‹ FranceChapitre 328 sur 378 · JOSEPHINE L'UNIVERS. JOSEPHINE · texte numérisé non relu

JOSEPHINE L'UNIVERS. JOSEPHINE

gypte, la retraite chérie de Bonaparte, le lieu qui le vit monter au faîte des grandeurs et oui l'en vit redescendre, car ce fut de la qu'il partit pour s'embarquer sur le Bellérophon. L'élévation successive de Bonaparte au consulat et à l'empire n'éblouit pas un instant Joséphine; elle ne fut pou* elle que l'occasion de soulager plus de malheurs.

' Sous le consulat, une foule d'émigrés durent à ses instances leur radiation de la liste des proscrits. Elle sauva la vie à "NI M. de Polignac et de Rivière, condamnés à mort. Mais, si elle protégea eflicaeement ses anciennes connaissances de la noblesse, elle ne connut jamais la sottise de la morgue aristocratique; et, quoique élevée sous l'ancien régime, la justesse de son instinct lui fit comprendre et partager l'idée dominante du siècle, l'égalité. Avant comme après son élévation, elle secourait toutes les infortunes sans distinction de rang, et non pas à la façon des grands, qui se contentent de faire faire le bien par ordre, mais en recherchant, en recevant elle-même les malheureux, en entrant dans le détail de leurs souffrances, et conservant leurs récits gravés dans sa mémoire. Toutes "les douleurs avaient accès auprès d'elle, et celles que les dons pécuniaipes ne pouvaient soulager, trouvaient dans la sensibilité de l'impératrice la charité de l'intérêt que l'on rencontre si peu chez les princes.

Joséphine aimait les arts et les sciences ; tout ce qui était beau et utile était sûr d'avoir en elle une protectrice éclairée et généreuse. Elle oubliait alors de calculer ses ressources , et embarrassait ainsi souvent ses finances.

Le talent passait pour elle avant le succès; elle le soutenait de toutes ses forces. Nous n'en citerons qu'une preuve entre mille : ce fut elle qui reconnut et encouragea Prud'hon , l'un des plus rands peintres de l'école française. La otanique était l'étude favorite de Joséphine. Elle rassembla à la Malmaison une collection de plantes rares, pour la plupart inconnues en France; et tels étaient les égards qu'amis et ennemis avaient pour elle, que le prince régent d'Angleterre ordonna à la marine anglaise de respecter les envois de plantes

u'on lui faisait de toutes les parties u globe.

Femme du plus grand homme des temps modernes, impératrice sacrée des Français, reine couronnée d'Italie, aimée et vénérée de tout le monde, Joséphine semblait arrivée au comble de la gloire et du bonheur, et n'avoir plus rien à désirer; mais son mariage avec l'empereur était stérile. Dans les premières années de son règne, Napoléon parut peu sensible à ce malheur; il considérait alors les fils de son frère Louis et d'Hortense, fille de Joséphine, comme ses héritiers naturels à I empire, et il avait destiné Eugène à la succession d'Italie. Mais en 1808, il céda aux conseils pressants de ses soeurs, envieuses de Joséphine, et plus encore à la fausse vanité de s'allier à l'une de ces grandes familles royales de l'Europe , qu'il avait successivement écrasées de sa puissance populaire. Il voulut un héritier direct, et ne craignit pas pour cela de lui donner un sang étranger. Il se décida donc à divorcer d'avec Joséphine, l'impératrice française, la compagne de sa destinée extraordinaire, pour mettre à sa place une étrangère, qui en cette qualité ne pouvait et ne devait jamais avoir aucune sympathie avec la France. Joséphine consentit à ce sacrifice avec un courage héroïque. Elle perdait par là l'empereur, qu'elle aimait de toute la tendresse de son âme, et l'espérance de voir ses petits-fils et son fils succéder à l'empire et à la royauté d'Italie; et pourtant elle se résigna sans faiblesse, sinon sans une grande douleur. En présence des princes de la famille 'impériale et des hauts dignitaires de l'empire, elle dut lire ellemême l'acte de renonciation à ce qu'elle avait de plus cher : telle était la volonté deJNapoléon; elle l'accomplit. Le gouvernement de Rome ou celui dé Bruxelles lui furent alors offerts; elle les refusa , en disant que celte qui avait été impératrice des Français ne pouvait ni descendre ni monter. Mais elle voulut rester en France, et elle y resta malgré les jalousies et les intrigues qui cherchaient à l'en éloigner. Elle habita tour à tour la Malmaison et Navarre, château en Normandie. Ce fut là qu'elle reçut la nouvelle de la naissance du roi

