GRISONS
GRIVAUD
laissa Rohan sans argent ni vivres; le million promis poursoldes arriérées des Grisons fut employé à un autre usage; enfin, au lieu de ratifier le traité déjà signé pour la restitution des trois comtés, Richelieu le renvoya avec des clauses nouvelles qui le dénaturaient entièrement. Sur ces entrefaites, Rohan tomba grièvement malade; et, lorsqu'il fut convalescent, les Autrichiens avaient conclu à Inspruck, avec les Grisons, un traité en vertu duquel ils promettaient à ce petit peuple de le rétablir dans sa souveraineté sur la Valteline, pourvu qu'il se déclarât contre la France. En même temps, la peste détruisit rapidement l'armée du duc; il ne recevait ni vivres ni argent, ni ordres de la cour. Le 1S mars 1637, se déclara chez les Grisons la levée de boucliers. Rohan, malade encore et mal secondé par son lieutenant dans la Valteline, fut forcé de capituler. Guébriant ramena en France les débris de l'armée d'occupa tion. Les Grisons reprirent ainsi possession de la Valteline, après des troubles qui, pendant près de vingt ans, avaient occupé tous les cabinets européens.
— Bonaparte la leur enleva en 1797, par le traité de Campo-Formio, et depuis, ils n'ont pu la ressaisir.
Entrés dans la confédération helvétique l'année suivante, ils furent envahis par les Impériaux, du 6 au 8 mars 1799, au début de la campagne. Coire et Feldkirch furent les deux points sur lesquels Masséna dirigea son attaque pour leur faire évacuer le pays. Dans les articles que nous avons consacrés à chacune de ces deux localités, nous avons raconté ses succès dans les Grisons, et ses efforts inutilement répétés pour s'emparer du défilé de Feldkirch a son aile gauche. Dessoles, arrivant sur le haut Adige, pouvait prendre les ennemis à revers. Mais il n'était pas encore entré en ligne quand Lecourbe déboucha dans les Engidines, une des cinq vallées principales des Grisons.
On trouvera ailleurs (voyez Engadinés [affaires dans les]) le récit de la lutte glorieuse que l'habile général et ses braves soldats soutinrent dans ces âpres et sauvages montagnes. Après de longs et sanglants efforts, les Impériaux
percèrent jusqu'à Zernetz, village des Grisons. La population, qui nourrissait une haine profonde contre l'armée française, courutaussitôt aux armes, et l'Autrichien Hotze, s'appuyant sur l'insurrection qui éclatait derrière le général Ménard , se porta contre Luciénsteig, gorge fortifiée qui conduit dans le Tyrol. La garnison qu'il y trouva l'accueillit avec un feu terrible, et culbuta ses colonnes. Cependant Lecourbe dut battre en retraite devant les Russes.
Bellegarde, qui désormais pouvait opérer de concert avec Hotze , descendit par la vallée de PAlbula au centre des Grisons, tandis que son collègue retournait à l'assaut de Luciénsteig. Le succès des deux généraux fut complet cette fois. Hotze enloura le fort comme Masséna l'avait fait en couronnant les rochers qui le dominent, puis il emporta les retranchements. Ménard repassa le Rhin, et Lecourbe fut repoussé au delà du Saint-Gothard.
— Au mois de juillet de l'année suivante, Molitor et Lecourbe, employés sous Moreau, chassèrent de nouveau les Autrichiens du pays des Grisons (voyez Coire et Feldkibch).
Grivaud de la Vincelle (Claude- Madeleine), antiquaire et littérateur, né en 1762 à Châlon- sur -Saône. Il dut passer à Lyon quatre années dans une maison de commerce, quoiqu'il eût fait, et avec succès, des études qui annonçaient une autre destination. Opposé, dès le commencement de la révolution, aux principes qu'elle faisait prévaloir, il se vit réduit à se retirer dans sa famille. Cependant, le désir de défendre un ami de ses parents, un ex-bénédictin qu'on venait d'arrêter, le conduisit à Paris pour plaider cette cause devant le comité de législation. Cette démarche le lit dénoncer lui-même; néanmoins il entra ensuite dans l'administration de la comptabilité dis armes et poudres.
