JOYEUSE
çaise. Sous la restauration, il prit place parmi les écrivains qui mettaient leur plume au service de l'opposition , et brisa plus d'une lance dans les journaux pour la cause du libéralisme.
Les plus connus de ses opéras sont : la festoie , jouée en 1810 , et Fernand Cortts, joué en 1813. De ses trois tragédies, Tippo-Saèb, iHtd; Sylla, 1822; Julien dans la Gaule, 1827, la seconde est la seule qui ait laissé quelques souvenirs. Elle eut dans le temps un assez grand succès , dû au jeu de Talma et aux allusions politiques qu'elle renfermait. Du reste, le seul mérite de cet ouvrage, était de réunir quelques situations à effets à un assez grand nombre de beaux vers , ou , du moins , de vers ronflants.
Dans le roman de mœurs, M. Jouy a jeté pendant vingt ans beaucoup d'éclat par ses Ermites, L'Ermite de la Chaussée - dAntin , l Ermite de la Guiane, lf Ermite en province, les Ermites en prison, les Ermites en liberté, étaient une suite de tableaux de mœurs tracés avec assez d'esprit. Les lecteurs se les arrachaient , on les traduisit en plusieurs langues : aujourd'hui, on se borne à les citer ; dans quelque vingt ans on n'en parlera plus, comme il arrive pour toutes ces revues où une observation légère et rapide retrace des goûts passagers et des modes éphémères.
On a encore de M. Jouy une comédie historique, intitulée les Intrigues de cour, jouée en 1828 , et qui tomba après quelques représentations.
La Nouvelle biographie des contemporains compta M. Jouy parmi ses rédacteurs signataires. Quelques-uns de ses ouvrages ont été composés en collaboration avec M. Jay, son ami , son confrère en libéralisme , et son actif auxiliaire dans la guerre contre le romantisme.
Jovir, Gaulois, qui, par ses talents, s'éleva aux premières dignités de l'empire. Nommé général de cavalerie , il détruisit successivement trois armées de Germains €[ui avaient envahi la Gaule et marque leur passage à Duro- Catalaunum par la défaite de Charietton. On lui conféra, après ces succès, le titre de consul.
II embellit Reims de plusieurs édifices , et fit bâtir , auprès du palais qu'il habitait dans cette ville, une église où il fut enterré en 370. Son tombeau, qu'on voit encore à Reims , est un des
Ëlus beaux ouvrages de sculpture du as-Empire. On lui a attribué la fondation de plusieurs châteaux forts , entre autres de ceux de Joinville et de Joigny.
Jovin , Gaulois qui se fit proclamer empereur à Mayence, vers Tan 411, et sut mettre dans ses intérêts les barbares du Nord, qui n'attendaient qu'une occasion pour poser un pied en Gaule. Grâce à l'appui des Burgundes et des Alains , il parvint à faire reconnaître sa domination depuis Mayence et Trêves jusqu'à l'Arvernie et Arles; mais il ne se soutint pas longtemps ; désigné par Placidie, sœur d'Honorius, à l'inimitié d'Ataulf, qui venait d'envahir la Gaule méridionale à la téte de 300,000 barbares, il se réfugia à Valence, où , après une vigoureuse résistance, il fut tué avec son frère Sébastien, auquel il avait conféré le titre de César.
Joyeuse, pays de l'ancien Velay , dont la principale localité était Saint- Didier en Joyeuse, ou Saint- Didier en f'elay (département de la Haute- Loire).
Joyeuse, petite ville de l'ancien Vivarais, aujourd'hui chef-lieu de canton du département de l'Ardèche, érigée en vicomté en 1432 , et en duché-pairie en
Joyeuse (famille de). On fait sortir cette famille des anciens seigneurs de Châteauneuf-Randon en Gévaudan. La baronnie de Joyeuse fut érigée en vicomté en faveur de Louis II , fait prisonnier à la bataille de Crevant.
Guillaume, vicomte de Joyeuse, fils de Jean, gouverneur de Narbonne, fut destiné d'abord à l'état ecclésiastique, et nommé évéque d'Aleth, sans avoir reçu les ordres. Mais la mort de son frèreaîné l'ayant rendu le chef de la famille, il fut fait lieutenant général, puis maréchal de France en 1582 , et mourut en 1592. 11 avait fait la guerre aux protestants du Languedoc , où il visait a se faire une souveraineté.
