CL., ETC.) U
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L'UNIVERS
GUÀBET
Guadet et Brissot , son intime , passent pour avoir été au nombre des principaux instigateurs de la journée du 20 juin , dans laquelle la Gironde voulut sans succès imposer par la terreur ses ministres à LouisXVI. Huit jours après, la Fayette, trouvant inutile d'écrire de nouveau , vint en personne à la barre de l'Assemblée pour demander la répression des excès commis contre le monarque. Le président venait de répondre au général que sa demande serait examinée, lorsque Guadet s'élanca vers la tribune : «Messieurs, s'écria-t-iï, « au moment où la présence de M. la « Fayette à Paris m'a été annoncée, une « idée bien consolante s'est présentée à « mon esprit. Ainsi , me suis-je dit à « moi-même , nous n'avons probable- « ment plus d'ennemis extérieurs. Ainsi « les Autrichiens sont vaincus. Mais , « Messieurs , cette illusion n'a pas duré « longtemps : nos ennemis sont toujours « les mêmes , notre situation extérieure « n'a pas changé , et cependant le géné- « ral d'une de nos armées arrive à Part ris... ! » Le reste de son discours ne fut ni moins fougueux , ni moins finement ironique. Il finit par demander gue le ministre de la guerre lui-même lût interrogé sur-le-champ, pour savoir s'il avait ordonné ou permis à M. la Fayette d'abandonner ainsi le corps placé sous son commandement. Cette motion n'eut pas de succès ; mais le discours de Guadet n'en produisit pas moins une grande impression ; il agrandit encore la brèche faite à la popularité du fils aîné de la révolution.
Toutefois, au moins autant pour empêcher le parti de la Montagne d'arriver au pouvoir, que par peur des excès populaires, les girondins résolurent, avant d'avoir recours une seconde fois au peuple, de faire une dernière tentative auprès de la cour, à qui Danton faisait des avances. Le 16 juillet, Guadet présenta, au nom delà commission extraordinaire nommée à cet effet , un projet de message au roi , où l'Assemblée déclarait que la France saurait se sauver toute seule , si le roi compromettait son salut. Quoique ferme et énergique, ce langage n'était olus en rapport avec les vœux de l'opinion publique. L'abdication ou la déchéance du roi , voilà ce
que presque tout le monde regardait comme une nécessité. Les girondins choisirent ce moment pour adresser à Louis XVI un mémoire signé par Consonne, Guadet et Vergniaud, mémoire présenté par l'entremise du peintre Boze, et où ils s'engageaient à dompter le parti démocratique , si le roi consentait à rappeler Roland. La cour , qui comptait sur l'étranger, et qui d'ailleurs savait bien que la Gironde n'aurait pas la puissance de tenir ses promesses, en supposant qu'elles fussent de bonne foi, la cour n'eut pas de peine à faire rejeter par Louis XVI les propositions des triumvirs bordelais.
Ainsi repoussés, les triumvirs et leurs auxiliaires résolurent d'avoir recours à une nouvelle journée du 20 juin , et ils offrirent leur alliance aux montagnards comme ils venaient de l'offrir à la cour. De ce côté encore , ils devaient être déçus dans leurs espérances. Les suites de la journée du 10 août dépassèrent toutes leurs prévisions; ils ne voulaient que forcer la main à Louis XVI, le peuple avait détrôné le monarque.
