JUILLY
lenie située près de Troyes, gui fut unie à la terre de Vaux, et érigée eu comté, en 1715.
Jlmlly , village du déparlement de Seine-et-Marne, arrondissement de Meaux, célèbre par un établissement d'éducation qui y existe depuis plus de deux siècles, et est par conséquent l'un des plus anciens de France.
En 1182, un seigneur du nom de Foucauld de St-Denis , ayant perdu un fils bien-aimé, fit bâtir à son intention dans cet endroit une église où il établit quelques chanoines réguliers, avec un revenu suffisant pour assurer le service divin. Cette église fut, à la requête, du fondateur, érigée en abbaye Tan 1191 , et c'est là que fut déposé,* en 1555 , le cœur du roi de Navarre Henri d'Albret.
En 1638, l'abbaye de Juilly, par suite de la réforme des maisons de chanoines réguliers , fut réunie à la congrégation de l'Oratoire, et le 3 novembre suivant, le P. de Condron, qui avait succédé, comme général de l'ordre, au cardinal de Bérulle, fonda le collège. Cet établissement ne tarda pas à jouir d'une grande réputation, tant pour les études solides qu'y faisait la jeunesse que pour les principes d'ordre qu'elle y puisait. Aussi reçut-il de Louis XIII, l'année même de* sa fondation , le titre d'académie royale. Juilly, jusqu'à l'époque de. la première révolution , fut le principal collège de l'Oratoire, et de plus une maison de retraite dont le silence et le recueillement, favorables à la méditation et a l'étude, attirèrent tour à tour tous les écrivains, tous les savants illustres que cette congrégation a produits en si grand nombre.
Lorsque la révolution eut dispersé les ordres religieux , les bâtiments et le
S arc de Juilly furent rachetés par l'un es pères, auquel s'associèrent plus tard plusieurs autres anciens oratoriens, pour restaurer leur collège, et même avec l'espérance d'y reconstituer leur congrégation, dont ce lieu avait été en quelque sorte le centre. Les études en effet y reprirent leur cours, et rappelèrent l'ancienne splendeur de Juilly; mais l'ordre ne se recruta pas, et ses derniers représentants durent chercher en dehors de leur congrégation des successeurs à qui ils pussent remettre un fardeau de-
JCLIEN
venu trop pesant pour leur âge. Us cédèrent en 1828 le collège de Juilly à deux anciens aumôniers de l'Université, les abbés de Scorbiac et de Salinis, qui, après l'avoir dirigé avec des succès aivers pendant 12 ans, l'ont eux-mêmes, en 1841 , cédé à une société de savants ecclésiastiques à la tête de laquelle est l'abbé Bautain. La maison actuelle de Juilly a le caractère d'institution de
[ilein exercice, et est sans doute appeée à rendre encore d'importants services à la cause de l'éducation.
Julien (Aignan-Stanislas), orientaliste, né à Orléans le 21 septembre 1 7î)9, perdit son père de bonne heure. Sa mère se remaria, et le goût du jeune Stanislas pour l'étude fut longtemps contrarié par son beau-père. Ce fut seulement à I'âgedel3ans qu'il reçut ses premières leçons de latin. Il allait furtivement les prendre chez un maître particulier. Enfin, il entra au collège d'Orléans , où il avait fait quatre classes en dix mois, quand sa mère mourut. Son tuteur le destinait à l'état ecclésiastique ; il le plaça au séminaire , et ce fut là qu'il apprit le grec, non-seulement sans maître, mais même à l'insu de ses supérieurs, peur qui une étude étrangère au programme était une transgression du règlement. Cependant sa persévérance finit par être récompensée ; unexhaire de grec fut créée au séminaire, et M. Julien la remplit , bien que faisant encore sa philosophie. Mais il n'avait pas la vocation ecclésiastique. En 1821 , il vint à Paris avec l'intention d'entrer dans l'enseignement. Bientôt devenu l'ami de INI. Gail , à qui il avait été recommandé, il fut aussi son suppléant dans la chaire de littérature grecque, et lui dédia la publication par laquelle il débuta dans le monde savant, la traduction du poème grec de l'Enlèvement cT Hélène , par Coluthus.
