JANIN
Assises y et le sire de Brienne, qui fit à saint Louis, arrivant pour la première fois en Palestine, une brillante réception. « En effet, craignant que les Turcs n'interrompissent vilainement les apprêts de la fête qu'il destinait au roi, il imagina de faire paraître sa forteresse toute garnie de combattants ; cinq cents boucliers d'or, à la croix pattee de gueules, brillèrent aux créneaux comme autant d'hommes d'armes immobiles; on y avait également suspendu autant de pannoncels blason nés, qui, de loing et de près, estoit chose belle et formidable à regarder (*). »
Saint Louis comprit aussitôt l'importance de la position de Jaffa. Il prescrivit à Eudes de Montreuil d'y tracer une enceinte et un faubourg bien fortifiés, et fit élever en outre, du côté de la mer, une muraille flanquée de vingtquatre tours , et cernée de fossés larges et profonds. Une seule porte et un coté de rempart coûtèrent 30,000 livres (500,000 francs). Bien lui prit de cette sage précaution; car bientôt après il eut à soutenir dans cette ville une brusque attaque de l'ennemi, que les Français, retranchés derrière ces remparts nouvellement réparés , purent facilement repousser , mais qui , sans cela , eût pu avoir pour eux une funeste issue. Peu après , Marguerite donna dans Jaffa le jour à une fille qui reçut, comme son aïeule, le nom de Blanche. Saint Louis l'avait quittée le 28 juillet 1252, pour se rendre au rendez-vous général des croisés devant le château d'Arsur. On sait combien la suite de cette expédition fut malheureuse. Après le départ du roi de France, les croisés ne pouvant plus défendre Jaffa contre les Sarrasins, se décidèrent à l'évacuer , et ceux-ci s'y établirent.
Nous avons parlé, à l'article Égypte (expédition d'), de la prise de Jaffa par les Français , en 1798. Nous n'avons point à revenir ici sur ce sujet.
Jalesnes, ancienne seigneurie d'Anjou (aujourd'hui comprise dans le département de Maine-et-Loire), érigée en marquisat en 1634.
Jalëz, ancienne commanderie de
O Hist. de saint Louis , par M. de Ville- Ueuve-Trans. •
l'ordre de Malte, dépendant aujourd'hui de la commune de Berrias (Ardèche).
Jamaïqub (expéditions contre la). — Cette île, découverte au quinzième siècle par Christophe Colomb, puis conquise en 1655 par les Anglais, fut plusieurs fois attaquée par les Français.
En 1692, Daviot, célèbre corsaire français, aborda, avec un navire et une barque, au nord de l'île, et y débarqua sans 'opposition cent trente-cinq hommes. Un grand tremblement de terre fit seul échouer son audacieuse tentative.
Deux ans après, Ducasse, gouverneur de Saint-Domingue , dirigea contre la Jamaïque une expédition plus sérieuse. Elle était composée de trois vaisseaux et de vingt-trois bâtiments de transport ayant à bord quinze cents hommes, dont deux cents flibustiers.
On débarqua le 27 juin; on rasa les forts abandonnés par les Anglais, on ravagea les habitations et les sucreries, on brûla les bourgs, on enleva de force les retranchements que l'ennemi tenta de défendre; enfin, le 3 août, les troupes se rembarquèrent, emmenant trois x mille esclaves et un immense butin.
En 1782, le comte de Grasse menait une flotte française contre la Jamaïque, lorsqu'il fut rencontré et défait par l'amiral Rodney. Depuis, les habitants de l'île célèbrent chaque année, le 12 avril, l'anniversaire de cette victoire.
Jambières, partie de l'armure des chevaliers, qui couvrait le devant de la jambe, depuis le cou-de-pied jusqu'au genou.
Janin (Jules) , journaliste , est né à Saint-Étienne, département de la Loire, en 1804. Après avoir achevé au collège Louis-le-Grand à Paris ses études qu'il avait commencées à Lyon, il fit son droit, puis abandonna cette carrière pour écrire dans les journaux. Il prit part d'abord, en 1823, a la rédaction du Figaro : les articles qu'il y insérait lui firent promptement une réputation d'homme d'esprit. De là, il passa à la Quotidienne. Cela prouve que tous les partis étaient heureux de posséder M. Jules Janin dans leurs rangs; mais cela prouve aussi chez lui une grande versatilité d'opinions. Se transporter du Figaro à la Quotidienne, pour faire
JAÎÎIN FRANCE. JANIN
dans celle-ci ce qu'il avait fait dans celui-là, c'est-à-dire, des articles où la politique tenait souvent plus de place que la littérature, c'était un beau saut; il l'exécuta avec une merveilleuse souplesse, et ce ne fut pas le dernier. Bientôt on le vit passer de la Quotidienne au Messager , dont il devint propriétaire sous le ministère Polignac. Enfln , guel-
aue temps après la révolution de juillet, fut admis aux Débats, dont il est encore aujourd'hui le critique en titre.
