JOLY
in-4°; du Cange en donna une autre in-fol. en 1668. Mais toutes ces éditions n'étaient que des imitations im-
Earfaites de l'original. Un manuscrit eaucoup plus complet fut trouvé à Bruxelles et apporté à Paris par le maréchal de Saxe , et servit de texte à l'édition du Louvre. C'est cette édition que MM. Michaud et Poujoulat ont reproduite dans leur Collection de Mémoires,
Anselme , deuxième fils du sire de Joinville, lui survécut seul , et fut aussi sénéchal de Champagne. Son fils unique, Henri, n'eut pas d'enfant mâle; une des filles dece dernier, Marguerite, épousa Ferri I*r, prince de Lorraine. C'est ainsi que la seigneurie de Joinville passa dans la famille des Guises.
Joinville (traité de). Ce traité, qui fait époque comme le premier acte diplomatique de la lieue, fut conclu à Joinville, le 31 décembre 1584, entre Jean- Baptiste de Taxis et Jean Moreo, agents de Philippe II d'Espagne , les ducs de Guise et de Mayenne, chargés des pouvoirs des autres princes de leur maison, et François de Roncherolles , mandataire du cardinal de Bourbon.
Jolibois, vétéran , ayant appris , en 1792, que son fils, volontaire du 1er bataillon de Paris , avait quitté ses drapeaux , partit aussitôt pour le remplacer, arriva le matin de la journée de Jemmapes , et combattit avec le bataillon de son fils. « O mon fils ! s'écriait-il «à chaque coup qu'il tirait sur l'enne- « mi, faut-il que le souvenir de ta fuite «empoisonne un moment aussi glo- « rieux ! » Le général le fit nommer officier sur le chnmp de bataille.
Joly (Marie- Elisabeth) naquit à Versailles en 1761. Dès son enfance , elle cultiva l'art dramatique :à l'âge de neuf ans , elle figurait dans des ballets et jouait des rôles d'enfant; et dès ce moment, ses rares dispositions attirèrent l'attention des grands maîtres de l'art. Préville et sa femme voulurent euxmêmes cultiver ces heureux commencements ; elle montrait déjà un tact si délicat, que le Kain lui demandait souvent avec amitié : « Eh bien, ma petite Joly, « ai-je bien;joué mon rôle aujourd'hui ? » Et lorsqu'elle répondait: « Oui, papa,»
ce grand acteur semblait plus content
de lui-même. Il écoutait avec attention ses petites observations, et avouait qu'il en avait profité. Elle débuta aux Français en 1781. Un organe très-net , un jeu fin et beaucoup d'intelligence , assurèrent d'abord ses succès. Ce fut
Earticulièrement à l'emploi des sourettes qu'elle se Consacra , et elle ob- ; tint de tous les amateurs de la bonne ! comédie ce témoignage aue , depuis '\ mademoiselle Dangeville, ils n'avaient " vu dans ce genre aucune actrice qui pût lui être comparée. Elle perfectionna ses rares dispositions par la réflexion et par l'étude. Peu d'actrices méditèrent davantage sur leur art : elle en exposait avec clarté les difficultés et les ressources. Lorsque Cail ha va composa son Art de la comédie, il la voyait souvent, et sortait rarement d'auprès d'elle sans avoir retenu quelque observation intéressante et utile.
Mademoiselle Joly joignait à une vivacité charmante une âme excellente :
préférant la solitude au grand monde, elle aimait avec passion à contempler la nature. Elle avait pris pour J. J.Rousseau ce goût qui est le partage de presque toutes les âmes sensibles ; elle visita son tombeau à Ermenonville, et, dans un transport d'admiration pour ce grand homme , elle consacra sur son monument la première couronne civique qui lui ait été offerte. Cette couronne était en bronze, imitant les feuilles de chêne , avec cette inscription :
Offerte en 1788 aux mânes de J. /.
Rousseau, par Marie Joly , épouse et mère. Elle fit aussi des stances remplies de sentiment au sujet de la translation du corps de Rousseau au Panthéon.
Cette actrice mourut en 1798. Son corps fut porté à Soligny , dans une terre qui lui appartenait et qu'elle aimait beaucoup. Son tombeau a été creusé dans le roc, sur une montagne escarpée à laquelle les habitants ont donne , par reconnaissance du bien qu'elle avait fait, le nom de Mont-Joly. Le poète le Brun fit pour son buste ces deux vers assez médiocres, mais ornés d'une antithèse dans le goût du temps :
Éteinte dans sa fleur, cette actrice accomplie Pour la première Toi* a fait pleurer Thalie.