En 1822, M. Julien suivait le cours de chinois de M. Abel Rémusat.Ses progrès furent si rapides, qu'au bout de 6 mois il présenta à la société asiatique le premier livrede sa traduction latine du philosophe Meng-seUjQiivrage que la société fit imprimer à ses frais. La même année, M. Julien donnait quelques traductions du grec moderne, la Lyre patriotique de la Grèce, de Kalvos de Zante,
L'UNIVERS
et le Dithyrambe sur la liberté, de D. Sa loi nos. Au mois d'août 1827. il était nommé sous-bibliothécaire de l'Institut.
Appelé, en juillet 1832, à remplir la place que la mort prématurée de M. Rémusat laissait au collège de France, il publia la même année la traduction du drame chinois l'Histoire du cercle de craie (Hoei-lan-ki). En 1833, époque de son entrée à l'Académie des inscriptions et belles-lettres , il fit paraître deux nouvelles traductions de la langue dont l'étude était devenue l'objet de sa vie , le drame de C Orphelin de la Chine (Thao-chi-kou-cut) , dont plusieurs passages avaient jusqu'alors défié la sagacité des sinologues européens , et le roman de Manche et bleue, ou les deux couleuvres fées (Pé-ché-Wing-ki) , qui nous initie au genre de merveilleux auquel se complaît l'imagination des Chinois. Il publia encore en 1835 le Livre des récompenses et des peines (K'aning-p'ieri); en 1837, un Résumé des principaux traités chinois sur la culture des mûriers et l éducation des vers à soie , et en 1841 , l'ouvrage du philosophe Lao-tseu, le Livre de la voie et de la vérité (Tao-te-king). Quant à la polémique qui dure depuis trois ans entre M. Julien et M. Pduthier au sujet de certains points de philologie chinoise, mous devons dire que les amis de la science , comme ceux de ces deux savants, ne peuvent que profondément la déplorer. M. Julien est chargé , avec le titre de conservateur adjoint , du dépôt des livres chinois à la bibliothèque royale.
Julien (Jean), ministre protestant, né à Nîmes , mais connu sous le nom de Julien de Toulouse , parce qu'il fut élu député de cette ville à la Convention nationale. Il se rangea , dans cette assemblée, du côté de la Montagne, et vota la mort du roi. Le 21 février, il fut élu secrétaire de l'assemblée, et envoyé à Orléans et en Vendée, en qualité de commissaire.
Lorsque Gobel vînt, avec son clergé, abjurer à la tribune de la Convention les principes du catholicisme, Julien crut devoir se faire, dans cette honteuse orgie , le représentant du protestantisme, et abjurera son tour les croyance qu'il avait jusque-là professées.
Le 25 août, il demanda que l'on soumît à un sévère exameu la conduite des administrateurs de la Compagnie des Indes, qu'il accusa d'avoir prêté à Louis XVI des sommes considérables , pour l'aidera opérer la contre- révolution.
Le rapport qu'il lit ensuite , en qualité de membre du comité de sûreté générale , sur les administrations qui avaient pris part à la rébellion des girondins après le 91 mai, fut violemment attaqué , et le conseil général de la Commune , auquel il eut l'imprudence de l'envoyer, ordonna qu'il serait brûlé dans une de ses séances. Du reste , il est permis de croire que les convictions qui le lui avaient dicté n'étaient pas bien vives, car il se hâta de rétracter tout ce qu'il y avait avancé de contraire aux principes de la Montagne.
Cependant, il avait atteint le but qu'il se proposait, en attaquant les administrateurs de la Compagnie des Indes et les fournisseurs; il les avait amenés à lui faire des propositions. Accusé, ainsi que Chabot, Delaunay et Basire , de s'être laissé corrompre à prix d'argent, pour falsifier un décret de la Convention , il fut , avec eux , condamné à mort , mais seulement par contumace, car il était parvenu à échapper par la fuite au décret de prise de corps lancé contre lui et ses complices.
