JOIGNY
not vint à Paris avec son frère, et il commença alors les études artistiques vers* lesquelles l'entraînait son goût. Quand il eut acquis la connaissance du dessin, H aurait bien voulu se donner à la peinture; mais il fallait suffire à ses besoins, et il se vit obligé de négliger momentanément la peinture pour faire de la gravure et de la lithographie. Il donna d'abord la gravure du portrait du général Foy, d'après Gérard , puis celle des Enfants égarés , d'après Scheffer.
Cependant , grâce aux ressources qu'il s'était créées, il put enfin suivre son inclination et donner plus de temps à la peinture. Au salon de 1832, il exposa un tableau représentant une quereue de Vendéens ; puis Mina et Brenda, cette gracieuse et poétique composition qui conserve encore la faveur qui l'accueillit à son apparition. A la même époque, il exécutait pour le duc d'Orléans le tableau de la Mort de du Guesclin.
Séduit par les gracieuses descriptions des romans de Walter Scott , Tony entreprit ensuite d'en reproduire les principales scènes ; et il composa une série ae petits tableaux dont la gravure s'est emparée depuis, et qui servent aujourd'hui d'illustrations aux éditions les plus soignées du romancier. Il fit , en 1833, pour le prince de Join ville, son tableau de Douglas le Noir. Le talent de Tony Johannot était devenu populaire : on aimait et on admirait dans ses ouvrages cette grâce, cette imagination si variée qui en sont les principaux caractères; quand on voulut faire concourir les arts à l'illustration de la typographie , on dut s'adresser à lui.
Aussi est-il peu d'ouvrages illustrés, auxquels son nom ne soit attaché , et au succès desquels il n'ait puissamment contribué. Les œuvres de Molière, don Quichotte , Manon Lescaut , le Diable boiteux y s'embellirent successivement des produits de son crayon, qui sut admirablement se prêter à la vérité, à la grâce et à la finesse de tous ces chefsd'oeuvres. II serait impossible de citer tout ce qu'a fait Tony Johannot ; cette prodigieuse quantité de vignettes , d'aquarelles, qui l'ont fait connaître et apprécier de tout le monde. Nous ajouterons seulement, aux ouvrages dont nous
avons déjà parlé, le tableau de Charles VI et Odette, en 1832 ; V Enfance de du Guesclin , en 1840 ; la Bataille de Rosbach et la Bataille de Fontanet, sous Cliarles le Chauve, pour le musée de Versailles ; les vignettes du Vicaire de IVakefield , puis enfin les eaux-fortes pour les romans de Cooper. Tony Johannot,qui, en 1832, avait obtenu une médaille d or, reçut, en 1840, la croix de la Légion d'honneur.
Joigny, Joviniacum, l'un des chefslieux d'arrondissement du département de l'Yonne , population 5,537 habitants.
Quelques historiens y voient l'ancienne Bandritum , d'autres en attribuent la fondation à Flavius Jovin. ( Voyez ce mot. ) Dès le dixième siècle , elle a eu ses comtes particuliers.
Geoffroi Ier devint comte de Joigny par son mariage avec une fille de Renaud le Vieux, comte de Sens. Il mourut vers 1042.
Etienne de Vaux, troisième comte de Joigny, gendre de la veuve de Geoffroi //, laissa Geoffroi III le Vieux.
Ensuite se succédèrent Geoffroi IV le Jeune (1081-1104) ;
Renaud III; ■. ■ <■
Gui, mort en 1150, quelque temps après son retour de la croisade;
Renaud IV, mort vers 1179;
Guillaume /er, parti pour la croisade en 1190, mort vers 1219 ;
Pierre, qui prêta hommage lige à Blanche, comtesse de Champagne, et à Thibaut son fils;
Guillaume II , qui mourut d'épuisement au retour de la croisade , en
Guillaume III est connu par un trait que rapporte Joinville : il avait fait jeter en prison un bourgeois sujet du roi, quoiqu'il fût réclamé par le sergent royal de la cité où il demeurait ; le bourgeois mourut dans son cachot.
Louis IX appela Guillaume à comparaître devant lui, le fit saisir en plein parlement , et l'envoya au Châtelet de Paris , où il resta nombre d'années.
«Bonne et roide justice ! » ajoute le sire de Joinville.
Jean Pr mourut en 1283.