Après le 9 thermidor, Grivaud se hâta de quitter cet emploi , et résolut de s'occuper presque uniquement d'objets scientifiques. Sous la restauration, il fut employé à la chambre des pairs comme sous-chef de la comptabilité des bureaux, et y joignit ensuite le titre d'historiographe. Il mourut en 1819 Outre différentes notices ou
GRIZOLLES
L'UNIVERS
GHOLLIEK
tions insérées dans le Magasin encyclopédique, ainsi que dans les Annales encyclopédiques, et un morceau sur les / uses lacrymatoires , qui se trouve parmi les Mémoires de l'académie celtique, dont Grivaud faisait partie, nous devons encore à cet estimable érudit les ouvrages suivants : 1° Antiquités auloises et romaines, recueillies dans es jardins dû Luxembourg en l'an ix, pour servir de suite à t Histoire des Antiquités de Paris, sous le nom d'Arttiquités du Luxembourg, 1807; T Annales des Voyages, de la Géographie et de l'Histoire, ou Discours et Mémoires sur divers sujets d'antiquité, par feu Passumot, ingénieur-géographe du roi, mis en ordre par C.-M. Grivaud, Paris, 1810, 1813; 3° Monuments inédits et découverts dans l'ancienne Gaule, Paris, 1817, 2 vol. in-4°, avec 40 planches et 3 cartes géographiphes ; 4° Arts et métiers des anciens, représentés par les monuments, Paris, 1819-1828, 18 livraisons in-folio.
Cet ouvrage avait d'abord été conçu et commencé par l'abbé Tersan,aidé de Grivaud de la Vincelle. A la mort de l'abbé Tersan, Grivaud continua seul l'ouvrage et fit paraître trois livraisons. M. J. Jacob père a terminé l'ouvrage.
Gbizolles , ville ancienne du ci-devant haut Languedoc, aujourd'hui du département de Tarn-et-Garonne ( arrondissement de Castel-Sarrasin ).
Grizolles est bâtie sur une ancienne voie romaine qui, de Toulouse, allait vers Moissac et Agen , et dans le voisinage de laquelle existent plusieurs tumulus. Vers la On du treizième siècle , la ville jouissait d'une certaine importance.
Au temps de la ligue , un Fénelon , un des aîeux de l'archevêque de Cambrai , était gouverneur de Grizolles pour le roi. Les ligueurs avant enlevé Ja place, le prirent sur la brèche, le pendirent et pillèrent les habitants. Mais la position de Grizolles dans une contrée fertile lui permit de réparer promptement ces pertes.
L'église paroissiale est un édifice du quatorzième siècle dont le portail mérite surtout d'être remarqué.
La population de Grizolles est de 7,000 habitants
Gbochow ( bataille de ).— Malgré la capitulation de Varsovie (19 avril 1809), l'armée polonaise , commandée par Poniatowski, fit aussi une glorieuse campagne, tandis que les troupes françaises s'avançaient victorieuses jusqu'à Wagram. Le 24 avril , l'illustre général tomba à Groehow, sur une colonne que l'archiduc Ferdinand y avait postée pour l'observer, la surprit, l'écrasa, et la mena battant jusqu'à Gora ( 3 mai ) , l'atteignit encore sur ce point , et la rejeta, demi -détruite, sur l'autre bord de la Yistule. Cette double victoire lui ouvrit toute la rive droite du fleuve.
Grollier, ( J. ) naquit à Lyon en 1479. La réputation qu'il se fit de bonne heure par son savoir lui valut la laveur de François 1er, qui le nomma intendant général de l'armée française dans le Milanais. Après la bataille de Pavie , il revint en France, où « il continua, dit de Thou , d'exercer avec beaucoup de soin et de fidélité la charge de trésorier dans un temps où elle n'étoit pas encore avilie par le nombre.» Car, à cette époque, il n'y avait que quatre fermiers généraux. Dans une mission qu'il remplit auprès de Clément VII, il sut si bien gagner les bonnes grâces du pontife, que celui-ci se chargea de la fortune de César, son fils naturel. Ce fut en grande partie pendant son voyage en Italie que Grollier se forma une magnifique bibliothèque et un cabinet de bronzes et de médailles, le plus précieux qu'il y eût alors en France. Malgré sa probité, Grollier, accusé on ne sait de quel crime, aurait infailliblement été condamné s'il n'eût été défendu par le père de l'historien de Thou. Il mourut à Paris en 1505. Il ne cessa toute sa vie d'encourager les savants et les gens de lettres. On rapporte qu'ayant un jour invité à dîner plusieurs savants, il offrit à chacun d'eux, à la fin du repas, des gants où il avait enveloppé une somme en or. Les débris de sa bibliothèque furent vendus en 1675. Chaque volume portait d'un côté, en lettres d'or , ces mots : /. Grollerii et amicorum; et de l'autre : Portio mea , Domine, sit in terra viventium. Son inédaillier, qui allait être transporté en Italie à peu près a la même époque , fut acheté à grand prix par Louis XIV.