Il reparut après le 9 thermidor , demanda sa réintégration , et finit par l'obtenir. Mais il ne rentra pas a la Convention, où il avait été remplacé par un suppléant. Nommé , au 30 prairial, membre de la municipalité, ce fut lui qui rédigea l'adresse envoyée par le club de la rue du Bac au Conseil des Cinq- Cents, pour demander de déclarer La patrie en danger. Après le 18 brumaire , il fut du nombre des hommes dont Sieyès demanda la proscription.
Arrêté en conséquence, il fut détenu pendant quelque temps. Lorsqu'il fut rendu à la liberté, il se retira à Turin, où il exerça la profession d'avocat. Il revint en France en 1814 , et exerça la même profession à Embrun , où il mourut peu de temps après.
Julien (Pierre), statuaire, membre de l'Institut, naquit en 1781, d'une famille de cultivateurs, à Saint-Paulien (Haute-Loire), et étudia à Lyon sous
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l'architecte Pérache» et à Paris sous Coustou. Ayant obtenu le grand prix de sculpture en 1765, il fit trois ans après le voyage de Rome.
A son retour, Coustou, afin de pouvoir profiter de ses talents, lui persuada qu'il n'était pas assez formé pour se mettre sur les rangs de l'Académie.Mais il avait atteint sa 45e année : il était temps de prendre place parmi les artistes.
Encouragé par ses amis, et comptant peut-être trop sur l'appui de son maître, il présenta une figure de Ganymède versant le nectar. Les connaisseurs furent fort surpris d'apprendre qu'elle avait été rejetee; quant à Julien, il en fut tellement accablé, qu'il résolut d'abandonner son art , et sollicita du gouvernement l'emploi de sculpteur des proues de vaisseau à Rochefort. Il était sur le point de l'obtenir, lorsque , ranimé par quelques encouragements, il se décida à se mettre encore une fois sur les rangs, et présenta le modèle de son Guerrier mourant. Cette fois, le succès fut complétât il fut reçu,l'annéesuivante, académicien sur le marbre de cette figure, qui réunit au plus rare degré la science de l'art, la grâce naturelle et la perfection du ciseau. M. d'Angevilliers avait conçu à cette époque ridée de faire exécuter, aux frais du gouvernement, les statues de nos grands hommes :
deux de ces statues , celles de la Fontaine et du Poussin y furent confiées au ciseau de Julien. La manière dont il s'acquitta de ce travail fait autant d'honneur à son talent qu'au discernement du ministre. Bientôt après, il produisit sa charmante Baigneuse. Deux La s- reliefs , Apollon chez Admète et la chèvre Amalthée, accompagnaient cette statue. Sa Galatêe fut regardée comme la statue moderne de femme la plus parfaite que l'on connût ; et M. d' A n-
(;evilliers , jaloux d'encourager son taent, allait le charger de travaux qui eussent encore étendu sa gloire , lorsque la révolution éclata. Julien, retiré pour ainsi dire en lui-même, bornait tous ses désirs à achever sa statue du Poussin. Ses vœux furent remplis ; mais il ne jouit pas longtemps du succès : il mourut trois mois après avoir terminé son œuvre, le 17 décembre 1804.
Julien (Simon), peintre, connu sous
le nom de Julien de Parme, naquit eh 1736, dans un village des environs de Toulon , ou , suivant d'autres, dans un hameau près d'Aix en Provence. Il étudia son art à Marseille sous Dandré- Bardou, et à Paris sous Carie Vanloo.
Ayant fait le voyage de Rome, il fréquenta pendant dix années l'école dirigée par Natoire, et s'efforça vainement d'en faire disparaître le mauvais goût. Son désaccord avec l'école d'alors lui valut le surnom de Julien V Apostat, qui aujourd'hui est l'un de ses plus beaux titres de gloire. Le duc de Parme, qui appréciait mieux ses talents , Je combla de bienfaits : ce fut par reconnaissance qu'il prit le nom de Julien de Parme, qu'il conserva toute sa vie. Il revint à Paris à l'âge de quarante ans , et travailla sans relâche à opérer la réforme qu'il a pu voir s'accomplir.
