JUIFS EX FKANCK FRAI
protection qui le fit surnommer le roi des juifs, et qui entraîna plus tard pour lui la perte de ses États , qu'il ne recouvra qu'à grand'peine.
Ce fut dans ce siècle de fanatisme religieux que les juifs commencèrent à être soumis aux vexations les plus humiliantes. Ainsi , à Toulouse , il fut établi que, le jour de Pâques, un chrétien donnerait en présence de tous les fidèles un soufflet à un juif devant la porte de la cathédrale. En 1018, le vicomte Aimeryde la Rochechouard étant venu à Toulouse célébrer la Pâque , on choisit pour lui faire honneur son chapelain, nommé Hugues, pour donner le soufflet au juif , et le prêtre s'en acquitta avec une telle violence, qu'il fit jaillir hors de la tête les yeux et la cervelle de la victime, qui tomba morte à l'instant.
Le départ des premiers croisés pour la terre sainte, en 1096, fut le signal du massacre des juifs , non-seulement en France, mais dans toute l'Europe.
Comme avant d'être mis à mort, ces malheureux étaient exposés à des tourments épouvantables, on en vit un grand nombre se suicider à l'approche des bandes de croisés. La haine contre eux ne cessa pas d'éclater pendant toute la durée des guerres saintes. En 1160, cependant, iis obtinrent à prix d'argent la suppression d'une horrible coutume. « A Béziers, disent les auteurs de V Histoire de Languedoc , l'évêque montoit en chaire le jour des Rameaux, et fiisoit un discours au peuple, pour l'exhorter à tirer vengeance des juifs qui avoient crucifié Jésus-Christ. Il donnoit ensuite la bénédiction à ses auditeurs, avec la permission d'attaquer ces hommes , et d'abattre leurs maisons à coups de pierres, ce que les habitants, animés par les discours du prélat, exécutoient toujours avec tant d'animosité et de fureur, qu'il ne manquoit jamais d'y avoir du sang répandu. L'attaque, dans laquelle il n'étoit permis d'employer que des pierres, continuoit jusqu'à la dernière heure du samedi d'après Pâques (*). » Un acte authentique, en date du 2 mai 1160 , mit fin à ce sanglant usage. Les juifs, pour
(*) Histoire de Languedoc, par P. Vie et Vaiiiette, t. II, liv. xvux , p. 4*5.-
s'en racheter, payèrent 200 sous nelgoriens à l'évêque ; ils promirent en outre de donner chaque année, le jour des Rameaux, quatre livres pour les ornements de la cathédrale, et Raymond Trencavel, vicomte de Béziers, leur accorda, moyennant une grosse somme d'argent , la sanction de cet acte.
Philippe-Auguste, à peine monté sur le troue , marqua son avènement par une violente persécution contre les juifs. Comme ceux de tous ses domaines étaient, en 1170, rassemblés dans leurs synagogues pour célébrer le sabbat , il les fit entourer par ses soldats et traîner en prison , après les avoir fait dépouiller de tout l'or et de tout l'argent qu'ils portaient avec eux. Il publia en même temps un édit par lequel il accordait l'abolition des dettes à ceux de leurs débiteurs qui payeraient à son trésor le cinquième de ce qu'ils leur devaient. Les mesures de rigueur se succédèrent ensuite rapidement. Toutes les synagogues furent saisies pour être changées en églises. Au mois d'avril 1181, un nouvel édit confisqua tous les immeubles des juifs au profit du roi, et leur enjoignit de vendre tous leurs meubles ayant la fête de la Saint-Jean, après quoi ils devaient sortir pour jamais du royaume.
En vain les juifs gagnèrent-ils, à force d'argent, un grand nombre de seigneurs et de membres du clergé, pour intercéder en leur faveur, le roi fut inflexible; car la haine populaire était au plus haut point excitée contre ces riehes usuriers, qui possédaient, dit-on, près de ^a moitié de la cité de Paris. Au mois de juillet 1 182, ils sortirent de toutes les terres de la couronne avec leurs femmes et leurs enfants. Cependant quelques grands vassaux ne se regardèrent pas comme liés par l'ordonnance du roi , et dans quelques villes, comme à Toulouse, les juifs demeurèrent en possession de leurs privilèges.
Un chrétien qui avait volé et tué un juif dans le château de Bray-sur-Seine, ayant été livré aux coreligionnaires desa victime, ceux-ci l'avaient mis à mort en imitant, dit-on, dans son supplice, plusieurs circonstances de la mort de Jésus- Christ. Dès que Philippe - Auguste eut appris cette nouvelle, il se rendit en toute hâte au château de Bray, en fit
garder les portes, puis rassemblant tous les juifs qui s'y trouvaient, au nombre de 80, il les fit, sans jugement, brûler vifs devant lui.