Que fit alors Guadet ? De concert avec Vergniaud et Gensonné, il essaya de regagner le terrain perdu, sinon en rendant la couronne à Louis XVI , ce qui paraissait impossible, du moins en travaillant à l'établissement d'une régence qui aurait gouverné sous le nom du dauphin, encore mineur. Conçue par le parti feuillant , cette combinaison n'eût rien eu d'extraordinaire ; mais venant des girondins, qui laissaient croire au peuple qu'ils voulaient la république, une pareille conduite était aussi maladroite qu'ambitieuse, surtout dans un moment où la France avait besoin d'un gouvernement fort pour repousser l'invasion ennemie. Aussi , malgré les efforts de Guadet , de Vergniaud et de Gensonné, qui tous les trois présidèrent successivement l'Assemblée législative dans la journée du 10 août, le roi fut déclaré, non pas seulement suspendu, comme ils le voulaient , mais déchu • comme le demandaient la Montagne, la Commune de Paris , et l'immense majorité de la nation. Roland, Clavière et Servan, les protégés de la Gironde, rentrèrent au conseil des ministres , il est vrai , mais on leur adjoignit pour coiiè-
GITA D ET FRAIfCE. GUADET
gue , Danton , qui n'eut pas beaucoup de peine à s'attacher Du mouriez , trop clairvoyant pour ne pas se rend recompte de Pincapacité gouvernementale des girondins, et pour ne pas deviner que tôt ou tard ils finiraient par être vaincus. Dès lors, Guadet et ses amis se brouillèrent pour toujours avec les montagnards et avec la Commune de Paris.
Les massacres du 2 septembre, auxquels Guadet, ordinairement si brave, n'eut pas l'audace de s'opposer activement, et que ses collègues n'empêchèrent pas davantage , quoique les moyens leur en eussent été indiqués , les massacres de septembre vinrent encore augmenter les causes d'inimitié qui existaient entre les deux partis , et qui allaient avoir des suites funestes dans te sein de la nouvelle assemblée appelée au rôle de convention nationale.
Dès le 30 août , Guadet , l'organe toujours audacieux de son parti , avait demandé la dissolution de la Commune du 10 août, et fait décréter la formation d'un nouveau conseil général. Mais l'Assemblée jugea convenable de revenir sur ce décret, qui eût pu allumer une guerre civile , parce que le peuple avait placé toute sa confiance dans la Commune de Paris , dont les chefs avaient assuré le succès de la journée du 10 août , et avaient seuls assez d'énergie pour repousser les armées étrangères.
Tel fut le rôle de Guadet à l'Assemblée législative. Nous avons dû entrer dans quelques développements sur cette première partie de sa carrière politique, parce qu'elle est généralement moins connue que la seconde, et qu'elle exerça une grande influence sur sa conduites la Convention nationale. Après ce qu'on vient de voir , on conçoit combien dut être délicate et embarrassante , dans le sein d'une assemblée qui proclama la république dès sa première séance , la position de Guadet et de ses amis, dont les précédents monarchiques s'opposaient à ce qu'on ajoutât foi à leurs protestations de républicanisme. Leurs ennemis leur répondaient : « Sous la rao- « narchie , vous vous disiez républi- « cains.... et vous ne l'étiez pas; main- « tenant que nous sommes en république, « vous ne pouvez pas avouer que vous « êtes royalistes. U est vrai que vous af-
« firmez le contraire ; mais qu'est-ce « gui nous prouve que vous êtes plus « francs aujourd'hui qu'alors ? »
A la Convention comme à l'Assemblée législative , Guadet fut toujours l'homme le plus énergique de son parti, et continua d'en être le soutien; mais, là encore, il se montra indécis dans ses opinions autant que résolu dans son caractère, et se laissa trop souvent conduire par les intrigues de Brissot. Dès le 23 septembre , deux jours après l'ouverture de la session conventionnelle, il se joignit à Vergniaud, Rebecqui et Barbaroux, pour attaquer les députés de Paris, et surtout Robespierre, qu'il affectait de confondre avec Marat. Le 29 octobre, lorsque Louvet lança son accusation violente contre Robespierre, Guadet se présenta pour soutenir la lutte. Dans le procès du roi , il vota d'abord l'appel au peuple , puis la mort, puis enfin le sursis. Après le 21 janvier, il s'éleva avec plus de force que jamais contre les meurtriers de septembre, sans se rappeler que lui-même avait voté pour l'amnistie en faveur des meurtriers d'Avignon , et, par ce vote, encouragé, sans le savoir, les furieux qui devaient les imiter à Paris. Personne
f)lus que lui ne contribua à envenimer a lutte entre la Montagne et la Gironde; et son opiniâtreté intarissable lit échouer tous les projets de réconciliation qui auraient pu ramener la paix au sein de la Convention. Danton l'ayant conjuré, au nom du bien public, d abjurer tout ressentiment, Guadet repoussa ces propositions , ce qui lui attira cette apostrophe prophétique de Danton : « Tu « veux la guerre , et tu auras la mort !» Il est vrai que, mieux que personne, Guadet connaissait les intelligences de Danton avec le parti orléaniste ; mais Danton avait aussi des preuves convaincantes des intelligences des girondins avec les partisans du dauphin et de la régence.