Leduc de Mancini-Nivernois se l'attacha , l'occupa à peindre les tableaux qui devaient orner la galerie de sa maison rue de Tournon, et lui assura une pension viagère. Julien composa ainsi plusieurs ouvrages, entre autres un Jupiter endormi entre les brasdeJunon sur le mont Ida. lequel fut plus tard acheté par le sculpteur Dejoux.
Julien vit pendant quelques années son modeste logement de la rue des Postes fréquente par les grands; mais s'étant présenté à l'Académie de peinture, il ne fut pasVid m i s . et la foule ne se porta plus chez lui. Il s'était assez écarté des routes battues pour déplaire aux académiciens ; cependant , il faut dire aussi que son crayon n'atteignit jamais la correction de dessin à laquelle est parvenue l'école française depuis sa restauration. Pendant que les académiciens royaux le repoussaient, la corporation des autres peintres, appelée Académie de Saint-Luc, faisait saisir ses meubles et son atelier, parce qu'il ne s'était pas fait inscrire sur ses registres. Mancini parla de ce bizarre événement au ministre Turgot, qui répara tout en détruisant les maîtrises. La mort d'un de ses protecteurs l'ayant réduit à se défaire d'une collection de dessins des premiers maîtres d'Italie, il tomba dans une complète apathie. Enfin il avait perdu toutes ses ressources l'une après l'autre, quand le ministre François de Neufchâteau lui
JULUEN DÉ P A Ris FRANCE. JULLIEN DE PABIS 767
fît parvenir quelques secours. Il mou- 1792, un voyage de quelques mois, il fut rut d'apoplexie, le 23 février 1800. Ou- nommé en 1793 agent supérieur pour tre son Jupiter , on cite encore de lui le recrutement dans les Hautes et Bassesdeux autres tableaux, le Triomphe £ Au- Pyrénées; puis, à la recommandation de rélien, et l'Aurore sortant des bras de Hérault de Séchelles, il fut envoyé en Tithon. mission dans les départements de l'Ouest.
Jullien (défense du fort). — Après Témoin dans le Midi des excès de Talla bataille de Canopc (21 mars 1801), lien, et à Nantes de ceux de Carrier, le les Anglo-Turcs marchèrent sur Ro- jeune Jullien se prononça contre eux sette , dont Menou, malgré les instances avec énergie. Rentrés à la Convention, du général Fugières, commandant de la ceux-ci se vengèrent en le faisant arréplace, s'obstina à ne point augmenter ter. Ce ne fut que le commencement de la garnison. Elle ne se composait que ses mésaventures. Bientôt ce même d'un bataillon de la 85e demi-brigade et Tallien devint chef de la terreur réacde trois compagnies de la 61e, qui, ne tionnaire, et il trouva plaisant de repouvant résister aux forces considéra- jeter sur l'imprudent critique ses probles de l'ennemi, passèrent le 11 avril près méfaits. Heureusement , la plaisur la rive droite du Nil, et se retirèrent santerie ne prit pas; un arrêté du coà Fouah. Le fort Jullien, qui s'élève à mité de salut public justifia Jullien, qui l'embouchure du fleuve, resta livré à fut relâché après une détention de qualui-mëme avec une garnison de 25 hom- torze mois.