Jean II affranchit en 1300 la com-
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mune de Joignv. Le mariage de sa fille de grosses tours. Sa cathédrale gothi-
avec Charles, fils du comte de Valois et que date du quinzième siècle,
neveu de Philippe le Bel, ne l'empêcha Joinville , ancienne capitale du
pas de se joindre aux barons révoltés Joinvillois, comprise autrefois dans la
contre le roi. Il fut aussi hostile à Ta- province de Champagne , aujourd'hui
vénement de Philippe le Long. dans le département de la Haute-Marne,
Jeanne , son unique héritière , lui arrondissement de Vassy.
succéda en 1324, avec son mari Char- Les premiers titres où il soit fait
les de Valois , comte d'Alençon , qui, mention de cette ville ne remontent
par un échange, céda le comté à Jean pas au delà du neuvième siècle. Sur la
de Noyers. Celui-ci périt à la bataille montagne qui la domine s'élevait jadis
de Brignais (1361). une tour de construction romaine, con-
Miles de Noyers, fils de Jean de nue sous le nom de Tour de Jovin, et
Noyers et de la fille d'Anselme de Join- dont les derniers débris n'ont disparu
ville , combattit pour Charles de Blois qu'en 1649. Les habitations, en segrou-
à Auray, et y fut pris avec du Guesclin. pant autour de ce point de défense,
Il mourut en 1376. formèrent le bourg de Jovinivilla ,
Jean il fut une des victimes de la Joinville. Le château, qu'habitèrent les
mascarade de Charles VI. (Voy. Bal.) seigneurs de Joinville , qui vit naître
Louis , son frère et son successeur, l'historien de Louis IX , et fut le ber-
mourut en 1415, doyen des sept corn- ceau des Guises , avait été bâti au on-
tes-pairs de Champagne. zième siècle , par Etienne de Vaux, et
Marguerite de Noyers , son unique agrandi successivement. Les sapins et
héritière, était mariée à Gui de la Tré- les peupliers en couvrent aujourd'hui
moille. Le comté souffrait beaucoup à l'emplacement,
cette époque des hostilités des Arma- La ville fut, dès l'année 1292, érigée
gnacs. Louis de la Trémoille, héritier en commune. La seigneurie en passa
du comté, mort en 1464 , fut remplacé des sires de Joinville à la maison de
par Charles de Châlon, fils de Jean de Lorraine ; elle avait le titre de baron-
Châlon, baron de Viteaux et de Jeanne nie ; Henri II l'érigea, par lettres paten-
de la Trémoille, partisan zélé du duc de tes du mois d'avril 1551, en principauté,
Bourgogne, contre Louis XI. Le roi en faveur de François de Lorraine, duc
confisqua son comté, mais le lui rendit de Guise (qui fut plus tard tué par Pol-
en 1432. Il mourut en 1485. trot).
Sa fille, Charlotte de Châlon, laissa Charles-Quint incendia Joinville en
de son mari Adrien de Sainte-Maure, 1544, pour se venger de François de
un fils, Jean de Sainte- Maure, qui fut Lorraine, qui l'avait obligé de lever le
comte de Joigny et de Nesle. siège de Metz , et par ressentiment de
Louis de Sainte-Maure (1526-1572) l'échec qu'il avait éprouvé devant Saint-
n'eut qu'un fils nommé Charles, qui Dizier; mais François II la fit rebâtir
mourut en bas âge. peu de temps après. Marie Stuart ha-
Jean de Laval, cousin de ce jeune bita pendant quelque temps le château
prince, lui succéda. de Joinville, après la mort de François
Gui de Laval mourut en 1590, des II; ce fut dans ce château que la ligue
blessures qu'il avait reçues à Ivry. fut signée par les Guises.
Des deux tantes de Gui , Gabrielle On voit encore dans le faubourg la
et Anne de Laval, le comté passa, par maison de plaisance des illustres Lor-
contrat de vente, à Philippe-Emmanuel rains. Elle offre de curieux échantillons
de Gondi (1603). du style de la renaissance.
Pierre de Gondi le laissa à sa fille, Le dernier duc de Guise, mort sans
madame de Blanche/ort-Créqui , du- postérité en 1675 , laissa à Marie de
chesse de Lesdiguières , qui en lit do- Lorraine (madame de Guise) la princi-
nation à Nicolas de Neuville , duc de pauté de Joinville, comprenant, outre
Filleroi, mort en 1734. les terres de l'ancienne baronnie, c'est-
Au dix-huitième siècle , Joigny avait à-dire, Ancerville, Vaucouleur, Rinel,
encore d'épaisses murailles flanquées Dongeux , etc. , deux acquisitions des
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Lorrains : Éclaron et Roches. Ensuite cette seigneurie passa successivement à mademoiselle d'Orléans , à Philippe, frère unique de Louis XIV, au régent et à sa descendance.