Le 9 mars, Guadet appuya vivement Lanjuinais demandant que la juridiction du tribunal extraordinaire ne s'étendit pas au delà du département de la Seine. Le lendemain, s'étant réuni à Buzot pour demander le rapport de l'article qui portait que les jures seraient pris exclusivement parmi les habitants de Paris et dans
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les quatre départements environnants, il fut interrompu par Duhem , qui s'écria : « Nous ne pouvons entendre un « conspirateur ! » Ce même jour , 10 mars, les girondins crurent un moment leur vie en danger. Suivant son habitude, Guadet se disposa bravement à la résistance; mais le péril était beaucoup moins grand gu i I ne semblait , et les montagnards turent les premiers à réprimer les quelques furieux qui, soit par esprit de vengeance , soit uniquement pour effrayer les députés de la Gironde, avaient proféré des menaces de mort.
Dans le courant du mois d'avril, Guadet et Vergniaud eurent à leur tour à se défendre contre les attaques de la Montagne. Robespierre, qui porta la parole en cette occasion , ne ménagea pas Guadet , qui , de son côté , sut répondre avec son rare talent d'improvisateur. Guadet repoussa surtout le reproche d'avoir eu des liaisons avec Dumouriez ; il disait vrai , en ce sens, que c'était, non pas par lui , mais par Gensonné, que les girondins avaient correspondu avec ce général. Aussi Guadet s'empressa -t -il d ajouter : « Mais j'en « aurais eu (des liaisons) , qu'il ne s'en- « suivrait pas que j'aurais partagé ses «intrigues criminelles. Conquérant, « victorieux, je l'admirai : conspirateur, «je saurai le condamner! Et crois-tu « que Brutus n'aimait pas ses enfants ? « Brutus avait des liaisons naturelles « avec eux ; cependant Brutus les con- « damna , et personne ne le supposa « complice des crimes de ses flls ! » Puis, reprenant l'offensive, Guadet rappela les intelligences de Danton avec Dumouriez. « Ah ! tu m'accuses, moi ! s'é- « cria Danton ; tu ne connais pas toute « ma force... Je te répondrai ; je prou- « verai tes crimes. »
Il est presque inutile de dire que le nom de Guadet était inscrit sur la liste des vingt-deux représentants dont les sections et la Commune de Paris demandèrent inutilement l'expulsion, d'abord le 15 avril , puis le 20 du même mois. Au lieu de chercher à regagner la popularité qu'ils avaient perdue dans la capitale par suite de leurs accusations perpétuelles contre Paris, les girondins conçurent le projet de faire transférer
le siège de la Convention nationale à Versailles. Guadet en fît la proposition formelle le 24 avril, jour ou le peuple ramena en triomphe Marat, acquitté par le tribunal révolutionnaire ; mais la majorité de l'assemblée ne répondit pas cette fois à son appel.
Le 14 mai , il tut plus heureux : il fit décréter par la Convention que la pétition de la ville de Bordeaux en faveur de ses députés, pétition signée par 120,000 citoyens, serait imprimée, affichée dans Paris et envoyée aux départements. Les pétitionnaires bordelais menaçaient Paris de leur indignation et de leur désespoir, si jamais on portait atteinte à l'inviolabilité de leurs représentants.
