‹ FranceChapitre 370 sur 378 · LA FORCE L'UNIVERS. LÀFOSSE · texte numérisé non relu

LA FORCE L'UNIVERS. LÀFOSSE

son pays dans l'armée de Condé, rentra en France en 1809, y prit du service , devint membre du Corps lé-

Sislatif, signa, en 1814, la déchéance e l'empereur, rejoignit le duc d'An-

Soulême à Nîmes, s'exposa à de grands angers par ses imprudences d'ultraroyaliste , et fut ramené sous escorte à Paris, où il resta en prison jusqu'à la deuxième restauration. Rentré alors à la chambre des pairs , il vota constamment avec le coté droit, et mourut en 1838. Son fils, également ancien memhre du Corps législatif, et plusieurs fois élu député de 1825 à 1827, l'a remplacé à la chambre des pairs en vertu û'une ordonnance du 7 mars 1839.

Une petite-fille de Jacques , duc de la Force , nommée Charlotte - Rose , morte en 1724, à l'âge de 74 ans, s'est acquis jadis une certaine renommée par ses vers et ses romans. Sa vie même avait été une espèce de roman. Demoiselle d'honneur chez madame de Guise, elle devint, de par madame de Maintenon , la maîtresse du dauphin ( c'est du moins la princesse palatine , mère du régent, qui l'affirme dans ses Mémoires) ; elle s'amouracha ensuite du marquis de Nesle, puis du comédien Baron ; enfin, une autre intrigue qu'elle eut avec le fils d'un conseiller nommé Briou, fit grand bruit dans le monde. Les parents du jeune homme l'avaient enfermé pour empêcher le mariage. « La Force, qui a l'esprit inventif, gagna un musicien ambulant qui accompagne des ours dansants, et fit dire à son amant qu'il n'avoitqu'à demander à voir danser les ours dans sa cour, et qu'elle viendroit chez lui cachée sous une peau de ces animaux. S'étant fait coudre en effet dans une peau d'ours , elle se fit conduire chez M. de Briou , dansa comme les bêtes et s'approcha du jeune homme, qui, faisant semblant déjouer avec cet ours , eut le temps de s'entretenir avec elle et de convenir de ce qu'ils alloient faire. Il promit à son père de se soumettre à ses volontés ; mais dès qu'il fut en liberté , il se maria avec son amante... Mais le père fit casser le mariage au parlement et le força d'épouser une autre personne. Ainsi , madame de Briou se trouva sans mari et sans argent. Pour avoir de quoi vivre , elle

se mit à composer des romans (*). • Elle reprit son nom et produisit un grand nombre d'ouvrages, dont les qualités dominantes sont l'esprit , l'imagination et un style châtié; les défauts : la longueur et le manque de précision.

Ces ouvrages sont des poésies , des romans semi- historiques : Histoire se' crête du duc de Bourgogne (1694); Histoire secrète de Marie de Bourgo* S7ie(1712); Histoire de Marguerite de Valois (1 696) ; Histoire secrète de Marguerite de Bourbon (1703); Gustave fVasa ( 1698 ) ; enfin , les Fées, contes des contes (1C92), ouvrage d'éducation.

La Fobest (Pierre de) , archevêque de Rouen et cardinal , né en 1314 dans un village voisin du Mans , s'éleva par son mérite aux premières dignités ecclésiastiques et séculières. Il fut successivement chancelier des duchés de Normandie et d'Aquitaine, puis chancelier de France et évêque de Paris. Sa haute position lui fit prendre une part très-active aux affaires politiques de son temps ; et il rendit des services importants à Philippe de Valois, au roi Jean, ainsi qu'au dauphin (depuis Charles V), pendant la captivité du premier. Il mourut en 1361 à Villeneuve près d'Avignon.

Lafosse (Antoine de), sieur d'Aubigny , né à Paris en 1653, fut successivement attaché à Boucher, envoyé du roi à Florence, au marquis de Créqui , près duquel il assista à la bataille de Luzara, et enfin au duc d'Aumont, gouverneur du Bourbonnais.

Étant à Florence, il débuta dans la poésie par une ode italienne qui le fit recevoir à l'académie des Apatistes, devant laquelle il prononça un discours sur cette grave question : « Lesquels des yeux noirs ou des bleus sont les plus beaux?» Il concluait en donnant la préférence à ceux qui le regarderaient tendrement. Lafosse n'est plus guère connu aujourd'hui que par la tragédie de Manlius. « Véritable tragédie, dit la Harpe; tous les caractères sont parfaitement tracés; ils agissent et parlent comme ils doivent agir et parler. L'intrigue est amenée avec beau-

(*) Mémoires de la princesse Palatine, éd. de i833, p. 390 et 391.

