JERUSALEM L'UNI
Nous avons raconté ailleurs (voyez Godefboy de Bouillon) les événements qui signalèrent le règne trop court du premier souverain de Jérusalem , lequel mourut le 17 août 1100.
1100. Baudouin Ier. La captivité de Boëmond , qui avait un parti puissant, fut cause que Ton décerna la couronne à Baudouin, comte d'Édesse, frère de Goilefroy. (Voyez Édesse.) Celui-ci accepta, bien que le royaume de Jérusalem fût de beaucoup inférieur en étendue à son comté, qu'il céda à l'un de ses parents, Baudouin du Bourg. Le commencement de sou règne fut occupé par des querelles, tantôt avec le patriarche Dagobert, qu'il fut obligé de dépouiller des sièges de Jérusalem et de Jaifa, tantôt avec ïancrède qui, plutôt que de lui prêter hommage , résigna entre ses mains le comté de Tibériade. Cependant, en 1109, une réconciliation eut lieu, etTancrèdereçutTibériade, Khaïfa et Bethléem, comme fiefs de la couronne de Jérusalem.
Sous le règne de Baudouin ltr, de nombreuses troupes de croisés passèrent en Asie ; mais elles furent loin d'être aussi Utiles au nouveau royaume que les secours que lui donnèrent aussi les républiques italiennes, comme Gènes, Pise et Venise, nui coopérèrent puissamment à %a prise d'Arsouf, de Césarée, de Saint- Jean d'Acre (1 104), de Tripoli et de Beyrouth (1109), places que leur position maritime rendait d'une haute importance. La prise de Sidon ( 1 1 10), à laquelle contribua une nombreuse troupe de guerriers Scandinaves commandes par Sigurd, roi delNorwége, acheva démettre toutes les places de la côte au pouvoir de Baudouin. Tyr et Ascalon seuls appartenaient encore aux infidèles. Au commencement del 1 18, Baudouin entre-
{)rit une expédition aventureuse contre 'Égypte. A Ja tète de 216 chevaliers et de 400 soldats, il s'avança jusqu'au Nil sans trouver de résistance. Mais il tomba malade et mourut à El-Arisch, en désignant pour son successeur Baudouin du Bourg.
1118. Baudouin II du Bourg fut en effet élu roi de Jérusalem , et sacré le 2 avril 1118. Il conféra son comté d'Édesse, à titre de fief, à Josceiin de Courtenay, son parent, lequel l'avait
ER$. JEBUSA^
secondé dans la longue querelle qull
avait eue avecTancrède.Sous son règne, le royaume de Jérusalem atteignit son Çtus haut degré de prospérité ; en eflet, il réunit momentanément à la couronne la principauté d'Antioche. Mais malheureusement , au mois d'avril
1123, il fut pris dans une embuscade
aui lui avait été tendue par le sultan 'Alep, et ne sortit de captivité qu'à la fin de l'année suivante. Pendant son absence , Eustache Grenier , seigneur de Césarée et de Sidon, puis Guillaume de Buris , seigneur de Tibériade , furent successivement régents du royaume.
Sous le dernier, Tyr fut prise, le 29 juin
1 124, après trois mois et demi de siège. Les ordres à la fois militaires et religieux de Saint-Jean de Jérusalem et du Temple rendirent alors d'immenses services au royaume , que , d'ailleurs, des
auerelles intestines arrêtaient dans son eveloppement. Ainsi le gendre du roi, Boëmond II, auquel avait été restituée la principauté d'Antioche , étant mort en 1131 , le monarque fut obligé de marcher contre sa veuve, qui avait formé le projet de porter la principauté en dot à un second mari , au préjudice de sa fille encore en bas âge. Baudouin II mourut le 21 avril 1131.
1131. Foulques d'Anjou, sénéchal de France, autre gendre de Baudouin , lui succéda à l'âge de 60 ans. De son règne date la décadence du royaume , déchiré à l'intérieur par des querelles entre les seigneurs chrétiens, et attaqué à l'extérieur par les empereurs de Constantinople et l'atabek Zeugui.
Ce dernier, après avoir gagné une sanglante bataille sur Foulques, l'assiégea dans la ville de Montferrand (principauté de Tripoli). Tous les chrétiens de la Palestine se réunirent pour délivrer leroi; mais ils arrivèrent trop tard : Foulques avait obtenu deZengui une capitulation honorable ; il put rentrer à Jérusalem (1137). Il se tua , cinq ans après, à la chasse. Il n'avait plus depuis longtemps que le nom de roi ; sa femme Mélissende s'était emparée du pouvoir royal.
