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JOUFFROY L'UNIVERS. JOUFFROY

adjoint professeur titulaire. Il abandonna, il est vrai, à cette époque le collège de France , que l'affaiblissement de sa santé ne pouvait lui permettre de conserver; mais peu après, il fut nommé membre du conseil de l'instruction publique et bibliothécaire de l'Université.

Une maladie lente , dont M avait ressenti les premiers symptômes dès 1830, et que les agitations de la vie politique , jointes aux travaux multipliés de renseignement, avaient sourdement accrue, devint assez grave dès 1837 , pour qu'il commençât à mettre entre ses leçons de professeur de nombreux intervalles. A la fin de 1838, peu de temps après sa nomination à la place de M. Laromiguière , il renonça absolument à faire ses cours, et prit un suppléant. Sa voix ne se fit plus entendre qu'à la chambre des députés où , malgré 1 épuisement de ses forces, il monta encore plusieurs fois à la tribune, et dans le sein du conseil royal. En 1842, au milieu de l'hiver, l'affection de poitrine dont il était attaqué parvint à son terme. Après de longues souffrances , dont la plus cruelle dut être celle de se voir mourir à 46 ans, lorsqu'il commençait à peine à jouir d'une belle position, et dans toute la plénitude d'action d'une forte intelligence parvenue à sa maturité, il expira calme et résigné, et laissa par sa mort un regret universel et profond.

Les vrais amis de la philosophie ont gémi en songeant que M. Jouffroy n'a laissé que de courts travaux sur des questions spéciales , que des essais admirables , mais limités , mais épars ; qu'il n'a élevé en philosophie aucun grand monument ; qu'il n'a point complété ses idées; qu'il n'a pas même rassemblé en un seul corps celles qu'il s'était faites. Ils n'ont pu s'empêcher , en s'arrêtant sur cette pensée , d'adresser un secret reproche à la mémoire de M. Jouffroy. Pourquoi ne s'est-il point borné à l'ambition qui convient aux philosophes , celle de se faire un grand nom, en enrichissant la science de vérités nouvelles par des travaux patients , réguliers , poursuivis à travers toute une vie calme et studieuse? Pourquoi , entraîné par une autre ambition , s est-il jeté dans la politique , où tout

citoyen sans doute , où les philosophes eux-mêmes doivent intervenir, quand la société est menacée d'un grand danger, mais à laquelle rien de semblable ne l'obligeait de prendre part? Pourquoi, cédant à la tentation déjouer dans l'Université un rôle important , considérable, a-t-il voulu occuper trop de places à la fois, pour que le travail intérieur, la méditation du cabinet, lui fussent encore possibles, trop même pour qu'il lui fût possible d'être exact a ses cours? Il aurait d'autant mieux fait de borner ses désirs et de se restreindre à un seul genre d'occupations paisibles , que sa santé précaire et menacée exigeait un train de vie calme et réglé , et s'arrangeait fort mal des soucis de la politique joints aux labeurs de l'enseignement. Il est douloureux de penser que , faute de savoir se gouverner, il a lui-même abrégé le cours de sa frêle existence. Pourquoi ne s'est-il

Eas plus défié de cette passion de l'amition contre laquelle il semble que les philosophes devraient avoir moins de eine à se tenir en garde cjue les autres ommes ? Il est permis d'exprimer ce regret sans manquer au respect qu'on doit à cette mémoire vénérable et chère , quand on songe que tout ce qui reste de cet homme si propre aux études philosophiques, se réduit à deux traductions accompagnées de préfaces, à une suite d'articles du Globe rassemblés sous le titre de Mélanges, et à un recueil de leçons sur le droit naturel , sténographiées au collège de France.

Dans ce petit nombre de travaux , si éminents d'ailleurs, beaucoup des questions les plus importantes de la philosophie ne sont que posées ou entrevues, beaucoup d'autres ne sont pas même indiquées.

Peut-être la nature de l'esprit de M. Jouffroy le portait- elle surtout à l'observation de conscience, à l'étude des facultés de l'âme. Peut-être était-il plus fait pour les investigations laborieuses , mais sûres, de la psychologie , que pour les études haraies et périlleuses des grands et mystérieux problèmes de l'ontologie. Mais en psychologie même , il n'a donné au public rien de complet, rien qui forme un tout, un ensemble. Il a porté une vive lumière

JOUFFROY FRANCK. - JOURDAI*

sur plusieurs points de cette science particulière , en faisant un habile et fécond usage de la vérité d'observation :

il a résolu plusieurs problèmes psychologiques, il n'a point laissé une psychologie.