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coup d'art , et l'intérêt gradué jusqu'à la dernière scène. » Lafosse mourut en 1708. On a encore de lui trois tragédies justement oubliées : Polixène , Thésée y Corésus et CalMrhoé.

Lafosse ( Charles de ) nacmit à Paris en 1640. Son père , qui était joaillier, le destina d'abord à la profession qu'il exerçait lui-même. Mais les dispositions de son fils pour le dessin l'en-

Sagèrent à le faire entrer dans l'école e Lebrun. Il y fit de rapides progrès, obtint une pension du gouvernement , et fut envoyé en Italie , d'où , quelque temps après, il se rendit à Venise. Pendant ce voyage, il étudia principalement Paul Véronèse et le Titien , dont il chercha plus tard à reproduire la couleur, et il se familiarisa avec la pratique de la peinture à fresque. De retour en France , il mit à

{irofit cette étude, et cette partie de 'art n'est pas celle qui a le moins contribué à sa réputation. Il exécuta plusieurs fresques dans l'église de Saint- Eustache; malheureusement elles ont été détruites lors de la reconstruction du portail de cette église. Les religieuses de l'Assomption chargèrent aussi Lafosse de peindre le dôme et le chœur de leur église.

Ces différents travaux avaient fait connaître son nom à l'étranger; ils le firent appeler en Angleterre pour y travailler à la décoration de l'hôtel de lord Montaigu. Lafosse y peignit deux grands plafonds : l'Apothéose d'Isis et l'Assemblée des dieux. L'artiste se surpassa , et Charles II , charmé de son talent, l'engagea à se fixer en Angleterre. Mais Lebrun venait de mourir ; Lafosse aspirait au titre de premier peintre du roi. Mansard , son ami , devenu surintendant des bâtiments , le rappela près de lui et lui promit de lui fan e obtenir le titre qu'il ambitionnait. Lafosse refusa donc les offres brillantes de Charles II, et revint en France. Malheureusement pour lui , Mansard mourut avant d'avoir pu accomplir sa promesse.

Lafosse , qui avait été chargé de faire toutes les esquisses des tableaux dont on voulait décorer les Invalides, fut chargé des peintures du dôme et des quatre pendentifs. Ce dôme est son ou-

vrage capital; il contient trente -huit figures disposées en cinq groupes, dont l'un représente saint Louis déposant sa couronne et son épée entre les mains de Jésus-Christ , assis au milieu d'une gloire. Chacun des pendentifs représente un Évangéliste avec ses attributs.

Le temps a considérablement endommagé ces peintures faites d'une manière très-large et que distinguait un coloris brillant et vigoureux.

Enfin, Latosse, qui précédemment avait fait des tableaux pour les châteaux de Trianon et de Marly, concourut encore à la décoration du palais de Versailles. Il peignit, tant dans la chapelle que dans la salle du Trône*, et dans celle de Diane , la Résurrection; l'Arrivée de Jason à ColcJws; Alexandre chassant aux lions; le Sacrifice d'Iphigénie ; Auguste faisant construire le port de Messine; Vespasien dirigeant, les travaux du Cotisée; Coriolan fléchi par les larmes de sa mère ; Alexandre rendant à Parus ses États; enfin, Apollon environné des Saisons , et des figures allégoriques de la France , de la Magnanimité, et de la Magnificence. Le musée du Louvre possède trois tableaux de cet artiste : t Enlèvement de Proserpine , qui le fit recevoir à l'académie de peinture en 1G83; le Mariage de la Vierge y et Moïse sauvé des eaux. Généralement les tableaux de Lafosse sont bien composés ; les' effets de lumière sont parfaitement entendus, et le coloris en est brillant ; mais il faut reconnaître aussi que son dessin est souvent lourd. Cet artiste mourut à Paris en 1716.

La Fbesnayb ( Jean Vauquelin de), né en 1536 à la Fresnaye ( Normandie), d'une famille noble", débuta dans la poésie, en 1565, par la publication d'un recueil intitulé Fores terier , début malheureux, de l'aveu même de l'auteur. Avocat du roi , puis lieutenant général, et enfin président au bailliage de Caen, il consacra ses loisirs aux lettres. Nous avons de lui un Art poétique français, en trois chants, et cinq livres de satires, qui offrent, avec les compositions analogues de Boileau, de nombreux traits de ressemblance. Les œuvres de la Fresnaye, qui compren-

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nent encore des idylles , des sonnets ,

des épigrammes, etc., ont été recueillies et imprimées à Caen, 1612. Sa poésie, dit M. Auger, « a presque tous les vices du temps , et ils n'y sont point rachetés par le mérite des pensées , ni des images , ni du style. » La Fresnaye mourut , à ce qu'on croit, en 1606.

