LA BROSSE
esprits entiers qui ne sont pas domi- son qu'il avait avalé, suivant d'autres, nateurs , M. de Labourdonnaie ne fit La Brosse (Gui de), né à Rouen vers
que passer dans le conseil de Charles X. Sous le prétexte assez vrai qu'il était environné d'imbéciles incapables de prendre un parti, il se retira habilement des affaires au bout de trois mois. 11 est resté de lui une bonne ordonnance, l'ordonnance relative à l'école des chartes. » {Congrès de Péroné , tom. Tr.)
Nommé ministre d'État et pair de France, lors de sa retraite du ministère, M. de Labourdonnaie , depuis la révolution de juillet, est demeuré entièrement étranger à la politique. Il est mort dans la retraite, près de Beaupréau, en
La Boublie ( Antoine de Guiscard , abbé dej , né en 1658 , de l'une des premières familles du Quercy, embrassa de bonne heure l'état ecclésiastique, puis adopta les principes des réformés. Forcé de se réfugier en Hollande, il revint en France en 1702, lorsque les protestants des Cévennes prirent la résolution de résister aux dragonnades ; il leur fournit des armes et de l'argent, et essaya de gagner à leur parti les habitants du Rouergue. Après que le maréchal de Villars eut pacifié les Cévennes , il retourna en Hollande, et passa ensuite en Angleterre, où l'on accueillit l'offre de ses services. Là, il publia un écrit dans lequel il acceptait ouvertement la responsabilité de sa conduite, et auquel il donna le titre de Mémoires du marquis de Guiscard, dans lesquels sont contenues les entreprises qu'il a faites dans le rouaume de France et hors le royaume ae France , pour le recouvrement de la liberté de sa patrie , Delft , 1705, in-12. Toutefois, afin sans doute de se ménager les moyens de rentrer en France, il trahit la confiance du ministère an-
Slais, qui fit saisir ses papiers et le trauisit devant le conseil d'État. Interrogé , il nia d'abord ; mais le chancelier Harley lui ayant mis sous les yeux ses propres lettres, il saisit sur la tahle un long canif, et lui en porta plusieurs coups. Il allait traiter de même le duc de Bnckingham, lorsque celui-ci le blessa de deux coups d'épée. Peu de jou rs après, il mourut dans la prison de Newgate, le 28 mars 1711, des suites de ses blessures , suivant les uns , du poi-
le milieu du seizième siècle , médecin ordinaire de Louis XIII, fut le fondateur du Muséum d'histoire naturelle de Paris. Il donna au roi le terrain du Jardin des Plantes, et, à force d'instances, obtint de Richelieu les fonds nécessaires au payement des professeurs qui devaient "être attachés à cet établissement, qui fut ouvert en 1626, et dont il fut le premier intendant. Le nombre des plantes qu'il y avait rassemblées s'élevait déjà , en 1633 , à plus de 2,000. Il mourut en 1641 , et fut enterré dans une chapelle dont l'emplacement est aujourd'hui occupé par une des salles du Muséum.
On lui doit, entre autres ouvrages:
Dessin du Jardin royal pour la cul ture des plantes médicinales, avec Fédit du roi touchant l'établissement de ce jardin y Paris, 1628, in-8° ; De la nature, vertu et utilité des plantes, et dessin du Jardin royal de médecine , Paris, 1640, avec 50 planches in-fol. ; Description du Jardin des plantes médicinales, contenant le catalogue des plantes qui y sont cultivées, Paris, 1636, in-4°, plusieurs fois réimprimé.
La Bbosse (Pierre de), favori de Philippe le Hardi, était un pauvre homme deTou raine, un barbier chirurgien, lorsqu'il vint à la cour de France. Attaché au service de saint Louis , il devint , après la mort de ce prince , chambellan de Philippe (*). Celui-ci l'aima tant, réleva si haut en honneurs, en lui donnant les seigneuries de Langeais , de Danville, de Châtillon-sur-Indre, etc., que tous les barons , chevaliers et prélats lui témoignaient le plus humble respect, et le gratiGaient de présents et de riches domaines. Ils le craignaient fort , mais ils éprouvaient contre lui une indignation secrète. Le comte d'Artois et
(*) Ces détails, donnés par Guillaume de Nangis et répélés par tous les historiens modernes , sont démentis par La complainte et le jeu de Pierre de la Broce, édités en |835, par M. Jubinal. La Brosse , d'après divers actes authentiques, serait fils d'un petit gentilhomme de Touraine , revêtu de quelques emplois dans la maison du roi. Lui-même aurait reçu de saint Louis et non de Philippe la dignité de chambellan, vers l'an xa66.
le duc Jean de Brabant, frère de la reine, contre laquelle la Brosse cherchait à aigrir son maître, préparèrent principalement la perte de l'orgueilleux parvenu.