Joly de Fleury (Guillaume-François), né à Paris, en 1675, d'une famille
728 JOLY L'UNIVERS. jomard
qui avait toujours joui d'une haute ré- Fleury était d'ailleurs un très-agréable putation dans la magistrature, succéda, conteur d'anecdotes, un homme oui se en 1717, dans les fonctions de procu- piquait d'être On. On lui demanaa au reur général , à d'Aguesseau , promu à nom du roi de remplacer Necker. Maula dignité de chancelier de France. En repas lui fit entendre que sa soumission 1746, il se démit de sa charge en faveur serait un nouveau moyen de réaliser ses de son fils, et continua de se livrer dans vues d'ambition. Il accepta ces fonctions la retraite à de grands travaux sur si neuves pour lui, sans prendre toutel'histoire de notre droit public , his* fois le titre de contrôleur général, toire à laquelle il avait déjà rendu d'é- Joly de Fleury chercha , dans tout minents services en faisant mettre en ce qu'il fit, à renverser les utiles créaordre les registres du parlement , com- tions de son prédécesseur. Adminispulser et inventorier une grande quan- trateur à la Terrai , et partisan dévoué tité de documents précieux , ensevelis du pouvoir absolu, il signala son entrée avant lui dans la poussière des greffes au ministère par une augmentation des et du trésor des chartes. Ce savant ma- charges publiques, qui excita de violents gistrat mourut à Paris en 1756 (*). murmures (*). Bientôt des ennemis si Son troisième fils était conseiller d'É- nombreux s'élevèrent contre lui à la tat en 1781 ; soutenu au parlement par cour.que, embarrassé pour ses emprunts le souvenir de son père et par la pré- et las de sa position difficile , il donna sence de ses frères, l'un procureur gé- sa démission en mars 1783. « Le temps néral, l'autre président à mortier, il as- de son administration a trop souvent pirait alors à la place de garde des été regardé comme insignifiant : c'est sceaux. Miroménil , qui le redoutait, ju- dans ces deux années qu'on voit com-
{;ea qu'un moyen de se débarrasser de mencer à crouler un gouvernementdont
ui serait de le porter au contrôle gé- l'impéritie semble s'accroître avec ses
néral des finances. Le comte de Maure- dangers (**). »
pas trouvait ce choix de son goût: Jomard (E. F.), membre de l'Insti-
/#N .... „ . . tut (Académie des inscriptions et belles-
( ) Sa famille possède une collection pre- , n } é à Versailles en 1 777, fut reçu
Elle se compose principalement : i° d'un re- et fifl Part,e en.4,7J9,8 de. 1 «Pedition d É-
cueil commencé en i7 13 et continué jusqu'en (PW« en Jlua,,le d ingénieur géographe.
1787, consistant en 400 cartons qui renfer- Pendant le cours de 1 expédition , il se
ment les réquisitoires de Joly de Fleury, des ,,vra a une suite de travaux topographi-
traités sur divers points de droit public, de <lues d'autant plus périlleux , qu'il fal-
droit civil et administratif, et contiennent lait en quelque sorte disputer a chaque
presque toujours les anciennes «ordonnances pas le terrain qu'on allait mesurer. Il se
relatives à ces matières , ou des copies tirées livra en même temps à l'examen des
soit des registres du parlement , soit du monuments de cette contrée, et il en a
trésor des chartes ; a0 de 10 cartons ren- donné les mesures exactes , avec des
fermant des mémoires rédigés par Jean- dessins et des descriptions fidèles.
François Joly de Fleury, intendant de Bour- Revenu en France en 1802, après
gogne, conseiller d Etat et directeur général avoir séjourné quelque temps dans les
des finances, sw des questions fort impor- î|es ioniennes, .1 coopéra Tannée sui-
TZT™^ 1/eS/ina,nCeS d A"S>eterre et Vflnte à ,a rédaction & h grande De$,
tlZTAt de46.Carl o« enfermant des cription de V Egypte; à la mort de
ouvrages de tonte espèce , composes par Orner ,^i*< :) <• . . T JT '„ -i • j ",V1V
Joly de Fleury, frère du procureur général : C°nte ' il fut e)U hétaïre de la COm-
4° de 400 vol. in-f et in-4°, d'ordonnances; ?'Çl0n chargée de diriger 1 exécution
5* d'un grand nombre de vol. in-40 et in-f de 1 ouvrage; et en 1807, il succéda a
manuscrits, contenant les olim, les registres Lancret, en qualité de commissaire du du parlement jusqu'en 1732, l'inventaire du
Trésor des Chartes, etc., etc. (*) On chanta alors un vaudeville poissard
Il serait à désirer qu'un recueil aussi fan- dont le refrain était : Si c'est du Fleuri, Ce
portant fût acquis par le gouvernement pour H'eat pas du Joli.