La. Galissountèbe (marquis de), lieutenant général des armées navales de France, naquit à Rochefort le 11 novembre 1693. Son père qui, par ses éclatants services dans la marine de Louis XIV, était également parvenu au

Sade de lieutenant général, lui avait ssé d'honorables exemples à suivre.

Après avoir fait ses études à Paris, sous la direction de Rollin, il entra dans la marine, en 1710; et il s'y distingua constamment. Nommé gouverneur du Canada en 1745, il déploya dans ces fonctions un courage actif ej; inébranlable, joint aux connaissances les plus étendues. Il s'opposa aux injustes prétentions des Anglais, dont la puissance maritime ne se serait pas alors accrue aux dépens de la nôtre si la France eût eu beaucoup de citoyens comme lui.

Enfin, il assura la prospérité et la tranquillité de la colonie , se fit aimer et estimer des sauvages et des habitants, et emporta tous les regrets quand il rentra en France, en 1749.

Les déprédations et les envahissements continuels de l'Angleterre ayant fait éclater les hostilités , le duc de Richelieu fut mis à la téte d'un corps de 12,000 hommes qui devait attaquer Minorque, et le marquis de la Galissonnière fut chargé du commandement d'une escadre composée de 12 vaisseaux de ligne et de 5 frégates, destinée à en protéger le débarquement.

Grâce à ses habiles dispositions , la descente s'opéra heureusement ; puis il alla établir sa croisière entre Majorque et M inoraue , pour protéger le siège de Mahon et empêcher les Anglais d'apporter des secours. Le siège de cette place, réputée inexpugnable, se prolongeait sans trop de succès, quand, le 17 mai 1756 , on signala une escadre anglaise arrivant au secours des assiégés , et commandée par l'amiral Byng.

Quoique inférieur en nombre , la Galissonnière n'hésita pas à se porter en

avant , et , le 20 mai , s'engagea entre les deux escadres un combat célèbre ui dura près de quatre heures et se écida enfin pour les Français. Après d'inutiles efforts pour ravitailler la ville, Byng, extrêmement maltraité, fut forcé de gagner la baie de Gibraltar, en conduisant plusieurs de ses vaisseaux à la remorque. La prise de Mahon fut le fruit de la victoire ; mais à cette glorieuse expédition se termina aussi l'honorable carrière du vainqueur. Sa santé, déjà chancelante avant son départ, avait reçu de ces dernières fatigues un coup funeste. Forcé de se démettre d'un commandement qu'il avait accepté contre l'avis de ses médecins , il revint en France et se mit en route pour Fontainebleau , où résidait alors le roi.

Mais ses forces l'abandonnèrent totalement à Nemours , et il y mourut le 26 octobre 1756.

La Gabde (Antoine-Escalin des Aimars, baron de), connu d'abord sous le nom de capitaine Poulin, l'un des hommes les plus remarquables du seizième siècle , naquit en 1498, de parents obscurs, dans un village du Dauphiné. Il s'échappa tout enfant de la maison paternelle pour suivre un caporal qui passait par son village, et qu'il servit deux ans environ comme goujat ; puis il devint enseigne, lieutenant, et enfin capitaine. Son esprit et sa valeur le firent remarquer de Langey du Bellay, qui le présenta à François I". Ce prince , après l'avoir employé avec succès dans la négociation d'un traité avec Venise contre Charles-Quint , l'envoya en ambassade à Constantinople. « Il eut en ceste négociation, dit Brantôme, de grandes peines, où il luy fallut bien desployer ses esprits et se montrer quel il estbit... Mais il alla, il vira, il trotta, il traicta , monopola , et fit si bien et gaigna si bien le capitaine des janissaires de la Porte du Grand Seigneur, qu'il parla au Grand Seigneur comme il voulut, l'entretint souvent , et se rendit à luy si agréable, qu'il eut de luy enfin ce qu'il voulut; et emmena Bafberousse avecques ceste belle armée que plusieurs encor qui vivent ont veue en Provance et à Nice (*). »

(*) Krantôme, Hommes illustres et capitaines français, M. le baron de la Garde.

