GUADELOUPE
UUADET
que , régie séparément , elle a pu prospérer.
Les Anglais , impatients de nous ravir cette belle colonie , ne manquèrent
f)as de proûter de l'état des troubles où 'avait jetée une révolte contre le gouvernement de la mère patrie (1792). Le 10 avril 1794 , ils y débarquèrent un corps de troupes assez considérable, et, le 21 , le général français Collot , qui avait près de 6,000 hommes de troupes, consentit à une capitulation.
Quinze cents Français, sous le commandement du général Victor Hugues, vengèrent cet échec dès le mois suivant. Toute l'île retomba au pouvoir de la république. Le 21 octobre 1801 , les hommes de couleur se révoltèrent , et expulsèrent les autorités. Mais, au printemps de l'année suivante , le général Richepanse réprima la révolte.
Les Anglais reparurent en 1810 , au nombre de 6,000 hommes, et réduisirent les Français à signer une capitulation , le 6 "février. Trois ans après (3 mars 1813), 'ils la cédèrent à la Suède, qui, à son tour, la restitua à Louis XVIII, en vertu d'un article du traité de Paris (30 mai 1814). Mais les habitants s'étant énergiquemeut prononcés pour la cause de Napoléon et contre l'occupation britannique , c'en fut assez pour motiver une attaque de l'armée navale de sir James Leith et de sir Durham. Le 15 août , le comte de Linois, gouverneur, et le général Boyer de Peyreleau, commandant en second, évacuèrent la Guadeloupe, qui resta encore quelque temps occupée par les Anglais.
La colonie est régie par un gouverneur et un conseil colonial de 30 membres, nommés par les collèges électoraux.
La Basse-Terre, chef lieu de la Guadeloupe, est une ville de 5,000 âmes, siège d'une cour royale , d'une cour d'assises , d'un tribunal de première instance, etc. Mais la ville la plus riche et la plus peuplée est la Pointe-à- Pitre, régulièrement bâtie , et peuplée de 12,000 habitants. Elle a un port excellent , à l'extrémité de la Rivière-Salée, détroit qui partage la Guadeloupe en deux îles.
Après ces deux villes, les localités les
plus peuplées de la colonie sont : le Grand-Hourg ou Marigot { 1,900 hab.), la Capesterre , et le l ieux fort Saint- Louis, toutes trois dans l'île Marie- Galante, une des dépendances de la Guadeloupe ; les Saintes et la Désirade, qui dépendent aussi de la colonie , n'ont chacune qu'un petit bourg.
Enfin, dans la partie française de l'île Saint-Martin, dont un tiers appartient à la Hollande, il n'y a que îe petit bourg de Marigot.
Avec toutes ces îles annexées à la Guadeloupe, la colonie a une superficie de 164,513 hectares, et une population d'environ 128,000 âmes.
Guadet ( Marguerite - Élie), né à Saint-Emilion, petite ville du Bordelais, le 20 juillet 1758 , porta sa tête sur l'échafaud révolutionnaire, le 15 juin 1794. L'un des membres les plus influents de la députa tion de la Gironde à l'Assemblée législative et à la Convention nationale, Guadet fut, en outre, le personnage le plus énergique du triumvirat bordelais, autour duquel se groupèrent successivement les différents partis qui reçurent le nom de girondins.
bans le triumvirat girondin, Guadet avait pour collègues Vergniaud et Gensonné, tous deux avocats comme lui.
Cependant , Vergniaud y représentait surtout la haute éloquence, Gensonné l'habileté diplomatique , Guadet la résolution courageuse qui ne demande
?u'à agir. En ce sens, Vergniaud était orateur du triumvirat , Gensonné le négociateur, Guadet l'homme d'action.
Ce dernier possédait plusieurs des qualités qui distinguent le tribun : l'entraînement irrésistible de l'improvisation , l'audace dans le danger , le mépris des obstacles , l'amour opiniâtre de la lutte. C'était le Danton de la Gironde.
Mais il lui manquait beaucoup pour mériter le titre d'homme d'État , que ses antagonistes lui donnaient par manière de moquerie. Comme Gensonné, Vergniaud et presque tous les chefs de la Gironde, Guadet, malgré son activité personnelle , était condamné à l'impuissance par le scepticisme de ses opinions politiques. Aujourd'hui encore, on est embarrassé de dire s'il préférait la république ou s'il aimait mieux la monarchie coustitutionnelle. A entendre
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son petit-fils (*), il était sincèrement attaché au maintien de la constitution, et ne se fit républicain qu'à son corps défendant. S'il faut en croire la Biographie universelle, au contraire, la république était l'objet de tous ses vœux , et il ne s'appuyait sur la constitution que pour la mieux détruire. Enfin , des admira-, te u r s de Guadet le louent pour la franchise de ses opinions démocratiques; tandis que d'autres admirateurs , des parents même, exaltent la bonne foi de son dévouement à la monarchie représentative. Que conclure de ces deux juements opposés, qui, Tun et l'autre, se asent sur des faits et sur des aveux non moins positifs que contradictoires?
Il faut en tirer cette conséquence, que Guadet ne tenait guère plus à une forme de gouvernement qu'à une autre. Le triomphe de la révolution, et la prépondérance de son parti , voilà ce qu'il voulait avant tout, ce qu'il poursuivait soit à travers la monarchie, soit à travers la république. En cela encore , il ressemblait à Danton, avec cette différence, toutefois , que le tribun montagnard était partisan de l'unité et ambitieux de la première place; tandis que le tribun girondin était moitié oligarque, moitié fédéraliste, et se serait contenté d'un des premiers postes. Mais leurs idées , à tous les deux , péchaient par la même base : l'un et l'autre manquaient de ces convictions fortes qui peuvent manquer à un citoyen , même a un citoyen honnête , mais qui ne peuvent faire défaut à un homme d'État, à un chef de parti aspirant à diriger les affaires d'une grande nation.
Malheureusement, il n'entrait peutêtre pas que de la faiblesse dans le scepticisme politique de Guadet ; l'ambition personnelle y était bien aussi pour quelque chose. Sa liaison étroite avec Brissot, homme plus que douteux, semblerait du moins l'indiquer. L'amitié de Brissot a eu presque autant d'influei.ce sur la conduite de Guadet que l'amitié du générai Dumouriez a pu en avoir sur la conduite de Gensonné. Or, Brissot ne valait guère mieux que Dumouriez : sa conduite en Angleterre^;
(*) Dictionnaire de la conversation ; Encyclopédie des gens du monde , art. Guadj- t.