Mais ce succès ne lit que hâter la perte des girondins , en leur rendant l'audace et en les poussant à des mesures imprudentes.
Le 18 , après la sortie la plus violente contre les chefs de la Montagne et contre la Commune , Guadet demanda que toutes les autorités de Paris fussent cassées, et que les suppléants de la Convention fussent autorisés à se réunira Bourges, pour y délibérer en cas de dissolution de la Convention. Cette motion fut repoussée par la majorité; mais, sur la proposition de Barrère, l'assemblée institua une commission de douze membres. On sait quels excès maladroits se permit cette commission entièrement composée de girondins , et comment , après avoir été cassée le 27 , elle fut rétablie le lendemain , pour être définitivement supprimée par le peuple dans la journée du 31 mai.
Compris dans la liste des vingt-deux députés décrétés d'accusation le 2 juin, Guadet n'imita pas ceux de ses collègues qui refusèrent de se sauver; il se réfugia dans le Calvados , où Brissot , Louvet, Barbaroux, Salles, etc., vinrent le rejoindre. Son énergie accoutumée le poussa alors à un excès qui fait le plus grand tort à son caractère. Oubliant que l'ennemi avait déjà pénétré au cœur de la France, il appela à la révolte contre la capitale les départements de l'Ouest et du Midi.
Après la défaite du général royaliste Wimpfen , que les girondins avaient donne pour chef aux troupes insurrectionnelles , Guadet alla chercher un re-
fuge dans le département de la Gironde, précaution était sage, car à peine les
où le suivirent la plupart de ses collé- nouveaux ouvrages étaient achevés que
gues. Comme les troupes convention- l'on vit arriver de nouvelles troupes
nelles y étaient arrivées avant eux , impériales , sous les ordres du comte
Guadet les .conduisit secrètement jus- de Konigzeg. L'awnée des alliés, com-
qu'à Saint-Émilion, séjour de sa famille, mandée par le roi de Sardaigne, ayant
Le 6 octobre 1793 , Tallien vint faire à pour lieutenants généraux les maré-
Saint-Émilion des perquisitions aux- chaux de Coigni et de Broglie, marcha
quelles échappèrent les proscrits. Mais à l'ennemi. Lecombat fut long, douteux,
huit mois plus tard les recherches re- sanglant et opiniâtre. Enfin la victoire
commencèrent. Le 15 juin 1794 , au se décida pour les troupes de France et
point du jour , toutes les carrières de de Sardaigne.
la ville de Saint-Émilion, la ville elle- Gudin (Charles-Étienne-César, com-
même et les maisons de Guadet père et te), général , naquit à Montargis en
de sa famille se trouvèrent entourées. 1768. Sous-lieutenant dans le régiment
Guadet et Salles furent trouvés dans la d'Artois infanterie en 1784, il servit
maison de Guadet père , et conduits à à Saint-Domingue en 1791, fut nommé
Bordeaux devant une commission mili- chef de bataillon en 1793, devint, à la
taire qui n'eut qu'à constater leur iden- fin de la campagne de 1794, adjudant
tité, car ils avaient été mis hors la loi. général, se signala sous les ordres de
«Bourreaux, faites votre office, dit Moreau en 1795 et 1796, et fut nommé
« Guadet aux membres de la commis- chef d'état-major d'une division active,
«sion; allez, ma tête à la main , de- Après le traité de Campo-Formio ,
* mander votre salaire aux tyrans de ma Gudm passa successivement à l'armée
« patrie. Ils ne la virent jamais sans pâ- des côtes et à celle du Danube, et ob-
« lir; en la voyant abattre ils pâliront tint le grade de général de brigade le
«encore.» Jusque sur l'échafaud, il 5 février 1799. Chargé par Masséna
conserva toute sa fermeté. Il n'avait d'attaquer la position du Grimsel, il
que trente-cinq ans , et il laissait après s'acquitta de cette mission avec cou-
lui une veuve et deux orphelins. rage et habileté; franchit ensuite les
Guabin (P.), savant orientaliste, né passages du Valais, et battit les Autri-
en 1678 au Tronquay, diocèse de Rouen, chiens et les Russes au Saint-Gothard
Il prit de bonne heure l'habit de saint et dans diverses autres rencontres.