A son retour , ii fut nommé générai des galères, et ce fut alors qu'il prit le titre de baron de la Carde. Il déploya la plus grande intelligenceetia plus grande activité dans l'exercice de ces nouvelles fonctions. Ii fit faire à la marine fran-

Î taise de grands progrès , soit en améiorant la construction des galères, soit en faisant manœuvrer les escadres avec ordre et précision , tandis qu'avant lui ies combats de mer n'étaient que confusion. « Mais, dit son biographe, s' es* tant un peu trop emporté rigoureusement en Provance contre les hérétiques de Merindal et Cabrières (car il havssoit mortellement ces gens-là), il emôu* vut la malle grâce de son roy, dont il en garda la prison longtemps l'espace de trois ans. Aussy en partant de la, il disoit : qu'il pensoit passer maistre ès arts, y ayant faict son cours l'espace de trois ans. Et sans ses bons services , il fust esté en plus grand peyue; mais amprès le roy, le sentant très-capable pour le servir en ses mers, le remit encore (1551) général des gallères. Aussy servit-il bien aux guerres de Toscane et de Corse, là où un jour il lit un brave combat, très-hasardeux et heureux, car, tournant de Civita - Veccbia avecques deux gallères (aucuns disent six), s'estant eslevé un orage et une tourmente si terrible , fut contraincl de se jetter sur la plage de Sainct-Florant en Corsègue., durant laquelle furye vindrent passer à sa vue unze grandes naves bien armées en guerre, et chargées de six mille Espaignols qui s'en al'loient en Italie et descendre à Gennes. Mais M. le baron de la Garde les alla attaquer aussy tost avecques ses gallères enceste mer haute , qui estoit en fort peu d'avantage pour luy et grand pour les vaisseaux ronds et les combattit... si bien qu'ayant entreprins le plus grand et le plus brave, le cannona et le mit à fonds, et amprès en fit autant à un autre ; si bien que les autres voyant le misérable estât de leurs compaignons, se mirent à la fuitte, combien que les gallères les suivissent; mais la mer estoit si grande et si désadvantageuse pour les gallères, qu'elles ne peurent atteindre , ayant gaigné la haute mer , et se perdirent aussy tost de vue. En ces deux perdeues, il y avoit quinze cents

Espaignols, dont la plus part furent tous noyés,' et si peu de ceux qui en eschappèrent furent mis aux fers. *

Malgré ces exploits, il fut, après la conclusion de la paix , destitué une seconde fois de sa place, qui ne lui fut rendue qu'en 1556. Il se distingua encore aux batailles de Jarnac et de Montcontour. Chargé en 1573, du blocus de la Rochelle, il y essuya tant de dégoûts de la part du duc d'Anjou, qu'il se retira bientôt après dans son village natal , où il mourut en 1578, « ayant laissé, dit Brantôme, plus d'honneur à ses héritiers que de biens.... Et se faisant très-admirer à tout le monde, avecques ses beaux contes du temps passe, de ses voyages , de ses combats, qui ont esté si fréquens et assidus , que les mers de France et d'Espaigne, d'Italye, de Barbarie et de Levant, en ont longuement résonné : encor crov-jeque les flots en bruyent le nom. »

Lagny , ancienne ville de l'Ile-de- France , actuellement comprise dans le département de Seine-et-Marne , était célèbre au moyen âge par l'étendue de son commerce ; sous les rois Louis le Gros et Louis VII , ses marchés et ses foires étaient renommés , et il y avait à Paris une halle particulière affectée aux marchands de Lagny.

Un Écossais y avait fondé, dans le septième siècle, une abbaye de l'ordre de Saint- Benoit , laquelle devint plus tard extrêmement riche par les libéralités d'Herbert de Vermandois et des comtes de Champagne ; Louis le Débonnaire y tint un plaid en 835 , et un concile s'y assembla en 1142, pour juger un différend survenu entre l'abbé de Marchiennes etl'évéque d'Arras.

Servant pour ainsi dire par sa position de poste avancé à Paris, cette ville dut être dévastée chaque fois que la capitale fut menacée par une armée ennemie; elle fut brûlée plusieurs fois pendant la guerre de cent ans, et les Anglais s'en emparèrent et la rasèrent en 1348; c'est à eux cependant que l'on attribue la fondation de l'église actuelle. Jean, duc de Bourgogne , venant à Paris en 1415, dans l'espoir d'y gouverner sous le nom de Charles VI, apprit en arrivant à Lagny que les Armagnacs l'avaient devancé ; il resta dans cette

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