être placé dans un dépôt public (**) Droz, Hist.
de Louis XVI , 1 , 393.
gouvernement pour la direction des travaux de gravures et d'impression, tâche immense qui Ta occupé plus de 18 ans.
M. Jomard a été nommé en 1818 membre de F Académie des inscriptions. Parmi les nombreuses dissertations de ce savant , nous nous bornerons à citer : 1° Description des hypogées de la ville de Thebes ; 2° Système métrique des Égyptiens (ces deux mémoires sont insérés dans le grand ouvrage de l'Égypte) ; 3° Description de la règle à calculer, avec des réflexions sur l'industrie anglaise, 1 8 16 f c'est à M. Jomard qu'est due l'introduction en France de ce précieux instrument) ; 4° Notice sur les lignes numériques des anciens Égyptiens , avec des recherches sur la classification des signes hiéroglyphe queSy 1816 et 1819, in-8°; 5° Notice sur le voyage de M. Cailliaud en Nubie, 1819, in-folio, cartes; 6° Notice sur les nouvelles découvertes faites en Ègypte, et de l'influence qu'elles peuvent avoir sur les études historiques , 1819, in-8°; 7° Parallèle entre les antiquités de l'Inde et de V Ègypte, 1819, in-8°, fragment d'un essai sur l'art en Ëgypte ; Tî° Étalon métrique trouvé à Memphis, 1822, in-4°, planches; 9° Contrat de Ptolémaïs , avec planches, 1822, in-4° , et douze exemplaires in-folio ; 10° Sur les rapports de l'Éthiopie avec VÉgypte, 1822, in-8°; i\° Sur la corn* munication du Niger avec le Nil de VÉgypte , 1825, in-8°, cartes ; 12° Remarques sur les découvertes géographiques faites dans l'Afrique centrale, et le degré de civilisation des peuples qui f habitent, 1827, in-4°.
Jongleurs , joculatores, bateleurs, joueurs d'instruments , <jui couraient les provinces en compagnie des trouvères ou troubadours. Le même mot se trouve employé fréquemment pour désigner et les poètes provençaux et leurs acolytes , qui , non contents de mener avec eux des singes, des chiens, et d'autres animaux dressés, jouaient des gobelets, et faisaient divers tours de passepasse. Un ancien proverbe disait : Les meilleurs jongleurs sont en Gascogne.
Jordan (Camille), membre du conseil des Cinq-Cents et de la chambre des députés, naquit à Lyon en 1771.
Partisan de la révolution, mais la voulant à des conditions impossibles, il ne tarda pas à se montrer parmi les opposants. Dès les années 1790 et 1791 , il publia divers écrits aujourd'hui oubliés, où l'Église constitutionnelle était vivement critiquée. Bientôt cette opposition prit un caractère plus sérieux. La Montagne venait enfin de s'emparer de la direction du mouvement. Lyon se souleva ; Camille Jordan fut au nombre des plus ardents promoteurs de cette insurrection : il combattit dans la fameuse journée du 29 mai, et parcourut ensuite les provinces voisines pour les solliciter en faveur de la cause lyonnaise. Quand la rébellion eut succombé , il se réfugia en Suisse , d'où il passa en Angleterre. Dans ce pays, il se lia avec Mallouet, Lally-Tollendal, Cazalès, Fox, lord Erskine et lord Holland. La constitution anglaise devint dès lors l'objet de son admiration et le type de toutes ses conceptions politiques.
De retour, en 1796 , il fut élu, en 1797, député de "Lyon au conseil des Cinq - Cents. Dans cette assemblée, nommé rapporteur d'une commission qui avait été chargée de reviser les lois sur la police des cultes , il prononça en cette qualité, dans la séance du '29 prairial an v, un discours remarquable , mais peu opportun alors , et conséquemment peu compris. Dans ce discours, il proposait de rendre à toutes les opinions religieuses la liberté complète d'enseignement et de culte. Du reste, les considérations sur lesquelles il s'appuyait pour revendiquer le droit des religions étaient graves et élevées. « Législateurs, disait-il, il est utile, il « précieux pour vous, que les religions « existent , qu'elles exercent en liberté « leur puissante influence ; elles seules « parlent efficacement de la morale au « peuple; elles ouvrent son cœur aux « douces affections; elles lui impriment « le sentiment de l'ordre; elles prépa- « rent votre ouvrage ; elles Pachève- « raient presque sans vous-mêmes ; les h lois ne sont que le supplément (le la « moralité des peuples. » Dans ce discours, on ne vit guère alors que le côté ridicule. Camille Jordan avait dû plaider la cause des cloches, dont une loi, à tort, suivant lui, interdisait l'usage. On
jordan L'UNIVERS. JOSEPH
rit , et le sobriquet de Jordqn-les-Cfoches lui resta. Le coup d'État du 18 fructidor vint l'arrêter dans sa carrière législative. Son nom se trouva porté sur la liste de proscription. Par les soins de M. de Gérando , il trouva une retraite chez madame de Grimaldi , d'où il parvint à se retirer à BAIe, après avoir écrit et publié une Adresse à ses commettants. A Bâle, il publia sa Protestation contre le 1 8 fructidor , opuscule qui fut traduit en plusieurs langues dès son apparition , et colporté dans toute l'Europe.