1144. Baudouin III, son fils aîné, lui succéda à l'âge de treize ans, sous la régence de Mélissende. L'année même de son avènement, l'importante ville d'Édesse, le boulevard de Jérusalem , fut
prise par Zengui après un siège de 28 jours. Le comte Joscelin II la reprit en 1 146 ; mais elle ne tarda pas à retomber encore une fois au pouvoir du successeur de Zengui , Noureddin, qui la détruisit de fond en comble, et réduisit en esclavage tous ses habitants.
Cet événement donna lieu à la seconde croisade, que. nous avons racontée ailleurs (voyez Croisades). Baudouin ayant voulu, en 1162, gouverner par lui-même, fut 'obligé de conclure avec sa mère une transaction par laquelle il lui abandonna une partie de ses États; mais il rompit bientôt après cette transaction , et Mélissende se vit réduite à la seule ville de Naplouse.
En 1152, Jérusalem vit paraître devant ses murs les Turcs Ortocides , qui furent complètement défaits par le roi, accouru en toute hâte au secours de sa capitale. En 1153, Ascalon tomba au pouvoir des chrétiens, après un siège de sept mois, et pendant les années suivantes, les succès se balancèrent de part et d'autre. Ainsi, le 18 juin 1157, le roi de Jérusalem , ayant rompu un armistice conclu avec Noureddin, essuya près de la mer Morte une sanglante défaite; mais il la vengea Tannée suivante par la destruction complète de l'armée de Noureddin sur les bords du lac de Tibériade.
Baudouin mourut à Béryte, le 10 février 1162 , âgé de 33 ans, ne laissant pas d'enfant de son épouse Théudora, nièce de l'empereur Manuel Comnène.
1162. Amaury Ier, son frère , comte de Joppé et d' Ascalon, lui succéda. Le règne ce prince fut marqué par une expédition en Égypte, pour soutenir le vizir Chaour contre Noureddin. Après une bataille indécise, livrée le 18 mars 1167 près d'Hermopolis, Amaury assiégea Alexandrie, dont il s'empara au bout de trois mois. Mais une seconde expédition (1 168), tentée dans le but de conquérir l'Égypte , n'eut aucun résultat.
Amaury entra une troisième fois en Égypte, en 1169, et assiégea Dam iette, avec l'aide d'une flotte grecque. Mais la mésintelligence éclata bientôt entre les confédérés, et le roi fut oblige de lever le siège au bout de deux mois. Il mourut le 11 juillet 1173, à l'âge de 38 ans.
1173. Baudouin IV, fils d'Amaury et d'Agnès de Courtenay, monta ensuite
sur le trône. Il n'avait que treize ans , et était attaqué d'une maladie réputée incurable, la lèpre. La régence fut successivement confiée à Milon de Plancy et à Renauld de Châtillon. La guerre ayant recommencé en 1178, le célèbre Saladin, vaincu le 25 novembre, près de Ramla, remporta, le 26 mai suivant, une brillante victoire près de Panéade. Les chrétiens essuyèrent ensuite un nouvel échec près de Tubiana ; et ces désastres, joints a des discordes sans cesse renaissantes , accélérèrent la chute du royaume. Le jeune roi , qui était devenu complètement aveugle, mourut le 16 mai
1185. Baudouin V, fils de Guillaume deMontferrat etde Sybille, sœur de Baudouin IV, succéda à son oncle , à l'âge de sept ans. Il ne régna que 15 mois, sous la régence de Raymond II, comte de Tripoli.
1186. Gui db Lusignan. A la nouvelle de la mort de Baudouin V, sa mère, la comtesse Sybille, se rendit en toute hâte à Jérusalem avec son second mari , Gui de Lusignan ; elle se fit couronner reine de Jérusalem, et immédiatement après, couronna son époux, et te proclama roi. L'attaque d'une caravane demusulmans,parReuaulddeChâtillon, entraîna bientôt après la reprisedes hostilités. Saladin envahit le royaume à la tête de 50,000 hommes, et gagna sur les chrétiens la célèbre victoire de Tibériade, qui dura du 3 au 5 juillet 1187. Le roi et les principaux seigneurs y furent faits prisonniers, et le vainqueur s'empara successivement de Tibériade, de Sidon, de Bethléem, de Jaffa, de Naplouse,de Béryte, de Saint-Jean d'Acre, d' Ascalon, et de la plupart des villes du royaume. Le 2 octobre suivant, Jérusalem capitula après 12 jours de siège. Il ne resta plus alors aux chrétiens que trois places fortes en Palestine , savoir, Antioche, Tyr et Tripoli. Ces désastres amenèrent la troisième et la quatrième croisade ; mais on peut, à partir de cette époque, considérer le royaume de Jérusalem comme complètement anéanti.
