JACQUARD L'UNIVERS. JACQUARD
conditions proposées. Dès son enfance, il s'était senti pour la mécanique un goût très-prononcé , et en 1790 il avait imaginé un mécanisme propre à perfectionner le métier à tisser ; mais il avait oublié cette inspiration de son génie, quand cette circonstance fortuite vint la lui rappeler. Il réussit parfaitement dans son nouvel essai ; mais il se contenta de sa propre satisfaction : aussitôt le résultat obtenu , il n'y songea plus, et donna à un ami la pièce de filet ou de dentelle qu'il avait fabriquée.
Le préfet en eut connaissance , et fit appeler l'inventeur, pour lui demander à voir sa machine. Jacquard obtint un délai de trois semaines, afin de la remettre en état et d'y ajouter quelques perfectionnements, et au bout de ce temps il transporta son appareil chez le préfet; puis le priant de poser le pied sur une pédale, il lui montra comment un nouveau nœud venait de s'ajouter à la pièce montée sur le métier.
La machine fut aussitôt envoyée à Paris ; peu après, arriva l'ordre d'y envoyer Jacquard. Les autorités lyonnaises ne donnèrent pas même à rouvrier le temps d'aller faire chez lui les préparatifs de ce voyage , et on le fit partir immédiatement. On dit même que, par suite d'un singulier malentendu, on prit l'ordre du ministre pour un ordre d'arrestation , et que Jacquard , regardé comme un conspirateur , fut en conséquence accompagné par la gendarmerie.
A son arrivée à Paris , la machine fut examinée au Conservatoire des arts et métiers par une commission spéciale.
« C'est donc toi , dit Carnot, quand « l'ouvrier lui fut présenté, c'est donc toi «qui prétends faire l'impossible : un « nœud avec un fil tendu ? »
A la suite de l'épreuve gui répondit à cette question, Jacquard tut attaché au Conservatoire , où toute son attention se porta dès lors vers le perfectionnement des métiers à fabriquer les soieries. Avant lui, tous les fils qui doivent se lever ensemble pour former les dessins des étoffes brochées , étaient levés par des cordes que tirait un enfant auquel le tisseur était obligé de les indiquer. L'appareil Jacquardsoumit cette manœuvre compliquée à un procédé régulier , tirant son mouvement d'une
simple pédale que l'ouvrier fait jouer lui-même. Il en fit un modèle, et le présenta en 1801 à l'exposition de l'industrie. Il fut gratifié par le jury d'une médaille de bronze , « pour avoir trouvé, « dit simplement le rapport , un méca- « nisme oui supprime un ouvrier dans « la fabrication des tissus brochés ! » Le 23 décembre suivant , il obtint un brevet d'invention.
En 1804, il retourna à Lyon, où il fut d'abord employé comme chef d'atelier. Ce fut seulement en 1806 qu'il put monter un métier de sa façon. Un décret impérial de la même année lui accorda une pension de 3,000 fr. , sous la condition de travailler au perfectionnement de son appareil , de le faire adopter par les manufacturiers de Lyon , et de diriger les travaux de fabrique des établissements communaux. Mais lorsque les ouvriers virent que le nouveau métier rendait inutiles les auxiliaires nécessaires avec l'ancien, ils devinrent furieux, et lui firent une opposition qui alla quelquefois jusqu'à une féroce bru talite. Insulté, poursuivi, Jacquard eut plusieurs fois à essuyer d'indignes traitements ; il fallut même un jour l'arracher des mains d'une troupe de furieux prêts à le jeter dans le Rhône.
D'un autre côté, des gens qui n'avaient pas su mettre en œuvre sa machine , le traduisirent devant le conseil des prud'hommes , en réclamant des dommages intérêts. Le métier fut brisé publiquement, par sentence du conseil , le fer vendu comme vieux fer, et le bois comme bois à brûler.
Mais Jacquard aimait sa patrie, sa ville natale. Ni ces violences, ni les offres brillantes de l'étranger, ne purent l'engager à transporter ailleurs son invention. Plus tard , il demanda au gouvernement une prime sur chacun de ses métiers ; on la lui accorda , il en avait fixé lui-même la quotité à 50 fr. Napoléon, en signant le décret, s'écria : « En « voilà un qui se contente de peu ! »
Cependant, dès l'année 1809, le nouveau métier se répandait ; car les tisseurs lyonnais commençaient à éprouver les effets de la concurrence étrangère.
En 1812, il était généralement adopté, et à l'exposition de 1819, l'inventeur reçut une médaille d'or avec la croix
d'honneur. Jacquard se retira alors avec sa modeste pension à Oullins , près de Lyon. Il y mourut le 7 août 1834 , âgé de 82 ans.
