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ses intelligences mystérieuses avec le cabinet britannique "; ses liaisons avec le parti orléaniste d'abord, puis ensuite avec la cour; ses changements nombreux suivis d'autant de défections ; l'impudeur avec laquelle il déclara brusquement la guerre aux partisans de la république, qui l'avaient vu jouer, à leur tête, le rôle d'agent provocateur; aucun de ces motifs n'était de nature à le rendre digne d'estime. Aussi quelque chose de la déconsidération de Brissot rejaillit-il sur les girondins, qui l'avaient accepté pour auxiliaire , et particulièrement sur Guadet, qui avait été son introducteur auprès d'eux. Guadetcroyait ne recevoir que les conseils de Brissot; mais, en réalité, il se laissait diriger par ses intrigues , et bien des raisons portent à croire qu'il n'était pas moins trompé par son ami que Gensonné par le sien.
Guadet ne commença à jouer un rôle important sur la scène politique que vers la fin de l'année 1791, au moment où s'ouvrit l'Assemblée législative. Cependant , peu s'en fallut qu'il ne parût plus tôt a la tribune nationale; dès l'année 1789 , il avait obtenu un nombre considérables de votes , lors des élections pour les états généraux. S'il ne put réunir la majorité , c'est en grande partie à son jeune âge qu'il faut l'attribuer. Déjà alors il s'était acquis beaucoup de réputation dans le barreau de Bordeaux. Dès l'âge de 15 ans , il avait quitté la maison paternelle pour venir terminer son éducation dans cette ville, beaucoup plus florissante à cette époque que de nos jours. Fière de sa prospérité commerciale et de l'éloquence de ses avocats , Bordeaux se regardait presque comme la capitale du Midi , et, se laissant enivrer par les fumées de l'ambition , elle voulait traiter d'égale à égale avec la ville de Paris. Mais Bordeaux oubliait que nul empire ne saurait avoir deux capitales , et que si son commerce et son barreau étaient un double foyer d'éloquence et de richesse, Paris était le centre du gouvernement, le centre des traditions nationales , la ville française par excellence. Non-seulement Bordeaux n'était pas un milieu propice pour former des hommes d'État, car il ne suffit pas de savoir bien con-
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du ire les affaires d'un comptoir ou de bien manier la parole pour mériter ce titre ; mais encore, dans sa lutte de rivalité avec la capitale , Bordeaux était condamnée à prendre pour point d'appui non pas la France tout entière, comme Paris, mais une partie de Ja France. Dans cette lutte , Bordeaux était condamnée à n'avoir pas de drapeau ou à lever l'étendard du provincialisme. Cette triste alternative pesa de tput son poids sur les députés de la Gironde, et, par contre-coup, sur Guadçt, le plus fougueux, le plus véhément, le plus résolu d'entre eux ; nous ne disons pas le plus actif, arce que rarement son énergie put aler jusqu'à l'action, paralysé qu'il était par la base vicieuse du girondisme et par l'hésitation de ses collègues , qui, étant nés moins bouillants, ressentaient encore plus les atteintes de l'incertitude et du scepticisme. Par son caractère, Guadetse trouvait déplacé au milieu des girondins ; en effet , tant que dura la Constituante, il se prononça pour le côté gauche de cette assemblée, en d'antres termes, pour le parti démocratique, que représentaient alors Pétion, Buzot, Grégoire et Robespierre.
Ces démonstrations de républicanisme contribuèrent à le faire nommer membre de l'Assemblée législative par la ville de Bordeaux , à l'époque des élections du mois de septembre 1791.
Le 5 octobre, quatre jours après l'ouverture de la session , il fit son début à la tribune. Il y monta pour appuyer Couthon , qui proposait l'adoption d'un nouveau cérémonial à observer avec le roi, et la suppression des titres de sire et de majesté. «Le roi, dit Gua- « det, qui s'accoutumerait à régler dans « nos séances le mouvement de nos «. corps , croirait bientôt qu'il peut ré- « gleraussi lemouvementdenosâmes.»
Accueillies par des acclamations , ces paroles eurent beaucoup de retentissement , et elles commencèrent sa réputation comme improvisateur chaleureux et comme patriote impatient des formes monarchiques. On vit dans la suite qu'il y avait malentendu entre lui et les montagnards , et que son républicanisme , aux allures si fougueuses, ne s'opposait pas à certains accommodements avec la royauté.
Tant qu il resta dans les rangs de l'opposition , c'est-à-dire , tant que le ministère feuillant ne fut pas remplacé par le ministère girondin, Guadet parla a peu près dans le même sens , et ne se montra pas plus indulgent que les montagnards envers les émigrés, les nobles, les prêtres dissidents, et toute la faction des contre-révolutionnaires. Dès son arrivée à Paris, il s'était fait admettre au club des jacobins qui, loin d'être feuillant comme à son origine , marchait alors , avec le club des cordeliers , à la tête du parti démocratique. Mais c'était surtout dans le sein de l'Assemblée législative qu'il donnait carrière à sa fougue d'improvisateur. Le 28 octobre, il appuya une motion ayant pour but d'enjoindre à Monsieur , frère du roi , de rentrer en France dans le délai de deux mois , sous peine d'être privé de ses droits. Cette motion fut décrétée deux jours après.
