était avec eux que le club allait enga-

f;er la lutte. Si, au 10 août, les cordeiers avaient poussé le peuple aux Tuileries, c'était la pensée des jacobins qui les avait eux-mêmes dirigés. En realité, c'étaient les jacobins qui avaient renversé le trône; eux seuls pouvaient avoir la prétention de gouverner la république; et cependant a la Convention, clans le ministère , dans la presse , partout, ils rencontraient des obstacles qui s'opposaient à toute organisation, à tout exercice de l'autorité.

La.royauté n'était plus en cause , ses meilleurs amis n'osaient plus avouer leurs sympathies pour elle. Les feuillants représentaient toujours au fond ce constitutionalisme modéré qui avait ouvert la révolution, mais, nous l'avons dit, ils étaient depuis longtemps débordés; les girondins, puissants par leur nombre, leur jeunesse , leur éloquence, étaient républicains, mais fédéralistes, et aucun d'eux n'avait une idée gouvernementale; les cordeliers enfin , cette tête bruyante des faubourgs, étaient les manœuvres de la révolution; ils obéissaient à toutes les passions de la multitude, à toutes les intrigues contrerévolutionnaires , et Danton , Brissot , Marat les faisaient mouvoir tour à tour. Tels étaient les éléments contre lesquels les jacobins entreprenaient de résister; et a cette époque cependant toutes les sympathies ne leur étaient pas encore acquises. Les sociétés populaires des villes les plus importantes, telles que Marseille, Bordeaux, Nantes, Montpellier, blâmaient dans leurs correspon-

BTC) *»

dances les agitateurs et les moralistes, d'Herbois , Anacharsis Clootz faisaient

et quelques-unes déclaraient qu'elles partie du comité que Ton avait chargé

suspendaient leur affiliation jusqu'à ce de rédiger les projets de ces décrets

que la société centrale eût expulsé ces importants. Le club envoya aux socié-

hommes de son sein. tés affiliées une adresse ou les dangers

Dans la séance du 12 décembre, Tal- de la situation, les manœuvres des lien avait dénoncé Rolland comme Irai- partis étaient exposés avec une netteté tre à la liberté; Robespierre avait ou- remarquable; c était un manifeste de vertement accusé les bnssotins de lutter guerre dirigé surtout contre les gironcontre Y unité, et de vouloir fédéraliser dins. Ceux-ci se tinrent prêts à la déla république. Léonard Bourdon ayant fense ; mais ce n'est pas ici le lieu de proposé rétablissement d'une armée suivre tous les accidents de ce duel terrévolutionnaire dans chaque départe- rible, dont le 31 mai fut ledénoilment; ment, pour y exciter l'esprit public et ces incidents ont été racontés ailleurs; réprimer les manœuvres de Vémigra- nons n'avons point à nous en occuper tion, le elub se hûta de repousser ce de nouveau. (Voyez Girondins.) projet , parce qu'il aurait donné à A l'époque où nous sommes arrivés , chaque département une force parti- ce fut à la tribune de la Convention plus entière, et qu'il aurait trop facilité les qu'à celle du club que la lutte s'engagea. mouvements et les intrigues du fédé- Robespierre voulait un pouvoir plus raUsme (*}. actif, plus unitaire que celui du conseil

Ainsi la question qui dominait toutes exécutif. « Je vous conjure, au nom de

les délibérations du club, c'était celle «la patrie, avait-il dit, de changer le

de l'unité nationale, et tous les projets «système actuel de notre gouverne-

3 ni ne s'accordaient pas avec le principe « ment! » Ce fut le 22 mars 1793, sur

e cette unité étaient constamment re- la demande d'Isnard, que la Convention

poussés. Nous insistons particulière- chargea le comité de défense générale

ment sur ee point , parce qu'en effet , de lui présenter l'organisation d'un co-

c'est dans la lutte contre le Fédéralisme mité de salut public. Le comité fut

qu'il faut chercher le caractère spécial, organisé le 21 , et composé eu grande

le vrai côté politique des jacobins. partie de girondins. Le moment appro-

Cependant les excès des cordeliers, chait cependant où ce comité allait

les violences démagogiques de Marat exercer ce pouvoir despotique dont les

retombaient sur les jacobins, sur Ro- jacobins avaient depuis longtemps pro-

bespierre surtout, et rendaient leur tâ- clamé la nécessité, che de plus en plus difficile; tandis que 31 mai, renversement des girondins.

