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LA HARPE

La Guiche (Pierre de), issu d'une ancienne maison de Bourgogne, bailli d'Autun et de Mâcon , rendit des services importants à Louis XI, Charles VIII et François Ier, comme capitaine et surtout comme négociateur. Il mourut en 1544, âgé de quatre-vingts ans.

Son petit-fils Philibert, bailli et capitaine de Mâcon, s'honora en refusant d'exécuter les ordres sanguinaires

Sui lui furent donnés à la Saint-Barlélemy; il devint ensuite gouverneur du Bourbonnais, du Beaujolais , etc., conseiller d'État, et enfin grand maître de l'artillerie, après la démission de Biron, en 1578. 11 remplit ces dernières fonctions jusqu'en 1595, époque où il fut nommé gouverneur de Lyon. Il mourut en 1607, sans postérité mâle.

Jean-François de La Guiche, comte de la Palice, seigneur de Saint-Géran , maréchal de France, était neveu du précédent; il servit sous Henri IV et sous Louis XIII, et mourut à la Palice • en Bourbonnais, en 1632, à 63 ans. Il avait obtenu le bâton de maréchal par le crédit du duc de Luynes , et passait pour avoir plus de bravourequede talent.

Bernard de la Guiche , petit-fils du maréchal , fut volé au moment de sa naissance, et eut à soutenir un

Srocès fameux pour être réintégré ans son état , ce qui lui fut accordé par arrêts de 1663 et 1666. Il mourut en 1696, ne laissant qu'une fille. Il était lieutenant général , et avait été chargé de plusieurs ambassades.

Laguille (Louis), jésuite, né à Autun en 1658, mort à Pont-à- Mousson en 1742, a laissé divers ouvrages, dont le plus estimé est une Histoire de la province d' Alsace , depuis Jules-César jus-

?iïau mariage de Louis XV, Strasourg, 1727, 3 part, in-fol.

Laguille est un des trois auteurs éminemment classiques qui résument en quelque sorte tous ceux qui ont écrit sur l'Alsace. Devancier de l'érudit Schoepflin, il pèche par les défauts contraires à ceux de celui-ci. Historiographe d'un pays dont il ignore la langue, réduit à des documents incomplets, jésuite plein de zèle, mais un

{>eu partial, il se laisse trop aller à la égereté de l'école historique du dix-

huitième siècle. Grand idier, venu après lui , s'est efforcé de suppléer à ce qui manquait à ses deux prédécesseurs; mais sa tâche est restée inachevée.

La Haie (Charles de), graveur, na-

3uit à Fontainebleau en 1641. Il grava 'après Piètre de Cortone, Ciro Ferri et les maîtres italiens; celui de ses ouvrages qui jouit de la plus grande estime est la gravure, d'après un tableau de Romanelli, représentant les Philosophes grecs dans les jardins cf \4cademus. On ignore en quelle année mourut cet artiste.

La Harpe (Amédée-Kmmanuel), général de division, naquit en 1754, au château de Uttins, près de Rolle, dans le pays de Vaud. Proscrit par l'oligarchie bernoise, dont il s'était montré l'adversaire, il se réfugia en France, où il prit du service. C'était l'époque de la révolution. Nommé chef du 4e bataillon des volontaires de Seine-et-Oise, il fit avec distinction, sous le maréchal Luckner, la campagne de 1792. Chargé plus tard du commandement de Briancou, il soutint avec succès, dans les vallées des Alpes, une pénible guerre de partisans; puis ilsedistiugua,en 1793, au siège de Toulon, et fut nommé général de brigade. Après avoir commandé quelque temps à Marseille, il reprit son poste à l'avant-gardede l'armée d'Italie, dont il partagea la gloire. Chargé , en 1795, de couvrir un mouvement rétrograde de Kellermann , il montra dans l'exécution de cette manœuvre autant d'intelligence que de bravoure, et fut promu au grade de général de division; bientôt après il contribua puissamment au succès de la journée de Loano; puis, sous le général Bonaparte, aux victoires de Montenotte, de Millesimo et de Dego. « L'effroi que vous inspirez aux ennemis de la république, lui écrivit à cette occasion le Directoire, peut seul égaler la reconnaissance et l'estime dues à votre courage et à vos talents. » Chargé, après le traité de Cherasco, de surprendre l'ennemi en passant le Pô à la tête de l'avant-garde, le brave général la Harpe exécuta cette manœuvre avec un succès qui prépara le triomphe ultérieur de nos armes, triomphe auquel la mort l'empêcha de prendre part. En effet , attaqué de nuit

par une colonne autrichienne , dans ses positions, entre Lodi et Crémone, il fut, par une cruelle méprise, tué par une décharge de ses propres troupes ,

La Harpe (Jean-François de), né à Paris en 1739. d'une famiïle pauvre, et orphelin à l'âge de neuf ans, fut élevé par charité au collège d'Harcourt. Il s'y distingua de bonne heure par les précoces dispositions de son esprit. Après avoir remporté le prix d'honneur en rhétorique, il fit son entrée dans le monde à dix-neuf ans.