Vers le commencement de novembre, il demanda que les émigrés fussent déclarés suspects de conjuration , et que si, au 1** janvier 1792, ils n'étaient pas rentrés dans le royaume, on les poursuivît comme conspirateurs, et on leur infligeât la peine de mort. Il voulut aussi que le séquestre fut mis sur leurs biens , et que la nation en perçût les revenus. L'Assemblée adopta ces diverses propositions. Peu de temps après , un député ayant demandé qu'on mît en accusation les frères du roi, Guadet répondit ironiquement qu'il fallait réserver cette mesure pour les étrennes du peuple, et la fit ajourner au 1er janvier. Le 25 novembre, il proposa, conjointement avec Albitte : 1° d'exclure les prêtres dissidents, ou prétendus dissidents, du culte simultané dans les églises servant au culte salarié par la nation ; 2° de permettre la vente ou la location des autres églises aux citoyens attachés à un autre culte quelconque , pour y exercer ce culte, en se conformant aux lois de police et d'ordre public.
Vers la fin de décembre, il réclama l'application de l'amnistie de septembre aux soldats de Châteauvieux. Le 2 janvier 1792, il appuya Gensonné pour faire prononcer le décret d'accusation, jusque-là ajourné sur sa demande, contre les princes frères du
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roi et les autres chefs de l'émigration.
Douze jours après, il remporta un de ses plus beaux triomphes oratoires , à l'occasion du rapport que Gensonné, organe du comité diplomatique, rédigea sur les intrigues, les menaces et les armements des puissances étrangères.
« Quel est donc , s'écria Guadet , ce « complot nouveau formé contre la li- « berté de notre patrie, et jusques à u quand souffrirons-nous que nos enne- « mis nous fatiguent par leurs manœua vres et nous outragent par leurs espé-
♦ rances! Apprenons à tous les princes « de l'Empire (d'Allemagne) que la nau tion française est décidée à maintenir « sa constitution tout entière. Nous « mourrons tous ici.... » A ces mots , l'orateur est interrompu par les acclamations de tous les membres de l'Assemblée, qui se lèvent et qui jurent de mourir. Les tribunes joignent leurs manifestations d'enthousiasme à celles des représentants, et de toutes parts on entend retentir ces mots : Vivre libre ou mourir ! La constitution ou la mort!
« Oui , reprit Guadet , quand le calme « lut un peu rétabli , oui , nous mour- « rons tous ici plutôt que de permettre, « je ne dis pas qu'on mette en question « si le peuple français demeurera libre, « mais seulement qu'il soit porté la « moindre, atteinte a la constitution....
* Marquons à l*ava?ice une place aux « traîtres , et que cette place soit té- « chafaud! Je propose à l'Assemblée « nationale de déclarer, dès l'instant « même, infâme, traître à la patrie, cou- « pable du crime de lèse-nation , tout « agent du pouvoir exécutif, tout Fran- « çais qui chercherait à détruire la « constitution... » L'orateur est de nouveau interrompu par des applaudissements unanimes. Dès qu'il put se faire entendre, il présenta son projet de décret, qui fut adopté à l'unanimité, au milieu d'un redoublement d'acclamations. L'Assemblée s'occupa ensuite de transmettre au roi la déclaration qu'elle venait d'arrêter, et ce fut Guadet qui , désigné pour présider la députation, lit lui-même cette communication à Louis
La séance du 14 janvier ne fut pas seulement un triomphe pour Guadet, elle fot eucore un triomphe pour tous
les girondins. Son discours , éminemment national, pour l'énergie du langage de l'orateur vis-à-vis de l'étranger, avait en outre un côté politique dont le but était de rendre possible un ministère
girondin. A cette fin , Guadet affectait 'oublier ses précédents démocratiques, et se rattachait à l'ancre de la constitution , ce qui équivalait à une rupture avec le parti populaire. En un mot, il avait prononcé ce que l'on appelle aujourd'hui un discours-ministre ; mais ce discours avait une perspective éminemment patriotique. Dès lors , en effet , on pressentit, soit à la cour, soit dans le peuple , non pas que les députés de la Gironde deviend raient membres du conseil (la constitution ne le permettait pas), mais qu'il faudrait passer sous les fourches caudines d'un cabinet dominé par l'ascendant des triumvirs bordelais, de Brissot, leur instigateur, et de tous leurs auxiliaires. Toutefois , il devait s'écouler deux mois encore avant l'accomplissement de leurs vœux.
Le 22 janvier, huit jours après sa brillante improvisation, Guadet fut appelé au fauteuil de la présidence. Incapable de diriger la révolution, le ministère feuillant ne cessait d'être en butte aux attaques de l'opposition girondine.
Dans le courant du mois de février, Guadet monta à la tribune pour accuser les ministres de trahison. La majorité n'osa pas le suivre sitôt sur ce terrain glissant ; mais le ministère fut encore plus fortement ébranlé. Les germes de division qui existaient entre les membres du conseil se développèrent avec rapidité. Le ministre de la guerre, Narbonne , prévoyant le triomphe des girondins, s'était rapproché d'eux, et avait brisé presque ouvertement avec Bertrand de Molleville et Delessart.
Ces derniers parvinrent à expulser Narbonne, qui entretenait , dit-on , des intelligences secrètes avec Guadet, Gensonné, Yergniaud, Brissot, et qui, vers le commencement de février, s'était adjoint le général Dumouriez. Les girondins protestèrent contre la destitution de Narbonne, qui leur donnait pied dans le gouvernement , et ils firent déclarer qu'il emportait les regrets de l'Assemblée. Enfin, le 10 mars, Guadet donna le coup de grâce au ministère ,