LAGNY L'UNIVERS. LAGRANGE
ville, « faisant tous les jours dire à ses partisans qu'il allait venir, leur assurant que c'était lui qui avait défendu les passages de la Somme contre les Anlais, espérant que Paris finirait par se éclarer. Il resta ainsi deux mois et demi à Lagny. Les Parisiens finirent par rappeler Jean de Lagny qui n'a hâte. Il emporta ce sobriquet (*). » 11 se vengea de la plaisanterie en abandonnant Lagny à ses soldats, qui la saccagèrent. Les Armagnacs la lui reprirent en 1418.
En 1432, le duc de Bedford, furieux de s'être vu enlever Chartres par Dunois, qui s'en était emparé pendant que les soldats anglais étaient au sermon, investit Lagny avec 6,000 hommes, et jura de s'en rendre maître ; mais il ne put réussir à la prendre ; les maréchaux de Boussac et de Retz, aidés du bâtard d'Orléans , le forcèrent de fuir précipitamment, en abandonnant son artillerie et ses munitions.
Sous François I r, les moines de l'abbaye de Lagny, joints aux habitants de la ville , s'étaient soulevés contre les troupes du roi. Le comte de Lorges, chargé de réprimer la révolte, assiégea la place. Mais il éprouva une énergique résistance. Il parvint cependant à l'emporter d'assaut, et, le soir même de son entrée, il ordonna une fête où toutes les dames de la ville furent invitées; mais cette courtoisie cachait de cruels projets ; au milieu de la fête, les portes furent fermées , l'on massacra tous les hommes en état de porter les armes, et les femmes furent livrées à la brutalité des soldats.
Lagny fut encore assiégée en 1590 , par le duc de Parme, au pouvoir duguel elle tomba , malgré la belle défense du gouverneur Lafin. Henri IV, qui se trouvait de l'autre coté de la Marne, vit massacrer la garnison sans pouvoir lui porter secours.
Lagny est la patrie du chancelier Pierre d'Orgemont; on y compte aujourd'hui 1,800 habitants.
Lagny, ancienne baronnie de l'évéché de Noyou, aujourd'hui compris dans le département de l'Oise.
(*) Histoire de France de M. Michéle!, t. IV, p. 3017.
Lagny , ancienne seigneurie du comté de Saint-Pol , en Artois , érigée en marquisat en 1694 , en faveur du sieur de la Bussière,
Lagny (Thomas Fantet de), mathématicien, né à Lyon, en 1660, membre de l'Académie des sciences, en 1695; nommé, en 1716, sous-directeur de la banque générale, mort à Paris, en 1734, membre de la Société royale de Londres, et l'un des conservateurs de la bibliothèque du roi. Ses ouvrages offrent aujourd'hui peu d'intérêt.
Lagos (batailles navales de). — Le 27 juin 1693, Tourville , qui , avec une escadre de 7 1 vaisseaux de guerre, s'était mis en embuscade près du cap Saint- Vincent et de la côte de Lagos, en Portugal, surprit la grande flotte anglohollandaise de 200 vaisseaux marchands, revenant de Smyrne, sous l'escorte de 22 vaisseaux de guerre. Il en prit une partie et en brûla le plus grand nombre, en sorte que la perte du commerce des ennemis- tut évaluée à plus de 36 millions. Jean Bart l'avait aidé à venger ainsi la défaite de la Hogue.
—M. de la Clue, chef d'escadre, passait, en 1759, le détroit de Gibraltor avec une flotte destinée contre l'Angleterre, il en fut séparé avec 7 vaisseaux par un coup de vent, et forcé de cingler sur la côte de Lagos. Il était poursuivi par l'amiral Boscawen, commandant 10 vaisseaux anglais. Celui-ci fond sur l'escadre française; la Clue fait des prodiges de valeur. Acculé sur la côte, il se bat en désespéré ; un boulet lui emporte la jambe , il est obligé de se faire descendre à terre. Son vaisseau, démâté et brisé, se rend : 2 autres sont brûlés, 3 sont pris : 2 se sauvent pendant l'action, et se réfugient à Lisbonne (17 août 1759).
Lagrang e (Joseph deChancel), connu sous le nom de Lagbange-Chancel , né à Périgueux, en 1676, d'une famille noble , fut l'un de ces enfants prodiges qui s'épuisent en précoces promesses, et ne donnent rien ou presque rien quand l'âge de la maturité est venu. A neuf ans, il composa une comédie satirique.La réputation du jeune poète arriva jusqu'à la cour : le roi voulut le voir; la princesse de Conti le reçut au nombre de ses pages, et devint dès lors sa constante pro-
tectrice. En 1694, âgé d'environ 18 ans, encouragé par Racine, il donna au théâtre la tragédie $ Adherbal , qui eut un grand succès. Quelque temps après , il fut nommé lieutenant dans le régiment du roi ; puis, afin de revenir à Paris, où l'appelait sa vocation dramatique, il entra dans les mousquetaires.