Avant d'être honoré de ces fonctions , M. Janin s'était vivement prononcé contre le pouvoir sorti de la révolution : dans un roman plein de souvenirs scandaleux et d'allusions outrageantes, dans Bamave, il s'était montré adversaire hardi et violent de la famille d'Orléans ; il devint un des écrivains dévoués à cette même famille, à partir de son entrée aux Débats : il se lit l'historiographe des solennités de la nouvelle cour ; il raconta dans des pages pleines d'une émotion attendrissante les mariages, les naissances, les morts arrivées dans la maison qu'il insultait naguère. Mais la réputation de M. Jules Janin est faite sous ce rapport. Il est reconnu qu'il y a chez lui absence complète de convictions.
Que doit - on penser de lui comme écrivain ? Dans les Débats , où il s'est livré surtout à la critique littéraire, et où son talent a jeté le plus d'éclat, il a déployé beaucoup d'imagination, de verve, de saillie; il a fait jouer sous ses mille faces un esprit vif, capricieux, pétillant, original. Étaitce bien de la critique littéraire que ses articles? Ne cherchez pas chez M. Jules Janin des jugements suivis, appuyés sur des principes, des appréciations déduites et raisonnées, des tableaux historiques du progrès ou des vicissitudes de l'art; à propos d'une pièce de théâtre ou d'un roman, il parle de tout : une digression appelle une autre digression ; l'écrivain se laisse aller au courant de l'imagination et du caprice; sa causerie vagabonde et légère voltige sur mille sujets divers. On est étonné au point d'arrivée de se trouver aussi éloigné du point de départ. On ne lui en veut pas pour cela : il vous a amusé par sa gaieté originale, il vous a diverti par ses di-
vagations à travers mille routes fleuries, il vous a étonné par sa facilité et sa merveilleuse abondance. C'est un causeur charmant, ce n'est pas un critique ; ses ingénieux et savants prédécesseurs, les Dussault, les Geoffroy, les Fêlez, ne le reconnaîtraient pas pour leur héritier.
L'érudition littéraire manque presque absolument chez M. Jules Janin : souvent il lui est arrivé de commettre d'étranges bévues historiques.
Léger comme il l'est, il a peu réfléchi sur les principes de l'art : quoiqu'il tranche souvent avec une singulière hardiesse, on voit qu'il ne s'est point sérieusement interrogé sur les questions générales et essentielles de la littérature. Mais il fait passer chaque lundi quelques moments agréables aux lecteurs des Débats : à l'heure dite, il est toujours prêt; et, si pauvre que soit son butin théâtral de la semaine, si ennuyeuses que puissent être les œuvres dont il doit parler, il trouvera toujours moyen d'amuser son monde par cet esprit leste, étourdi, agile, élastique, qui opère avec une incroyable souplesse ses évolutions et ses gambades dans les limites prescrites du feuilleton.
