LA BRUYÈRE L'UNIVERS. LA CAILLE
des faiblesses humaines. Il se moque «Voilà un de vos blessés, leur dit-il; avec la verve la plus amusante de nos « laissez-moi enlever mon officier qui petitesses et de nos travers ; mais ses « Test aussi ! » Les Anglais admirant sa traits de satire n'ont jamais trop d'à- présence d'esprit, le laissèrent agir sans mertume ; sa plume n'est point trem- aucun obstacle. Le lendemain, il fut fait péedefiel; on voit qu'il se sent homme sergent sur le lieu même où il avait lui-même, et qu'il pardonne aux nom- sauvé son ofûcier. mes les ridicules et les vices qu'il met à La Caille (Nicolas-Louis de), né à nu. Libre penseur, esprit élevé et indé- Rumigny en 1713, d'un capitaine des pendant , il voyait très-bien les imper- chasses de la duchesse de Vendôme, fit fections de l'ordre social tel qu'il était ses études avec succès au collège de au temps de LouisXIV, et il ne s'en ir- Lisieux à Paris, puis se lia avec le céritait point, seulement çà et là on voit lèbre Cassini , qui lui procura un logepercer chez lui une secrète impatience ment à l'Observatoire. Aidé des conseils de la géne que le despotisme faisait pe- d'un tel maître, il eut bientôt un nom ser sur l'éloquence qui n'empruntait parmi les astronomes. Il aida Cassini pointau sacerdoce un droit d'impunité, de Thuri, fils de ce savant, à calculer Il se plaint quelque part qu'un écrivain la longueur de la ligne méridienne, ou en France ne puisse pas aborder tous de la projection ou méridien , qui , les grands objets d'observation qui s'of- passant par l'Observatoire de Paris , frent au philosophe moraliste, et soit traverse tout le royaume; et dès l'âge obligé de se détourner sur de petits su- de vingt-cinq ans, il fut nommé projets. On sent qu'il laisse à regret toute fesseur de mathématiques au collège une classe de ridicules auxquels l'invio- Mazarin. Les travaux de sa chaire labilité absolue du souverain l'empêche ne le détournèrent point de l'astrode toucher. Il est vrai qu'il se dédom- nomie, et l'étude de cette science, mageaitsur les courtisans. Quelquefois, vers laquelle il était entraîné par un dans les traits qu'il lance contre eux, charme invincible, devint pour lui un il devient plus amer que de coutume , devoir, lorsque l'Académie des sciences par le sentiment de la nullité du rôle que l'admit dans son sein en 1741. Le plus les préjugés de son temps faisaient à grand nombre des autres compagnies l'homme de lettres. Il comprenait fort savantes de l'Europe lui firent le même bien que les pensions données aux écri- honneur. Animé de plus en plus du désir vains n'acquittaient pas envers eux la d'acquérir une connaissance détaillée du dette de la société, et on voit dans plu- ciel, il entreprit, en 1750, le voyage du sieurs de ses pensées qu'il souffrait in- cap de Bonne-Espérance, dans le destérieurement de voir leurs droits mé- sein d'examiner les étoiles australes, connus. qui ne sont pas visibles sur notre hori- La Bruyère (Pierre), soldat au 12e ré- zon. Dans l'espace de deux ans, de 1750 giment d'infanterie légère, né à Chivres à 1752, il prétendit avoir observé 9,800 (Aisne), traversa, au siéçedeDantzig, en étoiles jusqu'alors inconnues; mais ce 1807,troisrangsdepalissades,etramena nombre a paru extrêmement exagéré, à son commandant, qui venait d'être et a dû le paraître à tous ceux qui sablessé, deux officiers prussiens, en lui vent que les plus habiles observateurs disant : « Je sais que la vue d'un ennemi n'ont pas découvert, dans l'étendue des « vaincu cicatrise les plaies d'un Fran- cieux, autant d'étoiles visibles; que la « çais. » Le 9 juin 1811, à Soucar, en partie du ciel qui n'est jamais vue sur Espagne, il fit prisonniers un capitaine notre horizon se réduit à peu de chose; et six soldats de la garde royale espa- que d'ailleurs elle avait été observée gnole. Le 30 octobre 1812, à l'attaque par d'habiles astronomes, et se trouvait du pont sur lé Jarama, voyant son lieu- représentée dans toutes les cartes cétenant, le brave Gramond , étendu près lestes. Il crut sans doute lui-même d'un i blessé, nemi,
et le transporta au milieu des ennemis, d'écrire sur les apparitions des comètes
LA CALPRENEDE FRANCE.
