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BIEN GARDES DE MI COMPTE DE LA

ton sui noumes (de cuivre suis monnaie) ; sur d'autres : sommes countez, jette bien, etc. En effet, on distribuait de ces petites pièces aux conseillers de la cour des comptes, qui, à chaque article entendu, en jetaient une sur la table en signe d'approbation ou de désapprobation. Les marchands s'en servaient aussi pour régulariser leurs comptes.

Les jetons se fabriquaient partout; mais la manufacture la plus renommée au moyen âge était celle de Nuremberg; aussi presque tous les jetons que l'on rencontre en France viennent-ils de cette ville; cependant, si les légendes qu'on v lit sont ordinairement en allemand, les types sont, pour la plupart, français; c'est que les fabricants avaient, en général , le bon esprit d'adopter les empreintes qui avaient le plus de vogue dans les pays pour lesquels ils travaillaient.

Jeu. La passion du jeu attira de bonne heure en France l'attention du législateur. Les lois romaines fixaient à un écu d'or les enjeux permis , refusaient toute action pour les bénéfices faits au jeu , et ordonnaient la répétition , au profit du trésor public, des valeurs perdues aux jeux prohibés. A ces prescriptions, Charlemagne , en défendant les jeux de hasard, ajouta , pour ceux qui s'y livraient, l'exclusion de la communion des fidèles.

Charles IV, Louis IX, Charles V, Charles VIII, Charles IX, essayèrent aussi , mais en vain , de réprimer la passion du jeu par des ordonnances sévères; mais d autres rois, au contraire , l'encouragèrent par leur exemple.

L'amour du jeu possédait Henri IV au point que Sully se plaint , dans ses Mémoires, des dépenses excessives qui

en résultaient. Il jouait même en public; un jour il écrivit à son ministre pour lui demander 9,000 livres , qu'il avait perdues à la foire de Saint- Germain, en bijoux et bagatelles , ajoutant que ses créanciers le tenoient aux chausses.

Cette passion du roi porta aux mœurs une atteinte funeste; il révoqua ainsi en quelque sorte par son exemple les lois anciennes qui défendaient le jeu.

Les courtisans imitèrent le maître ; la ville imita la cour; de toutes parts s'ouvrirent des tripots publics , décorés du nom d'académies de jeu. «Presque tous, grands et petits, nobles et marchands, dit l'Estoile, ne parloient que déjouer des pistoles avec tant de fureur, qu'il sembloit que mille pistoles fussent moins que n'étoit un sou du temps de François I, r, et ce fut la cause de tant de banqueroutes que l'on vit dans ce temps-là. » Suivant le même écrivain, oh comptait à Paris, à la fin du règne de Henri IV, quarante-sept brelans autorisés , dont les principaux magistrats retiraient chacun une pistole par jour.

Ces repaires furent supprimés au commencement du règne de Louis XIII; et l'on ajouta même, pour un temps, à la rigueur des anciennes lois contre le jeu.

Mais on joua beaucoup à la cour de Louis XIV. Ce roi aimait les gros joueurs; il alimentait même par son exemple cette immorale passion, et dédommageaitses courtisans de leurs pertes énormes en tolérant leur mauvaise foi. En d'autres termes, on trichait au jeu de la cour, et de pareilles bassesses étaient tournées en plaisanteries. Saint- Simon est plein de traits qui nous le démontrent (*). Les nobles dames n'étaient pas plus scrupuleuses. Seulement , quand la dévotion fut devenue une mode, « les joueuses, en se quittant, prononçaient une formule par la-

3uelle on se taisait un don réciproque e ce qui aurait pu , dans la partie, ne pas être légitimement gagné. Cet art de frauder Dieu , pratiqué par tant de

(*) Nous cilerons seulement le portrait qu'il fait du duc de Grammont : « Grand escroc et grand faiseur de dupes au jeu, de

l'esprit, de l'impudence, de la bassesse

avec tout cela, fort dans le grand monde, et de la cour, etc. »

L'UNIVERS

Sieuses harpies jusque dans les cabinets e madame de Maintenon, est le trait le plus éminemment caractéristique de cette cour (*). »

Les joueuses et les joueurs de la cour du régent et de Louis XV montraient aussi peu de délicatesse que ceux de la cour de Louis XIV.