Nous ne donnerons plus que les noms des princes qui ont porté le titre de roi de Jérusalem :
1192. Conrad, marquis de Montferrat.
708 Jérusalem L'UNIVERS. Jérusalem
1192. Henri , comte de Champagne.
1197. Amaury II de Lusignan, roi de Chypre, mort en 1205.
1210. Jean de Brienne.
1225. Frédéric II , empereur d'Allemagne, gendre de Jean de Brienne.
1240. Raoul de Cceuvres.
Depuis cette époque , le titre de roi de Jérusalem a été porté successivement par plusieurs princes. Le roi de Sardaigne et l'empereur d'Autriche le prennent encore aujourd'hui. ( Voyez Croisades.)
Pour achever cette esquisse rapide de l'histoire du royaume de Jérusalem, nous empruntons à un excellent ouvrage les aperçus suivants sur la constitution des États chrétiens en Orient, aperçus qui compléteront ce qui a déjà été dit à l'article Assises :
« Godefroy de Bouillon, dit Schœll (*), devint le législateur du royaume dont il fut le premier monarque. De l'avis et du consentement du patriarche de Jérusalem, des princes, barons et vassaux, il chargea plusieurs hommes prudents et expérimentés de recueillir de la bouche d'individus de plusieurs nations , les lois et institutions de leurs pays divers , et de les mettre par écrit. Ayant assemblé ensuite le patriarche et les barons, il leur donna lecture de ces mémoires, y choisit ce qui paraissait avantageux, et en composa un code qui fut nommé Assises et droit de Jérusalem. Le royaume fut déclaré indivisible et héréditaire , même dans la ligne féminine à défaut de mâles. Faute d'héritiers, les barons, c'est-à-dire, le haut clergé et les vassaux immédiats du roi, devaient procéder à une élection. Avant de recevoir l'hommage des vassaux , le roi devait jurer l'observation de la constitution. Le patriarche le couronnait.
Tout le royaume était divisé en baronnies , et le domaine de la couronne réservé au roi formait une de ces baronnies. Les baronnies , dont le comté d'Édesse, la principauté d'Antioche, et plus tard celle de Tripoli, furent les trois premières, étaient héréditaires, et leurs possesseurs, ayant sous eux des arrièrevabsaux, jouissaient de grands droits.
(*) Cours d'histoire des États européens , lome IU , p. 3 1 7 et suivantes .
Le roi pouvait donner en fief des parties de son domaine ou de sa baronnie royale ; mais les titulaires ne devenaient pas pour cela vassaux immédiats de la couronne , ils étaient regardés comme arrière-vassaux. Godefroy établit deux tribunaux : l'un nommé haute court , où il présidait et jugeait lui-même, avec les barons, les causes des nobles et les causes féodales ; l'autre, nommé basse court, court des borgés, court dou visconte , était présidé par le vicomte , et composé de jurés des villes. Il jugeait les affaires des bourgeois des villes, tant personnelles que réelles , et les causes criminelles.
« Le sénéchal, premier officier de la couronne, avait sous ses ordres les baillis du roi, des prélats et des barons, lesquels étaient institués pour juger ceux des sujets qui n'avaient pas le droit d'ester devant le vicomte , par exemple les indigènes chrétiens. Le sénéchal était aussi chargé de l'administration du domaine du roi et des fiefs qui en dépendaient. La seconde charge de la cour était celle de connétable , dont le lieutenant portait le nom de maréchal. L'Église fut organisée a l'instar des églises occidentales ; mais son indépendance du gouvernement séculier fut plus clairement prononcée ; elle ne fournissait pas de milice; seulement, dans des cas extraordinaires, elle prêtait aide au roi. Les villes qui avaient une cour du vicomte jouissaient des privilèges municipaux. Les établissements que les républiques italiennes formèrent, et ceux des ordres militaires, en obtinrent qui les rendirent presque indépendants. Le code des assises lut déposé dans une caisse de l'église du Saint-Sépulcre à Jérusalem. On n'en fit pas plusieurs copies authentiques ; chaque chevalier et chaque juge devait les savoir par cœur, et l'on ne consultait l'original que lorsque les tribunaux avaient quelque doute.
