LA CHAUX L'UNIVERS. LA CHAUX
en 1731 par une épître en vers, où il combattait vivement ies paradoxes littéraires de la Mothe ; Voltaire , dans un quatrain qu'il lui adressa à cette occasion , le nomme le sage et modeste la Chaussée. Il débuta au théâtre par la Fausse antipathie; puis il donna (1735) le Préjugé à la mode, pièce qui, malgré ses défauts, obtint un succès mérité. Il en, fut de même de Mélanide (1741), de l'École des Mères (1745), la meilleure pièce du théâtre de la Chaussée, au jugement de la Harpe, et de la Gouvernante (1747). Outre un assez grand nombre de drames , aujourd'hui oubliés , la Chaussée donna aussi au théâtre (1738) une tragédie médiocre , Maximien. Piron le poursuivit de ses épigrammes, et Collé le surnomma le Cotin dramatique. Cependant La Harpe , tout en critiquant la lâcheté de son style et la faiblesse de sa versification , le considère comme l'un des écrivains qui ont fait honneur à la scène française , et Voltaire a dit de lui, qu'il était un des premiers après ceux qui ont eu du génie.
Il mourut en 1764.
La Chaux (mademoiselle de) , naquit veri 1720 , et reçut de ses parents une éducation plus soignée que ne l'était généralement alors celle des femmes. Fort jeune encore, elle s'éprit d'une violente passion pour un médecin nommé Gardeil , et quitta ses parents pour le suivre. La famille de mademoiselle de la Chaux n'eût pas consenti à son ( mariage avec un jeune homme sans fortune , et n'ayant d'autre avenir que celui que peut se promettre tout homme distingué, avec du courage et de la patience. Les deux amants vécurent donc cachés; car, avec la facilité qu'on avait alors à délivrer des lettres de cachet , l'un et l'autre pouvaient, au premier instant , se trouver enlevés et enfermés pour leur vie. La retraite à laquelle ils se trouvaient forcés les avait réduits à Ta pauvreté. Gardeil s'essaya à des travaux littéraires, aidé de sa compagne, qui. pour lui alléger le travail, avait appris le grec, l'hébreu , l'italien et l'anglais, tandis que, pour fournir aux besoins du ménage, elle gravait de Ja musique. Mais elle se croyait aimée de Gardeil , et ne demandait à Dieu que la continuation de ce qu'elle appelait
son bonheur , lorsque celui pour lequel elle avait tout sacrifié lui déclara un jour qu'il ne l'aimait plus , et (ju'il ne devait plus la voir. Mademoiselle la Chaux tomba malade , et peut-être serait-elle morte , si la Providence n'eût
f)lacé près d'elle un homme capable de a comprendre, le sympathique Diderot, a Pendant sa convalescence , dit le bon philosophe , nous arrangeâmes l'emploi de son temps. Elle avait de l'esprit, de l'imagination, du goût, et des connaissances plus qu'il n'en fallait pour être admise à l'Académie des inscriptions. »
Effectivement, mademoiselle la Chaux étaitdouéed'une intelligence supérieure, dont elle n'avait connu ni toute la profondeur, ni toute l'élévation, lorsqu'elle l'avait mise au service d'un homme que l'amour seul avait pu lui faire considérer comme son égal. Il lui suffisait d'entendre parler sur les matières les plus abstraites, pour les comprendre; et la société de d Alembert , de Condillac et de Diderot lui rendit bientôt la métaphysique assez familière pour lui permettre de traduire les Essais de Hume.