Une souscription fut ouverte pour lui élever un monument. M. Foyatier modela sa statue, qui, fondue en bronze, a été inaugurée sur la place Sathonay, à Lyon, le 16 août 1840.
Jacque ou Jaque , espèce de casaque de mailles de fer, laquelle s'ajustait au corps, le couvrait en partie, et descendait jusqu'aux genoux. C'était l'arme défensive de l'infanterie. On a prétendu trouver dans le nom de cette armure l'étymologie de celui de la jaquerie.
Voyez ce mot.
Jacquemont (Victor) demanda, à son lit de mort, que l'on mît sur son tombeau cette simple épitaphe : Victor Jacquemont, né à Paris, le 8 août 1801 , mort à Bombay y le 7 septembre 1832, après avoir voyagé trois ans et demi dans l'Inde. Chargé, en effet, par le gouvernement de recueillir dans cette contrée des collections pour le Muséum d'histoire naturelle, il avait pénétré dans l'Asie, au delà de l'Himalaya, jusqu'aux frontières de la Chine. Sa correspondance a été publiée (Paris , 1837, 2 vol. in-8°), et l'on éprouve en la lisant le plus vif intérêt pour l'homme et pour le savant. La relation de son voyage, qui se publie sous les auspices du ministère de l'instruction publique, formera 4 vol. in-4° avec 300 planches.
Jacquerie. C'est le nom que Ton a donné à la plus formidable des insurrections populaires qui ont éclaté en France, avant 1789, contre la noblesse.
Pendant l'anarchie à laquelle la captivité d u roi Jean avait livré la France ( 1 356), les ravages des nobles et des brigands avaient porté partout la misère à son comble. « On n osait plus, dit M. Michelet, sonner dans les églises, si ce n'est à l'heure du couvre-feu, de crainte que le bruit des cloches n'empêchât les habitants en sentinelle sur les murailles d'entendre venir l'ennemi. Combien la terreur n'était-elle pas plus grande dans les campagnes! Les paysans ne dormaient plus. Ceux des bords de la Loire passaient les nuits dans les îles, ou dans des bateaux arrêtés au milieu du fleuve. En Picardie,les populations creusaient la terre et s'y réfugiaient... Les familles s'entas-
saient dans des souterrains à l'approche de l'ennemi. Les femmes, les enfants, y pourrissaient des semaines, des mois, pendant que les hommes allaient timidement au clocher voir si les gens de guerre s'éloignaient de la campagne.
Mais ils ne s'en allaient pas toujours assez vite pour que les pauvres gens pussent semer ou récolter. Ils avaient beau se réfugier sous la terre , la faim les y atteignait. Dans la Brie et le Beauvaisis surtout, il n'y avait plus de ressources; tout était gâté, détruit. Il ne restait plus rien que dans les châteaux...
On appelait par dérision le paysan Jacques Bonhomme. Qui aurait craint de maltraiter des gens qui portaient si gauchement les armes ? C'était un dicton entre les nobles : « Oignez vilain, il « vous poindra ; poignez vilain, il vous « oindra. »
Cependant le jour de la vengeance arriva enfin; et les paysans payèrent à leurs seigneurs un arriéré de plusieurs siècles. Le 28 mai 1358, les haoitants de Saint- Leù , de Cérent , de Nointel , de Cramoisi, et de quelques autres villages des environs de Clermont en Beauvaisis, s'assemblèrent, et jurèrent de détruire tous les nobles, chevaliers et écuyers de France, qui trahissaient le royaume. Ils se donnèrent pour chef un paysan de Mello,nomméparlesunsGm7/a^f?Ca£ letou CaiUett\>ùr d'autres, Karle et Jacques Bonhomme. Armés seulement de bâtons ferrés et de couteaux, ils forcèrent un château voisin, et massacrèrent le châtelain , sa femme et ses enfants. Un second manoir et ses habitants éprouvèrent le même sort. Plusieurs chevaliers furent tués à Saint-Leu. « A ce signal , tous les paysans de la contrée prirent leurs couteaux , leurs cognées , leurs socs de charrue , coupèrent des bâtons dans les bois pour en faire des piques, et coururent sus aux nobles, assaillant hardiment ces fiers châteaux devant lesquels ils avaient si longtemps tremblé, les emportant d'assaut, tuant tout ce qu'ils y trouvaient et y mettant le feu. En peu de jours , l'insurrection se répandit dans tous les sens avec la rapidité de l'incendie qui court sur une campagne couverte d'herbes sèches : elle embrasa le Beauvaisis, l'Amiénois, le Ponthieu, le Vermandois, le Noyonnais, la seigneurie de Coucy , le Laonnais , le
