LA FAYETTE L'UNIVERS. LA FAYETTE
récapitule dans sa pensée les principales circonstances de la vie de la Fayette,
Suand on jette un coup d'œil d'ensemle sur tous ces grands événements auxquels il s'est trouvé mêlé, on ne peut s^empêcher de voir quelque chose qui tient de la niaiserie , dans cette manie qu'il eut toujours de se faire, partout , en toute circonstance, coûte que codte, le champion de la liberté et de l'égalité. En 1791 , quand l'anarchie règne dans l'État, quand la patrie ne peut plus être sauvée si une main puissante ne s'empare de la nation, pour lui donner un élan extraordinaire, il s'effraye de la dictature vers laquelle marchent les jacobins, et il se hâte d'entrer en lice contre eux. Les deux pouvoirs créés par la constitution sont en lutte ouverte; l'un veut reconquérir, avec l'aide de l'étranger qu'il appelle, tout ce que la Fayette lui-même a contribué à lui enlever, l'autre ne cherche qu'à défendre les conquêtes de la liberté sur le pouvoir absolu : contre lequel des deux se prononcera la Fayette, l'auteur de la déclaration des droits de l'homme?.... Contre l'Assemblée nationale, contre les représentants de ce peuple qu'il a proclamé lui-même le peuple souverain /... Il se plaint que la constitution est violée , et il s'apprête à la renverser entièrement , et il songe à briser par le fédéralisme cette unité nationale à la création de laquelle il a travaillé lui-même dans l'Assemblée 1 constituante, et qui doit faire toute la force de la France. Il crie au mépris de la légalité, et il ne craint point d'appeler le monarque à la guerre civile, en lui conseillant de marcher à la tête d'une armée contre la représentation nationale. Les ennemis sont aux frontières, ils suivront cette armée, qui abandonne son poste à la frontière , pour marcher contre la capitale; le territoire va être envahi , c'en est fait de l'indépendance nationale: il n'y songe pas; qu'importe, d'ailleurs , pourvu que le roi puisse user et abuser de tous les droits que la constitution lui a reconnus.
Vingt-cinq ans plus tard , la Fayette dira encore, dans des circonstances analogues : Qu'importent la honte et les malheurs d'une seconde invasion, pourvu que la représentation nationale
puisse faire entendre sa voix! Cette fois, il aura ainsi contribué puissamment à l'établissement de la restauration, de ce gouvernement « dans la maladroite et « pusillanime malveillance duquel il trou- « vera de meilleures chances que dans « la vigoureuse perversité de ses antagoa nistes. » Et cependant il ne cessera de conspirer contre elle ; il ne craindra pas de s'afûlier à toutes les sociétés secrètes ; on le trouvera dans le complot militaire de 1821, dans l'affaire Berton ; il sera en route pour Béfort, lorsque la conjuration qui doit y éclater sera découverte ; il aidera de ses conseils tous les conspirateurs; il donnera à tous l'appui de son nom, quelque faibles que soient leurs chances de succès , quelque risque qu'il coure de les entraîner à une perte certaine, en leur présentant cet appât trompeur (*). Et cependant quel est son but ? Que veut-il alors mettre à la place des Bourbons de la branche aînée? Songerait-il à une restauration de l'empire? Rêverait- il déjà la meilleure des républiques? En vérité, n'est-on pas tenté de trouver que le jugement de Napoléon n'est pas trop sévère ?
La Fayette (Marie-Madeleine Pioche delà Vergne, comtesse de), naquit en 1632. Son père, Aymar de la Vergne, était maréchal de camp et gouverneur du Havre. Il surveilla et dirigea lui-même l'éducation de sa fille ; Ménage et le P. Rafin lui enseignèrent le latin.
Introduite de bonne heure à l'hôtel de Rambouillet , elle sut y prendre ce qu'elle y trouva de bon , en laissant de côté les ridicules dont il abondait ; car on ne doit pas oublier , lorsque l'on parle de ce fameux hôtel , rendez-vous des précieuses et de leurs fades amis,
Sue les femmes les plus distinguées du ix-septième siècle , mesdames de Sévigné, Deshoulières et la Fayette, en firent partie. • i Mademoiselle de la Vergne épousa à
(*) « Un des mes amis m'avant annoncé la « visite de certains conspirateurs assez peu « sûrs, que Carnot avait repoussés , je répon- « dis qu'/7 //e m'était pas permis de découla- « ger , pour ma sûreté personnelle, un « projet quelconque en faveur de la liberté, «< tant ma conscience était timorée à cet égard.» Mémoires , t. V, p. 3oa.
vingt-deux ans le comte de la Fayette.
