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GRÉGOIRE L'UNIVERS. GREGOIRE

ractère et son invincible attachement à la foi chrétienne. 11 monta à la tribune, et proclama au milieu des plus bruyantes marques d'improbation , qu'il resterait ce qu'il était, c'est-à-dire catholique , prêtre , évêque , et aucune menace , aucune sollicitation, aucune promesse ne put le faire chanceler dans sa résolution. Dans cette résistance courageuse, violemment attaqué par les partisans d'Hébert et de Chaumette, il fut bientôt soutenu par Robespierre et Danton , qui s'élevèrent à leur tour contre le scandale des abjurations, qu'ils nommèrent un autre genre de momeries. Ce fut encore lui qui demanda et obtint la délivrance des prêtres réfractaires qui gémissaient entassés sur les pontons de Rochefort. Le 21 décembre 1794, il réclama hautement la liberté des cultes , qui toutefois ne fut décrétée que le 21 février 1795. Il s'occupa alors activement, avec plusieurs autres prélats constitutionnels, de relever les débris de l'Église gallicane et de réorganiser les diocèses. Cette réunion, entre autres mesures, assembla, en 1797, un concile national ayant pour but de tenter une fusion entre les ecclésiastiques assermentés et les réfractaires; tentatives qui demeurèrent sans résultat par l'obstination du clergé non assermenté. Sous la constitution de l'an ni, Grégoire fut élu au Conseil des Cinq-Cents. Placé entre les royalistes qui le détestaient comme impie et révolutionnaire, et les philosophes qui se moquaient de son orthodoxie, if monta rarement à la tribune, mais il continua de s'occuper des établissements à la fondation desquels il avait coopéré sous la Convention.

Après le 18 brumaire, il entra dans le nouveau Corps législatif qu'il présida, et au nom duquel il porta plusieurs fois la parole devant les consuls, sans chercher à atténuer ses sentiments républicains. En 1801, lesecondconcile national s'étant réuni, Grégoire en fit l'ouverture, et saisit cette occasion de renouveler son invariable profession de foi politique et religieuse. Personnellement consulté par Bonaparte sur son projet de concordat, il le combattit vivement.

Bientôt (12 octobre 1801) , conformément au message papal, il dut, ainsi que les autres prélats constitutionnels ,

résigner son évêché; mais en accomplissant , en vue de la paix , cet acte d'obéissance, il déclara qu'il regardait et regarderait toujours son élection comme ayant été légale et légitime. A trois reprises, il fut présenté par le Corps législatif comme candidat au sénat conservateur, et sans sacrifice d'opinion, par la seule force de cette persistance du vœu national. Il fut, en effet, élu le 25 décembre 1801 , malgré toutes les répugnances du maître et l'hostilité philosophique de plusieurs membres du sénat lui-même. Dans le sénat, il appartint constamment à cette minorité inGniment petite qui se tint pure de lâches complaisances, et garda fidèlement le dépôt de la tradition républicaine. Il vota, lui troisième, contre l'érection du gouvernement impérial, et combattit seul ensuite l'adresse du sénat à Napoléon au sujet du rétablissement des titres nobiliaires. Toutefois, après le décret, il ne crut pas pouvoir refuser le titre de comte qui lui fut conféré. A l'é-

f>oque du divorce de l'empereur, il vouut combattre cette mesure au nom de la religion; mais la parole lui ayant été refusée, il ne put que la condamner par son vote. Ces actes d'opposition joints à quelques passages d'un livre de Grégoire, les Ruines de Port-Royal, livre où !le despotisme de Louis XIV était l'objet d'énergiques attaques , mécontentèrent Napoléon , et firent ranger l'auteur dans la catégorie des idéologues.

En 1814 , les patriotes se trouvèrent divisés en deux partis: les uns ne voyant dans Bonaparte que le despote , les autres voulant se servir de lui , de son ascendant, et de son immense génie, pour sauver avant tout l'indépendance nationale. Qui eut tort ou raison ? ce n'est point ici le lieu de l'examiner. Grégoire suivit la première route; l'un des premiers il se prononça pour la déchéance de Napoléon. Lorsque le rappel des Bourbons eut été décrété par le sénat , sous la condition de l'acceptation d'un acte constitutionnel, Grégoire, dans un écrit vigoureux qui eut quatre éditions en peu de temps, réclama avec énergie l'accomplissement de cette condition , sans toutefois approuver tous les articles de la constitution présentée au roi. Il ne fut point appelé à faire

