LACÉPÈDE L'UNIVERS. LA CHAISE
en 1 781 , et ce fut alors qu'il publia ses nérale, physique et civile de V Europe, premiers écrits. La réputation qu'ils lui 1826, 18 vol. in-8°. valurent, et l'admiration qu'il y profes- La Chaise (François d'Aix de), nasait pour Buffon, décidèrent l'illustre quit au château d'Aix dans le Forez, naturaliste à le choisir pour continuer en 1624. Il fit ses études au collège son Histoire naturelle, et à l'attacher des jésuites de Roanne, et, à peine sa au Jardin du Roi , sous le titre de garde- rhétorique achevée , il entra dans la soadjoint démonstrateur du cabinet d'his- ciété. Après son noviciat, il fut chargé, toire naturelle. à Lyon, de l'enseignement des huma- Nommé,, en 1790, commandant de hites, et ensuite du cours de philosobataillon par la section du Jardin des phie. Cette période de sa vie ne fut pas Plantes, il fut ensuite élu membre de sans éclat. Son enseignement, s'il faut l'Assemblée législative. On lui proposa, en croire son panégyriste de Boze, sè
fjendant la session de cette assemblée, distinguait par une 'qualité précieuse, a place de gouverneur du dauphin, et l'étendue et l'impartialité. Il posait d'ala reine elle-même crut devoir faire une bord l'état de la question , puis , rapdémarche auprès de lui , pour l'engager portant les différentes opinions des anà accepter cette proposition. Il refusa, ciens et des modernes, il laissait à et se retira à la campagne, d'où il ne chacun le droit de prendre parti pour le revint à Paris qu'à la fin de 1794. sentiment qui lui plaisait le mieux, Nommé alors professeur de zoologie au et, enfin, dictait sa propre opinion, qui Muséum d'histoire naturelle, il tut bien- se trouvait ordinairement, dit de Boze, tôt après compris au nombre des rnem- établie sur le débris ou la conciliation bres de la première classe de l'Institut; des précédentes, et Napoléon , devenu empereur, le nom- La Chaise était provincial des jésuites, ma, en 1805, grand chancelier de la quand Louis XIV, après la mort du P. Légion d'honneur et titulaire de la sé- Ferrier, le choisit nour son confesseur, natorerie de Paris. Esprit souple et délié, il était capable, Privé du titre de grand chancelier par plus que tout autre, de se maintenir à ce le gouvernement provisoire, en 1814, il poste difficile. Il louvoya fort habilefut pourtant nommé pair de France par ment entre madame de" Montespan et Louis XVIII; mais ayant repris, pen- madame de Maintenon, entre les jésuites dant les cent jours, ses fonctions de et les jansénistes, entre Bossuet et Fénegrand chancelier de la Légion d'hon- Ion, ne prenant jamais trop chaudement neur, il fut, à la seconde restauration, parti, même pour ceux qui avaient le rayé de la liste des pairs, où cependant plus ses sympathies. Il eut une grande son nom fut de nouveau porté en 1819, part aux affaires de la régale, à la désous le ministère Decazes. Il mourut en claration de 1682 sur les libertés de 1825. Malgré les hautes fonctions qu'il l'Eglise gallicane, à la révocation de avait remplies, et les gros traitements l'édit de Nantes, au décret sut le quiéqu'il avait touchés; malgré la simplicité tisme , au mariage du roi avec maoe ses goûts, qui réduisait à tres-peu dame de Maintenon, mais toujours en de chose ses dépenses personnelles, s'effaçant, pour ainsi dire, afin de la fortune qu'il laissa était à peine donner moins de prise à ses enneégale à celle qu'il avait reçue de ses mis. Le roi le combla de ses faveurs; parents. il lui fit même bâtir, aux portes du fau- Ses principaux ouvrages sont : Essai bourg Saint- Antoine, une maison de sur l'électricité naturelle et artifi- campagne qui fut nommée le Mont' cielle, 1781, 2 vol. in-8°; Physique gé- Louis : le vaste enclos qui y attenait est nérale et particulière , 1782-84, 2 vol. aujourd'hui le cimetière de l'Est, si fain-12; Poétique de la musique, 1785, meux sous le nom de Père-la-Chaise. 2 vol. in-12; Histoire naturelle des En 1701 , à la réorganisation de l'A caquadrupèdes ovipares, 1788, in-4°; démie des inscriptions, le P. la Chaise — des reptiles, 1789, in-4°; — des fut compris au nombre des académiciens poissons, 1798-1803, 5 vol. in-4°; — honoraires; mais son érudkion, surtout des cétacés, 1804, in-4°; Histoire gé- dans la numismatique et l'archéologie,
ne le rendait pas indigne de cet honneur. Il mourut pendant le terrible hiver de 1709. 11 avait quatre-vingtcinq ans, et depuis trente-quatre années il était confesseur du roi.