Quelques années plus tard , le même prince, dont les finances avaient été épuisées par la guerre qu'il soutenait contre Richard, eut recours à un expédient qui excita contre lui la haine des prêtres : il vendit aux juifs la permission de rentrer dans le royaume. Ceux-ci revinrent en foule, et trouvèrent dans les bénéfices énormes que leur procuraient l'usure et le commerce , d'amples dédommagements aux vexations et aux humiliations de tout genre dont on les abreuvait.
Le concile de Narbonne, en 1227, leur enjoignit de porter sur la poitrine une rouelle ou cocarde comme marque distinctive. Quelques années plus tard, une ordonnance de saint Louis prescrivit à tous les baillis, vicomtes,sénéchaux, prévôts, et généralement à tous les dépositaires de l'autorité, de les forcer à porter ostensiblement sur leurs habits deux rouelles de drap jaune de la grandeur de la main, l'une sur le dos et l'autre sur a poitrine. Si quelqu'un surprenait un uif sans cette marque d'infamie, le délinquant était condamné à 10 livres d'amende (environ 260 francs), et à la perte de son habit, qui était confisqué au profit du dénonciateur. Philippe le Hardi ajouta à la rouelle une coiffure ridicule qui exposait les malheureux qui la portaient aux moqueries et aux insultes de la populace (*). Dans un grand nombre de villes , le péage dît par un juif était égal à celui qui était exigé pour un cochon. Cependant un concile tenu à. Tours en 1236 promulgua le règlement suivant : « Nous défendons étroitement aux croisés et aux autres chrétiens de tuer ou battre les juifs , de leur ôter leurs biens , ou de leur faire quelque autre tort, puisque l'Église les souffre, ne voulant point la mort du pécheur, mais sa conversion. »
(*) "Voyez l'excellente notice sur les juif», insérée à la suite de Paris sous Philippe le Bel, par M. Géraud, dans la Collection des document» inédits relatifs à l'histoire de Franr«. Voyez aussi du Cange au mot Judœi.
Cette démonstration de tolérance , à laquelle les juifs n'étaient pas habitués, n'eut pas grand succès; mais elle était devenue nécessaire ; car vers cette époque, où Ton commença à prêcher la croisade que saint Louis exécuta 12 ans plus tard, les croisés, suivant leur habitude, commençaient à massacrer les juifs dans la plupart des provinces de France , et surtout en Bretagne, en Anjou et en Poitou. Il se commit tant d'horreurs, que Grégoire IX fut obligé d'intervenir et de défendre , sous peine d'excommunication , de baptiser les juifs par force , de les maltraiter après leur conversion, de violer les coutumes et les privilèges qu'on leur avait accordés , de déterrer leurs morts pour les forcer à racheter ensuite les ossements de leurs pères, de les battre de verges dans certaines solennités publiques, etc. Ces recommandations furent inefficaces ; car plus de deux mille cinq cents de ces malheureux furent massacrés. La régence de la reine Blanche et le règne de saint Louis furent d'ailleurs marqués par divers actes de rigueur contre les juifs. Des ordonnances tantôt (1230) leur défendaient l'usure, et accordaient à leurs débiteurs trois ans pour s'acquitter envers eux, tantôt (1234) libéraient leurs débiteurs d'un tiers de leurs dettes. Saint Louis, en 1248 , avant de partir pour la croisade, lit enlever aux rabbins juifs tous les exemplaires du Talmud que l'on put saisir, et de Palestine il envoya, en 1257, à sa mère l'ordre d'expulser tous les juifs de son royaume, et de confisquer leurs biens-fonds.
Sous les règnes suivants, le sort des juifs passa par les mêmes péripéties.
Jamais ils n'avaient pu être complètement expulsés de France , où leurs richesses les avaient rendus nécessaires.
Chassés en 1291, à la suite d'un prétendu sacrilège commis par un juif de Paris , ils le furent encore en 1306 par Philippe le Bel. Louis X les rappela en 1315, et leur permit de demeurer 13 ans dans ses Etats; il leur rendit une partie de leurs synagogues et de leurs cimetières, mais il les lit renoncer aux deux tiers de leurs créances, et exigea d'eux 122,500 liv. Sous le prétexte absurde d'une conspiration formée, disait-on , entre eux , les lépreux et le roi
de Tunis, on les arrêta en 1332, et les uns furent brûlés vifs , les autres chassés ; les plus riches se rachetèrent moyennant t5,000 livres. En 1350, le roi Jean leur permit de rentrer, et sept ans plus tard il les bannit de nouveau. En 1360 il les rappela , et leur permit de demeurer en France pendant 20 ans. Cette permission fut plus tard prolongée pour 6 , puis pour 10 ans.