les girondins et les brissotins eux-mêmes — Le temps pressait; jamais la situa-

8vaient le beau rôle dans l'opinion pu- tion extérieure d'un ç;rand peuple n'a-

blique. Mais on n'organise pas un état vait été aussi désespérée. La mort de

nouveau, on ne détruit pas une organisa- Louis XVI avait ameuté l'Europe en-

tion vieillie avec des phrases academi- tière contre la France. La Suisse, la

ques. Les jacobins ne s'en cachaient pas: Suède, le Danemark et la Turquie,

ils Voulaient despotiqueinent Vanité et étaient les seuls États qui gardassent la

Y indivisibilité de la république (**), neutralité. « La république eut ses

Le 11 janvier 1793, Vergniaud, Gen- flancs menacés par les troupes les

sonné, Guadet furent exclus de la liste plus aguerries de l'Europe. Il lui fallut

du club; le 16, Dumouriez et Relier- combattre 45,000 Austro-Sardes aux

mann y furent dénoncés comme traîtres Alpes, 50,000 Espagnols aux Pyrénées,

à la patrie; puis l'organisation de l'ar- 70,000 Autrichiens ou Impériaux, ren-

mée et le nouveau projet de constitution forcés de 38,000 Anglo-Bataves, sur le

donnèrent lieu à de vives discussions, bas Rhin et en Belgique; 32,400 Autri-

Billaud-Varennes, Saint - Just , Robes- chiens entre Meuse et Moselle, 1 12.G0O

pierre , lleuriot , Couthon , Collot- Prussiens, Autrichiens et Impériaux sur

(*) Moniteur universel, 10 décembre. le moyen et haut Rhin (*). » (•*) Adresse de la société des jacobins aux (*) Mignet, Hist. de la révolution franc.,

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Ce n'était rien encore que ces ennemis extérieurs; mais l'Angleterre, niais l'émigration avaient leurs agents dans nos^ clubs, dans toutes nos villes; c'était sous leur souffle que la Vendée se levait et secouait sur le pays les horreurs de la guerre civile ; la trahison était partout ; Dumouriez et son étatmajor passaient à l'ennemi; les ressources étaient épuisées; le peuple était debout et ne demandait que guerre et vengeance; qui donc alors eût sauvé la France? ce n'étaient ni les cordeliers, ni les feuillants, ni les constitutionnels! Ce fut le peuple avec son cœur et ses bras ; ce furent les jacobins avec leur énergie, leurs passions, leurs instincts politiques qui sauvèrent la patrie!

Une scission profonde divisait, depuis le 10 août, les girondins et les jacobins. La tribune de la Convention, celles des clubs avaient retenti de leurs mutuelles attaques. Cette lutte touchait cependant à son terme. Les girondins eux-mêmes, en faisant adopter la loi du 8 avril, portant que les * députés convaincus d'un délit national seraient livrés surle-champ au tribunal révolutionnaire, avaient mis dans les mains de leurs adversaires l'arme qui devait les frapper.