de Rome. Cet événement lui causa une joie vive et sincère. Je suis payée de mon sacrifice! s'écria-t-elle en l'apprenant, et elle voua une tendresse de mère à cet enfant de l'empereur, qu'elle vit quelquefois en secret, car Marie- Louise feignait la plus grande jalousie. En 1812, Joséphine fit un voyage en Italie; et là, comme jadis, alors qu'elle était au faîte des grandeurs, elle se fit adorer des populations. Les qualités éminentes de son cœur et de son esprit avaient donné à la couronne plus d'éclat qu'elles n'en avaient reçu; c'est pourquoi Joséphine conserva après sa chute le respect et l'amour du peuple. A part quelques courtisans avides et sans honte qui l'abandonnèrent, l'impératrice déchue resta l'impératrice bien-aimée, surnom qui lui fut donné, et que la postérité confirmera.

Les désastres de 1814 portèrent un coup mortel au cœur de Joséphine.

Pourquoi ai~je consenti au divorce?

Napoléon est malheureux, et je ne puis partager son malheur, répétait - elle sans cesse. Après l'entrée des ennemis à Paris, les souverains étrangers s'empressèrent d'aller porter à l'impératrice le tribut de leurs hommages. Joséphine, aveuglée un instant par ce qu'elle crut être de l'intérêt de ses enfants, se laissa aller à recevoir les princes alliés. Le dévouement maternel excuse cet acte de faiblesse; et d'ailleurs la violence que Joséphine dut faire a ses sentiments de Française et de femme épuisa ses forces; son sang s'enflamma; elle se trouva grièvement indisposée.

Le roi de Prusse étant venu la voir, elle lut obligée de se lever; mais un refroidissement gagné dans ses jardins aggrava son mal , une angine se déclara, et trois jours après, le 29 mai , elle ex-

Eira, chrétienne et résignée, dans les ras de ses enfants. Ses dernières paroles furent: L'ile d'Elbe... Napoléon!...

Me voilà, me voilà!... Juste à la même époque, Marie-Louise rentrait à Vienne avec son fils , abandonnant volontairement et pour toujours la France et son époux malheureux. Le corps de Joséphine fut déposé dans l'église de Rueil, près de Paris. Sept ans plus tard , ses enfants obtinrent la permission de lui élever un tombeau.

La mémoire de Joséphine ne périra pas. Deux qualités précieuses lui assurent la perpétuité du souvenir populaire : elle fut bonne et Française. La postérité de l'impératrice se compose de deux petits-fils et de quatre petitesfilles. Dans ce nombre, Napoléon-Louis Bonaparte, fils de sa fille Hortense, et Eugénie, princesse de Hohenzollern , fille d'Eugène, semblent plus particulièrement avoir hérité des qualités bienfaisantes de leur grand'mère.

Josseltn, petite ville du département du Morbihan , arrondissement de Ploërmel. Population : 2,644 habitants.