Cet exemplaire unique ayant péri en 1187, lorsque Saladin s'empara de Jérusalem , il fallait s'en rapporter à la mémoire de ceux qui en savaient le contenu par cœur. Enfin Jean d'Ibelin , comte de Jaffa ou de Joppé , mit de nouveau les assises par écrit, telles que lui-même et d'autres se les rappelaient. Ce travail fut fait postérieurement à
Tannée 1232 , car il y est question du siège de Cérine, ville qui se rendit cette même année. Jean d'Ibelin inséra dans sa nouvelle rédaction la forme de procédure qu'un certain Philippe de Navarre (*) avait composée vers la même époque. Ce Philippe habitait l'île de Chypre, où les assises de Jérusalem furent introduites en 1192. On les mit aussi en pratique dans l'empire latin de Byzance, où on les nomma liber consuetudinum imperii Romaniap. En 1421, les Vénitiens en firent faire une révision pour leur gouvernement de Négrepont (**). »
Jésuites. C'est en vain que l'on chercherait parmi les institutions monastiques qu'enfantèrent les siècles dévots du moyen âge , quelque terme de comparaison applicable à cette société fameuse que nous a léguée la renaissance. En effet , tandis que les autres ordres religieux ne diffèrent guère entre eux que par le nom du saint sous l'invocation duquel ils se sont placés, par la couleur et la coupe de leurs habits , et peut-être encore par le plus ou moins de sévérité de leur règle, celui des jésuites, sans précédent comme sans copie, se présente à l'observateur comme affranchi de toute solidarité avec cette triste population des cloîtres , qu'il domine ae toute la supériorité de l'action sur l'inertie, et comme ne tirant que de lui-même les vertus et les vices qui lui ont fait tant de partisans et tant d'ennemis.
Un officier espagnol de noble maison, Ignace de Loyola, jeune homme au cœur ardent, au génie chevaleresque, est blesse à la défense de Pampelune, en 1521. Pendant sa convalescence, la lec-
(*) Voyez , dans le lome II de la Bibliothèque de l'école des chartes , une notice de M. le comte Beugnot sur la vie et les écrits de Philippe de Navarre.
(**) Il y a quelques années, il n'existait qu'une seule édition française des Assises , publiée (i690,iu-f°) parThaumas de la Thaumassière. Ce recueil précieux a été réimprimé depuis, en Allemagne, et M. le comte Beugnot vient de le faire de nouveau imprimer (1841, in-f) dans la grande Collection des historiens des croisades, publiée par l'Académie des inscriptions. Il forme le tome premier des Lois.
ture de quelques livres de piété enflamme son imagination. Il y puise une dévotion particulière pour la mère de l'Homme-Dieu ; puis une vision lui montre Jésus et Satan enrôlant les hommes, et les rangeant en deux armées ennemies entre lesquelles va se décider la lutte entre la lumière et les ténèbres. Ignace se range sous l'étendard de la croix ; il sera le chevalier de Marie, le soldat du Christ. Ignorant encore , comme tout gentilhomme devait l'être alors, il va successivement prendre rang parmi les écoliers d'Alcala et de Salamanque, puis, avant même de quitter les bancs de ces universités, il commence à catéchiser.
Déjà, quelques amis ont partagé son enthousiasme; mais ceux dont il combat les désordres soulèvent contre lui la population des écoles, tandis que, d'un autre côté , l'autorité ecclésiastique croit devoir modérer son zèle prématuré. Enfin , fatigué des contrariétés qu'il éprouve dans sa patrie, Loyola passe en France.
Arrivé à Paris en février 1528, il recommence ses humanités au collège Montaigu.faitsa philosophie à celui de Sainte- Barbe, et enfin sa théologie chez les jacobins. Ses premiersdisciples l'ont quittéà la frontière , six nouveaux adeptes les remplacent.Ce sont: un pauvre prêtre savoyard, Pierre Lefèvre; un gentilhomme navarrais qui professait la philosophie au collège de Beauvais, François Xavier; le Portugais d'Azevedo, fes Espagnols Lainez, Salmeron etBobadilla. Le 15 août 1534, jour de l'Assomption, Ignace et ses pieux amis se rendent à Montmartre ; Lefèvre leur dit la messe dans une chapelle souterraine, puis ils s'engagent par un serment solennel à consacrer leur existence au service de la religion, à se contenter pour eux-mêmes du strict nécessaire, et à faire ensemble le pèlerinage de Jérusalem pour y travailler à la conversion des infidèles. On se donne rendez-vous pour 1536 à Venise.
