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JASMIN

Charry cinq ans auparavant, et tué aussitôt. Soubise et Languillier furent pris aussi ; Condé, accablé sous le nombre , fut renversé avec son cheval tué sous lui. Les gentilshommes qu'il avait menés au combat se retirèrent autour de lui pour le défendre encore ; on y vit entre autres un vieillard nommé la Vergne, qui, avec vingt-cinq jeunes gens, ses fils, ses petits-fils et ses neveux, combattit autour du prince jusqu'à ce que lui-même et quinze des siens fussent tués , et les autres faits presque tous prisonniers ; enfin Condé se trouva sans défenseurs. Entre les ennemis qui l'entouraient, il reconnut Gibar Tisson, seigneur de Fissac et d'Argence, auquel il avait précédemment sauvé la vie; il l'appela et se rendit à lui , en lui tendant son gantelet. Argence, secondé par Saint- Jean de Roches, promit de le protéger. Mais ceux qui entouraient le duc d'Anjou avaient vu la chute de Condé , et Montesquiou , capitaine des gardes suisses, s'avança aussitôt. Condé l'avant reconnu , s'écria : « Je suis mort, d'Ar- « gence, tu ne me sauveras jamais! »

En effet, Montesquiou arrivant sur lui par derrière , le tua d'un coup de pistolet. Le duc d'Anjou témoigna de cette mort la joie la plus indécente ; il se fit apporter le corps du premier prince du sang attaché sur une vieille anesse ; il l'insulta par des quolibets; il parla de faire élever une chapelle à Tend roi où Condé avait été tué. Enfin , son ancien gouverneur, Carnavallet, lui fit sentir l'inconvenance desa conduite, et le corps de Condé fut rendu au duc de Longueville, son beau-frère, qui le lit enterrer à Vendôme, auprès de ses ancêtres (*).»

Un monument, récemment élevé, indique maintenant le lieu où se livra cette bataille.

Jarnac ( Gui de Chabot , seigneur de), gentilhomme de la chambre du roi et maire de Bordeaux, n'est connu que par le duel dans lequel, en 1547JI coupa, d'un revers appelé encore coup de Jarnac s les jarrets de son adversaire, la Châteigneraie. (Voyez ce mot.)

Jarhy (Nicolas) , célèbre calligraphe, né à Paris vers 1620, mort vers 1674, fut nommé maître écrivain par Louis

(*) Sismoadi , t. XIX , p. 45 et suiv.

XIV, et exécuta pour ce prince plusieurs chefs-d'œuvre. La Guirlande de Julie, in-fol. de 30 feuilles (1641), écrit de sa main, a été achetée, en 1714, 14,502 fr. On regarde comme plus parfaites encore, les Heures de Notre-Dame, 1647, in 8° de 120 feuilles.

Jaes (le chevalier de). Voyez Rochechou art (famille de).

Jabs (Marie le) de Gournay. Voyez Gournay.

Jarzé, ancienne seigneurie de l'Anjou , érigée en marquisat en faveur d'Urbain du Plessis.

Jasmin (Jacques) , poète provençal , est né en 1797. Son père était un pauvre tailleur d'Agen. La misère de sa famille était si grande, que ses parents ne purent d'abord l'envoyer à l'école. Il grandit au hasard, jouant dans les rues d'Agen avec les polissons de son âge , allant porter des paquets dans les foires des environs , ou faire des fagots dans les bois voisins. Cependant sa mère obtint de le faire aller à l'école gratis. Il apprit à lire, à écrire et à servir la messe en si peu de temps; il montra tant d'intelligence, qu'on jugea qu'il serait une bonne acquisition pour le séminaire de l'endroit, et on l'y appela également gratis. Mais Jasmin était coureur, gourmand, et il regardait fort les jeunes filles : il se fit chasser du séminaire pour quelques escapades assez innocentes pourtant , et retomba dans sa famille, où, son père étant mort, la misère était plus graude que jamais.

Cependant il ne perdit pas courage ; il apprit qu'un perruquier d'Agen avait besoin d'un apprenti ; il s'offrit pour cette place, et bientôt achalanda la boutique par la prestesse avec laquelle il ac* commodait une chevelure, et par les bons mots, les gaies saillies dont il assaisonnait cette opération. Bientôt il put ouvrir lui-même une boutique pour son compte sur la place du Gravier. Les pratiques vinrent nombreuses ; Jasmin prospérait. Mais le soir, quand il avait uni de coiffer les Agenais, il montait à sa chambre, et à la lueur de sa lampe, jusqu'au milieu de la nuit, il rêvait, il se promenait en rêvant, il saisissait une plume, il écrivait des vers dans la langue du pays. Il y avait dans ce perru-

Ïjier l'âme d'un poète, d'un vrai poète, ui-méme en avait conscience : il osa se faire imprimer. Le succès fut général , et bientôt, de sa ville natale, son nom se répandit dans tout le Midi. L'argent vint avec la renommée, et Jasmin put jouir d'une honorable aisance, qui ne lui fit pas abandonner cependant sa modeste profession. Elle lui était chère, et d'ailleurs, en homme d'esprit, il comprenait que le contraste de son talent poétique avec sa condition et son métier contribuait à donner du piquant à ses vers.