Benoît, et professa plusieurs années à Chef d'état-major à l'armée du Rhin,
Rouen et à Reims. Il mourut en 1729 il fut récompensé de ses services, le
à l'abbaye de Saint-Germain des Prés , 6 juillet 1800, par le brevet de général
dont il était bibliothécaire. On lui doit : de division.
Grammatica kebrspa et chaldaïca, En 1804, Napoléon lui confia la 3e di-
Paris, 1724 et 1726, 2 vol. in-4°; vision du corps de Davout, avec la-
2° Ijexicon hebraïeum et chaldaïcobi- quelle il fit la campagne d'Autriche de
blicum, Paris, 1746,2 vol. in-4°. Ces 1801, et celles de 1806 et 1807 en
deux ouvrages sont très-estimés. Le Prusse et en Pologne. Pendant la cam-
dictionnaire, que la mort de Guarin pagne de 1809, Gudin, commandant
l'avait empêché d'achever, a été ter- la droite du corps du maréchal Davout,
miné par D.-Nic. Letournais et D. se fit remarquer aux affaires de Tann
Philibert Girardet. et d'Abensberg ; passa avec sa division
Guastalla (siège et bataille de). Le sous les ordres de Lannes, et développa
duc de Vendôme, vainqueur à Luzara, de grands talents militaires aux batail-
en 1 702, assiéga Guastalla, qui ouvrit ses les d'Eckmùhl et de Ratisbonne ; après
portes le 9 septembre 1702. En 1734, avoir enlevé l'une des îles du Danube,
les troupes de France et d'Espagne située en avant de Presboure, il reçut
concertèrent la prise delà même ville le grand cordon de la Légion d'honneur,
au moment où elle avait une garnison Enfin, il prit une part glorieuse à la
de douze cents Impériaux. Cette troupe journée de Wagram.
surprise n'osa pas se défendre. On s'oc- Le général Gudin se distingua parti-
cupa aussitôt de fortifier la place. Cette culièrement au début de la guerre de
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Russie de 1812, dont il ne devait pas voir les désastres. A Valentina-Gora (19 août), au moment où sa division , qui venait de culbuter le centre de ia colonne russe , allait s'emparer de la
(josition ennemie , il fut frappé d'un >oulet, et mourut sur le champ de bataille.
Voici l'oraison funèbre que Napoléon lui a faite dans son 14e bulletin (23 août : « Le général Gudin était un des « officiers les plus distingués de l'ar- « mée; il était recommandable par ses « qualités morales autant (jue par sa « bravoure et son intrépidité. »
Gudin (Jean- Antoine -Théodore), peintre de marines, est né à Paris le 15 août 1802. Ses parents le destinaient à la marine , et peut-être cette destination première a-t-elle influé sur le genre de peinture auquel il s'est attaché. Il quitta les études qu'il avait commencées, et entra à l'atelier de Girodet pour y apprendre la figure, qu'il abandonna bientôt tout à fait pour se livrer à la peinture de marine.
Il débuta au salon de 1822 par un Brick en détresse et une Vue de l'embouchure de la Seine. Kn 1824, il exposa un Sauvetage et une Vue du fort Chch put, près de Vile d'Oléron. A cette époque déjà, il avait mérité la protection du duc d'Orléans, aujourd'hui roi des Français, pour lequel il avait exécuté un tableau représentant la Visite par un corsaire de V America, vaisseau marchand sur lequel le prince émigrait en Amérique en 1796. Ce tableau parut au salon de 1827, avec le Bateau à vapeur débarquant les passagers à Douvres.