Ce tut trois ans après qu'elle connut le duc de la Rochefoucauld, le célèbre auteur des Maximes , et que commença entre eux cette liaison intime, qui ne fut brisée que par la mort.
Madame de la Fayette était jeune encore quand elle composa Zaïde et la princesse de Clèves ; elle désira que ces deux romans parussent sous le nom de Segrais qui alors demeurait chez elle ; Segrais y consentit , se réservant toutefois d'en faire connaître l'auteur , ce qu'il Gt en effet plus tard. Le célèbre Huet , évéque d'Avranches , admirait profondément ces deux productions, et ce fut pour mettre en tête de Zaïde,
Su'il composa son Traité de £ origine es romans.
La Rochefoucauld avait 19 ans de plus que madame de la Fayette; il la précéda de 13 années dans la tombe.
Madame de Sévigné écrivait à sa fille, à propos de cette mort : « Le temps, «qui est si bon aux autres, augmente et « augmentera la tristesse de madame de « la Fayette. Tout se consolera, hormis • elle. » Effectivement , elle ne se consola pas; elle ne cessa de pleurer l'ami
3u'elle avait perdu, et mourut en 1693, ans sa 60e année.
On a de madame de la Fayette, outre les deux romans que nous avons cités, la Comtesse de Tende' et la Princesse de Moîitpensier, qui ne sont guère que des nouvelles; un roman historique, intitulé histoire de Henriette d'Angleterre ; enfin des Mémoires sur la cour de France pendant 1688 et 1689, qui, quoique dépourvus de l'intérêt intime qu'on cherche dans ce genre d'ouvrages, contiennent cependant quelques détails curieux.
Le mérite littéraire de madame de la Fayette est aujourd'hui généralement reconnu , et elle a sa place marquée parmi nos premiers romanciers. «Zaide, dit Voltaire, montra pour la première fois, au siècle de Louis XIV, les moeurs des honnêtes gens et des aventures naturelles décrites avec art. »
Boileau a dit, en parlant de madame de la Fayette , « qu'elle étoit la femme de France oui avoit le plus d'esprit et qui écrivoit le mieux. » D'Alembert , et beaucoup d'autres auteurs distingués,
ont aussi manifesté, leur admiration pour son talent; enfin , il y a quelques années, elle a inspiré à M. Sainte-Beuve un de ces charmants portraits, modèles de saine et délicate critique.
Lafère. Voyez Fère.
Lafkrrière l'Evéque (Louis-Marie, comte de), né à Redon (Ille-et-Vilaine), en 1776, entra au servicè, en 1792, comme lieutenant au 99e régiment d'infanterie , lit avec distinction les guerres de 1793 et 1794, devint aide de camp du général Monnet, et fut nommé commandant des guides de Bernadotte à l'armée de l'Ouest. Chef d'escadron au 2e régiment de hussards en 1802, il servit avec ce corps à l'armée de Hanovre, et le commanda en qualité de major à la bataille d'Iéna, où il fut grièvement blessé. Nommé colonel en 1807, il passa en Espagne en 1808, et se fit particulièrement remarquer à la bataille de Tudella et pendant la retraite de l'armée de Portugal. A la fin de cette campagne, Napoléon le nomma général de brigade. Grièvement blessé à l'affaire de Redinha, le 11 mars 1811 , il revint en France pour y rétablir sa santé, et fut nommé, peu de temps après, général de division. L'empereur lui confia, en 1813, le commandement du régiment des grenadiers à cheval de la garde; il fit, avec ce corps, la campagne de Saxe et celle de France ; il se couvrit de gloire à Hanau, à Montmirail , à Château-Thierry et à Vauchamp; chassa de Reims le corps russe du général Saint-Priest,etse signala de nouveau à la bataille de Craonne. Peu de jours après, il chargeait l'ennemi avec son impétuosité ordinaire, lorsqu'un boulet lui emporta la jambe droite.
Devenu , à la première restauration , inspecteur général de cavalerie, il obtint, peu de temps après, le commandement de l'école de cavalerie de Saumur, commandement qu'il conserva jusqu'en 1819. 11 avait été appelé à la pairie pendant les cent jours. Il a été , depuis, admis à la retraite.
La Fbrronnays (Pierre -Louis- Auguste Ferron, comte de), d'une ancienne famille de Rretagne, fut, durant i'émigration , premier gentilhomme de la chambre du duc de Berry , avec lequel il rentra en France en 1814. Nommé