Elle retrouva quelque courage en s'occupant d'un travail dont, comme ses amis , elle sentait l'utilité ; mais hélas ! sa plume devait la faire vivre désormais, et la traduction des Essais ne rapporta presque rien. Diderot lui conseilla de s'essayer dans le roman , et au bout de quelques mois, elle lui apporta un joli petit livre, les Trois favorites, chefd'œuvre de grâce et de facilité. Par malheur , plusieurs traits piquants, qui s'y étaient glissés à l'insu de mademoiselle la Chaux, .pouvaient s'appliquer à madame de Pompadour, et il n'était pas sûr de s'attirer la colère de Cotillon IL Diderot se demandait ce qu'il fallait faire, et son embarras était grand, car enlever ces traits c'était gâter le roman ; enfin, après quelques réflexions, il donna à son amie le hardi conseil d'envoyer le manuscrit à la marquise , en lui exposant purement et simplement l'embarras où l'on se trouvait. Au bout de trois mois , mademoiselle la Chaux attendait encore la réponse de madame de Pompadour, lorsqu'un de ces chevaliers de Saint-Louis qui s'étaient faits ies valets de la favorite se présenta chez
elle avec une lettre de la marquise, qui devint en 1792 maréchal de camp. Mais l'invitait à se rendre à Versailles. En il fut enveloppé v en 1793, dans la dissortant, le chevalier laissa sur la chemi- grâce de son protecteur , et jeté en prinée un rouleau de 50 louis. A quelque son à Picpus, d'où il sortit cependant temps de là, il vint renouveler auprès de bientôt. Arrêté une deuxième fois , et mademoiselle la Chaux l'invitation de rendu à la liberté par les événements du la favorite , et lui remit de la même 9 thermidor , il fut nommé successivemanière une somme plus considérable; ment secrétaire général de l'administramais, soit timidité , soit ûerté, made- tion des hypothèques, et général de brimoiselle de la Chaux n'alla point à Ver- gade commandant l'artillerie aux arsailles, et étant retombée malade à peu mées du Rhin et d'Italie. Il mourut à de temps de là, elle mourut en 1758, Tarente en 1803. à*gée de 38 ans, oubliée de presque tous Outre les Liaisons dangereuses , ouses amis, comme le sont trop souvent vrage d'une immoralité révoltante, Laies malheureux. Un seul , le médecin le clos a publié des Poésies fugitives, et Camus, lui resta fidèle. Diderot a con- une Lettre à V Académie française, signé dans un opuscule intitulé : Ceci 1786, in-8°, sur le prix qu'elle se propon"est pas un conte, les touchants dé- sait de donner pour l'éloge de Vauban. tails de la vie de mademoiselle la Chaux, Lacombe-St-Michël (Jean-Pierre) , ui sans lui serait aujourd'hui tout à né vers 1740 en Languedoc, était capi-
ait inconnue. taine d'artillerie en 1789, et faisait par- La Chétardie ( Joachim - Jacques tie du corps d'armée du comte de Bro- Trotti, marquis de), né en 1705, fut glie. Il coopéra à la prise de la Basnommé en 1739 ambassadeur en Rus- tille, ce qui le fit destituer. Mais en sie, et devint l'amant de l'impératrice 1791, le département du Tarn le nomma Élisabeth Petrowna , dont il seconda député à l'Assemblée législative. Il conhardiment la conspiration, d'accord avec tribua au 10 août, fut envoyé quelque le fameux chirurgien Lestocq. Il revint temps après à l'armée de Bayonne, et en France en 1742, et retourna en Rus- devint, à son retour, membre de la Consie l'année suivante; mais à la suite de vention. Chargé d'une seconde mission quelques indiscrétions du galant ambas- en Corse, il n'abandonna cette île qu'à sadeur, le vent de la faveur s'éloigna de la dernière extrémité, et se rendit à I arlui ; disgracié ainsi que Lestocq, il reçut mée des Ardennes en qualité de comordre, en 1744, de sortir de. l'empire missaire de la Convention. Après avoir dans les 24 heures. Il servit ensuite dans fait quelque temps partie du comité de les armées d'Italie et d'Allemagne, et salut public, il entra, après la session mourut à Honau en 1758. conventionnelle, au Conseil des Cinq- La famille de la Chétardie était ori- Cents, dont il devint président en 1797. ginaire de l'Angoumois. Elle a produit, Lors du 18 brumaire, il rentra dans l'aroutre le personnage sur lequel nous ve- mée. Mais peu de temps après, il en fut nons de donner quelques détails, un ce- tiré de nouveau, et nommé ambassadeur clésiastique, directeur de madame de à Naples. t)es tracasseries qu'il éprouva Maintenon , curé de Saint-Sulpice, qui , le forcèrent d'abandonner ses fonctions simple à l'excès, quoique assez instruit, diplomatiques ; il revint en France, où fit agréer le P. le Tellier pour confesseur il fut employé successivement comme de Louis XIV. Le curé la Chétardie, né général de brigade, général de division, en 1636, mourut en 1714. et en dernier lieu, comme inspecteur Laclos ( Pierre- A rnédée- François général de l'artillerie. Il se fit remar- Choderiosde), naquit à Amiensen 17*41. quer par un grand courage, notamment Il entra au service à l'âge de 18 ans, de- dans les affaires qui eurent lieu en Itavint capitaine du génie en 1778, et s'at- lie en 1805, et dans le Hanovre. Il passa tarha, en 1789, au duc d'Orléans, dont en Espagne en 1808, où Napoléon lui il fut bientôt l'ami et le confident. Ré- conféra le titre de grand ofiieier de la dacteur du Journal ' des amis de la cons- Légion d'honneur. En 1809, la directitution, il composa avec Brissot la fa- tion du siège d'Holstante lui fut conmeuse pétition du Champ de Mars , et fiée ; mais il mourut cette même année