L'an 1008, un vicomte de Porhoët, de Guemené et de Rohan , jeta les fondements du château de Josselin. Henri II, roi d'Angleterre, le renversa en 1168, et détruisit deux ans après la petite ville qui s'était groupée autour de la forteresse. La lande de Mi-voie , entre Josselin et Ploërmel , fut en 1351 le champ de bataille des Trente ( voyez Beaumanoib), et en 1863, le rendez-vous des conférences de Charles de Blois et de Jean de Montfort. Vers cette époque, le connétable de Clisson devint propriétaire de Josselin. La vicomtesse de Rohan , sa fille , en transmit la seigneurie aux Rohan. En 1589, les ligueurs s'emparèrent de la ville, dont le duc de Bretagne François II avait fait démolir les fortifications , et le duc de Mercœur en fit une de ses places d'armes. Henri IV, à la sollicitation des états de la province, fit démolir la grosse tour bâtie par Clisson vers 1390. En même temps , on démantela les remparts de la ville. Le château subsiste encore, et peut être compté parmi les monuments les plus remarquaoies de la province. Ce manoir présente à la fois des constructions de l'architecture féodale, et un modèle de ce que la renaissance a produit de plus riche et de plus élégant. D'un côté, on aperçoit les restes du château construit par Clisson, des masses de fortifications anciennes , et de grandes tours couvertes en ardoises; puis, dans la cour d'honneur, une façade où les caprices du sculpteur se sont joués aux découpures des balcons , aux festons des fenêtres , reproduisant de mille manières la devise des Rohan : A plus. Après avoir été long-

JOCBERT

L'UNIVERS. JOUFFROI D'ABANS

temps abandonné , ce manoir a été répare dans ces derniers temps.

L'église Notre-Dame de Josselin posséda jusqu'en 1793 le tombeau en marbre du connétable de Clisson et de Marguerite de Rohan, sa femme. Mutilé pendant la révolution , ce monument a été relevé en partie sous la restauration. Les deux statues couchées qui le surmontaient ont été confiées en 1830 à un sculpteur de Nantes qui a dû en réparer les mutilations.

Jouarre (monnaie de). Le monastère de Jouarre a possédé pendant longtemps le droit de battre monnaie; c'est un fait attesté par un denier d'argent, afni porte d'un côté le monogramme de Charles , avec la formule habituelle :

g r ati a di rex , et de l'autre , le nom de ce monastère autour d'une croix à branches égales : iotbensis uottasterium. Cette monnaie est incontestablement du règne de Charles le Chauve.

Joubebt ( Barthélémy - Catherine) ,

fénéral en chef des armées de la répulique, né à Pont-de-Vaux en 1769, s'enrôla comme volontaire en 1791, passa par tous les grades, et fut nommé successivement adjudant général , chef de bataillon , général de brigade en

La célèbre campagne de 179G et 1797 lui valut une grande renommée. Partout, à Montenotte , Millésime-, Ceva, Mondovi, Cherasco , Lodi , au col de Campione(*), à Compara, à Montebaldo , à Rivoli , il seconda avec une intrépidité et un discernement rares le général Bonaparte, qui lui fit donner le titre de général de division, et se fit accompagner de lui quand il présenta au Directoire le traité de Campo - Formio.

Peu après, Joubert fut envoyé comme général en chef à l'armée de Hollande , puis à celle de Mayence, et enfin à celle d'Italie. Il y arriva à la fin de 1798 , et opéra la révolution de Piémont, machinée depuis longtemps. Il se porta ensuite sur Livourne; puis, las de se

(*) « Dans cette fatigante et rude journée , « écrivait Joubert à un de ses amis, je portais « les ordres moi-même , ne pouvant trouver « personne qui y mit assez de promptitude. »

voir contrarié dans ses opérations par le gouvernement, il donna bientôt après sa démission et revint à Paris. Ce fut là que, le 30 prairial , Barras et Sieyès jetèrent les yeux sur lui pour comman- . der dans Paris. Quoique bon patriote et ancien approbateur du 18 fructidor, Joubert fut choyé comme un homme qu'on pourrait au besoin faire marcher contre les partisans de la démocratie.

On se rappelait sa lutte avec Albitte.