Lors des troubles qui éclatèrent à Paris en 1380 et en 1381 (*) , les juifs eurent beaucoup à souffrir de la fureur populaire excitée par les nobles, qui trouvèrent ainsi le moyen de les faire renoncer à leurs créances.
En 1 394, Charles VI, par des lettres du 17 septembre , les chassa de son royaume à perpétuité, en leur accordant seulement, ce qui n'avait jamais été fait jusque-là , un mois pour régler leurs affaires; mais, au bout de ce délai, ils devaient être conduits en sûreté avec leurs biens à la frontière qu'ils désigneraient. Un grand nombre s'établirent à Metz , et lorsque plus tard cette ville fut réunie à la France, ils y furent maintenus dans leurs privilèges.
Au milieu du quinzième siècle, on vit arriver en France les juifs portugais, et Henri II, par des lettres patentes du mois d'août 1550 , les naturalisa en France « sous le nom de nouveaux chrétiens , qu'ils avoient en ce pays. » Ces lettres furent successivement confirmées
§ar HenriIII(novembre 1574), par Louis LIV (décembre 1656) , par Louis XV (juin 1723), et par Louis XVI (juin 1776) (**). A la fin du dix-huitième siècle, c'était encore Seulement à des conditions humiliantes ou onéreuses qu'on accordait aux juifs la faculté de se livrer au commerce ou de s'établir dans cer-
(*) Ce fut seulement à cette époque que fut abrogée la loi d'après laquelle le gouvernement confisquait comme mal acquis tous les biens des juifs qui embrassaient le christianisme. Suivant le président Hénault, celle loi n'avait d'autre but que d'indemniser le seigneur de la terre où demeurait le juif converti ; car la liberté qu'il obtenait par sa conversion, privait le seigneur du droit de propriété qu'il possédait sur sa personne.
(**) Voyelle petit livre intitulé : Privilèges dont les juifs portugais jouissent en France depuis i55o, Paris, 1777,^1-12.
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taines provinces. En 1715, on avait imposé sur chaque famille juive établie clans la généralité de Metz une redevance annuelle de 40 livres ; cette taxe fut convertie plus tard en une somme annuelle de 20,000 livres , que les élus et syndics de la communauté percevaient sur environ 50 familles.
Dans le reste de la Lorraine , 180 familles dont l'établissement y était toléré payaient chacune une taxe de 55 livres , ou environ 10,000 livres par année. En Alsace , la redevance était perçue à raison de 10 florins et demi , ou 38 livres environ par famille, au profit du domaine, sans préjudice des droits des seigneurs particuliers, qui étaient fixés à une somme égale. Ces redevances s'élevaient environ à 80,000 livres.
Ort ne sait rien de positif sur la valeur des taxes auxquelles étaient soumis les juifs d'Avignon et ceux qui composaient la population de Saint - Esprit , près Bayonne.
 la révolution , les juifs sortirent enfin de l'état humiliant ou ils avaient été plongés pendant une si longue suite de siècles. Un grand sanhédrin fut assemblé dès les premières années de l'empire, et d'après les instructions de Napoléon , abolit certaines coutumes prescrites par la loi de Moïse, coutumes qui ne pouvaient concorder avec le Code civil. Aujourd'hui, les juifs sont rentrés dans le droit commun, et malgré le coût dominant qui entraîne le plus grand nombre d'entre eux vers le commerce, la banque et surtout l'usure, ils ont déjà produit dans les arts, les lettres et les sciences, un assez grand nombre d'hommes distingués.
Juigné , ancienne seigneurie du Maine , qui , réunie à la châtellenie de Champagne , fut érigée en baronnîe en 1615. C est aujourd'hui une commune du département de Maine-et-Loire.
Juillet (journée du 14). Voyez Bast/lle.
Juillet (journées des 27, 28 et 29).
Voyez Révolution de Juillet.
Juin 1792 (journée du 20). Voy. Girondins.
Juin 1793 (journée du 2). Voy. Convention, Girondins et Commission des 12.
Juilli-le-Chàtel , ancienne châtelfCLi{ RTC.) 48