gros
Son fils naturel , né en 1510, mort postérieurement à 1582 , a publié : Historiœ expugnatœ et dirept& urbis Romœ per exercltum Caroll V, etc., Paris, 1637 , in-4°. Grollier (Alexandre.) , son fîls , obtint, sous Pie IV, une charge honorable à la cour de Rome, et la perdit pour s'être élevé contre un projet présenté à la chambre apostoli-
3ue par le neveu de Grégoire XIII. Sa isgrâce entraîna celle de son père; tous deux furent dépossédés de leurs biens , et obligés de se réfugier à Florence. Alexandre mourut du chagrin que lui causa cette injustice.
Antoine Grollier, de la même famille que les précédents, naquit à Lyon en 1545. Après avoir accompagné de l'Aubesjiin dans son ambassade d'Espagne, ij embrassa la carrière militaire, et se distingua pendant les guerres de religion par son dévouement à la cause royale. Emprisonné par les ligueurs au château de Pierre-Cize en 1589, il parvint à s'échapper, se retira en Suisse, d'où il revint avec 1,500 hommes rejoindre Henri IV au siégé de Rouen.
Piustard, en 1595, il contribua puissamment à faire rentrer Lyon sous l'obéissance du roi , et fut chargé successivement de différentes négociations en Suisse et à Turin, où il demeura plusieurs années avec le titre de résident de France. Il mourut en 1610, quelques jours après avoir appris l'assassinat de Henri IV ; cette nouvelle fut cause de sa mort. On conservait un recueil de ses lettres à la bibliothèque de Saint- Germain des Prés.
Nicolas Grollier de Servières , fils du précédent, né en 1593 à Lyon , où il mourut en 1686, avait servi avec distinction pendant quarante années.
Ayant pris sa retraite au bout de ce temps, il se livra à la mécanique , et forma un cabinet assez curieux pour que Louis XIV désirât le visiter à son passage à Lyon. Grollier (Gaspard) , grand prieur de Savigny , l'un des neuf enfants du précédent, né à Lyon en 1046, mort en 1716 , augmenta la collection de son père de plusieurs ouvrages mécaniques. Grollier (Nicolas ), comte de Servières , neveu de Gaspard et petit-fils de Nicolas , né à Lyon en 1677, entra au service militaire, fut
nommé lieutenant -colonel en 1702, et commissaire provincial des guerres en 1708. Il mourut en 1745 , membre de l'académie de Lyon et directeur de la société des beaux-arts de cette ville. On a dé lui : Recueil et ouvrages curiettx de mathématiques et de mécanique , ou Description du cabinet de Nicolas Grollier de Servières, Lyon, 1719, 1732, et Paris, 1751 , in -4°, fig.; et d'autres ouvrages manuscrits, dont on trouvera le détail dans le Catalogue des manuscrits de la bibliothèque de Lyon, par Del and i ne.
Gros (monnaie).Les Gaulois, les Gallo- Romains, les Gallo-Francs et les Français, n'avaient jamais eu de monnaied'argent plus forte que le denier. Cette pièce avait souvent varié de poids et de prix; mais, comme cela arrive dans l'histoire monétaire de tous les peuples , son titre * avait été toujours en s'altérant. A la (in du douzième siècle et au commencement du treizième, il n'y avait même plus en circulation, on peut le dire hardiment, aucune monnaie en argent réel.
Les deniers étaient formés d'un alliage de cuivre et d'argent dont les auantités relatives différaient suivant les localités, et qu'on appelait billon. Saint Louis fit changer cet état de choses ; il ordonna qu'on frapperait dans ses États une véritable monnaie d'argent fin, ou ^argent le roi comme on disait alors, c'esta-dire à 11 deniers 12 grains. Cette monnaie devait valoir 12 deniers de billon et former un sou: mais le peuple ne lui donna pas ce nom; il l'appela en latin , grossus denarius albus turonensis gros denier blanc tournois, ou bien plus en abrégé, gros blanc, gros et blanc.
Nous avons, à l'article Blanc, fait l'histoire du gros tournois; nous n'avons à ajouter ici que quelques détails. On sait que la réforme monétaire opérée par saint Louis fut adoptée avec enthousiasme par le peuple , qu'elle fit le tour de l'Europe, y régna presque sans partage depuis le treizième jusqu'au quinzième siècle, et laissa partout des traces profondes de son passage. Ainsi les gros, si usités en Allemagne, ne sont rien autre chose qu'un reste de notre gros tournois. En Fronce, le mot blanc parait avoir été plus usité que
GROS
L'UNIVERS
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celui de gros ; en Flandre et dans les provinces riveraines du Rhin , ce fut le contraire.