Seulement, comme il ne jouissait pas encore d'une assez grande popularité, il fallait lui fournir l'occasion de' remporter quelque victoire importante, après quoi, il serait revenu faire un 18 brumaire. Il fut donc nommé général en chef, et partit avec Moreau, qui consentit à servir sous ses ordres ; il franchit les montagnes du Montferrat , opéra sa jonction avec l'armée de Naples , et se disposa à livrer bataille dans les plaines de Novi. Mais il avait commis une faute grave; nommé le 17 messidor, au lieu de se rendre à son poste immédiatement, il avait perdu un mois à se marier avec une jeune femme qu'il aimait. Ce délai donna à Souvarow le temps d'avancer, en réunissant toutes ses forces. Joubert aggrava encore sa faute par une fatale indécision ; il donna aux Russes le temps d'attaquer son armée , très - inférieure en nombre : elle ne comptait que 20,000 hommes, tandis que les Austro-Russes en avaient le double. Après quelques minutes de combat, Joubert tomba mortellement blessé , en répétant le nom de sa jeune femme , et en excitant ses soldats, qui furent vaincus en dépit de l'habileté de Moreau.

Bonaparte, devenu premier consul, fit déposer les restes de Joubert près de Toulon, dans le fort la Malgue, qui, depuis, a changé son nom contre celui ' du brave général.

Jouffboi. Par lettres du 1er août 1736 , les terres et seigneuries de Novillart, Amagney, Longeau et la Malmaison en Franche-Comté (aujourd'hui département du Doubs), furent réunies et érigées en marquisat sous le nom de Joujfroy, en faveur de Thomas Jouffroy, issu d'une ancienne famille du comté de Bourgogne.

Jouffboi d'Abahs. Les terres et

JOUFFROI D'A BANS FRANCE. JOlirFROl DABANS 737

seigneuries tfÂbans, Mans , Piliers- Saint - George et Pallantines , en Franche-Comté (aujourd'hui département du Doubs), furent unies et érigées en marquisat , sous le nom de Jouffroi a". 4 bans , par lettres de mars 1707 , en faveur de Cl. F. Jouffroi , seigneur de Villers-Saint-George.

Jouffroi d'Abans (Claude-François-Dorothée, marquis de) , né en Franche-Comté vers 1751 , entra en 1772 au régiment de Bourbon- infanterie. F.xilé en Provence à la suite d'un dueî qu'il eut avec son colonel, il s'occupa de recherches sur les galères à rames; et bientôt un voyage qu'il fit à Paris en 1775 ouvrit à cet esprit inventeur une route nouvelle. Les frères Périer venaient de monter la première machine à vapeur qu'on eût vue en France, la pompe à feu de Chaillot. Le marquis de Jouffroi étudia avec soin le nouveau mécanisme, et déjà préoccupé de navigation, comme on vient de le voir, il ne tarda pas à concevoir la pensée d'adapter aux navires la force motrice de la vapeur. L'idée parut d'abord heureuse ; mais Jouffroi se trouva en désaccord avec Périer sur la base d'après laquelle devait être calculée la force motrice ; et ne pouvant ni ramener celui-ci , ni lutter contre une telle réputation , il dut se résigner à poursuivre seul ses expériences.

Il se retira donc en Franche-Comté, et là, livré à ses seules ressources, aidé seulement d'un chaudronnier de village, il se mit à l'œuvre courageusement, et au mois de juin 1776, il était venu à bout de son entreprise. L'appareil na-

{;eur consistait en tiges de huit pieds de ong suspendues de chaque coté vers l'avant, lesquelles portaient à leurs côtés des châssis armés de volets mobiles, plongeant de dix-huit pouces dans l'eau. Les châssis , pouvant décrire un arc de huit pieds de rayon et de trois pieds de corde, étaient maintenus au bout de leurs courses vers l'avant par un levier muni d'un contre-poids. Le moteur était une pompe à feu ou machine à simple effet , dont le piston communiquait aux tiges par une chaîne et une poulie derenvoi. Dès que la vapeur soulevait ce piston, les contre-poids ramenaient en avant les volets, qui faisaient alors l'office de

