JEMMAPES L'UN
qu'à Quiévrain. Ne voulant pas laisser l'armée sous l'impression d'un échec, Dumouriez or-donne à six bataillons d'attaquer Thulin et Boussu. Les Autrichiens, à l'aspect de ce déploiement de forces, se replièrent, en sorte que l'avant-garde française occupa la plaine de Jemmapes, Vasme, Frameries; le gros de l'armée s'établit entre Élonge et Hesnin. Le 5, le général français termina ses préparatifs d'attaque. * Sa droite, renforcée par l'avant-garde, fut placée entre Frameries et Pâturage; le centre, composé d'infanterie , était aux ordres du duc de Chartres; le général d'Harville prit position en face de Siply.
« Le duc Albert comprit alors la faute qu'il avait faite; il eut bien désiré rappeler à lui toutes ses troupes, mais il ne lui en restait ni le temps ni les moyens; il devait ou recevoir l'attaque des Français avec un nombre de troupes très-inférieur, ou battre en retraite, et perdre ainsi les Pays-Bas.
«Le 6, le général d'Harville reçut l'ordre de déborder la gauche des Autrichiens par Bethmont, de les canonner; il lui était encore prescrit, dans le cas où il verrait les Autrichiens faire un mouvement rétrograde , de se porter sur les hauteurs du mont Palisel , près de Mons, pour les empêcher d'effectuer leur retraite sur Bruxelles. En même temps, Beurnonville fut chargé de la
Sremière attaque contre la gauche du uc Albert, en avant de Cuesmes. Le général Ferrand devait emporter Quareignon, et le jeune Égalité avait à se rendre maître de Jemmapes dès que les deux ailes ennemies seraient battues, Tune par Beurnonville, l'autre par Ferrand.
« La canonnade commença à huit heures sur la droite d'une manière terrible. Ferrand se porta en avant, fit occuper le village de Quareignon, dont il chassa quelques compagnies de tirailleurs, et commença à envoyer, mais de loin, des volées dè canon sur le village et la position de Jemmapes. Clairfayt lui répondit avec vigueur. Alors Ferrand fit ses dispositions pour attaquer de front Jemmapes, tandis que le général Rosière le prendrait en flanc avec quatre bataillons. Mais Rosière, qui avait rencontré un terrain fangeux et
rERS. JEMMAPES
coupé, n'exécutait pas le mouvement prescrit; de son côté, Beurnonville voyait sa colonne sillonnée par le feu continuel des redoutes qui étaient en face de lui; et d'Harville, au lieu de parvenir à tourner l'armée ennemie, s'était trouvé face à face avec le corps de Beaulieu, qui occupait les hauteurs de Bethmont.
« D'Harville et Beaulieu n'agirent pas, de part et d'autre, avec vigueur; ils se canonnèrent depuis onze heures jusqu'au soir, sans aucun avantage pour les deux troupes. Dès lors, nous n'avons plus à nous occuper que de ce qui se passait au centre et à la gauche de notre armée Mécontent de la mollesse avec laquelle les troupes se disposaient à aborder les positions ennemies, Dumouriez envoie auprès de Ferrand son aide de camp et son ami Thouvcnot, avec l'ordre de presser le mouvement d'attaque et d'enlever Jemmapes à la baïonnette. Alors Ferrand laisse en arrière son artillerie, et, malgré une grêle de boulets, il se met à la tête de nos colonnes d'attaque. Son cheval tombe , il marche à pied à côté de ses grenadiers. Plein d'une vigueur semblable à celle de la jeunesse, le vieux général enlève ainsi la partie du village de Jemmapes qui lui faisait face. Dumouriez , qui attendait ce mouvement , serre ses troupes en colonne , et les lance sur la position déjà moitié conquise, en ayant soin de faire mas-
3 uer la tracée par sept ou huit escarons de dragons et de hussards. Tout à coup , dans ce moment critique , une brigade voyant déboucher de la cavalerie ennemie , se jette à droite, et laisse imprudemment un espace par où les escadrons autrichiens pouvaient pénétrer ; la colonne flotte indécise ; le succès de l'attaque est compromis , lorsque tout à coup un domestique du général en chef, le jeune Baptiste Renard, agrandi par une de ces inspirations soudaines du courage et du génie, se précipite vers le commandant de la malheureuse brigade, le gourmande, remet l'ordre dans les rangs, bouche ainsi la tracée, et entraîne après lui les escadrons français que l'hésitation de la colonne d'infanterie avait retenus en arrière.