iAf qif.rie L'UNIVERS. JACQUEB1E
Soissonnais, le Valois, la Rrie, le G ruinais le Hurepoix, toute l'Ile-de-France; ellecouvrittout, entre l'embouchure de la Somme et les rives de l'Yonne.Plus de 100,000 vilains quittèrent la bêche pour la pique : les chaumières avaient assez brûlé , c'était le tour des châteaux. La noblesse était dans la stupeur. Presque nulle part, les nobles n'essayaient de se défendre : les plus illustres familles fuyaient à dix et vingt lieues, dès qu'on signalait l'approche des Jacques, et voyaient derrière elles remparts et don- , ons s'écrouler dans des tourbillons de lammes. Plus de soixante forteresses et wnnes maisons furent détruites en Amiénois, Santerre et Beauvaisis ; plus de cent dans le Valois et les diocèses de Laon, Noyon et Soissons, sans compter celles qu'on abattit dans la Brie, dans les environs de Senlis , et dans d'autres contrées de l'Ile-de-France et de la Champagne. Tous les châteaux de la maison de Montmorency furent rasés. La duchesse d'Orléans n'eut que le temps de s'échapper de Beaumont-sur- Oise, qui fut saccagé aussitôt après son départ. Elle courut se réfugier à Meaux, où la duchesse de Normandie et plus de 300 nobles dames et damoiselles s'étaient retirées , « de peur d'être violées, « et par après meurtries par ces mé- « chantes gens. » Elles n'avaient point de merci à espérer ; aucune insurrection, dans les temps modernes, n'eut jamais un caractère aussi terrible et aussi atroce. Les Jacques n'avaient plus rien de l'exaltation religieuse des Pastoureaux; \\& n'attendaient plus le Saint- Esprit et le règne de la justice ; ils combattaient afin de rendre tortures pour tortures, outrages pour outrages , afin de vider en quelques jours cet horrible trésor de haine et de vengeance que les générations s'étaient transmises d'âge en âge, en expirant sur la glèbe. Les plus effroyables scènes de la révolte des noirs à Saint-Domingue peuvent seules donner une idée de ce qui se passa dans les châteaux envahis par la force. On tuait jusqu'aux petits enfants qui n'avaient point encore fait de mal , dit le continuateur de Guillaume de Nangisf). »
(*) Henri Martin, Histoire de Fiance, t. V, p. 54a et suiv.
Cependant une fois revenus de leur premier effroi , les nobles ne tardèrent pas à prendre leur revanche. Les Parisiens,alors en insurrection contre le dauphin, envoyèrent aux Jacques quelques troupes mal vêtues et mal armées.et leurs forces réunies, après être entrées dans Meaux, attaquèrent la forteresse de cette ville, qu on appelait le Marché de Meaux. Le ceptal de Buch et le comte de Foix, Gaston Phœbus,qui revenaient d'une croisade contre les païens de la Prusse et de Lithuanie , s'étaient jetés dans la place avec quelques bonnes lances. « Les vilains , qui estoient , dit Froissard , noirs et petits , et très-mal armés , » ne purent soutenir le choc de chevaliers que leurs armes de fer rendaient presque invulnérables. Ils furent bientôt complètement mis en déroute.
« Les gens d'armes les abattoient à grands monceaux ; ils en tuèrent tant qu'ils en estoient tous lassés, et les firent saillir en la rivière de Marne... Ils en mirent à fin plus de 7,000. » Les vainqueurs et les vaincus entrèrent pêlemêle dans la ville, où il se fit un effroyable massacre, et où les nobles allumèrent un incendie qui dura quinze jours. Le maire , Jean Sou las , qui se trouva au nombre des prisonniers, fut pendu.