La profession qu'il y choisit fut celle d'homme de lettres. Il débuta dans cette carrière par la publication dedeux//éroïdesy genre alors très en faveur, et bientôt après par une tragédie intitulée Warivick, qui fut très-applaudie, qui lui valut l'honneur d'être présentéà LouisXV, et qui lui attira les éloges de Voltaire. Ce fut à propos de cet ouvrage qu'il fut admis dans la confiance et l'amitié du patriarche de Ferney, dont il devint un des admirateurs les plus fervents et un des disciples les plus dévoués. tVarwick est le meilleur des essais dramatiques de la Harpe. Le rôle principal est tracé avec vigueur et a le mérite d'intéresser. Les tragédies qu'il fit jouer ensuite à différentes époques, Timoléon, Pharamond, Gustave, les Brames, les Harmécides, Coriolan, ne furent, selon l'expression de Gilbert, qu'une suite de faux pas de sa muse tragique. Il ne prit une espèce de revanche que dans Philoctète, où il eut le mérite de ne point chercher à embellir Sophocle, et dont les vers sont d'une poésie un peu froide, sans doute, mais noble, pure et assez simple.

La Harpe se dédommagea de ses nombreux échecs au théâtre en cueillant dans différents concours les palmes académiques. Ses pièces de vers, ses éloges furent couronnés dans les académies de province et dans l'Académie française. Parmi ses éloges, on remarque surtout ceux de Racine , de Fénelon, de la Fontaine et de Catinat.

Quoique ces ouvrages n'aient pas toujours ni assez de simplicité ni assez de chaleur, ils ne sont pas toutefois dépourvus d'éloquence; le style en est toujours pur, élégant, harmonieux, et

le sujet y est toujours traité avec une grande justesse d'idées et une louable élévation de sentiments.

En même temps , la Harpe insérait dans les journaux du temps de nombreux articles , et soutenait contre les principaux auteurs ou critiques contemporains des combats de plume, où son humeur querelleuse et mordante semblait se complaire, et dans lesquels il porta souvent la raillerie jusqu'à l'injure. Il comprit mieux le vrai rôle du critique dans le cours public qu'il ouvrit au Lycée, et où il attira un auditoire nombreux et choisi. Ce cours fut interrompu par la révolution.

La Harpe, qui avait d'abord embrassé par choix et avec ardeur les idées nouvelles, fut effrayé quand il vit jusqu'où s'avançait la révolution ; il chercha à cacher sa frayeur en se faisant un des membres les plus exaltés du club jacobin. Mais comme sa passion pour la critique moqueuse était plus forteque tout, il devint suspectaux chefs du gouvernement, et fut emprisonné dans le palais du Luxembourg. Là, la grâce du ciel descendit sur lui : éclairé tout à coup, à ce qu'il assure, par une lumière surnaturelle, il abjura toutes ses erreurs politiques et philosophiques, et devint, d'esprit fort et de philosophe qu'il était, un dévot fervent. On ne peut dire jusqu'à quel point cette conversion fut sincère. Ce qui est certain, c'est qu'il ne prit pas de son nouvel état deux vertus qui auraient dû cependant en faire partie : la tolérance et la charité. En effet, jusqu'à la fin de ses jours, il apporta dans son rôle de critique la même passion, la même aigreur et la même méchanceté. De plus, il se déchaîna contre les philosophes et contre la révolution avec une violence d'invectives qui révolte et qui dégoûte.

Sauvé de Péchafaud pnr le 9 thermidor, il rouvrit son coursquelquetemps après, et entreprit en même temps de réunir en corps d'ouvrage la suite ae ses leçons, C'est ainsi que fut composé le Lycée, qui est son principal titre de gloire. Il y travailla avec assiduité jusqu'à sa mort, qui vint trop tôt pour qu'il eût le temps de le terminer. Malgré toutes ses imperfections , cet ouvrage est ua 1

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