De toutes les luttes révolutionnaires, v aucune n'offre un aspect aussi animé , un intérêt aussi puissant que celle du 31 mai et du 2 juin voyez Commission des douze et Girondins). Les jacobins ne se dissimulaient pas la puissance de leurs adversaires; ils ne reculèrent devant aucune violence pour les renverser. La Commune, les comités révolutionnaires, les sections, attaquèrent et violèrent l'enceinte de la Convention ; le maire Pache, le procureur de la Com mune, Chaumette, le commandant général Henriot, dirigèrent au dehors les mouvements populaires, tandis qu'à la tribune, les députés jacobins prenaient la Gironde corps à corps. « Quiconque « s'arrête en révolution est écrasé, dit « Collot-d'Herbois.— Oser, s'écria Saint- « Just, oser, c'est toute la politique! » Que pouvaient devant ces hardis axiomes, devant ces audacieux agresseurs, l'éloquence académique, le caractère irrésolu des girondins, de ces hommes qui ne savaient ni oser longtemps, ni marcher toujours?

«Il est douteux, dit M. Mignet, qui certes n'est pas suspect de jacobinisme, que les girondins eussent triomphé, même en se montrant unis, et surtout qu'en triomphant ils eussent sauvé la révolution. Comment auraient-ils fait, avec des lois justes, ce que les montagnards firent avec des mesures violentes? comment auraient-ils vaincu les ennemis étrangers sans fanatisme, com- >rimé les partis sans épouvante, nourri a multitude sans maximum, alimenté es armées sans réquisition? Si le 31 mai avait eu lieu en sens inverse, on aurait probablement vu, dès lors, ce qui se montra plus tard, le ralentissement de l'action révolutionnaire, les attaques redoublées de l'Europe, la reprise d armes de tous les partis, les journées de prairial, sans pouvoir repousser la multitude; les journées de vendémiaire, sans pouvoir repousser les royalistes; l'invasion des coalisés, et, d'après la politique d'usage à cette époque, le morcellement de la France. »

Dès ce moment, en effet, le gouvernement énergique du comité de salut public est organisé, et toutes les grandes et terribles mesures que les circonstances ont rendues nécessaires assurent au gouvernement républicain plus d'unité, plus de force d'action que n'en eurent jamais les gouvernements monarchiques les plus absolus. Les décrets contre l'accaparement, contre les suspects, contre l'importation des marchandises anglaises, ceux qui modifient la propriété, ceux qui mettent au pouvoir de l'État les biens des émigrés, reçoivent une ap-

Elication vigoureuse. Là réquisition , îs levées en masse poussent a la frontière l'élite de la nation; le comité de salut public ne perd pas un seul instant de vue les ennemis du dedans et ceux du dehors ; car c'est autant contre les émigrés que contre les fédéralistes qu'il dirige ses coups. Il faut que la France soit sauvée, non-seulement de la royauté , qui entraîne avec elle l'invasion étrangère , mais aussi d'un républicanisme mal entendu , qui voudrait morceler le territoire et diviser le pouvoir; c'est, en un mot, Cunité et l'indivisibilité de la France qu'il faut assurer à tout prix.

Robespierre , entré au comité de sa-

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lut public le 27 juillet , Saint-Just, Carnot, Merlin et tous ceux qui prirent part à l'action du gouvernement révolutionnaire, semblent n'avoir qu'une même pensée et agir comme un seul homme.

Esprit religieux des jacobins. — Certaines gens se sont moqués du caractère des fêtes républicaines; on a considéré comme le comble de la folie la pensée religieuse qui y présidait ; la première fête de ce genre fut celle du 10 août 1793, célébrée sur remplacement de la Bastille, où s'élevait, au milieu des ruines féodales, une statue colossale de la Nature , qui , pressant de ses mains ses mamelles , en faisait jaillir deux sources d'eau pure, symbole de son inépuisable fécondité. Il faut lire sans fausse préoccupation, en se reportant par sa pensée à cette époque extraordinaire, la description de cette fête dans les journaux du temps et dans les mémoires des contemporains, pour sentir tout ce qu'il y avait de sublime dans ce premier retour de l'esprit religieux en France au sein même de la terreur.

