JURY
magistrature et au conseil d'État, et un moment on put craindre que le despotisme ne l'emportât. Mais la nouvelle institution avait déjà jeté de trop profondes racines pour qu'il fût aise de l'ébranler. Le jury fut donc maintenu ; les jurés d'accusation furent seulement supprimés, et le pouvoir dont ils étaient investis fut délégué aux cours impériales.
Il fallut bien que la restauration laissât debout ce que l'empire n'avait osé abattre. Elle fit même, peu avant 1830, quelques concessions à l'opinion publique , et plusieurs articles du code de 1 808 turent successivement modifiés, dans un sens libéral , par la loi du 2 mai 1827 et par celle du 2 juillet 1828.
La révolution de juillet parut un instant devoir donner à l'institution du jury une plus grande extension ; la charte de 1830 prescrivit, par son article 69, l'application du jury aux délits politiques et aux délits de presse, et la loi du 8 octobre 1830 satisfit à cette disposition. D'un autre côté, la loi du 19 avril 1831 , en appelant un plus grand nombre de citoyens à l'exercice des droits électoraux, rendit plus démocratique la composition du jury. Mais les améliorations s'arrêtèrent là, et bientôt même, la législation exceptionnelle du 9 septénaire 1835 vint annuler leurs effets , en qualifiant d'attentats , susceptibles d'être déférés à la cour des pairs , un
§rand nombre de délits politiques, qui, e la sorte, se trouvèrent indirectement soustraits au jugement des jurés.
Voici quel est l'état actuel de la législation sur le jury, du moins dans ses dispositions fondamentales :
Les fonctions de juré sont au nombre des droits politiques. Les personnes destinées à remplir ces fonctions sont:
les électeurs des députés désignés par la loi du 2t avril 1831 ; les fonctionnaires nommés par le roi , et exerçant des fonctions gratuites; les officiers* des armées de terre et de mer en retraite , pourvu qu'ils jouissent d'une pension de 1,200 fr. au moins, et qu'ils aient depuis cinq ans un domicile réel dans le département; les docteurs et licenciés des facultés de droit , des sciences ou des lettres , moyennant certaines conditions spécifiées ; les docteurs en mé-
decine ; les membres et correspondants de l'Institut ; les membres des autres sociétés savantes reconnues par l'État ; les notaires, après 3 ans d'exercice de leurs fonctions ; enfin, dans les départements où les personnes comprises dans les catégories précédentes n'atteignent pas le nombre de 800, les citoyens les plus imposés après ces personnes, jusqu'à concurrence du chiffre fixe. Nul ne peut être juré, s'il n'a 30 ans accomplis. Les fonctions de juré sont incompatibles avec celles de ministre , de préfet , de sous-préfet, déjuge, de procureur général , de procureur du roi et de substitut, ainsi qu'avec celles de ministre d'un culte quelconque. La liste générale des jurés, contenant 800 noms au moins, est dressée par le préfet. Chaque année, après le 30 septembre, ce fonctionnaire extrait de la liste générale une liste pour le jury de l'année suivante. Cette liste est composée du quart de la liste générale, sans pouvoir excéder le nombre de 300 noms , si ce n'est dans le département de la Seine, où elle est de 1,500. Nul ne peut être porté deux ans de suite sur la liste annuelle extraite par le préfet. Dix jours au moins avant l'ouverture des débats de la session, le premier président de la cour royale tire au sort sur cette liste, 36 noms qui forment la liste des jurés pour toute la session, plus uatre jurés supplémentaires. Les jurés oivent se rendre à leur poste au jour indiqué, sous peine d'amende. A chaque affaire, et avant l'ouverture des débats, il est tiré au sort 12 noms sur la liste'de la session, pour former le jury de l'affaire. L'accusé et le ministère public ont droit de récusation. Le vote du jury a lieu au scrutin secret; la décision se forme à la simple majorité. Les jurés peuvent, dans leur verdict, déclarer qu'il existe des circonstances atténuantes en faveur de l'accusé trouvé coupable. La compétence du jury est bornée aux délits ue presse, aux crimes et délits politiques, sauf les exceptions ci-dessus indiquées, enfin aux autres crimes de toute nature emportant peines afflictives et infamantes.