mes, une compagnie d'invalides et quel- Après avoir concouru quelque temps ques canonniers. Une colonne entière- à la rédaction fa F Orateur plébéien, il ment composée d'Anglais s'y porta et passa en Italie comme capitaine adjoint en forma le siège. Il résista pendant dix a l'état-major d'une légion italienne. Il jours , et quand les Anglais virent sortir entra alors en relation avec Bonaparte, la poignée de braves qui venaient défaire qui lui fit rédiger le Courrier de l'arune si belle défense, ils demandèrent mée d'Italie. Mais ses tendances et ses avec étonnement si c'était bien là toute préoccupations convenaient peu au géla garnison. néral ; il ne tarda pas à être disgra- J ii i. lien de la Dbome (Marc-An- cié. Il fit cependant partie de l'extoine) , né au Péage de Romans, dans le pédition d'Egypte; mais une nou- Dauphiné, en 1744, fut élu , en 1791, velle disgrâce, jointe à une maladie qu'il député suppléant à l'Assemblée législa- éprouva à Rosette, le fit revenir. Détive , et, en 1792, membre de la Conven- barqué à Livourne , il fit avec le général tion; il siégea avec la Montagne, dont il Championnet la campagne de Naples, partagea tous les principes politiques, et devint secrétaire général du gouveret mourut à Romans en 1821. nement provisoire de la république par- Son fils, Marc- Antoine Jullien, thénopéenne. Il reprit alors son projet plus connu sous le nom de Jullien de favori, celui-là même qui l'avait brouillé Paris, est né à Paris en 1775. Homme avec Bonaparte, le projet d'une grande de bien, zélé philanthrope, ami cons- confédération italienne. Mais le rappel tant de la liberté, il n'était point de Championnet, bientôt suivi de la refait pour les temps difficiles qu'il tra- traite de nos troupes, ne tarda pas à versa, et il éprouva le sort réservé à mettre fin à ce rêve. Enveloppé dans la tous les hommes qui , n'ayant pas coin- disgrâce de Championnet, lui-même fut pris que toute pensée indépendante qui arrêté et jeté dans le fort Saint-Edme. ne prévaut pas embarrasse, prétendront De retour à Paris v M. Jullien, couse mêler aux affaires publiques sans sulté par Bonaparte avant le 18 brus'engager sous aucun des drapeaux do- maire, désapprouva ce mouvement et y minants ; aussi sa vie fut-elle pleine de resta étranger. Sous le consulat et l'emtribulations. , pire, il fut traité froidement et souvent II se trouva lié au sortir de l'enfance disgracié. Il ne laissa pas d'être employé avec les la Rochefoucauld et les Con- aux armées et chargé de diverses onsdorcet, et reçut d'eux le baptême poli- sions. Il fit avec Te rang d'adjudant tique. Revenu d'Angleterre, où il fit, en général les campagnes d'Ulm et d'Aus-
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terlitz, durant lesquelles il fut chargé par le prince de Neufohâtel de quelques négociations.
À la fin de 1813, dénoncé à l'occasion d*un mémoire contre le système impérial, mémoire qui parut en effet en 1815 sous le titre du Conservateur de l'Europe, M. Jullien fut arrêté et ses papiers saisis; mais on n'y trouva rien qui le pût compromettre, et il fut résous la restauration, M. Jullien eut à" souffrir de la réaction de 1816; toutefois, cette époque lui offrit des jours plus heureux et un régime mieux approprié à Ses tendances. Il fut l'un des fondateurs du Constitutionnel; il conçut et réalisa la pensée de la Revue encyclopédique, qu'il dirigea jusqu'à l'époque où elle se transforma entre les mains de MM. Carnot et Leroux.
Les principaux ouvrages de M. Jullien , dont les titres compléteront sa biographie, sont: 1° un Sommaire d'un entretien politique avec le premier consul; 2W un Mémoire sur l'organisation à donner aux divers États d'Italie, destiné au premier consul, publié par SCbœl dans le Recueil des pièces officielles sur Napoléon; 3° Essai général d'éducation physique, morale et intellectuelle; 4* une Exposition de la méthode de Pestalozzi; 5° Essai sur l'emploi du temps.