Pour nous , en voyant ces hommes, ces vieillards , dont l'un disait : « Je tou- « che au bord de mon tombeau ; mais, « en pressant cette coupe de mes lèvres, « je crois renaître avec le genre humain « qui se régénère; » un autre : « Que « de jours ont passé sur ma tête ! O na- « ture l je te remercie de n'avoir pas « terminé ma vie avant celui-ci; » nous avouons humblement qu'au lieu de voir là de ridicules momeries, nous sommes saisis d'émotion, et que ce culte public offert à la nature nous semble aussi beau , aussi respectable que le christianisme naissant. Qui donc , en effet , leur avait appris à ces hommes , à s'incliner devant un Dieu nouveau?

Était-ce la monarchie avec ses scandales et ses débauches? Était-ce le dix-huitième siècle ? Étaient-ce les encyclopédistes qui avaient éveillé dans ces âmes inflexibles le besoin d'un culte public, le sentiment et l'amour de la Divinité? C'est sans contredit une des plus belles faces, une des plus belles gloires des Jacobins que d'avoir les premiers convié la France aux idées religieuses qui seules font la force morale des nations.

Ce fut sous l'influence de ce senti-

ment religieux que la Convention proclama , le 7 mai 1794 , l'existence de l'Être suprême et l'immortalité de l'âme. En dépit de toutes les railleries que cette déclaration a inspirées, dussionsnous paraître ridicules en l'avouant , il y a là quelque chose qui remue profondément notre âme. Au milieu ae cette vieille société française qui foulait aux pieds tout ce qu'elle avait adoré, qui renversait ses autels , que le matérialisme débordait; à l'apogée même de cette révolution qui avait profané les temples, proscrit et dépouillé le clergé ; ce fut une noble et courageuse pensée que celle de flétrir l'athéisme, et de proclamer l'existence de Dieu. Le sceptique Mirabeau, ni les rhétoriciens de la Gironde n'eussent jamais pu la concevoir.

Les jacobins renversent les cordcliers. — La Gironde était à peine renversée, que les jacobins dirigèrent leurs efforts contre les chefs des cordeliers, £n effet, seuls dans le grand mouvement de régénération qui entraînait la France, les jacobins poursuivaient un but et ne se laissaient pas aveugler par les théories républicaines; ils voulaient constituer le pouvoir et l'autorité , et , en logiciens inflexibles, ils abattaient tout ce qui leur faisait obstacle. Si les cordeliers n'eussent pas élevé des prétentions gouvernementales , s'ils se fussent tenus dans leur rôle , qui consistait à remuer les passions populaires et à servir à leur insu les vues et les projets des jacobins, ceux-ci n'eussent pas son^é à se défaire des chefs de ce club célèbre. Mais, de même que lés jacobins s'étaient appuyés sur la Convention pour y organiser le pouvoir exécutif, pour lui imprimer cette vigueur etcette unité d'action qui assura le salut et l'indépendance du pays, de même les cordeliers voulurent s'appuyer sur la Commune, sur le pouvoir le plus décentralisateur en quelque sorte, pour combattre l'influence à laquelle ils tentaient vainement d'échapper ; ils succombèrent comme les girondins.

Chute de Robespierre, Saint-Just, etc.

— Mais l'heure approchait où les hommes extraordinaires qui dirigeaient les jacobins allaient succomber à leur tour. La royauté, les girondins, les cordeliers, tout était renversé. Les 14 armées que le

comité de salut public avait organisées repoussaient les efforts de la coalition; ce comité, si uni jusqu'alors, avait enfin compris que sa puissance anormale ne pouvait durer toujours, et qu'il s'agissait de décider comment et par qui la France serait gouvernée régulièrement.

Entre de pareils hommes , la question du pouvoir ne pouvait être qu'une question de vie ou de mort.