Outre le jury criminel, il existe encore plusieurs autres jurys de différentes sortes : tes jurys médicaux, les jurys des beaux-arts, les jurys assermentés ou
de douanes ; les jurys de révision pont la garde nationale, enfin les jurys d'expropriation, chargés de fixer l'indemnité due aux propriétaires des terrains dont Futilité publique exige le sacrifice. Les jurys d'expropriation , dont les attributions étaient exercées , sous l'empire de la loi du 8 mars 1810, par l'autorité judiciaire, ont été institués parla loi du 7 juillet 1833. C'est un premier pas de fait vers la substitution du jury aux juges permanents, pour tout ce qui n'est pas question de pur droit; et l'unité politique et sociale , en se perfectionnant de plus en plus, en simplifiant de jour en jour la législation , ne peut qu'étendre encore par la suite les attributions de cette magistrature, vraiment populaire.
Jussieu (Antoine de) exerçait à Lyon, vers la fin du dix-septième siècle , la profession d'apothicaire. Il était chargé d'une nombreuse famille; trois de ses fils vinrent successivement à Paris, compléter les études qu'ils avaient commencées sous sa direction.
Antoine de Jussieu, l'aîné, fut adressé à Fagon , premier médecin du roi et intendant du Jardin des Plantes. Il fut l'élève de Tournefort; et, peu d'années après ? lorsque ce grand botaniste mourut, il lui succéda en qualité de démonstrateur de botanique au Jardin des Plantes. Ses travaux scientifiques, sans avoir l'importance de ceux ae Bernard, son frère, et d'Antoine Laurent , son neveu , furent néanmoins très-estimés; nous citerons en particulier son Mémoire sur les pétrifications végétales, dans lequel il établit que les. marques nombreuses de plantes qu'il avait trouvées dans les houillères de Saint-Étienne n'étaient point, comme on le prétendait alors, des jeux de la nature, mais bien des traces de la végétation des temps où les couches de terre auxquelles appartiennent ces houillères s'étaient formées. Il détermina le genre de ces plantes, le climat sous lequel elles avaient dû vivre, et fournit ainsi à la géologie le principe le plus sûr de ses inductions. Ses autres travaux, qui traitent tous de questions de zoologie et de phytologie , ont été insérés, pour la plupart, dans les Mémoires de l'Académie des sciences. On lui doit, en
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outre , un Discours sur les progrès de la botanique s in-4°, 1718, et un Appendice aux Insiitutiones rei herbarix de Tournefort; enfin, il a rédigé et publié le grand ouvrage de Barrelier , sur les plantes de France , d'Espagne et d Italie, ouvrage qui était resté incomplet par la mort de l'auteur.
Il s'était fait, dans sa jeunesse, recevoir docteur en médecine ; il joignit constamment à ses études scientifiques une pratique très -active de son art; connu pour sa bienfaisance et son zèle à soigner les pauvres; il fit cependant une grande fortune , dont son frère Bernard fut le seul héritier. Il mourut d'apoplexie le 22 avril 1758 , âgé de 72 ans.
Bernard de Jussibu, plus jeune de treize ans que le précédent , est le véritable créateur de la classification des
Ï liantes par familles. Guidé par son rère qui le fit venir à Paris , et qui le fit nommer, à vingt-trois ans, sous -démonstrateur de botanique au Jardin des Plantes, il fut, peu de temps après, élu membre de l'Académie des sciences. Il n'avait cependant encore fait que présenter quelques mémoires à cette compagnie, et donner, de I l'ouvrage de Tournefort sur les plantes des environs de Paris, une nouvelle édition enrichie de notes et d'un supplément; mais, à cette époque, où les sciences naturelles étaient encore peu cultivées, il suffisait presque, pour obtenir cet honneur , de montrer un grand zèle pour l'étude de ces sciences. Au reste, Bernard de Jussieu aimait la science pour elle - même ; il écrivit peu , et ce ne fut qu'à la mort d'Antoine qu'il commença à se faire connaître.
Chargé par Louis XV de réunir, dans le jardin de Trianon , toutes les plantes cultivées en France, il disposa ces plantes en soixante-cinq familles, rangées d'après leurs analogies les plus intimes : ce fut ainsi que la méthode naturelle fut créée. Ce savant mourut à Paris le 6 novembre 1777 , deux mois avant Linné, son ami. Il avait écrit un assez grand nombre de mémoires trescurieux,et qui se trouvent presque tous dans le recueil de l'Académie des sciences. Mais son véritable titre au «ouve-
JUSSIÉU L'UNIVERS.