Tous ces ouvrages, où se faisait remarquer un talent réel , avaient classé M. Gudin comme un bon peintre de marines, et il reçut à cette époque la décoration de la Légion d'honneur. On a voulu le comparer à J. Vernet; mais on peut dire, sans faire tort à son talent, qu'il v a loin encore de la richesse et de la vérité des compositions de Vernet aux productions du pinceau facile de M. Gudin. Du reste, cette facilité même lui a été plus nuisible qu'utile; il en a abusé, et a beaucoup trop fait pour bien faire. Après ses premiers succès, II. Gudin a peint une foule d'ou-
vrages où l'on retrouve toujours la même aisance de pinceau, parfois de l'éclat et une couleur séduisante, mais qui n'ont pas augmenté sa réputation.
Ses amis, pour l'excuser, disent, il est vrai , qu'alors il a travaillé dans l'intérêt de sa fortune plutôt que dans celui de sa gloire. Certainement, si c'est là une excuse pour l'homme positif, ce n'en est pas une pour l'artiste, et on ne comprendrait pas pourquoi on saurait gré à un artiste de ce qu'il n'a pas fait parce qu'il a songé à sa fortune. C'est, au contraire, une chose assez remarquable dans les grands artistes, non pas ceux de nos jours, que presque tous ont négligé leur fortune pour ne penser qu'à leur gloire, et entre ces deux manières de voir les choses , nous avouons franchement que nous préférons la seconde. Aussi, n'est-ce pas sans un sentiment de regret que nous avons vu M. Gudin exposer, au salon de 1831, divers sujets, entre autres une Vue du Havre, une Vue de Venise, un Pilote napolitain , qui ne répondaient pas à ce qu'avaient fait espérer ses premiers essais. Dans ces dernières années, il a exposé dans la même, année jusqu'à dix et douze toiles destinées aux galeries de Versailles; il a eu recours, il est vrai, dans ces occasions, au pinceau de ses élèves , MM. Morel , Faho, Couveley, Bouquet de Regny; mais est-ce bien là comprendre les arts, et peut-on lui en savoir gré ? Du reste, M. Gudin, jeune encore, peut conquérir une belle place que lui promettaient ses premiers tableaux. L'avenir nous dira si c'est parmi les grands artistes ou les heureux industriels qu'il doit être rangé.
Guébriaht (Jean-Baptiste-Budes, comte de), maréchal de France, naquit en 1602, au château de Plessis- Rudes, dans le diocèse de Saint-Brieuc. Il fit ses premières armes en Hollande, en Italie, et accompagna, en 1635, le cardinal de Lavalette qui allait rejoindre en Allemagne, avec une armée de 15,000 hommes, le duc Bernard de Saxe-Weimar. Pendant la désastreuse retraite qui termina cette campagne, il défit quinze régiments impériaux. A son retour, le cardinal, appréciant son habileté et sa bravoure, le chargea aussitôt d'aller défendre Guise contre les Espa*
GrimiAUT FRANCE. guébriant 167
gnols. Nommé ensuite maréchal de camp, il fut, en 1637, envoyé dans la Valtelîne à l'armée du duc <le Rohan.
Lorsque Richelieu songea à faire du duc de Weimar un général français, et non un prince allemand indépendant, ce fut Guébriant qu'il chargea de cette négociation difficile , Guébriant à la coopération duquel le duc devait plusieurs succès importants. Mais la mort de Bernard interrompit brusquement ces négociations. Pour donner au comte des gages de son estime, le digne élève de Gustave-Adolphe, avant d'expirer, lui remit son épee , son cheval et ses pistolets.
Guébriant retint an moins au service de la France l'armée d'aventuriers formée par Weimar, prit avec elle plusieurs places du bas Palatinat, mit garnison française dans Brisach, opéra, le 28 décembre 1639, à Bacharach, ce fameux passage du Rhin, qui le couvrit de gloire, et le mit en état de rejoindre le Suédois Banner. Son armée n'agissait que comme auxiliaire des Suédois, et l'obstination de leur chef le jeta maintes fois dans des dangers ou un autre que le général français eût inévitablement succombé.