«Encouragés par cette victoire, dit M. de Sismondi , les gentilshommes se réunirent en petites troupes , et se répandirent dans les campagnes , brûlant les villages , et massacrant tous les paysans qu'ils pouvaient atteindre , sans s'informer trop curieusement s'ils avaient ou non pris part à la Jacquerie. Le roi de Navarre avait eu quelques-uns de ses gentilshommes massacrés par les Jacques ; il regardait ceux-ci comme des bêtes furieuses arec lesquelles il était impossible de faire alliance ; quelques-uns de leurs chefs, entre autres Guillaume Caillet, qu'on regardait comme leur capitaine, étant entrés dans Son camp pour demander son amitié, il les fit pendre, et tomba ensuite sur la troupe qu'ils avaient rassemblée à Clermont en Beauvaisis, et au nom de laquelle ils venaient traiter. Il en tua près ae 3,000 , et tout le reste se dispersa. Ce soulèvement , qui avait paru si menaçant, ne dura pas plus de six semai-
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nés; mais les campagnes de l'Ile-de- occidentale. La première se divise en
France demeurèrent presque absolu- trois livres, dont deux seulement ont
ment saps habitants. » été publiés dans le Gesta Delper Fran-
Ainsi fut anéantie cette formidable cos ; le troisième a été donné dans le révolte , qu'un grand succès aurait pu troisième volume du Thésaurus anec» étendre à toute la France. Cependant dotorum de dom Martène. On y trouve les Jacques ne périrent pas sans ven- des détails très-intéressants sur l'état geance. Une troupe de gentilshommes de la Palestine sous les princes chrés'étant dirigée sur Senlis , pour punir tiens, et quelques faits scientifiques cette ville de ses relations avec les in- (voyez Boussole) fort curieux, surgés, pénétra sans obstacle jusqu'au \J Histoire occidentale, publiée en milieu delà grand'rue. Mais là, elle fut 1597, à Douai, par F. Moschus, n'est assaillie de tous les côtés par les bour- que l'histoire de l'Église au treizième geois en armes, qui faisaient rouler sur siècle, époque intéressante d'ailleurs, elle , du haut de la rue , des chariots , parce qu'elle vit l'institution d'un grand tandis que les femmes faisaient pleuvoir nombre d'ordres religieux. La traducde leurs maisons de la poix fondue et de tion d'une partie des œuvres de Jacques l'eau bouillante. Après un combat achar- de Vitry se trouve dans le vingt-deuxièné, les gentilshommes s'enfuirent, lais- me volume de la Collection des Mémoisant les plus vaillants d'entre eux sur le res relatifs à l'histoire de France, puchamp de bataille. bliée par M. Guizot.
Jacques de Vitry naquit à Argen- Jacquinot (Charles-Claude, baron), teuil ou à Vitry-sur-Seine : mais on né à Melunen 1772, commença, en 1791, ignore complètement en quelle armée î sa carrière militaire, comme lieutenant on sait seulement que ce dut être entre de grenadiers dans le 1er bataillon de voles années 1170 et 1190. Quoi qu'il en lontairesde la Meurthe.il était, en 1806, soit, après avoir rempli quelque temps, colonel du 11e régiment de chasseurs à anx environs de Paris, les fonctions cheval. Il se signala pendant les campaecclésiastiques, il passa en Belgique, et gnes de 1800 et 1807 à la grande armée, devint chanoine régulier au monastère et fut nommé général de brigade le 10 d'Oignies, dans Pévéché de Liège. mars 1809. Il fit ensuite la guerre de
Vers 1210, il fut désigné par Inno- 1809 en Allemagne, celle de 1812 en
cent III pour prêcher la croisade contre Russie , se couvrit de gloire à la bataille
les Albigeois; suivit les croisés en Lan- de la Moscowa, et fut élevé au grade de
guedoc; et, sa réputation avant passé lieutenant général le 26 octobre 1813.
les mers, les chanoines de baint-Jean Envoyé en Autriche par Louis XVIII,
d'Acre le demandèrent pour évêque. Il en 1814, pour y négocier la rentrée des
accepta, se rendit en Palestine, et y prisonniers français, il s'acquitta avec
vécut plusieurs années, prenant aux zèle de cette mission, et fut, en 1815,
affaires du pays une part très-active, et nommé par l'empereur commandant de
se joignant même aux expéditions contre la lrc division de cavalerie du 1er corps
les infidèles. de l'armée du Nord. Il se distingua à la
Enfin, las des désordres de tout tête de ces troupes le 16 juillet 1815.
genre, et des désastres auxquels il as- Mis en non activité à la seconde res-
sistait en Orient sans pouvoir y porter tauration, il ne fut employé de nouveau
remède, il abandonna la terre sainte, et qu'après la révolution de juillet, époque
vint reprendre sa place au monastère où on lui confia le commandement delà
d'Oignies. Mais il le quitta de nouveau, 3e division militaire (Metz). Il fait au»
en 1230, pour se rendre à Borne. Le jourd'hui partie du cadre de réserve,
pape Grégoire IX le fit alors évêque de Jàffa. — Cette ville , érigée en comté
Tusculum, puis cardinal ; et Jacques se en 1099, avant même d'être au pouvoir
fixa en Italie , où il mourut en 1244. des croisés, resta -près de deux cents
Outre un recueil de lettres, des ser- ans soumise à des seigneurs particuliers
mons, et les vies de plusieurs saintes relevant du roi de Jérusalem. Parmi les
femmes du diocèse de Liège, il a laissé comtes qui la gouvernèrent figurent
une Histoire orientale et une Histoire Jean d'Ibelin, l'un des rédacteurs des
JALEZ L'UNIVERS.