GRIMOD
LUNIVERS. gringoire
rassemblée. M. et madame Grimod de la Reynière , en rentrant chez eux, tombèrent au milieu de cette réunion, où se trouvaient des garçons tailleurs et des apothicaires, et il leur fallut essuyer, devant tout le monde, les plaisanteries railleuses de leur fils.
Cette leçon donnée à leur orgueil était, il faut l'avouer, poussée trop loin, et l'étrangeté de la farce tombait dans la grossièreté et la folie. La nouvelle de cette fête bizarre, répandue dans Paris, eut le retentissement qui suit toujours le scandale, et, pendant quelque temps, on ne parla d'autre chose que des Savoyards vêtus en hérauts d'armes , et du billet d'invitation de M. Grimod.
Pour se soustraire à ses incartades, son père obtint contre lui , quelques années après , une lettre de cachet qui l'exila dans l'abbaye de Blamont, près de Nancy. Cependant , bientôt après, le financier étant mort , Grimod revint à Parisjouir de l'immense fortune dont il étjit héritier. S'obstinant toujours à faire étalage de son mépris pour la roture orgueilleuse et pour les préjugés du rang et de la naissance, ce singulier personnage fit peindre, dans toutes les parties de ses appartements, les attributs de la profession de charcutier.
Malgré le cynisme avec lequel il avait affiché son "extraction et ses goûts plébéiens, il ne prit aucune part aux événements de la révolution : il la traversa sans péril, grâce à son repos, mais non sans dommage, car il y perdit une partie de sa fortune. Il lui en resta assez
{)our continuer à se distinguer dans 'art de Lucullus et d'Apicius, l'art de bien manger. C'est à cause du génie qu'il déploya dans cet art si estimable que nous avons donné ici une place à son nom. Il a véritablement bien mérité de tous ceux qui professent le culte bien entendu de la gastronomie. C'est en France, a-t-on dit, que la gastronomie a toujours été cultivée avec le plus d'intelligence et de fruit. La célébrité de Grimod peut donc être revendiquée comme nationale, à certains égards. Il forme avec Carême, le grand cuisinier, et Brilliat-Savarin, le physiologiste du goût, une trinité gastronomique, infiniment respectable. Son livre, intitulé l'Almanach des gourmands , 1803 , a
enseigné aux cuisiniers beaucoup d'excellentes recettes et d'ingénieux raffinements. Ce livre est écrit, d'ailleurs, avec plus de délicatesse et de bonne plaisanterie qu'on n'en pourrait attendre de l'auteur de la mystification que nous avons rapportée. On a dit que
{>our savoir manger il fallait avoir de 'esprit : Grimod ne fait pas mentir cette observation; seulement, c'était un homme étrange, qui avait des accès de grossièreté parfois voisine de la folie. Un autre tour qu'on cite de lui vaut mieux que celui du souper donné chez son père. Voulant savoir un jour quels étaient parmi ses amis ceux sur 1 affection desquels il pouvait compter, il feignit d'être grièvement malade, puis fît répandre le bruit de sa mort, et distribuer des billets de faire part. L'heure indiquée pour le convoi était celle du dîner. Les vrais amis arrivèrent à l'heure dite, peu nombreux il est vrai. Ils furent introduits dans une salle à manger, et virent debout , près d'une table somptueuse, Grimod, qui les remercia d'un dévouement aussi signalé, et leur fit incontinent les honneurs d'un des plus délicieux repas dont il eût dirigé la préparation.
Gringoire (Pierre), poète du seizième siècle, naquit en Lorraine, probablement dans la terre de Ferrière, diocèse de Toul. Il voyagea d'abord dans une partie de la France , payant l'hospitalité qu'on lui accordait par de petites pièces satiriques et burlesques de sa composition , où il jouait le principal personnage. Vers 1510, il vint à Paris, et fut présenté à Louis XII. Ce prince le chargea de tourner en ridicule le pape Jules II. Il fut bientôt obéi : le jour du mardi gras 1511, la troupe des Enfants sans-souci représenta aux halles te Jeu du prince des sote et de Mère sotte.
L'auteur y verse à pleines mains lés satires les plus effrénées, les plus virulentes contre le pape etla cour de Rome, dont il flétrit les vices et l'ambition. Les principaux personnages sont : le roi, le pape, sous le nom de Mère sotte, ypocrisie, simonie, le peuple françois, et pygnicion divine. La pièce est divisée en quatre parties : le cri ou l'annonce de la représentation, formant aussi prologue; la sottie ou le drame proprement
CRIXGOIKE FRANCE.