La Suisse n'offrant point un asile sûr contre les poursuites du gouvernement français, Camille Jordan fut obligé d'en sortir. Il alla en Souabe, à Tubinge, et enfin à Weimar. Ce séjour ne fut point perdu pour lui. En février 1800, il revint en France, habita quelque temps la maison de madame de Staël à Saint-Ouen, et ensuite retourna à Lyon. Malgré les avances du premier consul, il se plaça, à l'égard de son gouvernement, dans* une ligne d'opposition, ou plutôt dans une réserve dont il ne s'est plus départi. Lorsque Bonaparte soumit à l'approbation du peuple son projet de consulat à vie, Camille Jordan , dans un écrit intitulé : Frai sens du vote national sur le consulat à vie, dénonça les vues ultérieures, menaçantes pour la liberté, que présageait dé la part du premier consul cette nouvelle tentative. Cette brochure, qui avait paru sans nom d'auteur , ayant occasionné l'arrestation d'un homme qui n'y avait d'autre part que d'avoir remis le manuscrit à l'imprimeur, Camille Jordan, par une lettre qu'il adressa directement au premier consul , se nomma.
1.,'affaire heureusement n'eut pas de suite. A partir de cette époque, Camille Jordan s'isola entièrement du mouvement politique, et se livra avec ardeur à l'étude de la littérature et de la philosophie. Klopstock était son auteur favori.
Les événements de 1814 le ramenèrent naturellement sur la scène politique. Au mois de mars de cette année , la ville de Lyon le nomma membre d'une députation qu'elle envoyait à Dijon , auprès de l'empereur d'Autriche, avec la mission secrète de demander le
rétablissement des Bourbons. Un mois
après, il fut compris dans la députation qui fut envoyée a Paris pour présenter les hommages de la ville de Lyon , et reçut de Louis XVIII des lettres de noblesse. Malgré ce début, Camille Jordan resta cependant étranger aux affaires pendant toute la durée de la première restauration. En 1816, il fut élu député par le département de l'Ain , qu'il continua de représenter jusqu'à sa mort.
Cette seconde partie de sa carrière parlementaire se divise en deux époques distinctes. Dévoué de cœur à la restauration, en 1816, 1817 et 1818, tout en réservant les droits de la liberté, et en attaquant surtout les cours prévôtales, il soutint le ministère. En 1819 et 1820, apercevant dans le ministère des tendances de réaction, il s'en sépara. Cette opposition devint surtout éclatante en
1820, lorsqu'après le meurtre du duc de Berry, furent présentées à la chambre les lois qui suspendaient la liberté individuelle, celle de la presse, et chan-
eaient le système électoral. Membre e la commission chargée de l'examen du projet de loi relatif à la censure, il refusa de se joindre à la majorité , et exposa les motifs de sa dissidence dans un discours qui fut un véritable manifeste contre le ministère. Il devint dès lors le chef de l'opposition. Bientôt il fut exclu du conseil d'État dont il était membre ; le titre seulement de conseiller ordinaire lui fut laissé. Mais déjà , depuis quelque temps, ses forces ne suffisaient plus aux fatigues de la vie parlementaire. Il mourut à Paris le 19 mai
1821. L'estime de ses collègues lui a érigé un monument au Père-Lachaise.
Camille Jordan a laissé des écrits dont aucun ne conserve aujourd'hui un grand intérêt.
Josas, pagus Joiacensis ou Josasensis, pays de l'ancien Pari sis , aujourd'hui dans le département de Seine-et- Oise. Jouy-en-Josas en était la localité principale.
Josbat ou Josbaig, pays de l'ancien Béarn , aujourd'hui compris dans le département des Basses-Pyrénées.
Préchacq- Josbaig en était la principale localité.
