G CADET
GUADET
en faisant décréter la mise en jugement de Delessart , ministre des affaires extérieures , qui s'était coalisé avec Bertrand de Molleville pour renverser Narbonne. Dès lors , le triomphe de la Gironde fut assuré. Du mouriez remplaça Delessart aux affaires extérieures, et de plus, il eut la haute main sur le portefeuille de la guerre, confié à Degraves, qui avait remplacé Narbonne.
Cependant le ministère girondin ne fut complété que le 24 mars , époque où Roland fut nommé au département de l'intérieur, Clavière aux linances, Lacoste à la marine , Duranthon à la justice. Dumouriez resta aux affaires étrangères et Degraves à la guerre. La seule modification importante que subit le nouveau ministère jusqu'au 13 juin, fut la nomination de Servan, qui remplaça Degraves à la guerre dans le commencement d'avril.
Du 24 mars au 13 juin, Guadet cessa de faire de l'opposition systématique, sinon contre la cour , du moins contre le ministère. Chose bizarre ! lui qui devait tonner avec tant de force contre les meurtriers de septembre, il se prononça le 14 avril pour que l'on couvrît par une amnistie les massacres de la Glacière d'Avignon. Il est vrai que plusieurs députés de son parti se trouvaient gravement compromis dans ces assassinats.
Cependant son minUtérialisme de nouvelle date ne put se manifester longtemps sans un mélange d'inquiétude.
Dès que le général Dumouriez se vit dans un poste éminent, il donna carrière à son ambition et à son caractère aventurier. Arrivé au ministère par la protection des girondins , il voulut s'y maintenir avec la protection de la cour, et la division éclata entre lui et ceux des ministres qui , comme Roland et Clavière , étaient restés fidèles à la Gironde. Guadet et ses collègues se virent donc forcés de rentrer , sous quelques rapports , dans les rangs de l'opposition. Voilà ce qui explique comment, le 3 mai, Guadet dénonça le journal CAmi du Roi en même temps que le journal VAmi du Peuple , et lit rendre un double décret d'accusation contre Royou et Marat , rédacteurs de ces deux feuilles. C'était une manière de dire au peu-
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pie et au roi , que ni l'un ni l'autre ne prévaudraient contre la volonté de la Gironde. Pour plus de sûreté , les girondins poussèrent Servan au ministère de la guerre , où il remplaça Degraves, dominé par Dumouriez. Guadet ne partageait pas les illusions de Gensonné sur ce général, et il se garda bien de le ménager.
Toujours dirigé par le besoin d'affaiblir ou d'effrayer le parti de la cour , pour faire prévaloir Roland , Clavière et Servan, Guadet provoqua, le 19 mai, la suppression du million que la liste civile attribuait aux frères du roi. Le 20, il attaqua vivement le juge de paix Larivière , qui avait décerné des mandats d'amener contre Merlin de Thionville, Chabot et Bazire, coupables, suivant la cour, d'avoir affirmé sans preuves l'existence d'un comité autrichien.
Le 28 , il demanda que M. Delaporte comparût à la barre , pour s'expliquer sur les ballots de papiers brûlés à Sèvres. Le 30, il appuya la proposition de licencier la garde royale, et d'ordonner l'arrestation du chef de cette garde , le duc de Brissac.
Après la destitution de Roland , de Clavière et Servan, Guadet ne garda plus de bornes contre la cour et contre Dumouriez. Le 16 juin , lorsqu'on lut à l'Assemblée nationale la lettre où la Fayette manifestait le dessein de défendre la monarchie constitutionnelle contre les envahissements de la démocratie , Guadet eut une idée pleine d'àpropos : il refusa de croire qu'une pareille lettre , digne d'un nouveau Cromwell , pût être du fils aîné de la liberté; il en nia l'authenticité. Le général Mathieu Dumas s'étant levé pour protester, au nom de la Fayette, contre ce qu'il appelait une atroce calomnie , Guadet reprit vivement : « Je disais « que M. la Fayette n'ignore pas que « lorsque Cromwell tenait un pareil « langage , la liberté était perdue en « Angleterre. Or, je ne me persuaderai « jamais que l'émule de Washington « veuille imiter le protecteur de la « Grande-Bretagne.» Malheureusement, il était trop tard, la Fayette ne pouvait nier l'existence d'une lettre qui venait de recevoir un commencement de publicité.