Robespierre avait acquis une influence et une popularité considérables depuis qu'il avait donné à la démocratie ce caractère de moralité religieuse dont le peuple avait bien senti Ta grandeur. Il touchait enfin au but de ses efforts , et quel que fut son rêve , il est permis de aire aujourd'hui qu'il ne séparait pas sa propre élévation du bonheur et de la gloire de la France ! Au milieu des hommes qui l'entouraient , il se sentait seul assez fort , assez puissant ; il se sentait seul assez près du peuple, pour entreprendre la tâche immense qu'il n'eût sans doute pas pu terminer , car elle était au-dessus des forces humaines. Entre Robespierre, Saint-Just, Le Bas, Couthon, et leurs nombreux adversaires des comités et de la Convention, la lutte est désormais déclarée. « Il faut , dit «Robespierre, punir les traîtres, renou- « vêler les bureaux du comité de sûreté « générale , épurer ce comité , et le suci bordonner au comité de salut public ; « épurer le comité de salut public lui- « même ; constituer Yunité du gouver- « nement sous l'autorité suprême de la « Convention ; et écraser ainsi toutes les p factions du poids de l'autorité natio- « nale , pour élever sur leurs ruines la « puissance de la justice et de la lift berté. »

Bourdon de l'Oise d'abord, puis Vadier, Cambon, Billaud-Varennes, Panis, Carlier , Thirion , combattirent l'influence de Robespierre, que le club des Jacobins couvrit de ses applaudissements. On sait quel fut le résultat du 9 thermidor. Cette journée mémorable, qui , suivant les thermidoriens , sauva la France, ne fit, en réalité, que sauver leurs têtes; et elle ouvrit pour la répupublique une ère déplorable de faiblesse, d'inertie, d'égoïsme et de corruption.

« La république est perdue ! » s'était

écrié Robespierre, quand la Convention le livrait avec son frère, Couthon, Saint-Just et Le Bas , aux gardes charés de les arrêter. Elle était perdue sans oute , car les âmes fortes et pures étaient vaincues , car la France allait subir les faiblesses du Directoire , le despotisme de l'empire et la. honte de l'invasion.

Avec ces hommes, et tous ceux que la réaction thermidorienne enveloppa dans ses haines et dans ses proscriptions, disparut le jacobinisme, tel que nous avons essayé de le caractériser dans cette étude, beaucoup trop incomplète.

Le club subsista bien encore; des étincelles du feu sacré qui l'avait embrasé jaillirent quelquefois encore de ses flancs dévastés. Mais sa mission était finie , et Bonaparte , ce jacobin couronné, au lieu de poursuivre, d'assurer à la fois l'unité et la liberté de la France, constituera la première en étouffant la seconde.

Destruction du club.— On sait quels furent les excès de la réaction ; elle savait bien que le club recèlerait ses plus ardents ennemis; aussi employa-t-elle toutes les ressources de sa victoire à combattre et annuler son influence.

Un décret du 17 octobre (25 vendémiaire ) défendant toutes associations , et interdisant toute correspondance en nom collectif aux sociétés populaires, porta un premier coup à l'existence du club. Billaud-Varennes essaya en vain de résister, de redonner la vie à ce corps jadis tout-puissant; mais l'âme intelligente et active en était partie. Tallien et Rewbell obtinrent , le 12 novembre, un décret qui en suspendit les séances. Les jacobins , malgré le décret , voulurent se réunir ; la jeunesse dorée intervint, et, le 19, les comités du gouvernement ordonnèrent la fermeture de la salle.

Sous le Directoire, les jacobins, disséminés, sans point de réunion, ne conservèrent de leur vieil esprit (jue les moins nobles et les moins généreuses tendances; pour être justes d'ailleurs, il faut dire que l'esprit d'opposition qui animait les membres de \a société du Manège, de la rue du Bac, appartenait plutôt aux cordeliers qu'aux jacobins. C'é-

tait, en effet, 'toujours cette même opposition brouillonne , tracassière, sans

Sortée, sans but politique, aussi avide de ésordre qu'incapable d'exercer le pouvoir; ce n était plus, suivant l'expression de Lucien Bonaparte (*), « ce pou- « voir que la France avait vu le rival et u le régulateur audacieux des pouvoirs « légitimes et constitutionnels. »

