GRISONS L'UNIVERS. GRISONS
du duché de Milan, et cédés à la république des Grisons. Dans le courant de ce siècle , les habitants des trois pays étaient restés catholiques, tandis que leurs maîtres avaient pour la plupart embrassé la réforme. La haine réciproque des deux peuples fut encore aigrie par cette différence de religion, et l'Espagne s'apprêtait à en profiter pour détacher les Grisons de l'alliance de la France et pour saisir la Valteline, lorsque les Grisons députèrent, en 1604, vers Henri IV , pour le supplier de les délivrer du danger. La guerre civile agita longtemps cette république, divisée entre les partis de France, de Milan et de Venise. Le 19 juillet 1620, les Valtelins firent une Saint-Barthélemy de tous les protestants et Grisons qu'ils avaient pu atteindre; vengeance atroce, provoquée, il est vrai, par l'intolérance et les exactions de leurs dominateurs.
Les Espagnols accoururent au secours des rebelles, et occupèrent leur territoire, où ils bâtirent plusieurs forteresses. Les Grisons, qui depuis 1509 étaient sous la protection et à la solde de la France, implorèrent son aide, et Louis XIII, par le traité de Madrid (1621), que négocia Bassompierre, força les Espagnols à évacuer la Valteline, la clef orientale de l'Allemagne, le seul chemin par lequel le royaume pût communiquer avec Venise et l'Italie indépendante. Les choses devaient être remises sur l'ancien pied ; mais les troubles civils de la France enhardirent les Espagnols à violer, le traité. Ceux-ci obligèrent même, en 1622, les Grisons à renoncer à la Valteline, à livrer leurs défilés. La vallée de Rhétie et l'Engadine restèrent à l'Autriche, qui mit garnison dans Coire et dans les autres villes des Grisons.
— A l'instigation de la reine, ou plutôt de Richelieu qui la poussait en secret, Louis XIII conclut, le 7 février 1623, une ligue avec Venise et le duc de Savoie pour chasser les Espagnols de la Valteline, et l'archiduc du pays des Grisons. L'Espagne s'en inquiéta, et se déclara prête à évacuer la vallée, à condition que le pays et ses forteresses fussent provisoirement séquestrés entre les mains du pape. La France consentit à l'arrangement. Cette faute du minis-
tère de Louis XIII fut alors exploitée habilement par la reine mère, qui arracha à son fils l'entrée de Richelieu au conseil. Aussitôt le nouveau ministredémontra au roi l'importance de la question de la Valteline. «Il nous faut à tout prix, dit-il, garder ces passages pour lesquels nous avons déjà dépensé des millions, et qui nous rendent les arbitres de l'Italie (*). » L'ambassadeur de France à Rome avant demandé de nouvelles instructions : « Le roi ne veut pas être amusé, répondit le cardinal; on enverra une armée dans la Valteline qui rendra le pape moins incertain et les Espagnols plus traitables.» Eneifet, au mois de novembre 1624, le marquis de Cœuvres, à la tête d'une armée française, vint par Berne, Luchen et Luciensteig , et entra daus le canton de Rhétie. Les troupes autrichiennes s' étant retirées, le marquis renouvela l'alliance avec les Grisons, les engagea à rétablir l'ancienne constitution, leur fit prendre les armes, et, avec 8,000 hommes, descendit dans la Valteline, où il s'empara des forteresses et congédia les soldats du pape.
Le traité de Monçon, en 1626, stipula ensuite pour seule condition de la paix avec l'Espagne la restitution de la Valteline aux Grisons, ou plutôt l'indépendance des trois comtés, moyennant une indemnité annuelle payable aux ligues grises.
— Trois ans après, la république, envahiede nouveau par les Impériaux, jugea nécessaire de lever des troupes pour défendre à l'avenir ses défilés, et reconquérir les trois comtés. Elle en donna le commandement à Rohan, qui vivait tranquillement à Venise. En 1635, Richelieu chargea le duc, rappelé depuis quelques mois à la cour, d'occuper la Valteline. Tous les efforts de l'Empereur et des Espagnols pour l'en chasser ayant été infructueux, les Grisons demandèrent à rentrer en possession des trois comtés. Le cardinal sentit bien que le joug de cette république protestante pousserait de nouveau les Valtelins à la révolte, et rouvrirait la vallée aux ennemis de la France. On
(*) Mémoires de Richelieu , t. H , p. 209 et 401.