Ce fut le lieutenant de police de Sartines oui, en 1775, par son autorisation, donna la plus grande consistance aux maisons de jeu; mais pour diminuer l'odieux de ces établissements , il ordonna que les prélèvements faits sur leurs produits seraient employés à des œuvres de bienfaisance, à la fondation de quelques hôpitaux. On vit alors des gens riches et titrés, des baronnes , des marquises, solliciter le privilège déposséder un de ces tripots , que des subalternes exploitaient pour elles . moyennant une part dans le profit.

Ces repaires privilégiés en firent naître d'autres qui ne l'étaient pas. Prohibés en 1778 , les jeux trouvèrent un refuge parmi les courtisans , dont plusieurs se firent banquiers et filous , et dans les hôtels des ambassadeurs, où la police n'avait point accès. Mais les jeux de hasard ne tardèrent pas à être de nouveau officiellement rétablis. Cependant, en février 1781 , on les dénonça au parlement, qui manda à sa barre le lieutenant de police. Puis , comme des personnes de haut rang tenaient des jeux , la cour suprême décida qu'elle convoquerait les pairs. II en résulta, le 20 février, un arrêt réglementaire sur lequel le roi rendit, le 1er mars, une déclaration sévère , menaçant les banquiers du carcan et du fouet. Quant à Louis XVI, il donnait l'exemple, en ne s'exposant jamais qu'à gagner un demi-écu.

Les maisons de jeu furent fréquemment poursuivies pendant la révolution.

Jamais les gouvernements de cette époque ne se souillèrent par l'autorisation de ces repaires d'infamie. Quant aux champions de la monarcnie absolue qui combattaient sous les drapeaux des Condés, ce qu'ils appelaient des factieux, ils virent bientôt arriver les bailleurs de

(*) Lemontey, Essai sur l'établissement monarchique de Louis XIV, p. 437 et 438.

fonds, les nobles soutiens des tripots.

Ces braves gentilshommes , ces invincibles joueurs, avaient quitté la France, emportant dans leurs cœurs l'amour de la légitimité , et dans leurs bagages des cartes, des dés et de petits râteaux. Par leurs soins, des jeux s'installèrent sous la tente. En peu de temps , ils eurent fondé des banques à Londres, à Francfort, à Baden, à Tœplitz, etc.

Cependant, chez nous, la révolution, qui avait détruit de fond en comble toutes les vieilles institutions, ne put renverser pour toujours les tabies de jeu.

Elles se relevèrent scus le Directoire, aussi nombreuses, moins publiques et plus dangereuses qu'auparavant.

En 1800, Paris comptait plus de cent maisons de jeu, où tous les genres de délits et de crimes étaient commis.

Napoléon parvint seulement à faire autant que possible pénétrer l'ordre et la morale dans le désordre et l'immoralité. Il mit les maisons publiques de jeux de hasard sous la surveillance active de sa police , et en affecta les revenus au service de son administration policière ou de sa politique.

Lors de l'établissement du gouvernement constitutionnel , des hommes qui considéraient toute espèce de publicité comme un bienfait , des membres distingués des deux chambres, des organes indépendants de la presse demandèrent à connaître le chiffre et l'emploi du produit des jeux publics.

Le privilège des neuf maisons existant à Paris en 1818 avait été affermé par le gouvernement pour six années, à raison de sept millions par an , plus un million de pot-de-vin. Longtemps le ministère se retrancha sur le scandale de la publication de ces documents.

Mais en 1820 , l'énergique persistance des réclamants triompha, et il fut décidé que le produit des jeux publics, moins une part réservée à la ville de Paris, serait porté au budget de l'État. 'Enfin, depuis la révolution de juillet, le gouvernement a senti qu'il ne pouvait sans se déshonorer maintenir la source la plus féconde de l'immoralité, bien plus , en retirer un lucre honteux ; et , malgré les réclamations du conseil municipal et d'un grand nombre d'habitants de Paris,

T. ix. 46* Livraison. (Dict. encycl., etc.)

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