GUADELOUPE L'UNIVERS. GUADELOUPE
Larrey reçut de l'empereur l'ordre de panser Gruyer, que trente grenadiers transportèrent jusqu'à Paris. Nommé au mois de juillet suivant commandant du département de la Haute-Saône, il orciîpait ce poste à l'époque où Ney, chargé de s'opposer aux progrès de Napoléon, arriva à Lons-le-Saulnier, le 12 mars 1814. Gruyer se conduisit dans ces circonstances avec toute la fermeté et la prudence qu'on devait attendre de lui. Après avoir exécuté les ordres qui lui enjoignaient de proclamer le retour de Napoléon, en faveur duquel les habitants et les troupes du maréchal s'étaient prononcés ouvertement, il ne négligea rien pour maintenir la tranquillité publique. Après la seconde restauration , cette conduite lui fut imputée à crime; il fut arrêté dans la nuit du 13 décembre 1815, et condamné à mort le 16 mai 1816, par un conseil de guerre nommé par le duc de Feltre, dont le nom rappelle tant de funestes souvenirs; mais les démarches de ses amis firent commuer sa peine en celle de vingt ans de réclusion. Sa femme voulut partager sa captivité; et son mari fut obligé de l'accoucher, parce que le colonel Birague, commandant de la citadelle, avait refusé de faire ouvrir les portes de la prison à la personne chargée d'aller chercher un médecin. Le général fut rendu à la liberté après vingthuit mois de détention , et mourut à Strasbourg en 1822. Un grand concours de citoyens suivit ses dépouilles mortelles.
Guadeloupe. Cette île, une des petites Antilles, fut découverte, en 1493, par Christophe Colomb; les Espagnols avaient inutilement cherché depuis à la coloniser, lorsqu'il arriva, le 27 juin 1635, sur ses côtes', un vaisseau et une barque montés par 500 Français. Les deux capitaines de l'expédition étaient MM. de l'Oliveetdu Plessis, envoyés par la Compagnie des Indes. Mais les commencements de l'expédition ne furent pas heureux. Les colons étaient fort misérables à leur arrivée ; les provisions manquèrent; la division se mit entre les chers ; enlin, l'un d'eux, M. du Plessis, mourut de chagrin au bout de quelques mois ; l'autre perdit la vue, et se fit dévot. Avec cela il fallait sou-
tenir de fréquents combats contre les Indiens. Enfin, de nouveaux colons vinrent dans l'île, soit de Saint-Christophe, soit d'Europe; l'hôpital de Saint-Joseph, à Paris, envoya même une compagnie de jeunes filles pour leur servir d'épouses (1643). Cependant, les séditions et les desordres de toute espèce ne discontinuaient pas , et la Compagnie des îles d'Amérique, ne tirant aucun profit des sommes considérables qu'elle avait avancées , vendit la propriété de la Guadeloupe, avec celle de la Désjrade, de Marie-Galante et des Saintes, à M. deBoisseret, agent et beau frère de M. Houel , ancien gouverneur de la Guadeloupe. La Compagnie des Indes occidentales racheta la Guadeloupe en 1665 , moyennant 125,000 livres.
Après deux attaques infructueuses (1690 et 1703), les Anglais renouvelèrent, en 1759, leurs tentatives contre la Guadeloupe. Neuf vaisseaux partsrent, le 2 mai 1759 , devant l'île. Ce fut du côté du bourg de la Basse-Terre, qui semblait imprenable vers la mer, que le chef d'escadre Moore dirigea ses attaques. Après une canonnade de neuf heures, les batteries de terre n'opposèrent plus qu'un feu languissant. La garnison, pour n'être pas faite prisonnière, abandonna la place , et se retira dans des mornes d'un accès difficile. Au bout de six semaines , elle se rendit à des conditions honorables. Une heure plus tard , les Français étaient secourus , car il leur arriva un renfort de 2,600 hommes, commandés par M. de Beauharnais. Néanmoins , ils ne voulurent point fausser leur parole , et respectèrent la capitulation.
Les colons s'étaient défendus avec vigueur; on avait remarqué même une femme d'une bravoure au-dessus de son sexe, madame Ducharmey , qui , à la tête de ses esclaves , avait attaqué plusieurs fois les détachements ennemis , et n'avait pu être délogée de ses positions que par un corps de troupes régulières. Après la capitulation, signée le Tr mai, les Anglais restèrent dans l'île jusqu'à la paix de 1763, époque où ils la rendirent à la France. Elle était annexée à la Martinique, et ce n'est que dans la seconde moitié du dix-huitième siècle.