Le penchant à la satire avait été chez Lagrange-Chancel aussi précoce que le goilt de la versification. Ce penchant l'entraîna, sous la régence, dans une longue suite de malheurs; soit par hostilité personnelle, soit à la suggestion d'animosités étrangères , il composa contre le régent les fameuses satires connues sous le nom de Philippiques.
Il dut se réfugier à Avignon ; m?.is attiré par trahison sur le territoire français, il fut saisi et envoyé aux îles Ste- Marguerite. Il parvint à s'échapper, et, après avoir erré dans le Piémont et en Espagne , il trouva enfin un refuge en Hollande. Rentré en France après la mort du régent, il mourut près de Périgueux en 1758.
'Outre la tragédie ù'Adherbal, dont le titre fut ensuite changé en celui de Jugurtha, Lagrange - Chancel a donné au théâtre un assez grand nombre de tragédies , dont les meilleures sont Amadis et Ino et Mélicerte.
Lagrange (Joseph-Louis) , l'un des plus grands mathématiciens des temps modernes, naquit à Turin en 1736, de parents français d'origine. Peu porté vers les sciences exactes dans ses premières études , il ne s'occupa d'abord que de littérature ; mais à la seconde année de son cours de -philosophie , la lecture d'un mémoire de Halley lui révéla subitement son génie pour les mathématiques. Deux ans après, il envoyait au célèbre Euler les premiers essais de sa Méthode des variations, répondant ainsi , à l'âge de 20 ans , à un appel que ce savant avait en vain adressé depuis 16 ans à tous les géomètres de l'Europe.
Professeur de mathématiques à l'école d'artillerie de Turin, Lagrange fut l'un des fondateurs de l'Académie des sciences de cette ville , et l'un des membres de celle de Berlin, avant d'avoir atteint sa 23e année.Il avaitremporté cinq fois le grand prix proposé par l'Académie des sciences de Paris , sur les questions les
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Ïlus difficiles, lorsqu'il fut désigné par Uiler lui-même pour le remplacer à I Académie de Berlin. Il se rendit, en 1766, près de Frédéric, qui, appréciant à la fois son mérite et sa modération, l'appelait ordinairement le Philosophe sans crier.
Le roi de Prusse étant mort, le ministère français, à la sollicitation de Mirabeau, attira Lagrange à Paris, où ce savant arriva en 17H7, pour n'en plus sortir. Louis XVI lui avait accordé une pension de 6,000 fr. ; l'Assemblée nationale la confirma en 1791. Plus tard, elle le nomma l'un des trois administrateurs de la monnaie, place de détail qui ne pouvait convenir a un pareil cerveau. Lorsqu'un décret du 16 octobre 1793 bannit de France tous les étrangers, Guyton - Morveau réussit à y retenir Lagrange en faisant rendre un autre décret, qui mettait le géomètre en réquisition pour continuer des calculs sur la théorie des projectiles. Lagrange devint ensuite professeur à l'école normale, à l'école polytechnique, membre cfe la première classe de l'Institut, et du bureau des longitudes.
Cependant le Piémont venait d'être réuni à la France. Pour donner au modeste savant une marque éclatante de son admiration, le Directoire nomma un commissaire extraordinaire qui, suivi de l'état-major de l'armée, alla, de la part de la république, complimenter le père de Lagrange, alors âgé de 90 ans. « Oui, dit le vieillard, mon fils est grand devant les hommes, puisse-t-il aussi être grand devant Dieu ! » Il faisait allusion aux tendances sceptiques de Lagrange , sur la tête duquel s'accumulèrent d'ailleurs bientôt de nouveaux honneurs : il fut nommé successivement sénateur, grand officier de la Légion d'honneur, comte de l'empire, grand-croix de l'ordre de la Réunion. Il mourut à Paris, le 10 avril 1813. Ses restes furent déposés au Panthéon, et son éloge fut prononcé par Lacépède et Laplace.
Une analyse des services que Lagrange a rendus a la science serait trop incomplète , dans le cadre qui nous est tracé ; contentons-nous de dire que ce qui caractérise surtout son génie , c'est une constante préférence pour les méthodes générales d'analyse, indépen-