Anne de Joyeuse, tils du précédent, né en 1661 fut un des plus célèbres mi-
joyeuse L'UNIVERS. JUBLAINS
gnons de Henri III. Celui-ci, non content de le créer duc et pair , amiral de France, premier gentilhomme de la chambre et gouverneur de Normandie, lui donna en mariage Marguerite de Vaudemont-Lorraine , sœur de Louise de Vaudemont , sa femme , et fit la dépense des noces, qui coûtèrent 1 ,200,000 écus, somme exorbitante pour la situation de la France , alors ruinée par les guerres civiles et parles prodigalités de la cour. Joyeuse fut, en 1586 , chargé de faire la guerre aux huguenots en Auvergne, en Velay, en Gévaudan, en Poitou, en Guienue , et après plusieurs avantages de peu d'importance, il perdit la bataille de Goutras, où il fut tué, le 20 octobre 1587.
François de Joybuse, son frère, né en 1562,' fut successivement archevêque de Narbonne, de Toulouse et de Rouen, puis cardinal. Il présida l'assemblée générale du clergé en 1605 , devint légat du pape en France, en 1606, sacra Marie de Médicis et Louis XIII, présidâtes états généraux , en 1614, et mourut à Avignon, en 1615.
Henri de Joyeuse , frère des deux précédents, né en 1567, se signala dans plusieurs combats en Languedoc et en Guienne. La mort malheureuse de son frère, à Coutras, et la perte de sa femme, le déterminèrent à se retirer du monde; il se fit capucin en 1587 , sous le nom de frère Ange. Mais cinq ans après il quitta son couvent , sous prétexte que la mort d'un de ses frères le forçait à reparaître sur la scène politique* Il obtint, par le crédit du cardinal, les dispenses nécessaires ; se mit à la téte des seigneurs catholiques de. Languedoc, et fut un des derniers chefs qui tinrent pour la ligue. Enfin, ayant fait son accommodement avec Henri IV, il fut fait grand maître de la garderobe et gouverneur du Languedoc.
•-< Mon cousin , » lui dit un jour Henri IV, placé à côté de lui à un balcon, «ces «gens-là qui nous regardent disent de « moi que je suis un huguenot converti, « et de vous, que vous êtes un capucin « renié. » Cette plaisanterie et les remontrances de sa mère le déterminèrent à rentrer dans son cloître en 1600. Ayant voulu faire le voyage de Rome, pieds nus , pendant l'hiver, il fut saisi
de la fièvre et mourut à Rivoli, en 1608, âgé de 41 ans.
Ant.-Scipion de Joyeuse , frère des trois précédents , et le plus jeune de tous, se trouva en 1587, par la retraite de Henri dans un couvent, le chef de la famille. Il commanda dans le Languedoc pour la ligue ; mais avant été battu devant Villemur , il prit la fuite et se noya dans le Tarn, en 1592.
Jean- Armand, marquis de Joyeuse, deuxième fils d'Antoine-François de Joyeuse , comte de Grandpré , 'né en 1631, se signala pendant 50 ans dans les armées françaises , en Allemagne , en Flandre et en Espagne. Créé maréchal de France en 1693, il commanda l'aile gauche de l'armée, à la bataille de Nerwinde, en 1697, fut fait gouverneur de Metz, Toul et Verdun en 1703, et mourut à Paris sans postérité en 1710.
Joyeux avènement. Voy. Ayénement.
Jubl&ins. Ce bourg du département de la Mayenne (arrondissement de Mayenne) occupe l'emplacement de la principale ville aes Diablintes, nommée par les Romains Nœodunum. La ville gauloise dut à la munificence de Titus un cotisée et un temple à la Fortune , dont on a retrouvé des vestiges. On a aussi découvert à Jublains beaucoup de médailles, de mosaïques, de vases, de débris de colonnes et de statues, etc. On croit que Nœodunum a été détruite par les Normands vers 867.
Le camp ou castellum voisin, appelé improprement camp de César, offre une enceinte carrée de 320 pieds sur chaque face, formée de murailles hautes de 12 pieds et larges de 9 , construites en pierres liées avec du ciment. Les pierres qui parent les faces extérieures sont des parallélipipèiles rectangles; de S en 3 pieds, règne un cordon formé de deux rangées de briques. Aux quatre angles du carré sont des tours ; d autres tours garnissent au nord, à l'est et à l'ouest, les intervalles compris d'un angle à l'autre. Au centre se trouvent les débris d'une autre fortification carrée (*). Une
(*) Le ministère de l'intérieur vient d'accorder des fonds pour les travaux nécessaires à la conservation de cet intéressant monument gallo-romain.
voie romaine partait de Jublains et conduisait à un autre camp situé au confluent de l'Aron et de la Mayenne.