LACEPEDE
et sur d'autres objets de l'histoire du ciel. Il faisait imprimer le catalogue des étoiles et les observations sur lesquelles ce catalogue est fondé, lorsqu'une fièvre maligne l'emporta, le 21 mars 1762.
On a de lui un grand nombre d'ouvrages estimés : plusieurs Mémoires, dont il a enrichi les recueils de l'Académie des sciences ; Éléments d algèbre et de géométrie, Paris, in -8°; Uçons élémentaires d'astronomie , a" optique et de perspective, 1748 et 1755, Paris, in-8°; Éphémérides de Desplaces, continuées par M. Vabbé de la Caille, 2 vol. in- 4°; Fundamenta Jstronomiœ, in-4°, Paris, 1757; Table des logarithmes pour les sinus et tangentes de toutes les minutes du quart de cercle, Paris, 1760, in-8°; Nouveau traité de navigation , par M. Bouguer, revu et corrigé par l'abbé de la Caille, Paris, 1751, in-8°; Journal du voyage fait au cap de Bonne- Espérance , Paris. On remarque dans tous ses ouvrages cette précision et cette netteté si nécessaires aux sciences abstraites; c'était là le caractère de son esprit.
La Calprenède (GauthierdeCostes, chevalier, seigneur de), né près de Sarlat, dans le commencement du seizième siècle. Son nom est resté célèbre , bien qu'on ne lise plus du tout les pièces de théâtre et les romans qu'il composa en grand nombre dans les loisirs que lui laissaient ses occupations de gentilhomme de la chambre du roi. Ses principales pièces de théâtre sont la Mort des enfants d'Hérode, Phalante, Bélisaire, et le Comte d'Essen, qui est la meilleure, ou du moins la moins mauvaise. Le cardinal de Richelieu , quoique peu difficile en fait de vers, témoin ceux qu'il introduisait lui-même dans les compositions des cinq auteurs, disait un jour d'une tragédie de la Calprenède, que le moindre de ses défauts était d'être écrite en vers lâches. « Comment, lâches! s'é- « cria la Calprenède, dont l'humeur gas- « conne avait beaucoup d'analogie avec « celle de Scudéry ; comment, lâches ! Ca- « dédis ! il n'y a rien de lâche dans la « maison de la Calprenède ! » Le plus célèbre et le moins extravagant de tous ses romans est Clèopâtre, La Harpe ne se refuse pas à y trouver de l'imagination et des caractères fortement dessi-
nés : il cite en ce genre celui d'Artaban, qui a donné naissance à un proverbe connu, et tombé aujourd'hui dans le langage trivial. Il faut bien que tout ne soit pas absolument insipide dans les longs voyages que la Calprenède fait faire à ses lecteurs à travers ce fameux pays de tendre, dont les romanciers d'alors ne sortaient pas, pour que madame de Sévigné pût écrire à sa fille en 1671 : « Je n'ose vous dire que je suis « revenue à Cléopdtret à ce la talpre- « nède, et que, jpar le bonheur que j'ai «de n'avoir point de mémoire, cette « lecture me divertit encore. Cela est « épouvantable; mais vous savez que je « ne m'accommode guère de toutes les « pruderies qui ne me sont pas natu- « relies, et comme celle de ne plus « aimer ces livres-là ne m'est pas encore « arrivée, je me laisse divertir sous « prétexte de mon fils, qui m'a mise « en train. »
La Cathelinière (N. Ripault de), l'un des plus braves, mais peut-être aussi le plus sanguinaire d'entre les chefs vendéens, était né vers 1760. Les paysans insurgés du pays de Retz le choisirent, en 1793, pour leur commandant. Il se rendit d'abord maître de quelques villes et bourgs, et combina ensuite ses opérations avec Charrette, alors chef des insurgés de Machecoul. Après s'être fait remarquer en plusieurs rencontres par sa valeur, il dut céder à la poursuite pressante des troupes républicaines,
3ui avaient pris le dessus en 1794. Blessé ans un combat et caché dans sa maison de Frossay, il y fut découvert par un soldat, et conduit à Nantes, où il périt sur l'échafaud en 1794.
Lacépède (Bernard-Germain-Étienne de la Ville-sur-Illon, comte de), né à Agen en 1 756, s'appliqua de bonne heure à l'étude de l'histoire naturelle, et cultiva en même temps celle des beaux-arts, et surtout de la musique. Il vint à Paris vers 1776, pour y pertectionner ses connaissances et continuer ses travaux scientifiques. Élève de Gossec, il venait de faire paraître une œuvre de Symphonies concertantes, quand sa famille obtint pour lui un brevet de colonel dans les cercles de l'Empire : son service dans ce poste se borna à deux voyages qu'il fit en Allemagne ; il était de retour a Paris