Gbos et demi, Gros de Neslb.— Sous le règne de Henri II, on vit reparaître sur les espèces le nom de gros depuis longtemps oublié; ce fut à Poccasion d'une monnaie qui valait 2 sous 6 deniers. Cette monnaie porte pour empreinte, d'un côté ri ne H couronnée et accostée de trois fleurs de lis avec ta légende henbicvs ii d.g fbanco rex. Une croix fleuronnée et la légende ordinaire de l'argent : sit nomen dni benedictv, avec le millésime de l'année où la pièce avait été frappée, marquait le revers. Henri II fit également foire des demi-gros de Neste.
Cette monnaie fut ainsi nommée, parce qu'elle fut frappée à l'hôtel de Nesle. Charles IX, Henri III et leurs successeurs en firent également fabriquer; mais alors ces espèces avaient perdu leur nom primitif; elles étaient appelées sois parisis et pièces de trois et de six blancs, parce qu'elles valaient effectivement 6 blancs de 5 deniers. Telle est l'origine de la dénomination que quelques habitants de nos provinces donnent encore maintenant à la somme de 2 sous et demi ; seulement les six blancs ne sont plus une monnaie réelle comme autrefois , mais une simple monnaie de compte.
Gbos (Antoine-Jean) , peintre d'histoire, est né à Paris, le 16 mars 1771. Son père peignait la miniature et sa mère le pastel. On le fit donc dessiner aussitôt qu'il put tenir un crayon. Après avoir terminé ses études , il entra à l'atelier de David , où ses progrès furent rapides. Il était en état de voler de ses propres ailes, quand la réquisition menaça d'arrêter sa carrière. David parvint à lui obtenir un passe-port pour l'Italie, mais il fut forcé de s'arrêter dans les parties septentrionales qu'occupaient les troupes de la république. Il se rendit à Gênes , et parvint à se placer dans F état-major de Tannée ; il y fit quelques portraits, qui attirèrent sur lui l'attention de Joséphine.
Ce fut à cette époque sans doute, que , suivant toutes les opérations de la campagne, y prenant part souvent, il acquit ce talent particulier de re-
présenter le mouvement des batailles, et de saisir le côté artistique des épisodes militaires. En l'an vi, il envoya à Paris le portrait de Bonaparte au pont d'Arcole. Membre de la commission chargée de recueillir les objets d'art qui étaient cédés à la France par le traité de Tolentino, il s'acquitta de cette mission avec une modération dont les habitants de Pérouse, entre autres, ont conservé le souvenir.
De retour en France , Gros débuta par le portrait du premier consul à cheval , tableau demandé par la ville de Milan , et qui fut terminé en 1802. Il travailla, à partir de ce moment, avec une singulière ardeur, et recueillit les études nécessaires pour son tableau des pestiférés de Jaffa, qui fut complètement achevé en 1804. Ce tableau produisit la plus vive sensation. C'était la première grande page consacrée à nos triomphes militaires, et elle est restée l'une des plus belles et des plus brillantes parmi tout ce que la peinture a produit depuis cette époque. L'auteur fut porté en triomphe au musée, et son ouvrage fut couronné en sa présence comme le chef-d'œuvre de l'exposition.
Gros peignit ensuite la Bataille cTAboukir, le Combat de Nazareth et celui d'El-.'irisch. Le premier de ces trois sujets fut seul exécuté en grand ; mais les esquisses peintes de tous les trois sont des chefs-d'œuvre de verve , de couleur et d'expression. Bonaparte aux Pyramides, la Bataille d'Eylau, \' Entrevue de Vempereur des Français et . de l'empereur d'Autriche en Moravie, furent les principaux ouvrages de Gros pendant le consulat et l'empire.
Gros était, sans contredit, le premier et peut-être le seul véritable peintre de batailles de notre époque; entrant franchement dans le sujet, il a retracé tout le conflit tumultueux des combats, tous leurs accidents, tous leurs épisodes terribles ; enfin , ayant à représenter des exploits militaires, il n'a point éludé la difficulté en faisant des tableaux de convention.