Les regrets s'augmentent encore , quand on songe quel rôle M. Jouffroy a joué dans cette carrière politique dont l'amour de la philosophie aurait dû le tenir éloigné. Fidèles à cette habitude d'impartialité qui nous fait respecter toutes les opinions quand elles sont noblement professées , quand elles s'unissent à un noble sentiment de la dignité du pays, nous n'élèverions point ici un reproche contre M. Jouffroy, pour s'être placé dans les rangs des doctrinaires, s'il n'avait poussé la complaisance our le chef de ce parti, jusqu'à se faire auxiliaire de cette politique déplorable qui humilie la France au dehors et qui arrête tout progrès à l'intérieur. On , a vu avec peine l'ancien rédacteur du Globe , l'auteur du fameux article Comment les dogmes finissent , se dévouer dans la chambre a un système ministériel qui abaisse la gloire nationale par des concessions multipliées envers les puissances étrangères , et qui au dedans abaisse et ravale l'intelligence, en excluant les capacités de la liste électorale. Cette erreur de M. Jouffroy, car nous ne voulons voir là qu'une erreur, fait encore plus amèrement regretter qu'il ne se soit point consacré tout entier et sans partage au culte de la philosophie.

L'Université , la jeunesse , ont sincèrement pleuré M. Jouffroy. Il avait payé son tribut aux faiblesses humaines ; mais c'était une âme grande , un cœur généreux, une raison puissante. On se le rappelait tel qu'il était dans sa chaire, lorsque, avec une pureté, une grâce, une termeté de langage très-rares aujourd'hui, il démontrait à un nombreux auditoire l'immatérialité de l'âme humaine et son immortalité, lorsque, son âme se passionnant pour ces grandes vérités qu il fortifiait par ses raisonnements lucides, sa parole s'animait et se colorait, ses traits nobles et fiers s'embellissaient d'un enthousiasme profond , contenu , mélancolique , qui se communiquait à toute l'assemblée.

Aucun professeur n'a plus vivement excité les sympathies de la jeunesse que M. Jouffroy. Maintenant qu'elle ne peut plus l'entendre , elle s'attache plus avidement que jamais à la lecture de ses ouvrages, auxquels une durée éternelle est assurée. M. Jouffroy n'a pas été seulement un penseur de premier ordre, il se place au premier rang parmi nos écrivains, par la gravité, la lucidité, la sobre ricnesse, l'élévation passionnée de son style.

Jourdan ( Jean-Baptiste , comte ) , pair et maréchal de France , né à Limoges, en 1762 , s'enrôla à l'âge de 16 ans, et fit en partie la guerre (l'Amérique. Commandant du 2e bataillon de la garde nationale de la Haute-Vienne en 1791, il fit sous Dumouriez la campagne de Belgique, et se distingua particulièrement auprès de Namur. Le 27 mai 1793, il fut nommé général de brigade, et , le 30 juillet suivant , général de division. Il assista à la bataille de Hondscoote , et fut blessé en enlevant un retranchement. Nommé , bientôt après , général en chef de l'armée du Nord , en remplacement de Houchard, il débloqua Maubeuge après les opiniâtres combats des 16 et 17 octobre. Toutefois, quelques nuages s'étant alors élevés contre lui au sein du comité dirigeant, il fut remplacé par Pichegru au mois de février 1794. Mais ses services étaient trop précieux pour que sa retraite fût longue. Il fut bientôt mis à la tête dé* l'armée de la Moselle , qui devint quelque temps après l'armée de Sambre-et-Meuse, et ouvrit, par la victoire de Fleurus , cette glorieuse campagne qui nous donna la Belgique et porta nos armées au delà du Rhin.

En 1796, les hostilités suspendues par armistice ayant repris, le général Jourdan, malgré les efforts du duc Charles, réussit à transporter de nouveau le théâtre de la guerre sur la rive droite du Rhin, après s'être emparé de la belle position d'Ukefath , et avoir fait 3,000 prisonniers à Alten-Kirchen. Malheureusement, une faute que commit Moreau, ou que du moins le général Jourdan, dans ses Mémoires sur la campagne de 1796, lui attribue, l'obligea à repasser la Lahn et à battre en retraite.

En 1797, il n'eut point de comman-

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