Jullion (Antoine) est un des hommes qui, pendant les immortelles campagnes de l'empire, ont donné le plus de preuves de bravoure. Atteint d'une balle à la prise du fort de Bar, il ne voulut pas quitter le champ de bataille avant la fin de la journée; au passage du Mineio, il reçut un coup de sabre sur la figure en se 'précipitant dans les rangs ennemis; à Ulm, il combattit avec la même intrépidité et fut encore blessé; à Ratisbonne, il monta le premier à l'assaut et reçut cinq blessures; à Pultusk, il eut les reins traversés d'une lance; à Iéna, quoique deux fois grièvement blessé, il n'alla se faire panser qu'après la victoire; à Eylau, il eut la main gauche percée en luttant contre plusieurs Cosaques; enfin la journée de Wagram, où il lut mis hors de combat, ne fut pas moins glorieuse pour lui. Appelé en 1813 dans la garde impériale, il fut.
peu de temps après, promu au grade de sous-lieutenant dans le 17' régiment de ligne.
Jumelles, ou plutôt Jumel, ancienne seigneurie de Picardie (aujourd'hui du département de la Somme) , érigée en marquisat en 1678.
Juhibges , bourg du département de la Seine -Intérieure , arrondissement de Rouen; population, 1,600 habitants.
La première fondation de l'abbaye de Jumiéges, autour de laquelle s'est groupé ce bourg, remonte au septième siècle. Saint Philibert s'étant bâti un ermitage dans la presqu'île de la Seine qui est entre l'ancienne Rothomagus et les bords de la mer, d'autres cénobites vinrent se joindre à lui , et l'ermitage devint un monastère soumis à la règle de Saint-Benoit. Le roi Dagobert, édifié de la piété de ces moines, leur octroya tout le terrain de la presqu'île.
C'est au règne de Clovis II, successeur de Dagobert, que se rapporte la touchante légende des Énerves , reproduite par Ronsard dans sa Franciade, et dont les principaux traits avaient été sculptés sur les murailles de l'abbaye * comme l'indiquent encore aujourd'hui quelques restes de bas - reliefs. Deux des fils de Clovis II, dit la tradition, s'étant révoltés contre leur père, furent condamnés à mort. Mais comme le roi et Bathilde sa femme hésitaient à faire périr leurs enfants , ils voulurent changer le genre du supplice. « Alors la reine Bathilde, inspirée de l'esprit de Dieu qui ne pouvait laisser un tel excès impuni, aimant mieux que ses enfants fussent châtiés en leur corps que d'être réservés aux supplices éternels, par une sévérité pitoyable et pour satisfaire aucunement à la justice divine, les déclara inhabiles de succéder à la couronne. Et d'autant que la force et puissance corporelle qui leur avait servi pour s'élever contre leur père consiste aux nerfs , ordonna qu'ils seraient coupés aux bras, et ainsi rendus impotents , les fit mettre dans une petite nacelle ou bateau , avec vivres, sur la rivière de Seine, sans gouvernail ou aviron , assistés seulement d'un serviteur pour leur administrer leurs nécessités , remettant le tout à la providence et miséricorde de Dieu, sous
JUMIÉGES FRANCE. JUWOT
la conduite duquel ce bateau dévala tant sur la rivière de Seine qu'il parvint en Normandie , et s'arrêta au rivage d'un monastère appelé des anciens Ju»
miéges. » Saint Philibert recueillit dans son monastère les petits-fils de son bienfaiteur, et l'on rapporte que tous deux y prirent l'habit de moine.
On montra, jusqu'à ces derniers temps, leur prétendu tombeau ; cependant leur légende ne repose sur aucun fondement historique (*) : Clovis II n'eut de Bathilde que trois enfants, qui furent rois après lui. Le mausolée des deux princes sur lequel on voyait, suivant dom Langlois, auteur du" Rrief recueil des antiquités de Jumiéges, « les deux figures et effigies élevez en sculptures fort antiques, vestus de lon^s habits diaprez et parsemez de fleurs de lys, » ne pouvait être antérieur au sac de Jumiéges par les Normands. D'ailleurs , le style du monument doit le faire attribuer à un artiste du treizième siècle. En outre, Guillaume de Jumiéges ne fait aucune mention de l'aventure des Énervés, qui a peut-être été fabriquée vers la fin de la seconde race* des rois de France.