Il fut appelé à Bordeaux, à Toulouse : il lut ses poésies dans des assemblées publiques ; il y fut couronné, et y triompha comme les anciens poètes de la Grèce. Cette gloire méridionale n'est point une illusion locale, ni l'ouvrage factice de l'orgueil provincial. Il y a un vrai mérite dans les vers de Jasmin : il manie avec correction et pureté l'idiome d'Agen , le plus pur des patois provençaux; il a de l'origin;ilité et de la grâce dans l'expression ; il compose ses récits et ses chansons avec art; il mêle à cet art une naïveté charmante.

C'est un poète populaire et national , et c'est en même temps un artiste ingénieux de langue et de versification.

C'est un digne successeur du fameux Gondouli. Ses productions sont venues jusqu'à Paris ; les amateurs de poésie ont appris le patois pour les lire. L'hiver dernier , Jasmin luimême est venu dans notre ville, appelé par nos critiques et nos Mécènes.

Invité dans les plus brillants salons , il a lu ses vers en les accompagnant d'un commentaire en français , plein d'es-

f)rit, de vivacité et d'à-propos. D'aileurs il lit si bien, avec tant d'expression, qu'il rend le patois intelligible

Bour ses auditeurs. Il est reparti comlé d'honneurs, après avoir été invité à un grand banquet par tous les coiffeurs de Paris, fêté dans les cercles du grand monde, appelé à s'asseoir à la table royale à Neuilly.

Cet aimable poète, toujours modeste au milieu de ses triomphes, a regagné sa ville d'Agen pour y reprendre les armes de sa profession , à laquelle il trouve, dit-il dans un de ses chants, un grand avantage, celui d'être

sûr de faire la barbe aux poètes ses confrères d'une manière ou d'une autre.

Ses ouvrages sont le Charivari, poème burlesque, 1825 ; las Papillotes {les Papillotes) , 1835 , recueil de diverses poésies où se trouve le charmant récit intitulé : Mous soubenis {Mes souvenirs) ; VAbuglo {l'Aveugle) de Castel-Cuillé, poème où il raconte avec beaucoup de pathétique et de mélancolie une tradition populaire très-touchante du pavs ; enfin, encore un autre poème intitulé : Françounetto.

Jaubert (François \ comte), naquit à Bordeaux en 1758. Il était avocat au parlement de cette ville, lorsqu'en 1790, il fut élu membre de la première municipalité constitutionnelle , et , un peu après, commissaire du gouvernement près le tribunal civil de son district. Lié avec le parti girondin, il fut mis hors la loi en 1793, et ne dut la vie qu'au 9 thermidor. Il reprit alors ses fonctions d'avocat , et devint membre du Tribunat, qu'il présida en 1804. Il fut ensuite inspecteur général des écoles de droit , et conseiller d'État. Le 9 août 1807, il fut nommé gouverneur de la banque , place qu'il conserva jusqu'en 1814. Il devint alors conseillera la cour de cassation , et , à l'époque du débarquement de Napoléon à Cannes , il signa l'adresse que la cour suprême envoya à Louis XVIII. Cependant le 24 mars suivant, il rentra au conseil d'État impérial, et fut nommé directeur général des- contributions indirectes. Il perdit ces deux places au retour de Louis XVIII; mais deux ans après, en 1818, il fut de nouveau nommé conseiller à la cour de cassation , et il conserva cette place jusqu'à sa mort , arrivée en 1822.

Jaubert (Hippolyte-Franç., comte), neveu du précédent , et adopté par lui en 1821 , est né à Paris en 1798. Son père , Hippolute Jaubert , commissaire en chef de l'armée navale d'Égypte, avait été tué par un boulet anglais à la bataille d'Aboukir. Élu en 1831 député du département du Cher, M. Jaubert n'a cessé depuis de représenter ce département à la chambre, où il a longtemps été compté parmi les principaux membres du parti doctrinaire.