nir de la postérité n'était pas imprimé; tulaire de la chaire de botanique , Lau-
c'était la classification des plantes du rent de Jussieu ne cessa, dans son
jardin de Trianon. cours , de répandre la connaissance de
Joseph de Jussieu , frère des deux la méthode de son oncle , et de la perprécédents, fut appelé par eux à Paris, fectionner en l'appliquant ; enfin, il dépour j étudier , sous leur direction , la finit les véritables caractères des classes, médecineetlabotanique.Mnis,éprisd'un des familles et des genres pur toutes goût très-vif pour les mathématiques, les plantes connues. C'est de ce travail il se livra presque tout entier à l'étude que sortit son Gênera Plantarum; et cet de ces sciences , et devint un habile in- ouvrage, gui parut en 1789, eut une génieur. L'Académie faisait partir alors immense influence non - seulement sur pour l'Amérique du Sud l'expédition les progrès de la botanique , mais aussi scientifique dirigée par la Condarnine sur ceux de toutes les sciences où il est et Bouguer. Le jeune Joseph de Jussieu nécessaire de disposer , d'après un ceren fit partie ; et , lorsque ces savants tain ordre , une multitude d'objets qui eurent rempli l'objet de leur mission, il ont entre eux des analogies plus ou les laissa partir, et continua les études moins marquées, importantes qu'il avait entreprises dans La révolution suspendit pour quelle Pérou. Il resta trente-six ans dans ce que temps les travaux de Laurent de pays, retenu par l'enthousiaste attache- Jussieu ; nommé par sa section membre ment des habitants auxquels il s'était de la municipalité de Paris, il fut chargé, rendu utile comme ingénieur, et surtout jusqu'en 1792, de l'administration des comme médecin. Chaque fois qu'un na- hospices et hôpitaux de la capitale, et vire mettait à la voile , il annonçait l'in- c'est à lui que l'on doit, en grande partention de partir; et chaque fois des tie, les améliorations qui commencèrent travaux non terminés et de pressantes à être introduites, à cette époque, dans sollicitations d'amitié le retenaient. Il le service de ces établissements, parcourut le Pérou dans toutes les di- En 1793, lorsque le Jardin des Plantes rections, levant des cartes et des plans, fut réorganisé sous le nom de Muséum recueillant une foule d'observations, et d'histoire naturelle, il fut nommé prône trouvant jamais le temps de coor- fesseur de botanique rurale ; et ses coldonner et de rédiger ses notes. Cepen- lègues lui confièrent successivement dant l'âge venait ; et , soit qu'il sentît les fonctions de directeur et de trésoses facultés faiblir, soit que l'immensité rier de cet établissement. Il devint , en des matériaux qu'il avait amassés lui 1804, professeur à la faculté de médeimposât la loi d'en faire usage, il se dé- cine de Paris , et , quatre ans après, cida enfin à revenir en France en 1771. conseiller titulaire de l'Université. 11 Mais sa mémoire, qui diminuait déjà, est mort le 25 septembre 1836, à l'âge se perdit bientôt tout à fait , et avec elle de quatre-vingt-huit ans. On a de lui , fut perdu tout le fruit d'une vie si la- outre un grand nombre de mémoires et borieuse. Il mourut, le 11 avril 1779, articles publiés dans différents recueils dans une extrême caducité. scientifiques,les ouvrages suivants :Hap-
Antovne-Laurent de Jussieu, neveu port de l'un des commissaires chargés
des précédents, naquit à Lyon en 1748, par le roi de l'examen du magnétisme
et vint à Paris en 1765. Sa thèse pour animal , 1784 ; Gênera plantarum le doctorat fut si remarquable , qu'elle » secundum oroUnes naturales disposita,
lui valut , à vingt-deux ans, la suppléance 1789 , in-8° ; Tableau synoptique de ta
de Lemonnier, qui professait alors la méthode botanique de B. et A. L. de
botanique au Jardin du Roi. Trois ans Jussieu , 1796; Tableau de F école de
après , il fit paraître son Mémoire sur botanique du Jardin des Plantes de
les renoncules; et cet ouvrage, où les Paris, ou Catalogue général des plan-
principes de Bernard de Jussieu étaient tes qui y sont cultivées, 1800, in-8°.
pour la première fois appliqués, décida Adrien de Jussieu , fils du précé*
son admission à l'Académie des sciences, dent, né à Paris le 23 décembre 1797,
Jusqu'en 1785, époque où Desfontaines a succédé à son père en 1826, comme succéda à Lemonnier, en qualité de ti- " professeur de botanique au Muséum