L'abbaye , entourée d'une grande vénération, s'enrichit des bienfaitsdesrois de France. Ravagée plusieurs fois par les Normands, et même détruite en 841 et 851, dans une des incursions de ces pirates, elle se releva de ses ruines par les soins du duc de Normandie, Guillaume Longue-Épée, et finit parcompter parmi lespltis illustres abbayes du rovaume.Ses religieux furent du nombre de ceux qui conservèrent le dépôt des sciences et des lettres , transcrivant les livres anciens ou transmettant eux-mêmes à la postérité les événements de leur siècle. Ainsi l'un d'entre eux , Guillaume de Jumiéges, nous a laissé une histoire des ducs de Normandie.
Charles VII , roi de Bourges , vint chercher un asile à Jumiéges, où l'on sait que le cœur d'Agnès Sorel fut dé-
(*) Les moines de Jumiéges citaient pourtant à l'appui de sa véracité l'épi tap lie suivante :
Hic in honore Dei, r««quie*cit «tirp» Clodovei, Patris bcllica gens, bel la salmis agens.
Ad viitniu inatris Ralbildi*, pcciiiluere Pro proprio acelere proqu* labore patris. D C X L V I.
posé. Sur la pierre qui recouvrait ses
restes, on lit cette épitaphe :
Hic jacet in tumba nûlia simpl&xque colamba.
Vers la fin du siècle dernier , l'abbaye de Jumiéges jouissait de quarante mille livres de rente, et avait un abbé commendataire oui présentait à trente-huit cures. Dans les belles ruines qui sont encore debout à Jumiéges, on retrouve les restes de trois églises, bâties à différentes époques; mais chaque année qui s'écoule ajoute au désordre de l'antique fondation. Les vastes forêts qui jadis couvraient le sol aux alentours, et où le duc Guillaume Longue- Épée aimait tant à chasser, se sont converties en tourbe. La péninsule ne
S résente à l'œil que la triste uniformité 'une plaine marécageuse.
Jumiéges ( monnaie dé ). On possède plusieurs monnaies mérovingiennes frappées à l'abbaye de Jumiéges.
L'une est un denier (l'argent, portant d'un côté une rosace avec le nom du monastère, gbmedicom , et de l'autre un profil tourné à droite , avec la désignation de l'officier monétaire, gbembeb.. M. On connaît aussi un tiers de sou de Jumiéges, où on lit le nom de nectabws; mais la pièce la plus curieuse de cette localité est un autre denier d'argent qui porte aussi pour type la rosace , et autour duquel on lit SCO
FIL1BEBTO GBMEDICO CAL, SanctO
Philiberto Getnetico Caletano (à saint Philibert de Jumiéges au pays de Caux). Cette pièce est importante , d'abord, parce qu'elle nous apprend que c'est dans le monastère, et non dans la ville, qu'ont été frappées les espèces sorties, pendant le moyen âge , de l'atelier monétaire de Jumiéges ; ensuite parce
Su'elle offre le nom d'un saint et celui 'une province , choses qui se voient très-rarement sur les monnaies mérovingiennes.
Jumilhac , ancienne seigneurie du Périgord, aujourd'hui chef-lieu de canton du* département de la Dordogne, érigée en marquisat en 165G.
Junot (Andoche), duc d'Abrantès, naquit le 23 octobre 1771, à Bussy-les- Forges, département de la Côte-d'Or.
Ses parents le destinaient au barreau ; il abandonna , en 1792 , l'étude du
JUNOT L'UNIVERS. JPRA
droit, et partît comme simple grenadier dans un des bataillons de la Côte-d'Or. Il se fit bientôt remarquer par son intrépide bravoure.
Il se trouvait, en 1796 , au siège de Toulon , et il y devint le secrétaire de Bonaparte. Un incident donna à celui-ci une haute idée de son courage et de son sang-froid. Il lui dictait une dépêche : une bombe éclatant à côté d'eux les couvrit de terre. « A merveille ! dit Ju- « not , j'étais au bas de la page , et «f avais besoin de poudre : cette bombe « m'a évité la peine dfen prendre. »
Et , secouant son papier , il se remit tranquillement à écrire.