Il se rangea en 1839, avec ses amis politiques , dans la coalition qui renversa

JAURERT

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le ministère Molé, et fit partie en 1840 du cabinet du 1er mars , comme ministre des travaux publics. Quoique l'un de ses anciens amis politiques, M. Guizot , fût le membre le plus influent du cabinet qui succéda à celui-là , M. Jaubert, en quittant le ministère, rentra dans l'opposition , ou plutôt il y resta : placé en sentinelle avancée , lors de la campagne entreprise par les doctrinaires et l'opposition contre les partisans du gouvernement personnel , on avait oublié de le relever, pressé qu'on était de passer dans le camp ennemi. C'est en ces termes que M. Jaubert a expliqué lui-même à la chambre comment il s'était séparé de ses anciens amis. C'est dans la même séance qu'il a rappelé à ses collègues la mort glorieuse de son père : les paroles dont il s'est servi en cette circonstance ont eu de l'écho dans la chambre et dans le pays.

M. lecomte Jaubert, qui est un homme d'étude aussi bien qu'un homme politique, a publié, sous le voile de l'anonyme, un petit ouvrage Tort remarquable, intitulé : Vocabulaire du lierry et de quelques cantons voisins, par un amateur du vieuxlangage.Laôeux'ième édition de ce livre a paru à Paris en

Jaubert (Pierre -Amcdée-Émilien- Probe) , né à Aix en 1770, vint à Paris sur la fin de 1703, et devint, deux ans après, l'un des premiers élevés de l'école des langues orientales vivantes. Il fut en 1708 l'un des quatre jeunes orientalistes désignés pour faire partie de l'expédition d'Êgypte. Il accompagna Bonaparte en Syrie, et fut du petit nombre des Français qui revinrent en Europe avec le général en chef.

Nommé, en 1800, interprète du gouvernement , puis professeur de turc à l'école spéciale des langues orientales, il accompagna la même année à Marseille le général Berthier , se rendit en 1802, avec le colonel Sébastian i , en Égypte, en Syrie et aux îles Ioniennes, et enfin fut envoyé, en 1804, à Constantinople.

Il fut chargé , à la même époque , d'une mission périlleuse auprès du schah de Perse. Il lui fallut traverser l'Arménie, où guerroyaient alors les Kurdes , fut emprisonne par le pacha de ïtoya-

zid , qui voulait s'approprier les riches présents dont il était chargé pour le schah , et ne fut délivré que par la mort de son persécuteur. Il put alors se rendre auprès de Feth-Aly-Schah , gui l'accueillit avec bienveillance, et lui rit présent de plusieurs manuscrits précieux. M. Jaubert revint ensuite à Constantinople par une voie différente de la première, et y fut rejoint par l'ambassadeur persan'Muza-Mahmoud- Riza-Khan, qu il conduisit en Pologne, où se trouvait alors INapoléon.

L'empereur lui avait accordé en 1807 une pension de 4,000 fr., qui, depuis, fut maintenue par une loi de 1820. Il avait été ensuite nommé auditeur au conseil d'État, secrétaire interprète du ministère des relations extérieures , et maître des requêtes. Napoléon lui fit en outre compter une gratification de 100,000 francs, et en 1815, pendant les cent jours, il l'envoya à Constantinople comme chargé d 'affaires de la France.

Malgré le refus du gouvernement turc de recevoir un agent de Napoléon , M. Jaubert se montra, ainsi que plusieurs membres de la légation française, avec lu cocarde tricolore ; il fit même, une nuit, arborer l'aigle impériale sur la porte de l'hôtel de l'ambassade de France ; mais le lendemain, un détachement de janissaires vint enlever de vive force ces insignes, et arracha la cocarde tricolore à ceux qui la portaient.

Peu de temps après , M. Jaubert revint à Paris. On lui rendit sa place de maître des requêtes qu'on lui avait d'abord enlevée; puis, en 1818, il repartit pour l'Orient avec une nouvelle mission du gouvernement. Il était chargé d'établir des relations avec les peuplés du Caucase, les Boukhares et la Perse, et de rechercher la race des chèvres qui fournissent le duvet dont on fabrique les châles de Cachemire. Il se rendit par la Russie méridionale à Odessa, visita la Géorgie, Astrakhan , puis s'embarqua à Kaffah , sur la mer Noire, et débarqua à Toulon en 1819.

Nommé, la même année, l'un des secrétaires interprètes du roi, il est devenu en 1830 membre de l'Institut (Académie des inscriptions et belles-lettres), et, depuis, il a été fait pair de France et

JAUCOURT FRANCE. JAlTNAYE

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directeur de l'école spéciale des langues orientales vivantes. Il a publié un î'oyage en Arménie et en Perse , 1821 , in-8 ; des Éléments de la grammaire turque, 1823, in-4° ; une traduction de la Géographie d'Édrissy , etc.