La cause de sa disgrâce demeura inconnue au vulgaire. D'après la Chronique de Saint-Denis , on l'aurait condamné pour haute trahison et correspondance avec la cour de Castille; mais le fait est peu vraisemblable : la Brosse fut plutôt victime d'une réaction féodale. En 1278, il fut arrêté à Vincennes , jugé par les ducs de Bourgogne et de Brabant et par le comte d'Artois, et conduit par eux et par plusieurs autres seigneurs au gibet de Montfaucon(30juin). Le peuple s'émut beaucoup de cette mort'. Avec la Brosse tombèrent tous eeux qui s'étaient élevés par lui , et dont il avait rempli la cour.
Contre la rolonto le roj Fut il pendu, ti coin' j« croy.
il fut défait
Plut par carie que par méfait.
(Chronique métrique de St-Magloire.)
La Bruyèbb ( Jean de) , né à Dourdan, en Normandie, en 1644. On a fort peu de détails sur la vie de cet écrivain si célèbre. Dans toutes les biographies, l'histoire de sa vie tient à peine quelques lignes. Cela donne à penser que la Bruyère vécut solitaire au milieu du monde , et que , par amour du repos , par esprit de réserve et par modestie , il se déroba autant qu'il put à l'attention que ses écrits attiraient sur lui.
Après avoir été , dans sa jeunesse , trésorier de France à Caen , il fut ensuite appelé à Paris par Bossuet, pour remplir la place de professeur d'histoire auprès de M. le duc ; et il resta toute sa vie attaché à la personne de ce prince , qui lui avait assuré une pension de 1,000 écus. Ses Caractères parurent en 1687, Il fut reçu à l'Académie en 1693, et mourut en 1696.
L'abbé d'Olivet parle ainsi du caractère de la Bruyère, dans l'histoire de l'Académie française : « On me l'a dépeint comme un philosophe qui ne songeait
Su'à vivre tranquille avec des amis et es livres , faisant un bon choix des uns et des autres , ne cherchant ni ne fuyant le plaisir ; toujours disposé à une joie modeste, et ingénieux à la faire naître ; poli dans ses manières et sage
dans ses discours ; craignant toute sorte d'ambition , même celle de montrer de l'esprit. »
La Bruyère est au premier rang parmi ces écrivains artistes qui s'étudient à revêtir de la forme la plus nette , la plus ingénieuse, la plus piquante, la plus originale, les pensées que lui fournit un bon sens juste et fin , ou une imagination vive. La forme chez lui n'est pas spontanée , et ne jaillit pas naturelle et imprévue comme chez d'autres écrivains illustres du dix-septième siècle, comme chez Fénelon , par exemple, et comme chez madame de Sévigné. Chez lui le naturel est le résultat d'un art savant et ingénieux : ces expressions si justes et si frappantes qui brillent dans ses écrits , ces tournures fréquentes et inattendues , ont été élaborées avec un soin patient , avec une (inesse réfléchie qui se dissimule; les Caractères sont l'ouvrage d'un artisan de style merveilleusement habile; il était né avec du génie ; mais ce qu'il avait reçu de génie se perfectionna beaucoup par la patience.
On a reproché au style de la Bruyère de porter quelquefois la finesse jusqu'à la subtilité. Il y a quelque vérité dans ce reproche. A certains égards, on a eu raison de lui trouver des analogies pvec Sénèque. Il lui ressemble par le soin un peu recherché avec lequel il aiguise ses traits ; mais il connaît un art que Séné* que n'a jamais eu , celui de s'arrêter à temps. Boileau adressait une autre critique à la Bruyère; il l'accusait de s'être affranchi partout de la gêne et du travail des transitions. Il est vrai que la méthode de composition adoptée dans les Caractères est commode; mais ce décousu n'est pas un défaut dans un ouvrage de ce genre. Les traités sur le cœur humain exigent trop d'efforts d'attention de la part du lecteur, quand ils sont rédigés dans un ordre logique. La Bruyère, du reste, eilt-il été capable d'écrire un ouvrage suivi? On peut en douter en lisant son discours de réception à l'Académie, qui est loin d'être parfait comme ensemble, et où l'on trouve plus d'une transition pénible et forcée.
Comme moraliste, la Bruyère, outre qu'il a le mérite d'être un observateur pénétrant, à l'œil duquel rien n'échappe, a encore celui d'être un juge indulgent