Toutefois M. Janin a. force est de le reconnaître, les défauts de ses qualités : sa légèreté dégénère souvent en bavardage creux et évaporé, etson abondance devient fréquemment de la diffusion. Ce penchant à l'extravagance et aux longueurs est plus sensible depuis quelque temps, soit qu'en commençant a vieillir, il commence à perdre de son à-propos et de sa vivacité; soit que livré aux soins et aux plaisirs du ménage, il ressente d'une manière fâcheuse pour son talent les conséquences de ce mariage , dont il Gt part solennellement l'an dernier à ses lecteurs ébahis, en les assurant que les critiques n'étaient pas moins faits que les autres hommes pour ce doux lien. Ce fut un concert universel de risées à l'apparition de ce singulier billet de faire part en six colonnes de feuilleton. Telle est la familiarité où M. Jules Janin se met avec Je public : il lui a conté longuement jadis son enfance, sa jeunesse, ses débuts; maintenant il l'initie aux secrets de son ménage : le moi tient une part énorme
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dans les divagations de ce feuilletoniste. Le public a plus d'une fois bien reçu ces confidences, en faveur de l'esprit et des saillies dont elles étaient assaisonnées. Mais il commence à s'en lasser, d'autant plus que le critique marié est en baisse pour le sel et la verve. f M. Jules Janin s'est aussi exercé dans le roman. Mais un esprit de cette nature était incapable de se livrer au travail attentif d'observation, et au travail désintéressé de mise en scène <jue le roman exige. VAne mort et la Jemme
?niillotinée , la Confession, Barnave, e Chemin de traverse, ne sont pas des romans. La personnalité du causeur vient à chaque instant se jeter au milieu du récit : ce sont de longs monologues, ou, pour mieux dire, ce sont de longs feuilletons écrits sans direction arrêtée et sans but, au gré du vol capricieux de la fantaisie. Malgré la grâce et l'esprit des détails, c'est une lecture fatigante, ennuyeuse même, parce qu'un feuilleton ne doit pas avoir deux volumes. Nous préférons de beaucoup, aux romans de M. Jules Janin, ses contes fantastiques, genre dans lequel il pouvait s'abandonner sans inconvénient aux penchants dominants de son esprit.
Jansén ismb. Une question de théologie bien obscure, laquelle, si elle eût été soulevée deux siècles plus tard, n'eût guère agité que quelques séminaires , mais qui , au dix-septième siècle , était destinée a faire plus de bruit qu'aucun des systèmes philosophiques de l'antiquité, sépara longtemps eu deux camps ennemis toute la population catholique du royaume, et alluma entre eux une guerre dont les dévots pamphlets , les mandements et les bulles ne furent pas toujours les innocentes armes.
Cornélius Jansenou Jansénius, mort évêque d'Ypres en 1638 , avait confié à ses exécuteurs testamentaires le manuscrit d'un volumineux commentaire des opinions de saint Augustin sur la double question de la nature humaine et de la grâce divine. Une lettre, qui ne fut découverte qu'après la réduction d'Ypres par les Français , et dans laquelle Jansénius déclarait soumettre son livre à là décision du saint-siége , fut supprimée, et VAugustinus (*) parut à Louvain (*) Augustin us Cornelii Jansenii episcopi,
deux ans après la mort de l'auteur. Ce livre , cause de tant de discordes , dort aujourd'hui sur les rayons les plus poudreux des bibliothèques publiques. Beaucoup de ceux qui en ont parlé pour le condamner ou le défendre ne l'avaient peut-être pas lu ; car ses partisans et ses adversaires en ont présenté des résumés singulièrement contradictoires.
Nous craindrions de nous égarer nousmêmes en voulant guider le lecteur au milieu du fabyrinthe d'oiseuses subtilités qu'il présente ; aussi n'en dironsnous que ce qui est absolument nécessaire pour comprendre la longue controverse dont il fut l'occasion.
La thèse fondamentale âeVAugustinus est celle ci : « Depuis la faute d'Adam, le libre arbitre n'existe plus pour l'homme, les bonnes œuvres sontun don purement gratuit de Dieu , et la prédestination des élus est un effet non de la prescience qu'il a des œuvres , mais de sa libre volonté. » C'est, comme on voit, la reproduction du dogme peu libéral prêché dans le siècle précédent par Calvin. Les principes de VAugustinus étaient en opposition directe avec ceux qui avaient été émis en Espagne et en Hollande par les jésuites Molina et Lessius , lesquels avaient tâché de faire accorder avec le dogme de la grâce, un certain degré de liberté chez Phomme. Jansénius avait, d'ailleurs, personnellement encouru la haine de la Compagnie , en faisant révoquer la permission que la cour d'Espagne avait accordée aux jésuites , de professer les humanités et la philosophie à Louvain; et, d'un autre côté , il avait aussi attiré d'avance sur ses disciples l'inimitié du cardinal de Richelieu, en publiant une critique fort vive de l'alliance conclue par la France avec les puissances protestantes (*).
Une première bulle , lancée en 1642 par Urbain VIII, et qui défendait à la fois la lecture des givres de Jansénius et celle des thèses de ses adversaires , fit peu de bruit en France ; mais deux partis ne tardèrent pas à se former:
Port-Royal embrassa avec chaleur celui
seu doctrina sancti Augustini de humarue naturœ sanctitate , &gritudine , medieina , adversus Pelagianos et Massilienses , in-fol.
