JOSEPH BONAPARTE L'UNIVERS. JOSEPH BONAPARTE
extérieures, il reprit son siégé dans l'assemblée, dont il fut élu secrétaire en janvier 1798. Cependant le 18 brumaire se préparait sourdement ; et , à côté de l'audace de Lucien , Joseph y coopéra utilement par les qualités conciliantes de son esprit.
Membre du conseil d'État , section de l'intérieur , sous le gouvernement consulaire, Joseph attacha son nom à quelques actes diplomatiques d'une haute importance. Le traite de paix et de commerce avec les États-Unis, en 1800, fut négocié et signé par lui. Plénipotentiaire de la France au congrès de Lunéville, il conclut avec l'Autriche le traité de 1801 ; et, un an plus tard, ce fut lui qui signa la fameuse paix d'Amiens.
Après l'établissement de l'Empire, Joseph, devenu prince impérial et grandélecteur, fut investi du gouvernement de l'Empire en l'absence de Napoléon ; mais, dans ces fonctions élevées, simple et bon, rempli de vues bienveillantes, il montra d'ailleurs pour l'administration une médiocre aptitude.
Lors de la création du royaume d'Italie , la couronne fut offerte à Joseph. Mais les clauses que celui-ci voulut stipuler en faveur du nouvel État, et, entre autres, celle-ci , qu'il serait déclaré indépendant de l'Empire, n'étaient point de nature à obtenir l'assentiment de Napoléon. Un autre trône ne tarda pas à s'offrir pour Joseph, celui de Naples, dont les armes victorieuses de Gouvion Saint-Cyr le mirent en possession au m9is de janvier 1806. Il reçut des populations un accueil bienveillant qu'il s'appliqua à justifier. Homme d'esprit plutôt qu'homme d'État, dit un bioraphe , Joseph , dans la sincérité de ses onnes intentions, sut du moins se rendre justice , et il suppléa , en s'entourant de sages et habiles conseillers, à son propre manque de capacité politi-
?|ue. De nombreuses et salutaires réormes furent introduites dans l'administration du royaume de Naples; réformes qui , à l'exception des grands qu'elles durent naturellement mécontenter, affectionnèrent la masse des peuples au gouvernement de Joseph.
En 1808, Joseph fut transféré du trône de Naples à celui d'Espagne , au-
quel les descendants de Philippe V venaient de renoncer. Mais ce trône, violemment implanté par la conquête , au milieu d'une nation indomptable dans le juste sentiment de son indépendance, convenait moins que tout autre au bon et pacifique Joseph. Sa royauté, au reste , ne fut guère que nominale ; car, hors de la présence de nos armées , elle était méconnue; et là où l'armée se trouvait, le pouvoir militaire concentrait dans ses mains presque toute l'autorité. Déjà, plusieurs fois, Joseph s'était vu contraint d'abandonner sa capitale, lorsqu'en 18lâ, il la quitta enfin pour n'y plus revenir; et, après la journée de Victoria, poursuivi par les Anglo-Espagnols, il rentra en France à grand'peine.
En 1814, durant la campagne de l'intérieur, ce fut à Joseph que fut confiée •la lieutenance générale de l'Empire, ainsi que le commandement en chef de la garde nationale. On connaît sa belle proclamation du 29 mars, aux citoyens de Paris , pour les exciter à repousser l'ennemi de toute leur énergie. Malheureusement lui-même ne donna point l'exemple de cette résistance qu'il invoquait. Après avoir paru un moment sur la butte Montmartre, il sortit précipitamment de Paris le 30 mars, et se retira à Blois.
Après l'abdication de Napoléon , Joseph se retira en Suisse, où il resta jusqu'à la rentrée de son frère. Il vint alors siéger à la chambre des pairs ; et, le 9 juin 1815, lors du départ de l'empereur pour la Belgique, il fut investi de nouveau de la lieutenance générale, ainsi que de la présidence du conseil des ministres.
Après la seconde abdication, Joseph résolut d'aller chercher en Amérique une retraite sûre, où il fût à l'abri de toutes les réactions qui pouvaient menacer sa famille. Il s'embarqua à Rochefort, aborda à New-York au mois de septembre, et se fixa dans les environs de Philadelphie, où, durant un séjour de onze ans, sous le nom de comte de Survilliers, il se fit aimer par l'aménité de son caractère et par sa bienfaisance.En 1826, le comte de Survilliers éprouva le besoin de revoir l'Europe , où il se sentait d'ailleurs rappelé par l'état alar-
mant de sa femme, qui, n'ayant pu Palier rejoindre à cause de sa mauvaise santé, vivait retirée à Bruxelles avec ses deux filles. Il fit donc demander et obtint de la Hollande , par l'entremise du roi de Suède , son beau-frère , l'autorisation de venir habiter la Belgique.