Judith de Bavière , fille du-comte Guelfo , épousa , en 819 , Louis le Débonnaire ; elle était alors dans toute la fleur de sa jeunesse, et de cette beauté oui la rendit si fameuse. Aux charmes de sa personne et de ses manières , elle joignait ceux du caractère, un grand enjouement , une douceur et une bonté apparente , qui , au premier abord , lui gagnaient tous les cœurs. Un moine contemporain nous a laissé des vers où sont célébrés son talent à jouer de la harpe, la grâce de ses discours, et , en
général, la culture de son esprit(*). Ces eliors agréables cachaient cependant un esprit astucieux et une âme avide de domination, qui, une fois qu'elle s'était proposé un but, savait l'atteindre, sans calculer les moyens; aussi l'influence qu'elle avait prise tout d'abord sur son mari fut-elle bientôt pour lui un rude esclavage. A peine eut-elle donné le jour à Charles le Chauve, en 823, qu'elle songea à lui assurer un royaume ; le faible Louis, sollicité par elle, convoqua une assemblée nationale à VVorms , et, du consentement de Lothaire, avec lequel Judith entretenait des rapports secrets , il détacha de l'Empire le pays compris entre le Jura , les Alpes , le Rhin et le Mein, pour le donner à son quatrième fils.
La création de ce nouveau royaume excita une fermentation universelle. Les fils aînés de Louis, les grands et le clergé , se répandirent en invectives contre le vieux monarque et contre Judith , qu'on accusa même d'entretenir avec Bernard, duc d'Aquitaine, des relations criminelles. L'habileté de l'impératrice fut en défaut ; entraînée dans la chute de son mari, elle fut conduite à Verberie , où on exigea d'elle la promesse de prendre le voile, et d'engager Louis à entrer dans un monastère; elle promit et jura tout ce qu'on voulut, et on l'enferma au couvent de Saint-Radegonde, à Poi-
(') Est rations potens, eit cuui pietate jutlica, Dutcis ainorc, valeus aniino, serinone faceta.
Valafried-Slrab. apud. scrip. rer. Franc et Gall., t.' VI, p. a68.
tiers. Mais lors de la réaction qui eut lieu en 830, en faveur de Louis, elle fut ramenée en triomphe à Aix-la- Chapelle, offrit de se purger par serment des accusations portées contre elle, et obtint du pape l'annulation des vœux monastiques qu'on lui avait imposés.
Reprenant alors tout son ascendant sur l'esprit de son mari, elle se remit à la tête du gouvernement , sacrifia sans pitié Bernard , auquel le plus grand nombre des Francs était décidément hostile, et renoua ses rapports avec Lothaire , qui , dès lors , séduit par ses promesses, se montra de plus en plus docile à ses insinuations.
Mais tout à coup, les événements du Champ du mensonge vinrent de nouveau ruiner les espérances de Judith.
Écartée une seconde fois du pouvoir (833), et reléguée à la citadelle de Tortone, elle ne fut réintégrée qu'au bout d'un an ; mais alors , plus belle et plus puissante que jamais , elle vit enfin sa persévérance couronnée de succès ; un nouveau partage de l'Empire fut résolu en 839 , et son fils Charles le Chauve eut un royaume. (Voy.CABLOViNGiENs, Champ du mensonge , Charles le Chauve, Louis le Débonnaire, etc.) Après la mort de son mari, Judith continua encore sa vie active , et elle aida puissamment son fils à combattre ses nombreux ennemis ; elle mourut en 845.
Jugement de Dieu. Voy. Combat Judiciaibe, Duel, etc.
Jugon , petite ville de l'arrondissement de Dinan, département des Côtesdu-Nord. Population : 519 habitants.
Cette localité a eu au moyen âge une telle importance comme point militaire, qu'où disait par forme de proverbe :
Qui a Bretagne tans Jugon A chape sans chaperon.