(*) Mars Gallicus, seu de justitia armorum et fœderum régis Galliae, x636.
de Jansénius ; les jésuites composoienten grande partie, en France comme à l'étranger, celui de Moiina. Le 1er juillet 1649, Cornet, docteur et syndic de Sorbonne, dénonça à ses confrères les progrès des opinions nouvelles, et en pro* ] posa l'examen. On analysa Y Augustinus, et^l'on en résuma la doctrine en sept propositions , que Ton réduisit ensuite aux cinq suivantes (*) :
I. Il est impossible aux justes d'observer certains commandements de Dieu par la simple volonté qu'ils en ont, et par les efforts qu'ils font selon leurs forces naturelles ; il leur faujt encore la grâce , pour que l'observation leur en soit possible.
IL Dans l'état de nature déchue , on ne résiste jamais à la grâce.
III. Pour mériter ou démériter dans l'état de nature déchue , l'homme n'a pas besoin d'une liberté qui l'affranchisse de la nécessité, il lui suffi t. d'une liberté qui l'affranchisse de la contrainte.
IV. Les semi-pélagiens admettaient bien pour tous les actes, même pour le commencement de la foi, la nécessité d'une grâce intérieure prévenante; mais ils voulaient que cette pjrâce fût de telle nature , que la volonté humaine pût y résister comme s'y soumettre , et en cela ils étaient hérétiques.
(*) Yoici le texte de ces cinq propositions fameuses dont nous nous sommes attachés à conserver dans notre traduction plutôt l'esprit que la lettre.
i. Àliqua Dei pneeepta bominibus justis volentibus et conautibus secundum praseutes quas habent vires , sunt imnossibilia : deest quoque illis gratia qua possibilia fiant.
a. Interiori gratis, in statu naturae lapsae, nunquam resistitur.
3. Ad merendum et demerendum, in statu naturœ lapsse, non requiritur in homiue libertas a necessitate, sed sufficit libel las a coactione.
4. Semi-pelagiani admittebant praevenientis gratis interioris necessitatem ad singulos ictus, etiam ad initium fidei ; et in hoc erant Usure t ici , quod vc lient eam gratiam esse talem , cui posset humana voluntas resistere vel obtemperare.
5. Sfumi-pelagianum est dicere Christum oro omnino omnibus bominibus mortuum fuisse et sanguinem fudisse.
V. C'est parler en semi-pélagieri, qué de dire que le Christ est mort et a répandu son sang pour tous les hommes en général.
Ces propositions , oui trouveront probablement en défaut la sagacité de plus d'un lecteur, et que nous n'avons pas la prétention d'expliquer, furent censurées par la Sorbonne; mais soixante docteurs s'étant pourvus devant le parlement contre un jugement qu'ils regardaient comme prématuré, il y eut arrêt du premier président défendant de publier la censure. L'affaire ne tarda pas à être portée à Rome.
Tandis que, en 1651, quatre-vingthuit évêques de France pressaient Innocent X de terminer la querelle par une décision solennelle, 11 autres, au contraire, le sollicitaient de ne pas se prononcer contre des propositions qu'ils disaient n'être tirées , ni de Jansénius, ni d'aucun autre auteur, et qui d'ailleurs étaient, selon eux, susceptibles de plusieurs sens. Cependant le pape nomma des cardinaux pour examiner, ces propositions, et elles furent frappées d'anathème par la bulle In occasione , donnée le 31 mai 1653. Les jansénistes alors, tout en reconnaissant que la condamnation était juste, si on prenait les
Eropositions condamnées dans le sens érétique, prétendirent qu'elle ne pouvait atteindre l'auteur de VAugustinus, et que le sens dans lequel il avait écrit était conforme aux principes de l'orthodoxie.
Mazario, qui s'occupait peu de théologie , mais qui n'avait pu encore se faire pardonner à Rome l'arrestation du cardinal de Retz , saisit l'occasion qui se présentait d'être agréable au pape. Il tint au Louvre, le 26 mars 1654, une assemblée de 38 évêques, où l'on déclara que la condamnation prononcée par le saint-siege devait être entendue comme portant positivement sur la doctrine de Jansénius , et que Ton poursuivrait comme hérétiques ceux qui soutiendraient les propositions condamnées.
Une circulaire dans ce sens fut adressée . aux chefs de tous les diocèses de France; enfin, l'assemblée rendit en même temps compte de sa délibération au pape, qui l'approuva par bref du 29 septembre.