Le comte de Survilliers transféra ensuite son domicile en Angleterre.
Les qualités excellentes du cœur et de l'esprit qu'avait Joseph ont été parfaitement appréciées par Napoléon , comme aussi ses défauts , ou , pour mieux dire, les qualités qu'il n'avait pas. «En tout pays, dit l'empereur dans le Mémorial de Sainte-Hélène, Joseph serait l'ornement de la société. Joseph ne m'a
guère aidé, mais c'est un fort bon omme ; sa femme , la reine Julie , est la meilleure créature qui ait existé. Joseph et moi nous nous sommes toujours fort aimés et fort accordés : il m aime sincèrement. Je ne doute pas qu'il ne fît tout au monde pour moi; mais toutes ses qualités tiennent uniquement de l'homme privé : il est éminemment' doux et bon; il a de l'esprit et de l'instruction ; il est aimable. Dans les hautes fonctions que je lui avais confiées , il a fait ce qu'il a pu , ses intentions étaient bonnes; aussi la principale faute n'est pas à lui , mais bien plutôt à moi , qui l'avais jeté hors de sa sphère ; et » dans des circonstances bien grandes, la tâche s'est trouvée hors de proportion avec ses forces. »
Joseph aima les lettres, et les cultiva. En 1799, il publia un roman, sous le titre de Maina, ou la Villageoise du Mont-Cenis. «C'est, dit M. Amédée Renée (*) , une sorte d'étude psychologique, un essai d'analyse morale , quelque chose qui tient du roman intime. » De plus, dans sa retraite de Pensylvanie, Joseph a composé une épopée en douze chants, dont le héros est Napoléon. Ce poème, publié en 1823 à Philadelphie, a été réimprimé à Paris en 1840.
Joséphine (Marie-Rose Tascher de la Pagerie), impératrice des Français, naquit à Saint-Pierre de Martinique, le 24 juin 1763. Fiancée dans son enfance au second fils du marquis de Beauhar-
(*) Revue de Paris du n octobre 1840.
nais , gouverneur général des Antilles , elle fut amenée fort jeune en France.
Joséphine, belle de toutes les grâces réunies de la personne, du cœur et de l'esprit, fut regardée dès son entrée dans le monde comme l'une des femmes les plus charmantes de Paris. Elle eut deux enfants : Eugène, né en 1781, et Hortense, née en 1783. En 1787, elle s'arracha à tous les succès du monde pour aller revoir sa mère à la Martinique.
Elle y resta trois ans. Les troubles qui éclatèrent en 1790 dans la colonie la forcèrent à s'enfuir précipitamment.
Elle revint en France après avoir échappé miraculeusement à mille dangers. Son mari, nommé successivement membre de l'Assemblée nationale, président de cette même assemblée, puis général en chef de l'armée du Rhin, fut ensuite dénoncé et emprisonné aux Carmes.
Elle partagea sa captivité. , Joséphine, condamnée à mort avec lui, ne dut la vie qu'à un évanouissement où elle tomba en voyant partir son mari pour l'échafaud. L état de faiblesse où elle se trouva fit ajourner sa mort. Quatre jours plus tard, le 9 thermidor ramena au pouvoir le parti auquel avait appartenu le général Beauharnais, et, quelque temps après, Tallien la fit sortir de prison. Protégée par Barras, elle rentra bientôt dans une partie des propriétés de son mari. Lorsque après le 13 vendémiaire, le gouvernement ordonna le désarmement des citoyens, le jeune Eugène, âgé de quinze ans, alla, envoyé par sa mère, trouver le général Bonaparte pour lui redemander Fépée de son père, qui lui avait été enlevée. Le général , frappé de l'énergie du jeune homme, voulut connaître sa mère. Il l'aima dès qu'il la vit, et il l'épousa en 1796. Joséphine le suivit aux armées, adoucissant «par ses grâces l'humeur quelquefois sombre du jeune héros, et par sa bienfaisance les horreurs de la guerre. Je gagne les batailles et elle les cœurs, disait Bonaparte à cette époque. Pendant l'expédition d'Égypte, ou son mari ne voulut pas qu'elle l'accompagnât, elle se retira a la Malmaison, petit château qu'elle avait acheté près de Paris. Ce séjour, dont elle fit l'asile des arts, des sciences et de l'esprit, devint, au retour d'É-