Aussi a-t-elle été souvent prise et reprise. Sur une des deux montagnes entre lesquelles Jugon est encaissée , un château fut construit eu 1104 ou 1109, peut-être sur l'emplacement d'un fort romain appelé Jugum. De la maison de Penthièvre , la forteresse passa à celle de Dinan. Du reste , elle changea plus d'une fois de maître , car , en 1317, le duc Jean III , dans ses partages avec
JUIFS EN FRANCE L'UNIVERS. JtTlFS EN FRANCE
son frère , se réserva la propriété du château de Jugon avec 300 livres de rente pour l'entretien de la place. En 1342, Jean de Beaumanoir, maréchal de Charles de B lois , s'en empara par surprise. En 1420, les Penthièvre possédaient Jugon , mais ils en furent dépouillés par les seigneurs partisans de Jean V. Peu après, le château fut démoli, en partie du moins, par ordre du duc. Néanmoins, les registres secrets du parlement prouvent que, sous la ligue, les deux partis l'occupèrent successivement. On y lit en effet,sousla date du 17 mars 1616, que la cour ordonna la prompte démolition de ce qui pouvait y préjudicier au service du roi. Aujourd'hui, il ne reste plus de cette forteresse que les ruines d'un cachot, les vestiges d'une petite tour, et quelques pans de murailles, presque à fleur de terre.
Juifs en France (état des). Malgré la haine violente qui , de tout temps , anima les chrétiens contre les juifs , nous ne voyons pas que sous la première race ces derniers aient été l'objet de persécutions. Leur état fut à peu près le mime que sous les empereurs romains.
On peut voir, au contraire, dans le vi* livre de Grégoire de Tours (ehap. 5), un entretien familier de Chilpéric avec un juif qu'il essaya en vain de convertir; et quoique le même prince eût, en 582, fait baptiser, suivant le chroniqueur, beaucoup de juifs , dont plusieurs furent tenus par lui sur les fonts sacrés, cette mesure n'entraîna aucune rigueur contre les récalcitrants (*). Au contraire, un juif converti avant assassiné un autre juit qui avait refusé d'embrasser le christianisme, n'échappa qu'à grand'peine au supplice qu'il méritait. Ils étaient seulement l'objet de quelques dispositions particulières. Un éditdeClotaire II leur défendit, en 615, d'exercer des fonctions publiques, et entre autres celles de percepteur des impôts. La loi des Bourguignons portait que si un juif blessait un chrétien avec une pierre ou un bâton , ou d'un coup de poing , ou s'il le prenait aux cheveux , il aurait la main coupée , à moins qu'il ne la rachetât 75 sous. On regardait comme une profana-
(•) Le roi Dagobert fit à différentes reprîtes baptiser de force les Juifs de son ]
tion , la possession d'un esclave chrétien par un juif; et le pape saint Grégoire écrivit à la reine Brunehaut pour lui faire des reproches de ce qu'elle tolérait de semblables abus dans ses États. Le concile de Châlons, tenu en 644, mit fin à cet état de choses , en décrétant u'en Gaule il ne serait plus permis aux ifs d'avoir des esclaves chrétiens.
Les juifs étaient devenus très-puissants dans la Gaule méridionale, malgré les terribles dispositions portées contre eux dans plusieurs lois wisigothes.
L'auteur de l'histoire du roi Wamba appelle ces provinces le lieu de prostitution (prostibulum) des juifs. Du reste, ils furent soupçonnés , et non sans raison, d'y avoir appelé les l^arrasins.
La première persécution sérieuse dont les juifs aient eu à souffrir en France, eut lieu lorsqu'on y répandit la nouvelle de la destruction du saint sépulcre par le calife Hakem (29 septembre 1 009). On fit alors courir le bruit que ce prince n'avait agi ainsi que d'après les sollicitations des juifs d Occident ; on nomma le juif d'Orléans qui lui avait, disait-on, écrit une lettre en caractères hébraïques, et le messager qui, déguisé en pèlerin, l'avait portée dans un bâton creux. «Alors, dit Raoul Glaber, poursuivis par une haine universelle, les juifs furent chassés de toutes les villes ; les uns furent égorgés par le glaive, d'autres précipités dans les rivières, d'autres mis à mort par tous les genres de supplices. Plusieurs , pour échapper aux tourments , se tuèrent eux-mêmes, en sorte qu'après cette digne vengeance, il n'en demeura plus qu'un nombre infiniment petit dans tout l'empire romain. Les évêques décrétèrent qu'il serait interdit à tout chrétien de s'associer à eux dans le négoce. On consentit seulement à recevoir dans les villes ceux qui se convertiraient , et qui renonceraient par le baptême à toutes les habitudes judaïques. Plusieurs d'entre eux le firent par crainte de la mort; mais bientôt après, ils retournèrent impudemment a leurs anciennes mœurs (*). » Un seul seigneur, Reinard, comte de Sens, parut prendre pitié des juifs, et leur donna, ou pour mieux
dire , leur vendit à prix d'argent , une
(*) Raoul Glaber, lib. ni , c 7.