Pendant que ce brave rétablissait l'ac-
JEMMAPES FRANCE. JBKSOX
tion sur ce point, la brigade à la gauche de celle qui avait commis la faute que venait de réparer Renard, avait fait halte; elle tourbillonnait sur elle-même, et restait exposée à un feu meurtrier. Le duc de Chartres rallie ses soldats, les serre, en forme une masse prête à vaincre, qu'il baptise gaiement du nom de bataillon de Jemmapes.
Alors la furie française s'élance sur les redoutes ; en vain elles tonnent , rien ne peut arrêter nos jeunes volontaires , on se bat avec acharnement. Thouvenot , qui avançait par la droite du village, met les Impériaux entre deux feux ; et bientôt s'élève une immense clameur de joie, à laquelle répondent les gémissements des hiessés et des mourants de l'ennemi. Les soldats de notre jeune liberté plantent le drapeau tricolore sur les redoutes, en criant : Vtoe la république ! tandis que plus de 400 Autrichiens se noient en fuyant dans l'Haine. Beurnonville n'avait pas le même bonheur : son artillerie n'avait pu faire taire le feu des redoutes ennemies.
S'étant avancé avec trop de témérité, avant sui- son flanc six bataillons autrichiens, il devait songer à se replier, lorsque Dampierre prit une résolution énergique et décisive.
« A la tête du régiment de Flandre et des bataillons volontaires de Paris , il attaque le corps ennemi qui menaçait Beurnonville, le dégage ainsi , se précipite tête baissée dans les redoutes, en enlève, à deux reprises différentes, 1,500 prisonniers, rend à Beurnonville la liberté de ses mouvements, tourne les canons qu'il vient de prendre, et décide la victoire. Électrisés par le courage de ce général, auquel l'armée devait un si
f;rand service, nos blessés, oubliant eurs souffrances, se soulevaient sur le champ de bataille pour demander si Dampierre vivait encore après cette périlleuse entreprise. Pourtant le feu qui part des redoutes est toujours si terrible, que Beurnonville ne peut parvenir à les aborder. Les ennemis tentent une charge; elle est repoussée. Profitant de ce succès, les escadrons français s'élancent alors sur les Autrichiens, les sabrent et les refoulent sur la route de Mons; Beurnonville appuie ce mouvement de Dumouriez; les troupes qui
venaient de repousser la cavalerie allemande marchent aux dernières redoutes défendues par des grenadiers hongrois, adversaires courageux de nos braves soldats ; on peut se joindre à la baïonnette, cette arme favorite des Français, parce qu'elle laisse le sort des combats tout entier à la décision du courage; les redoutes se remplissent de morts; malgré ce désastre, les Hongrois se défendent encore en désespérés ; mais enûn , ces braves, dignes de toute l'admiration de leurs vainqueurs, cèdent, accablés par le nombre, et abandonnent les redoutes d'où ils nous ont fait tant de mal. Le champ de bataille reste ainsi aux Français, tandis que les débris de l'armée autrichienne s'enfuient en désordre dans la direction de Mons. Les soldats français étaient tellement fatigués, que Dumouriez leur accorda quelques heures de repos sur le théâtre de leur victoire.
« La bataille de Jemmapes, dont le nom devint tout à coup populaire, était une de ces épreuves terribles qui vieillissent vite une jeune armée, mais qui lui coûtent des flots de sang ; la notre compta beaucoup de morts et de blessés : les généraux Duhoux, Ferrand , et plusieurs autres officiers supérieurs, reçurent de graves blessures qui les mirent hors de combat. L'ennemi perdit 5,000 hommes, tant tués que blessés ; à peu près autant de prisonniers et huit pièces de canon; plusieurs corps autrichiens furent anéantis, et plusieurs officiers généraux, de leur côté, tombèrent mortellement frappés (*). »
Jenson(N.), célèbre imprimeur fran-
Sais, né vers 1420, fut d'abord directeur e la monnaie de Tours, puis, comme nous l'avons dit à l'article Impbimebie, il fut chargé par Louis XI d'aller étudier en Allemagne l'invention de Guttemberg. Mais au lieu de revenir en France, après avoir rempli sa mission, il se rendit en Italie , et s'établit à Venise vers 1469. Il imprima dans cette ville , de 1470 à 1481 , près de 150 ouvrages, regardés encore aujourd'hui comme des chefs-d'œuvre. C est à lui que l'on doit les premiers caractères romains qui aient été fondus. Il les
(*) Tissot, Hist. de la révolution française, t. III, p. 407.