L'église de Saint-Laurent, où fut enseveli l'historien, a été démolie en 1792. Les restes des sires de Joinville ont alors été déposés dans le cimetière de la ville, et aucun monument, aucun signe, ne peut maintenant les faire reconnaître. Quant au château, dès 1790, le duc d'Orléans , prince de Joinville, en avait vendu les bâtiments à condition qu'on les démolirait aussi, et cette clause n'a été que trop bien exécutée.
M. Champollion-Figeac a publié, dans le recueil des Documents historiques inédits tirés des collections manuscrites inédites de la bibliothèque royale, et des archives ou bibliothèques des déparlements , tome Ier, page 645 , le plan du château de Joinville.
Joinville (famille de). Les sires de Joinville avaient, selon certains auteurs, quelque parenté avec les comtes de Boulogne, et par conséquent avec Godefroi de Bouillon. Presque tous furent d'illustres chevaliers.
Geoffroy III , sénéchal de Champagne, mourut en 1132.
Geoffroy IV, son fils , combattit à Acre; il eut quatre fils : 1° Geoffroy V Troullard, mort en terre sainte en 1 204; 2° Simon, aux se distingua à Damiette en 1218 , défendit et sauva la capitale de la Champagne , assiégée par les barons de France, épousa en secondes noces Béatrix de Bourgogne , et en eut pour fils Jean, sire de Joinville , l'immortel historien do Louis IX; 3° Gui, seigneur de Sailly; 4° Guillaume, évéque de Langres , puis archevêque de Reims.
Jean, sire de Joinville, naquit en 1224, au château de sa famille. Pendant son enfance , il fut attaché à Thibaut IV, comte de Champagne. A seize ans , il épousa Alix de Grand-Pré , cousine du comte de Soissons ; et Thibaut, au retour de la croisade, lui conféra la charge de sénéchal de Champagne , qu'avait exercée son père. En 1248, il prit la croix pour passer en Orient à la suite de saint Louis, engagea ses biens , et partit avec dix chevaliers. Arrivé en
Chypre , il n'avait plus d'argent pour paver ses hommes; il fut obligé de prier Louis de venir à son secours. Depuis ce moment , Joinville s'unit au roi d'une amitié intime. Il combattit bravement les infidèles, partagea en Égvpte la captivité du roi et le suivit en" Syrie. De retour en France, il eut toute la confiance de son maître. Peut-être cet attachement n'était-il pas tout à fait désintéressé, car les libéralités de saint Louis à l'égard du sénéchal excitèrent plus d'une fois la jalousie des barons. Il faut remarquer, toutefois , qu'il ne dut rien à la flatterie, et que son affection survécut longtemps à celui qui en était l'objet.
Joinville vécut tour à tour à Paris et en Champagne jusqu'en 1268, époque où le roi , entreprenant une nouvelle expédition d'outre-mer , lui manda de l'accompagner. Mais cette fois le sénéchal, marié depuis peu en secondes noces à Alix, fille de Gautier, sire de Risnel, de la famille des comtes de Joiçny, et guéri par l'expérience, de son enthousiasme pour la guerre sainte, s'excusa de partir, sur ce que ses vassaux avaient trop souffert de sa longue absence lors de la première expédition.
Sous Philippe le Hardi, il gouvernait le comté de Champagne , et quand Philippe le Bel souleva de nombreux mécontentements par son système d'impôts, il refusa aussi de lui obéir. En 1315 , Louis X ayant convoqué les barons à Arraspour la guerre de Flandre, le sénéchal, quoique âgé de 92 dus , répondit à cet appel.
La reine Jeanne de Navarre l'avait
Krié de mettre par écrit ses souvenirs, passa ses dernières années à composer ses Mémoires , qu'il dédia au roi Louis X. Il mourut en 1319 , âgé de 95 ans.
Les Mémoires de Joinville sont un précieux monument pour l'histoire nationale et -pour l histoire de notre littérature. La bonne foi, le naturel exquis, la naïveté des sentiments , la vivacité, l'élégante simplicité du style, en font une production éminemment originale et intéressante. On les imprima pour la première fois en 1547 , à Poitiers, in-4°. Claude Mesnard en publia une nouvelle édition en 1617, à Angers,