Jâucoubt, ancienne seigneurie de Champagne, aujourd'hui comprise dans le département de l'Aube. Cette terre, qui a donné son nom à une célèbre famille, fut vendue, en 1367, p r Jeanne de Jaucourt à Philippe le Hardi , des mains duquel elle passa aux rois de Navarre. Henri IV , en érigeant Beaufort en duché-pairie, y joignit Jaucourt, avec le titre de baronnie , et le droit de justice sur 18 villages.

Jâucoubt (inaisonde). Cette famille, alliée avec les premiers ducs de Bourgogne, et qui s'était partagée en huit branches, se signala dans les guerres de la vieille France. Deux de ses membres se sont distingués de nos jours, l'un dans les lettres, l'autre dans la carrière des affaires.

Le premier, Louis, chevalier de Jâucoubt, né à Paris en 1704, fut un des auteurs de l'Encyclopédie, pour la-

Suelle il rédigea les articles de physique, e médecine, de botanique, de chimie, etc. Il mourut en 1779, membre de la société royale de Londres, et des académies de Stockholm, de Berlin et de Bordeaux. On lui doit encore quelques autres ouvrages; mais plutôt philosophe qu'auteur, il n*a consacré aucun monument durable à sa renommée.

Son neveu, Arnail- François , marquis de Jâucoubt, né à Paris en 1757, lut nommé député du département de Seine-et-Marne à l'Assemblée législative, en septembre 1791. II siégea au coté droit, et se montra l'adversaire déclaré de la démocratie. Après le 10 août, on l'envoya dans les prisons de l'Abbaye, d'où il fut retiré par l'intervention de madame de Staèl. Après avoir passé huit années à l'étranger, il rentra dans sa patrie au 18 brumaire , et fut recommandé au premier consul par son ami Talleyrand. Nommé tribun, il témoigna à Bonaparte un zèle ardent et sans bornes, et lut élu président du tribunat, le 25 octobre 1802. Un an après, il vint siéger au sénat. En 1804, Napoléon lui confia l'intendance de la maison

de Joseph.ty ais, six ans plustard, s'étant vu refuser l'investiture de la sénatorerie de Florence, M. de Jaucourt prit une part active aux démarches hostiles de son ami contre le gouvernement impérial. Aussi fut-il, en avril 1814, nommé membre du gouvernement provisoire dont l'évéque d'AutUn s'était constitué président. 1 e 13 mai de la même année, if. de Jaucourt fut créé pair de France et ministre d'État. Pendant le séjour de Talleyrand au congrès de Vienne, il dirigea le département des relations extérieures; puis, réfugié à Gand, il fut mis hors la loi par Napoléon. A la seconde restauration, il obtint le ministère de la marine, qu'il ne garda gue peu de temps. Relégué ensuite parmi les membres du conseil privé , M. de Jaucourt appliqua son activité aux débats de la chambre des pairs, dans laquelle il vota comme M. de Talleyrand, et au soutien de la foi protestante, à laquelle ses ancêtres ont donné des martyrs.

Jauffbet ( Gaspard -Jean -André - Jos.), né en 1759 à la Roque-Brusane, Provence, fut. pendant la révolution, l'un des plus ardents adversaires de la constitution civile du clergé. Forcé de se cacher au 10 août , il ne reparut qu'après le 9 thermidor. Nommé successivement, après le concordat , grand vicaire à Lyon, évêque de Metz, aumônier de l'empereur , archevêque provisoire d'Aix, il mourut en 1825, laissant un grand nombre d'ouvrages , dont les principaux sont : De la religion, 1790, m-8° ; Du culte public , 2 vol. in-8°, 1795; les Consolations , 15 vol. jn-18, 1796 ; Mémoires pour servir à l'histoire de ta religion, 2 vol. in-8°, 1803 ; Mandements, 2 vol. In- 12, 1820.

Joseph Jauffbet , son frère , né en 1781 , mort en 1836, conseiller d'État, a laissé des Mémoires historiques sur les affaires ecclésiastiques de France au dix-neuvième siècle , 3 vol. in 8°,

Jaugeon (N.), habile mécanicien, mort à Paris en 1725, reçu ep 1699 membre de l'Académie des sciences, s'est distingué par diverses inventions sur lesquelles il a publié des observations dans les Mémoires de cette compagnie.

Jaunave (traité de la). Canclaux,

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