Nous avons indiqué le point de vue d'où nous semblent devoir être envisagées la valeur historique et la haute influence des jacobins. Dans cette étude rapide et incomplète , pressés entre le récit et l'appréciation des faits , nous avons indique plutôt que développé l'opinion que nous a inspirée l'examen sérieux des documents Historiques; mais il importe que ce procès célèbre , qui , suivant l'expression remarquable de Cambacérès à Napoléon , a été jugéf mais non plaidé, le soit avec impartialité et bonne foi. Le jour est venu où justice doit être rendue à cette grande association , qu'on a chargée de tous les crimes et de tous les désordres de la révolution Nous citerons en terminant l'opinion d'un homme qui , moins encore que M. Mignet, dont nous rapportions tout à l'heure le sentiment sur cette matière , peut être taxé de jacobinisme en matière politique. M. de ChAteaubriand écrivait, en 1797 (**):

« On a beaucoup parlé des jacobins , et « peu de gens les ont connus. La plu- « part se jettent dans des déclamations, « et publient les crimes de cette société, « sans nous apprendre le principe gé- « néral qui en dirigeait les vues. Il « consistait , ce principe, dans le sys- « tème de perfection vers lequel le pre- « mier pas à faire était la restauration «des lois de Lycur»ue.... Que si par «ailleurs on considère que ce sont les «jacobins qui ont donné à la France des « armées nombreuses , braves et disci- « plinées ; que ce sont eux qui ont « trouvé moyen de les payer, d'approvi- « sionner un grand pays sans ressources «et entouré d'ennemis; que ce furent « eux qui créèrent une marine comme

(*) Mémoires, I. I, p. 32a.

(**) Essai historique , politique et moral sur les révolutions, etc.% par M. le vicomte de ChAteaubriand. Londres, 1797.

« par miracle, et conservèrent , par in- «trigtte et argent, la neutralité de quel- « ques puissances ; que c'est sous leur « règne que les grandes découvertes en « histoire naturelle se sont faites et les «grands généraux se sont formés; «qu'enfin ils avaient donné de la vi- « gueur à un corps épuisé , et organisé « pour ainsi dire l'anarchie ; il faut né- « cessairement convenir que ces mons- « très, échappés de l'enfer , en avaient « tous les talents. » \

Jacotin (N.), né vers 1763, fut employé dès l'âge de 18 ans au cadastre de fa Corse, et quitta cette île en 1794, lorsque Bastia, assiégée parles Anglais, fut obligée de capituler. Il fit ensuite partie de l'expédition d'Égypte en qualité de directeurdu corps des ingénieursgéographes , et , lorsqu'il revint en France, en 1800 , il obtint la place du chef de la section topographique au ministère de la guerre , place qu'il occupa jusqu'à sa mort , arrivée a Paris le 4 avril 1827. Ce fut lui qui dirigea V Atlas de VÊgypte et de la Syrie eh 52 feuilles. Il rassembla les éléments d'une Carte d'Espagne, et prépara les Cartes nécessaires aux campagnes du maréchal Gouvion- Saint- Cyr. C'est à lui que l'on doit la belle Carte de Corse en 8 feuilles, qui a été faite d'après les opérations du cadastre.

Jacotot (Jean-Joseph) , né à Dijon en 1770 , occupait à 19 ans la chaire d'humanités au collège de sa ville natale. La même année, il se fit recevoir avocat, puis s'enrôla en 1791 dans le bataillon de la Côte-d'Or, où ses camarades lui conférèrent le grade de capitaine d'artillerie. Nous le retrouvons en 1794 à Paris, d'abord secrétaire du commissaire de l'organisation de l'armée , puis l'un des adjoints du directeur de l'école des travaux publics. Il quitta ce dernier poste l'année suivante, pour accepter celui de professeur à l'école centrale de Dijon. Il y enseigna successivement la logique et les langues anciennes, et en 1803 , lorsque l'école fut transformée en lycée, il fut chargé de la classe de mathématiques transcendantes. Nommé en 1806 professeur suppléant à la faculté de droit , et en 1809 , professeur de mathématiques pures à celle des sciences, il fut en

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