Non-seulement tous y furent fidèles, mais leur nombre s'y trouva accru de trois nouveaux adeptes , dont deux Français. Cependant la guerre avec les Turcs ferme à ces pèlerins missionnaires les routes de la terre sainte ; ils décident alors que, pour ac-
complir leur vœu , ils iront se jeter aux Cinq assistants composent le conseil pieds du saint-père, en le suppliant de secretdu général, et dirigent sous ses ordisposer de leurs personnes pour la dé- dres les affaires de la société dans les fense de la foi catholique. Comme ils cinq principales nations théâtre de ses quittaient Sienne pour se rendre à leur travaux : l'Italie, l'Allemagne, la France, nouvelle destination, Ignace voit dans l'Espagne et le Portugal. Ils pourraient une vision Jésus qui le fortifie encore convoquer une assemblée générale pour dans sa pieuse résolution, par ces mots : déposer le chef lui-même , s'il menait Je vous serai propice à Rome. Arrivés une vie scandaleuse ou dissipait les redans la capitale du monde chrétien, ils venus de l'ordre. Ils sont nommés par y renouvellent leur vœu , le 15 avril la congrégation assemblée, comme l'est 1538; étant convenus des bases de aussi l'admoniteur, conseiller intime leur société, ils en présentent le plan à chargé d'avertir en secret le général de Paul III; ce pape le soumet à une as- ce qu'il pourrait remarquer d'irrégu lier semblée de cardinaux ; mais Guidiccioni, dans sa conduite, l'un des juges, se prononce contre l'uti- L'ordre est divisé en provinces , dont lité d'un ordre nouveau, et son avis les chefs, dits provinciaux, choisissent, prévaut. moyennant la sanction du général , les Cependant le midi de l'Europe sortait supérieurs des maisons professes et des à peine de sa lutte contre l'islamisme, la noviciats , les recteurs des collèges, et reforme travaillait le nord, et partout le une foule d'officiers inférieurs qui se doute philosophique commençait à se partagent les différentes branches du faire jour.Tant d'attaques ébranlaient le service.
trône du successeur de saint Pierre ; il La gestion de la fortune de Tordre
fallait l'appui de nouveaux prétoriens au est confiée, à Rome, à un procureur
souverain de Rome moderne. Il ac- général, et dans chaque province, à un
çepta donc enfin les services des jésui- procureur particulier,
tes, pour retenir à ses pieds ce monde Les jésuites sont partagés eh cinq
Ïui allait lui échapper. La prédication, classes. Les ecclésiastiques qui veu-
i confession, l'éducation de la jeunesse lent faire partie de l'ordre doivent
dans les pays chrétiens , les missions d'abord passer deux ans dans celle
évangéliques chez les infidèles et les ido- des novices. Ce temps d'épreuves est
lâtres, telles étaient les armes qu'appor- consacré à le former à l'obéissance
tait au combat cette pieuse milice. Par et à l'abnégation les plus absolues,
sa bulle du 27 septembre 1540, Régi- De cette classe , ils passent d'abord
mini militantis Ecclesix , Paul III ap- dans celle des écoliers approuvés, où
prouva le nouvel institut , sous la dé- ils se lient par des vœux secrets ,
ment les constitutions, de concert avec général. Ces deux classes sont plus par-
Lainez. ticulièrement chargées de l'instruction
D'après ce code, à la fois poli- de la jeunesse , de la prédication , de la
tique et religieux , le général exerce direction des consciences. Pour entrer
une autorité à peu près absolue sur dans celle des profès , il faut avoir at-
tous les membres de la société. Il re- teint l'âge de 33 ans , et ajouter aux
çoit et exclut qui il veut, nomme à tous trois vœux ordinaires de pauvreté , de
les emplois, à l'exception de deux, cou- chasteté et d'obéissance, celui d'un en-
voque et préside les congrégations ou tier dévouement aux ordres du pape en
assemblées générales. Dans le cas où tout ce qui concerne les missions. Les
l'âge ou les infirmités le rendaient in- profès peuvent être regardés comme
capable de remplir les devoirs de sa les patriciens de l'ordre. C'est à eux
charge, l'ordre, avec la sanction du que sont dévolues les fonctions difficiles
pe, lui nomme un vicaire général, de supérieurs dès missions, de direc-
doit lui succéder. teurs spirituels des princes. Seuls ils
ont voix dans l'élection du général , et