partie de la nouvelle chambre des pairs. Bonaparte, à son retour de l'île d'Elbe, ne le comprit pas non plus dans l'organisation de sa pairie , et malgré ce délaissement, qui le rendit tout à fait étranger à la réaction des cent jours , il fut atteint ensuite par la réaction du ministère Vaublanc et de la chambre introuvable. Exclu de l'Institut , dont il avait été l'un des fondateurs et des membres les plus utiles, il fut menacé même dans ses moyens d'existence par la suspension de sa pension d'ancien sénateur. Il vivait renfermé à Auteuil, dans une laborieuse retraite, lorsque, en 1819 , les électeurs de l'Isère le portèrent à la chambre des députés. Mais toutes les passions réactionnaires de l'époque se soulevèrent contre cette élection et la firent annuler, en violation de la loi. Les libéraux eux-mêmes craignant que le nom d'un collègue en butte a tant de haine ne nuisît à leur cause , tirent les plus vives instances auprès de lui pour l'engager à donner sa démission. Le vieillard d'Auteuil regarda comme une lâcheté ce qu'on exigeait de lui, et repoussa toutes ces sollicitations.

En 1822 , le grand chancelier de la Légion d'honneur lui ayant communique l'ordonnance du 26 'mars 1816, sur le remplacement des anciens brevets des membres de cet ordre, Grégoire lui répondit par la renonciation à son titre de commandeur, et consigna ces phrases remarquables dans la lettre qui renfermait sa démission :

« Inaccessible à l'ambition, arrivé aux « confins de l'éternité, je m'occupe uni-

• quement, comme dans toute ma vie, " de ce qui peut éclairer mon esprit,

• améliorer mon cœur , et contribuer « au bonheur des hommes , quoique les

■ services qu'on leur rend soient ici-bas

■ rarement impunis. Repoussé du siège «législatif, repoussé de l'Institut, à

• ces deux conditions on permettra sans " doute que j'en ajoute moi-même une « troisième, et que je me renferme dans

■ le cercle des qualités qui ne peuvent «être ni conférées par brevet, ni en- « levées par ordonnance; qualités seu- " les admises dans deux tribunaux qui « reviseront beaucoup de jugements ° dont nous sommes contemporains :

* le tribunal de l'histoire et celui du « juge éternel. »

La révolution de juillet laissa Grégoire dans sa retraite. L'injustice du ministre Vaublanc fut maintenue. Son siège à l'Institut, malgré la réclamation de deux académiciens , ne fut point rendu à Grégoire, non plus que son siège au sénat. A l'occasion de la nouvelle liste civile , il monta une dernière fois sur la brèche , et publia une brochure intitulée Considérations sur la liste civile, où se retrouvent les sentiments et les préoccupations de sa vie entière.

Grégoire mourut en chrétien , à Paris , le 28 mai 1831. Le. clergé, et surtout l'archevêque de Paris, M. de Quélen , troublèrent ses derniers instants pour arracher de lui une condamnation du prétendu schisme constitutionnel ; il résista avec fermeté, et mourut lidèle à toute sa vie.

Voici la liste des principaux ouvrages de Grégoire , liste où l'on retrouverait au besoin sa biographie tout entière :

tissai sur la régénération des juifs , ouvrage couronné par l'académie de Metz, 1789; Mémoire en faveur des gens du sang mêlé de Saint-Domingue et des autres îles françaises de l'Amérique, 1789; Éloge f unèbre de Simonot , maire d'Étampes , in-4°; Motion en faveur des juifs , 1789; Légitimité du serment civique exigé des fonctionnaires ecclésiastiques , 1790 , et quelques autres brochures dans ce genre; Rapports sur les destructions opérées par le vandalisme, 1794; et un grand nombre d'autres rapports sur les inscriptions des monuments , la nécessité d'anéantir les patois, sur l'ordre de Malte ; Essai sur les arbres de la liberté, 1794, réimprimé en 1833; Système de dénominations topogràphiques, 1794; Compte rendu aux évéques réunis, par te citoyen Grégoire, de la visite de son diocèse, 1796 ; Des mandements et instructiom pastorales; beaucoup d'articles dans les Annales de la religion; Lettre à D. R.-J. de Arce , archevêque de Burgos , grand inquisiteur dy Espagne , 1798; Traité de l'uniformité de l'amélioration de ta Liturgie, 1801 ; Les ruines de Port- Royal, 1801 , 2e édition , 1809; cet ou-

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