Les contemporains s'accordent à louer la douceur et l'aménité de son caractère, et son amour pour la paix et la tranquillité. Les jansénistes même, telsqueSaint- 8i mon , a" Aguesseau, sont bien loin de le juger défavorablement; enfin les philosophes du dix-huitième siècle, qui n'aimaient pas les jésuites, ont rendu également justice a la modération du P. la Chaise. « Les querelles furent assoupies, dit Voltaire en parlant des débats religieux, jusqu'à la mort du P. la Chaise, confesseur du roi, homme doux, avec qui les voies de conciliation étaient toujours ouvertes. » On a du P. la Chaise plusieurs écrits de philosophie scoiastique, de théologie et d'archéologie, qui montrent ce que l'auteur aurait pu faire si la meilleure part de sa vie n'eût pas été absorbée par les soins de la politique.
La Chalotais (Louis-René de Caradeuc de), né à Rennes le 6 mars 1701 , procureur général au parlement de Bretagne, fut l'un des premiers magistrats qui, à la fin du dix-huitième siècle, demandèrent l'abolition de l'ordre des jésuites. Élevé à l'école des philosophes du dix-huitième siècle, et étroitement lié avec les principaux d'entre eux , il attaqua avec acharnement la société de Jésus, et finit par obtenir du parlement de Bretagne un arrêt qui en ordonnait la suppression. Mais son triomphe ne fut pas de longue durée, et le parti religieux dont il s'était ainsi attiré la haine trouva bientôt l'occasion de se venger.
Des divisions éclatèrent entre le ministère et les états de Bretagne. Les états prétendaient que les franchises de leur province avaient été violées par certains édits bursaux, et le parlement refusait de les enregistrer. On se plaignait de part et d'autre : la Chajotais se présenta dans la lutte avec l'énergie de son talent et l'inflexibilité de son caractère. L'exaspération devint plus grande par l'assentiment de douze conseillers qui consentirent à l'enregistrement demandé, tandis que les autres persistaient dans leur opposition. Ces der-
niers donnèrent leur démission , et en signèrent l'acte le 22 mai 1765. Lé duc d'Aiguillon, qui gouvernait alors là Bretagne, crut devoir traiter militairement cette affaire : la Chalotais , son fils et trois conseillers furent arrêtés et transférés dans les prisons de Saint- Malo. Une commission choisie parmi les membres du conseil du roi fut aussitôt choisie pour les juger. Ils étaient accusés de conspiration contre la monarchie, et la Chalotais était, en outre, soupçonné d'avoir écrit au comte de Saint-Florentin un billet injurieux pour ce ministre et pour le roi lui-même.
L'emprisonnement des accusés fut accompagné de rigueurs telles, qu'elles soulevèrent contre le gouvernement qui les avait ordonnées l'indignation publique.
La Chalotais, de son côté, ne se laissa point abattre; quoiqu'il fût tenu au secret le plus rigoureux, il trouva le moyen de composer un mémoire qui, imprimé secrètement et répandu avec profusion, eut dans l'opinion publique un succès immense. Ce mémoire avait été écrit avec un cure-dent "sur des papiers d'enveloppe de sucre et de chocolat, et l'encre, qui lui manquait, avait été remplacée par un mélange dë suie, de sucre et d'eau. Il fut suivi d'un second, puis d'un troisième, sur lesquels Voltaire a exprimé ce jugement :
« Malheur à toute âme sensible qui n'é- « prouve pas le frémissement de la « fièvre en lisant les mémoires de Pin- « fortuné la Chalotais; son cure-dent « grave pour l'immortalité. »
Bientôt le parlement de Rennes donna en masse sa démission ; les états de Bretagne éclatèrent en plaintes menaçantes; le parlement de Paris, lui-même, fit d'énergiques remontrances ; enfin l'opinion publique se prononça avec la plus grande énergie en faveur des accusés. Le roi se décida alors à casser toute la procédure , et se contenta d'envoyer la Chalotais en exil.
Ainsi fut terminée cette affaire , laquelle n'était d'ailleurs, dans le fond, qu'une attaque indirecte des jésuites contre les parlements, qui avaient prononcé la dissolution de leur société , et contre le duc de Choiseul, qui avait approuvé cette mesure.