T. ix. 47" Livraison. (Dict. knc^

rames, et qui, dans cette course rétrograde, se fermaient sur eux-mêmes, de façon à opposer la moindre résistance possible, puis quand le filet d'eau froide opérait le vide dans le cylindre , le piston, en redescendant, retirait ces rames avec une grande rapidité , et alors les volets se trouvaient ouverts pour offrir toute leur surface au choc du fluide. Le bateau auquel fut adapté cet appareil était long de 40 pieds sur 6 de large; il navigua sur le Doubs en juin 1776.

Tandis qu'aveeses chétives ressources, Jouffroi voyait l'expérience démontrer la justesse de ses vues, Périer, un an plus tard , avec d'immenses ressources et le patronage de l'Académie des sciences, poursuivait sur de fausses bases une entreprise semblable. Il échoua; tandis que, grâce à Pétroitesse de l'esprit de province et aux jalousies, le succès de Jouffroi restait comme non avenu, et ne procurait à son auteur qu'un ridicule sobriquet , celui de Jouffroi la Pompe.

Celui-ci cependant, sans se laisser abattre, s'occupa activement de remédier aux vices de son appareil. Un défaut fondamental de la pompe à feu était de n'agir que par intervalle, tandis qu'il eût fallu un mouvement continu.

Jouffroi imagina un mécanisme nouveau au moyen duquel la vapeur agissait sans discontinuer; ce mécanisme se composait de deux cylindres de bronze accolés, ouverts par le haut, placés à bord dans le sens de l'arrière à l'avant, et faisant avec l'horizon un angle d'environ 50°. En bas , ils avaient leurs fonds réunis par une boîte de métal renfermant une tuile ou tiroir qui, alternativement, ouvrait et fermait le passage de la vapeur dans chacun d'eux, et celui de l'eau d'injection. Un parallélogramme, formé de deux tringles et de deux traverses , poussait alternativement le tiroir à droite et à gauche , chaque fois qu'un des pistons arrivait au bout de sa course vers l'embouchure des cylindres. Au lieu d'être munis de tiges, ils portaient, fixées à un anneau central , des chaînes qui , après s'être enroulées sur un barillet en encliqueta'ge, étaient tirées vers le fond du bateau par un contre- poids. Malgré la médiocre exécution de cet appareil, achevé en 1780, Jouffroi en obtint

etc.) 47

738 JOUFFROI D'ABANS L'UNIVERS. JOUFFROY

pourtant le résultat désiré. Dans le direction, pour la construction de py-

premier mécanisme, l'appareil nageur roscaphes; mais la concurrence de Pim-

offrait ce défaut, que lors du retour portation étrangère épuisa promptement

des volets à cliarnières de l'arrière à les capitaux ; et Jouffroi, de nouveau

l'avant, l'eau, formant un courant ra- oublie, mourut aux Invalides en 1832.

pide, empêchait les volets de se rouvrir Telle fut la destinée de l'homme de

dès que le bâtiment allait vite, notam- génie qui dota l'Europe d'une invention

ment en remontant. L'état de la science dont crautres, plus heureux , eurent la

ne permettant point alors de remédier gloire et les profits. Cependant le jour

à ce défaut, Jouffroi, à son grand re- d'une tardive justice est venu pour" lui.

^ret, remplaça, dans sor second méca. Fulton lui-même avait hautement re-

nisme, les châssis par des roues à aubes, connu en 1801 son droit de priorité.