Dans les premiers jours de janvierl 656,
m JANSENISME .L'UNIVERS. JANSENISME
la Sorbonne censura deux lettres dans lesquelles Antoine Arnauld déclarait n'avoir pas trouvé dans Jansénius les cinq propositions condamnées. La faculté prononça en même temps l'exclusion de ce docteur et de 60 autres qui avaient refusé de souscrire à la censure. Elle eut toutefois peu à se féliciter de cette mesure de rigueur ; car Pascal ayant pris en main la cause d'Arnauld , le vengea en poursuivant ses juges de sa mordante ironie, dans ses premières Provinciales.
L'assemblée générale du clergé, tenue en septembre de la même année, devait nécessairement s'occuper des affaires du jansénisme. De Marca , archevêque de Toulouse , y proposa et fit adopter un premier formulaire dont voici les termes : « Je condamne de cœur et de bou- « die la doctrine des cinq propositions de « Cornélius Jansénius, contenues dans « son livre intitulé ./ugustinus, et que le « pape et les évêques ont condamnées , «laquelle doctrine n'est point celle de «saint Augustin, que Jansénius a mal « expliquée-, contre Je vrai sens de ce saint « docteur. » Une bulle d'Alexandre VII, du 16 octobre , ratifia les décisions de l'assemblée, et déclara en termes exprès , que les propositions condamnées exprimaient les doctrines de l'évêque d'Y près. Alors naquit la distinction du fait et du droit. Les jansénistes , tout en reconnaissant l'infaillibilité du souverain pontife en matière de foi, niaient qu'elle pût s'étendre à une question de tait.
La signature du formulaire, prescrite par l'assemblée à tous les ecclésiastiques et à tous les membres des congrégations religieuses, éprouva partout des difficultés. Louis XIV, dans l'esprit duquel l'innocente opposition des jansénistes se confondait avec la révolte de la fronde, donna en vain à l'autorité ecclésiastique l'appui du pouvoir royal. Il avait rendu, par une ordonnance de 1660 , la signature obligatoire pour l'admission aux ordres sacrés ; mais tandis que les moins rigides d'entre les nouveaux sectaires se retranchaient dans un silence respectueux , d'autres, tels que les solitaires et même les religieuses de Port-Royal , croyant ne pouvoir signer sans parjure , oppo-
sèrent au pouvoir une résistance opiniâtre. Enfin une déclaration royale du 29 avril 1664 n'exigea plus que la signature pure et simple , avec menace toutefois de saisie des revenus, d'interdiction , et même d'excommunication.
Mais tous ne cédèrent pas encore, et Lemaître de Sacy , directeur des religieuses de Port-Royal, à l'influence duquel on attribuait leur opposition, fut rais en 1666 à la Bastille, ou il resta trois ans. L'ancien condisciple de Jansénius à Bayonne, Duvergier de Hauranne, abbé de St-Cyran, qui, le premier, avait introduit* les opinions de YAugustinus dans ce monastère, avait déjà, trente ans auparavant , expié à Vincennes son zèle théologique.
Pour vaincre tant de résistance , le roi sollicita du pape une nouvelle bulle. Elle fut publiée le 15 février 1665, avec un nouveau formulaire dressé par le saint-siége, portant adhésion expresse aux constitutions apostoliques d'Innocent X et Alexandre VII, et condamnation des cinq propositions dans le sens de Jansénius. La bulle et le formulaire furent immédiatement enregistrés en lit de justice. Mais, malgré ce concours de mesures, quatre prélats, Pavillon,évêqued'Aleth, Caulet, évéquede Pamiers, BuienTal,évéquedeBeauvais,et Arnauld, éveque d'Angers et frère du docteur, osèrent renouveler dans leurs mandements la distinction du fait et du droit, et nier l'infaillibilité de l'Église en matière de faits. Une semblable hardiesse fit d'abord grand scandale, et l'on s'apréta à leur faire leur procès. Cepenant 19 de leurs confrères présentèrent au roi et au pape un plaidoyer en leur faveur ; de chaque côté, on fit quelques concessions; enlin, en septembre 1668,les quatre évêques opposants signèrent, en promettant pour le fait une soumission de respect et de discipline ; et le pape , par bref du 19 janvier suivant, finit par déclarer qu'il n'y avait pas obligation à croire que les propositions se trouvassent ni explicitement, ni implicitement dans Jansénius.