Bonaparte devint bientôt après général , et Junot l'accompagna en qualité d'aide de camp en Italie , où il gagna successivement les grades de chef d'escadron, de colonel et de général de brigade , puis en Égypte , où il se distingua surtout au combat de Nazareth.
Revenu en France avec Bonaparte , il participa au 18 brumaire, et devint, au commencement de 1804 , commandant, puis gouverneur de Paris. Il passa ensuite a l'armée d'Angleterre , et reçut , lors de la création de l'empire , le titre de colonel général des hussards.Nommé, en 1805, à l'ambassade de Portugal, il quitta bientôt après ce poste , pour aller rejoindre l'armée d'Allemagne, et fit des prodiges de valeur à la mémorable journée d'Austerlitz; il retourna, en 1806, en Portugal , qu'il quitta encore, peu de temps après, par suite de la rupture survenue entre les cabinets de Paris et de Lisbonne.
Il revint dans ce pays, à la fin de 1807, non plus comme ambassadeur , mais à la tête d'une armée que Napoléon envoyait conquérir ce royaume. Le choix de Junot, en pareille circonstance, avait été, il faut le dire, des plus inconsidérés. Junot était un officier franc, loyal, intrépide, dévoué à l'empereur ; mais il manquait des qualités nécessaires au double rôle qu'il allait avoir à cemplir, de général en chef et d'homme d'Etat.
Il parvint cependant à Lisbonne , et occupa tout le Portugal, sans avoir rencontré le moindre obstacle de la part des habitants ou des autorités; quant aux membres de la famille régnante, ils s'étaient , on le sait, retirés au Brésil.
Toutefois, la marche de l'armée fut des plus pénibles, par suite du mauvais état des chemins et du manque de vivres ; et nos soldats ne trouvèrent des ressources qu'en atteignant Abrantès , petite ville surleTage, à 10 myriam. de Lisbonne; c'est sans doute par ce motif que Napoléon donna à Junot le titre de duc d' Abrantès, auquel ne se rattache,comme on le voit, aucun souvenir militaire.
Si plus tard l'insurrection du peuple portugais fut préparée par les insultes et les menaces que lui prodigua l'empereur dans sa maladroite proclamation datée de Milan, Junot y contribua aussi beaucoup par sa cupidité, son arrogance , son impéritie , et ses excès de tous les genres. Le Portugal se souleva donc, les Anglais débarquèrent leur armée, et, après deux actions, forcèrent Junot à capituler. Cette capitulation fut signée le 28 août 1808 , au village de Cintra, et nos troupes revinrent en France, après avoir occupé le Portugal pendant neuf mois seulement.
A son retour, Junot fut froidement accueilli par l'empereur; il l'accompagna cependant encore en* Espagne, se distingua au second siège de Saragosse, et fit, sous Masséna, la deuxième campagne de Portugal.
En 1812, il commanda le 8e corps de la grande armée de Russie, et fut, après la retraite de Moscou, nommé gouverneur général des provinces illyriennes ; mais sa raison s'égara bientôt tout à fait, et il fallut le ramener en France. On le conduisit chez son père , qui habitait Montbar. Il venait d'y arriver, lorsque, le 22 juillet 1813, dans un violent accès de fureur , il se jeta par une fenêtre et se cassa la cuisse. L'amputation fut pratiquée ; mais il arracha l'appareil, et mourut le 28. (Voyez Abrantès [duchesse d'J.)
Jura, (département du). Ce département, forme d'une portion de l'ancienne Franche-Comté, est séparé de la Suisse par la chaîne de montagnes dont il emprunte son nom. Borné à l'est par ce pays, il a pour limites au nord - est le département du Doubs , au nord celui de la Haute-Saône, à l'ouest ceux de la Côte-d'Or et de Saône-et-Loire, au sud celui de l'Ain. Des montagnes élevées, dépendantes de la chaîne du Jura, cou-