L'appareil que nous venons de décrire M. Arago, dans l'Annuaire de 1837, fut adapté à un bâtiment de 140 pieds et M. Ach. de Jouffroi, dans sa brode long sur 14 de large, pesant avec cliure sur les bateaux à vapeur , etc. sa charge 327 milliers, et tirant trois (1839), l'ont mis hors de contestation, pieds d'eau. Ce bateau au mois de Enfin l'Académie , par l'organe de juillet 1783, remonta la Saône de Lvon M. Cauchy, a constaté solennellement, a l'île Barbe, en présence des académi- en 1840 : 1° que M. de Jouffroi est l'inciens de Lyon et d'un nombreux public, venteur du pyroscaphe; 2U que le ba- Cependant, malgré ce succès, constaté teau qui a navigué sur la Saône en 1783 par un procès-verbal authentique, la dé- a servi de modèle à tous ceux qui ont couverte de Jouffroi resta ensevelie faute été exécutés depuis lors, et enfin que le de capitaux. Vainement l'auteur solli- seul perfectionnement radical apporté à cita de M. de Calonne un privilège de l'invention est dû à M. Ach. de Jouffroi. 30 ans, dans l'espérance qu'il parvien- C'est donc à la France, malgré les prédrait, avec ce privilège, à constituer tentions élevées en Angleterre et en une compagnie par actions. Sa requête Amérique, que le monde est redevable fut renvoyée à I Académie des sciences, de cette puissante découverte qui a ou à laquelle Jouffroi présenta en même ' vert pour la navigation une ère nouvelle, temps un mémoire sur les pompes à « La France en a la gloire , dit un biofeu. Malheureusement, Périer , son an- « graphe ; quant au profit, elle le néglitagoniste et son rival , se trouva du « géra probablement suivant son habinombre des commissaires désignés par « tude (*). »

l'Académie pour l'examen du mémoire Jouffroy (Théodore-Simon), philo-

et du pyroscaphe ; et sans tenir compte sophe, est né aux Pontets, petit village

des témoignages constatant qu'un La- des montagnes du Jura , dans le dépar-

teau mû par la vapeur avait navigué sur tement du Doubs, en 1796. Après avoir

la Saône, sans examiner si la cessation achevé au collège de Dijon ses études,

des voyages n'était point due unique- qu'il avait commencées au collège de

ment aux vices de l'exécution maté- Lons-le-Saulnier, où un de ses parents,

riclle, l'Académie (31 janvier 1784) l'abbé Jouffroy, était régent, il vint à

écarta la demande de Jouffroi par une Paris se faire recevoir a l'école nor-

fin de non-recevoir, déguisée sous une maie, en 1814. Au bout de peu de temps,

demande d'épreuves nouvelles , alors éclata en lui une vocation marquée pour

impossibles. Jouffroi , entièrement dé- la philosophie. Il se livra avec ardeur

couragé, se borna à exécuter sur la pro- aux travaux dans lesquels les jeunes

portion d'un 24e un modèle de son py- philosophes de l'école étaient dirigés par

roscaphe, qu'il adressa à Périer. On lui un maître presque aussi jeune qu'eux ,

conseillait de. porter son invention en M. Cousin. Il arriva nécessairement que

Angleterre; il refusa , et tomba dans l'esprit de M. Jouffroy subit l'influence

l'oubli, tandis que Fulton s'immorta- de l'esprit actif et puissant qui le diri-

lisait en reprenant son invention , et geait ; M. Jouffroy embrassa les prinen la réalisant sur une grande échelle.

En 1816 , il eut une lueur de prospé- (♦) M. Parisot, Biographie universeUe, art

rite : une compagnie se forma sous sa Jodffroi.

JOUFFROT FRANCE. JOUFFROY

oîpes de M. Cousin, et se conforma aux habitudes de sa méthode. Mais il avait lui-même une intelligence trop forte et trop active , pour ne pas conserver son originalité et son indépendance , tout en obéissant à l'impulsion qu'il recevait. Bientôt il passa des disciples parmi les maîtres.