Joseph (François Leclerc du Tremblay, plus connu'sous le nom de Père),
confident du cardinal de Richelieu, naquit à Paris en 1577, de Jean Leclerc du Tremblay, ambassadeur de France à Venise, chancelier du duc d'AJençon, et de Marie de la Fayette, petite-fille du frère de Gilbert de la Fayette , maréchal de France. Après avoir voyagé en Allemagne et en Italie , il suivit le connétable de Montmorency au siège d'Amiens, servit quelque temps avec distinction ; puis tout a coup il quitta le monde (1599) pour se faire capucin. II entre-
Srit des missions en diverses provinces e France, et parvint aux premiers emplois de son ordre. Devenu directeur de madame Antoinette d'Orléans , coadjutrice de l'abbaye de Fontevrault, il eut occasion de se faire remarquer de Richelieu , qui lui confia plusieurs missions d'un haut intérêt à Rome, à Madrid (il s'agissait de soulever l'Europe chrétienne contre les Turcs). Lorsque ce ministre fut exilé à Avignon, ce fut le P. Joseph qui vint à bout de le faire rappeler, et depuis lors, Richelieu en fit son unique confident ; il l'emmena avec lui à la Rochelle, le fit entrer au conseil d'État, et le chargea des affaires les plus épineuses. Véminence grise servait aussi bien dans le cabinet que dans les camps , à Paris que dans les provinces ou dans les cours étrangères. Richelieu n'entreprenait, ne concluait rien sans le capucin, qui passait pour plus inflexible, plus rusé et plus cruel que son maître. Lorsque cet homme poursuivait , avec autant d'opiniâtreté que d'intelligence , l'exécution des ordres du cardinal, son zèle dut souvent être celui d'un homme qui tient à honneur de réaliser des plans conçus par lui. Dans le conseil, le maltre était bien Richelieu, mais dans les mystérieux entretiens du ministre avec son confident, le moine dut tenir souvent dans ses mains les destinées de l'Europe et de la France; son génie s'imposa maintes fois au génie du cardinal. Ornano, Marillac, Montmorency, Chalais , protestants du Languedoc et de la Rochelle, il vous en a coûté cher peut-être pour un moine de plus en France ! On soupçonna Richelieu d'avoir fait empoisonner le P. Joseph par jalousie. Selon d'autres, Richelieu fut uni avec le P. Joseph jusqu'au dernier moment ; l'un de ses désirs les plus vifs
était d'obtenir pour lui le chapeau de cardinal. Il le soigna dans sa dernière maladie avec sollicitude , et s'écria en apprenant sa mort (1638) : « J'ai perdu mon bras droit. » On peut consulter pour de plus amples détails , Y Histoire de la vie du R. P. Joseph Leclerc du Tremblay , capucin , par l'abbé Richard, Paris, 1702, 2 vol. in-12; le Véritable P. Joseph, capucin, promu au cardinalat, Saint-J.ean de Maurieune (Paris), 1704, 1 vol. in-12, par le même. Le premier de ces ouvrages est un pagényrique, le second une satire.
Joseph Bonaparte, frère aîné de Napoléon , né à Ajaccio en 1768 , fut destiné au barreau, et fit ses études à Pise. En 1793, lorsque Paoli livra la Corse aux Anglais, obligé d'émigrer, il se retira , ainsi que toute sa famille , à Marseille, où il épousa, l'année suivante, mademoiselle Clary, fille d'un négociant de cette ville. Vers le même temps, il devint secrétaire du représentant Salicetti , son compatriote , emploi qu'il quitta pour remplir, à l'armée d'Italie , les fonctions de commissaire des guerres.
En 1797, ainsi que Lucien , grâce à la renommée croissante du général Bonaparte, Joseph fut élu député du département du Liamone au Conseil des Cinq-Cents ; mais la faction de Clichy, gui, depuis vendémiaire, regardait la famille Bonaparte comme dévouée au parti jacobin , fit ajourner son admission , qui ne fut prononcée qu'après le coup d'État de fructidor.
En 1797, peu de temps après son admission , il rut nommé à l'ambassade de Parme, puis à celle de Rome. On sait que cette dernière mission, qui promettait d'abord les plus heureux résultats, se termina par une catastrophe.
Déjà la cause de la France , ainsi que la cause générale de la révolution, semblaient gagnées auprès du pape, lorsque les cardinaux irrités soulevèrent la populace contre l'ambassadeur français. Le brave général Duphot, aide de camp de Joseph , fut tué à ses côtés ; et lui-même dut pourvoir à son salut en sortant secrètement de Rome.
A son retour, le Directoire approuva sa conduite. Libre dès lors de fonctions