Cette déclaration suspendit les hostilités, et fut suivie d'une période de calme , qui dura 34 ans , et fut nommée la paix de Clément IX. Mais en 1702, parut un livre qui devint un nou-
JANSENISME FRANCE. JAQUELOT 689
veau brandon de discorde. Dans ce livre, intitulé : le Cas de conscience, on examinait la nature de la soumission due à la décision du saint-siége au sujet de Jansénius , et Ton voulait qu'un silence respectueux suffît. Quarante docteurs approuvèrent le Cas de conscience, déclarant qu'on pouvait signer le formulaire, bien qu'on ne crût pas les propositions de Jansénius. Cette opinion ne s'éloignait pas beaucoup sans doute de celle du pacificateur de l'Kglise gallicane ; néanmoins, le livre fut condamne dans un bref du 12 février 1703, par Clément XI, qui donna ensuite , le 15 juillet 1705, la bulle f'incam Domini y où étaient renouvelés tous les anathèmes portés précédemment contre la doctrine de l'évêque d'Ypres.
Malgré ces censures, le P. Quesnel de l'Oratoire avait, dès 1671 , reproduit les opinions de l' Augustinus dans ses Réflexions morales sur le Nouveau Testament De sa retraite de Bruxelles, l'auteur dirigeait, disait-on, le parti janséniste en France. Les jésuites demandèrent la condamnation de son livre ; 101 propositions en furent extraites, et anathématisées , le 8 septembre 1713, par la fameuse bulle Unigenitus.
Cette bulle fut l'occasion de longs débats. Louis XIV ne parvint aue par la voie de l'intimidation à la faire enregistrer au parlement ; et la Sorbonne, jalouse du droit de libre examen qu'on semblait vouloir lui enlever, ne l'accepta que malgré elle. Aussi , à peine le règne suivant fut - il commencé, que docteurs et conseillers rétractèrent leur vote , et protestèrent contre une adhésion qui leur avait été imposée. L'anarchie semblait près d'envahir l'Église ; de toutes parts, les facultés, les communautés religieuses, en appelaient de l'autorité du pontife au premier concile général. Au mois de mars 1717, quatre évéques vinrent en Sorbonne notifier leur appel. L'adroit Dubois acheta le chapeau de cardinal en terminant la querelle des appelants, et en faisant accepter aux deux partis, en 1720, un commentaire sur la bulle, qu'on appela le corps de doctrine.
Quelques années plus tard , en 1727, les ridicules miracles du cimetière Saint- Médard , les scandaleuses scènes des
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convulsionnaires marquèrent , avec le refus des billets de confession et les démêlés de l'archevêque de Paris, Christophe de Beaumont , une dernière époque dans l'histoire du jansénisme , qui alla se portera lui-même lederniercoup, sur le tombeau du diacre Pâris. Si, depuis cette époque, on s'est encore servi du terme de jansénistes , c'a été pour désigner, non plus des schématiques , mais certains dévots rigoristes qui forment comme les puritains du catholicisme.
Cette lutte fameuse du jansénisme contre les disciples de Molina a présenté un singulier spectacle. On y a vu le dogme illibéral d'une prédestination à titre gratuit , soutenu du coté où se pratiquaient le mieux les vertus du chrétien, et les satellites du pouvoir romain se faire les avocats de la dignité morale et de la liberté de l'homme.
« Jamais peut-être, dit Bayle, on n'avait si bien reconnu la mauvaise foi qui se mêle dans les combats de cette nature... Les uns ne voulant point avouer qu'ils fussent conformes à des gens qui passaient pour hérétiques, et les autres u'ils fussent contraires à un docteur ont les sentiments ont toujours passé pour orthodoxes, ont joué cent tours de souplesse opposés à la bonne foi... »
Peut-être doit-on dire que dans ces dévotes controverses, comme dans tant d'autres , il y a moins de mauvaise foi que d'aberration d'esprit, et que les auteurs de tant de propositions étranges ont été eux-mêmes leurs premières dupes.
Jakson, ancienne seigneurie de Provence, érigée en marquisat en 1G26, en faveur de Melchior de Forbin. (Voyez Forbin.)
Janvier (Antide), savant mécanicien, auteur d'un grand nombre de machines astronomiques remarquables par leur précision, naquit à Saint-Claude, en 1751 , et fut, en 1784, nommé horloger du roi. On lui doit la fondation de l'école d'horlogerie. Il est mort à l'IIotel-Dieu de Paris, en 1835.
Janvilliers ( combat de ). Voyez Vauxchamps.
Jaquelot (Isaac), célèbre théologien protestant, né à Vassy, en 1647, quitta la France à la révocation de l'édit de
etc.) 44