C'est à cette époque aussi qu'il exécuta son tableau de Charles-Quint reçu à Saint- Denis par François /" . Son succès dans cette composition fut d'autant plus grand, qu'en peignant un ta-
GROS
bleau de chevalet et des figures de cette petite proportion, il abordait, pour ainsi dire, un nouveau genre, et que, selon l'opinion générale , il devait échouer dans cet essai ; mais , ceux-là même gui Pavaient voulu décourager par ce fâcheux pronostic , furent forcés d'avouer qu'il s'était élancé à une hauteur nouvelle.
Pendant la restauration, Gros fit, en 1817, son tableau du Départ nocturne de Louis XV M au 20 mars , et en 1819, la duchesse dAngouléme sVm« barquant à Pouillac ; en 1827, Charles X au camp de Heims. Gros a aussi fait un grand nombre de portraits, qui sont placés au premier rang. Nous citerons seulement ceux du général Lasalle, de sa veuve, du ministre Chaptal, de Gall et de Zimmermann. Enfin , à tous ces titres de gloire, vient se joindre une production monumentale, la décoration de la coupole du Panthéon.
Ce n'est pas une fresque , c'est une peinture à l'huile sur un enduit particulier. Commencée en 1811, après avoir
Participé aux vicissitudes politiques de Europe, elle fut découverte le 4 novembre 1824. C'était là une œuvre immense, remplie de difficultés, et dont Gros avait su tirer un parti extraordinaire; c'était une conception magnifique, exécutée de la manière la plus large et la plus grandiose. Charles X , qui Pavait été voir avant qu'elle fût découverte, donna, à cette occasion , le titre de baron à son auteur , et fit en outre doubler le prix de 50,000 francs, fixé primitivement. M. de Peyronnet, alors ministre, se trouvait dans l'église au moment où les élèves de Gros vinrent lui apporter une couronne; il prit le laurier , et le plaça lui-même sur la tête de l'artiste. En un mot , le triomphe de Gros fut complet, et il savoura avec bonheur l'hommage accordé à son génie.
Qui eût dit alors qu'un jour viendrait où tout ce talent serait méconnu , où toute cette gloire serait oubliée, où l'on ne tiendrait compte à cet homme , que chacun couronnait à l'envi , ni de ses longs travaux , ni des nombreux élèves qu'il formait; qu'on oublierait toutes ces belles pages sorties de ses pinceaux, et qu'on viendrait lui dire à lui, l'élève
de David , et son premier élève : « Vous « n'êtes pas artiste, vous n'avez pas com- « pris l'art. » A l'époque où commença à ' fleurir cette école, appelée alors l'école romantique, qui se traînait dans la peinture à la suite de l'école romantique littéraire, qui portait comme elle sur son drapeau la nature et Fart, et qui semblait prendre à tâche de torturer l'une et l'autre , la presse périodique , où la critique des arts est ordinairement mal entendue, prit parti pour ce qu'elle appelait le progrès. C'était la jeunesse, et quelle jeunesse encore ! qui avait adopté avec enthousiasme les nouveaux principes. La question était dès lors devenue une affaire de coterie; et ces génies précoces, qui jugent d'un coup d'œil et tranchent d'un trait de plume , alors qu'ils ne savent encore ni juger ni écrire, ne craignirent pas de jeter le ridicule sur Gros. Quelques feuilles quotidiennes poussèrent même la critique jusqu'à la grossièreté , et il se trouva des gens qui ne rougirent pas d'attenter à cette gloire de la France, d'aller ramasser dans la fange de leur esprit des injures pour en souiller cette éclatante figure d artiste.
Certainement Gros aurait dû mépriser ces attaques , mais il voulut lutter contre le torrent. Il peignit successivement, dans cette intention, Ariane dans hle de Naxos ; David jouant de la hai'pe devant Saûl; t enus sortant de Ponde; enfin , Hercule et Diomède.
La critique ne s'arrêta pas. Pour un artiste qui se souvient de ses jours de triomphe , qui se rappelle le temps où il trônait en roi de la peinture, se voir jeter de côté, voir s'écrouler cet édifice de gloire qui devait abriter ses vieux jours , c'est, il faut l'avouer, une atteinte d'autant plus cruelle, qu'elle est inattendue; arriver au bout de la carrière, avoir toute sa vie travaillé pour atteindre le but , et voir tout à conp ce but s'évanouir et disparaître, est il rien de plus décourageant. Gros sans doute aurait pu se dire que ce n'était là qu'un engouement , qu'une illusion du moment; que ces gens qui criaient si haut n'avaient rien à mettre à côté de ses belles pages ; que leur chétive et creuse peinture serait écrasée si on essayait de la comparer aux productions éner-