Reçu docteur en 1816, il fut chargé de répéter à ses anciens condisciples le cours de philosophie que faisait alors M. Thurot à la Faculté. En 1817, après avoir obtenu le titre d'agrégé, il fut promu par M. Royer-Collard aux doubles fonctions de professeur suppléant au collège Bourbon et de maître des conférences à l'école normale. Une assez grave altération dans sa santé, causée par l'excès du travail , le força de renoncer à la première de ces deux places et de prendre un congé qu'il alla passer dans son pays, où le rappelait d'ailleurs la mort de" son père. Là, il apprit en 1822 la suppression de l'école normale. Cet arrêt , qui venait subitement entraver sa carrière, et qui présageait une sorte de persécution aux amis de l'indépendance philosophique, l'affligea sans le décourager. De retour à Paris, il ouvrit dans sa maison un cours particulier de philosophie. Les auditeurs ne lui firent pas défaut ; ils ne pouvaient être très-nombreux , à cause de la nature même du cours ; mais on y comptait la plupart des hommes, jeunes alors, qui figurent aujourd'hui dans les premiers rangs de la société. Il eut pour élèves , à cette époque, MM. Duvergier de Hauranne, Vitet, Sainte-Beuve, Lerminier, Duchâtel, etc.

Dans cet enseignement, qui dura six années, il embrassa presque toutes les parties de la philosophie : il lit sur la psychologie, la morale, l'esthétique, l'histoire de la philosophie , des leçons qu'il préparait avec un zèle laborieux , et qui , par la force et la netteté de la

f>ensée, par la pureté noble et animée de a parole, ravissaient les intelligences d'élite auxquelles il s'adressait. C'est à cette époque que fut fondé le journal le Globe qui , en politique , en littérature, en philosophie, contribua si puissamment à entretenir le mouvement des esprits , et à les mettre en garde

contre les envahissements d'un pouvoir arbitraire et oppressif. Parmi les excellents articles qui établirent le succès de cette feuille, on remarqua surtout ceux du jeune philosophe, où tantôt un problème de psychologie était résolu avec une sagacité et une clarté incomparables, tantôt une attaque était dirigée avec autant d'habileté que de courage contre le clergé ou le gouvernement, pour revendiquer les droits de la pensée ; tantôt un noble appel était fait aux nations d'Occident en faveur de la patrie de So* crate et de Platon, abandonnée en proie aux barbares par l'insouciance et l'égoïsme des souverains.

En 1826, M. Jouffroy publia une traduction des Esquisses de philosophie morale de Dugald Stewart , accompagnée d'une préface où , avec son rare talent de psychologue, il établissait les profondes différences qui séparent les phénomènes de l'intelligence des phénomènes physiologiques. En 1828, il acheva la traduction des œuvres complètes d'un autre philosophe écossais, de Thomas Reid. Il écrivit pour cetce publication une autre préface fort étendue, et non moins remarquable que la précédente, et il y joignit un résumé des principales leçons faites par M. Royer- Collard à la Faculté, à la fin de l'empire.

Enfin la carrière de l'enseignement fut rouverte à M. Jouffroy en 1829, sous le ministère de M. de Vatimesnil. On le choisit pour faire, comme suppléant, à la faculté des lettres le cours d'histoire de la philosophie ancienne ; puis, après 1830, il passa dans la chaire d'histoire de la philosophie moderne, où il suppléa M. Royer-Collard avec le titre d'adjoint. Dès lors, chaque année presque fut marquée pour M. Jouffroy par une distinction nouvelle. Rappelé à l'école normale , il y reprit ses conférences. Il résigna ces 'fonctions en 1832, parce qu'on le nomma professeur d'histoire de la philosophie ancienne au collège de France, et qu'il lui fallut remplir, chose rare dans l'enseignement , deux chaires publiques à la fois. Bientôt après, (es suffrages de ses compatriotes le portèrent a la chambre des députés. A la mort de M. Larorniguière, en 1838, il hérita de sa chaire à la Faculté, et devint ainsi, à la Sorbonne, de professeur

Page 1