Ainsi, lorsqu'il vint soutenir, à Zwickau sur la M ulda, Banner qui battait en retraite, ayant contre lui toutes les troupes d'Autriche et de Bavière, il lui avait fallu traverser pendant trois jours un pays de montagnes où ses soldats avaient de la neige jusqu'aux genoux.
C'était le 29 mars 1641. Au moment où Guébriant arrivait si à propos, Ban-, ner mourut. Guébriant fut héritier de ses armes.
Le comte eut alors à conduire les deux armées réunies, troupes indisciplinées, qui déjà sous le grand capitaine qu'elles venaient de perdre, lui avaient donné plusieurs preuves de jalousie et de mauvais vouloir. Il se trouvait à l'extrémité de l'Allemagne, pressé par une armée fort supérieure en nombre à la sienne, et dirigée par l'habile Piccolomini. Cependant il lui livra bataille le 29 juin , près de Wolffenbuttel , et obtint sur elle un avantage signalé, lui tuant près de 2,000 hommes, et lui enlevant quarante-cinq drapeaux. Le 18 mai précédent, il avait remporté un
autre succès important à Weissenfels.
Après ces victoires, Guébriant, nommé lieutenant général de l'armée d'Allemagne, se sépara des Suédois le 3 décembre, et ramena ses troupes dans le duché de Juliers. Cependant il s'inquiétait d'apprendre que l'armée impériale allait encore recevoir un renfort considérable. Il rassembla donc rapidement ses troupes, et attaqua les Impériaux à Kempten , dans l'electorat de Cologne, le 17 janvier 1642. Là, il rompit les barrières du général ennemi La mboi, s'empara de son canon et le pointa contre ses soldats; il lui tua 2,000 hommes, et fit prisonniers Lamboi luimême, Mercy, Landron, tous les colonels et cinq mille officiers ou soldats. L'artillerie, les provisions, les bagages, les drapeaux, tout fut pris, et l'armée française d'Allemagne , bravement secondée par les Hessois ses seuls auxiliaires, put désormais attendre sans inquiétude le retour de la saison des combats. Guébriant reçut, pour son brillant fait d'armes, le oâton de maréchal.
Pendant la campagne de 1643, après avoir secouru le Suédois Torstenson qui faisait le siège de Leipzig, il alla, en opérant une retraite glorieuse, favoriser celui de Thionville, entrepris par le duc d'Enghien; ce prince lui amena ensuite lui-même un renfort avec lequel il assiégea et prit Rothweil, en Souabe, le 19 novembre. Mais ce fut son dernier exploit. Atteint dans la tranchée d'un coup de fauconneau, il se fit transporter dans la ville, et y mourut le 24 des suites de l'amputation.
Son corps fut conduit à Paris, et le gouvernement honora la mémoire de l'habile général par de magnifiques funérailles. Sa vie, écrite par le Laboureur, sous le titre d'Histoire du comte de Guébriant, a paru en 1636, in-fol.; cet ouvrage est estimé pour son exactitude. Il fut écrit sur des mémoires laissés par le maréchal.
Guébriant ( Renée du Bec , maréchale de ) , naquit dans le commencement du dix-septième siècle. Mariée jeune à un homme dont elle ne tarda pas à comprendre la nullité, elle fit rompre son mariage , et contracta une nouvelle alliance avec Guébriant. Leurs
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deux ambitions réunies firent de Guébriant un maréchal de France, et le Laboureur dit que cette dignité appartenait à double titre à madame de Guébriant , par participation de son mari , et par la part qu'elle avait méritée dans le bon succès de ses armes. La maréchale, devenue veuve en 1643, crut ne pas avoir assez fait pour sa gloire , et , en 1645, elle trouva moyen de se faire nommer ambassadrice "extraordinaire auprès du roi de Pologne. C'était la première fois qu'en France une femme portait, de son chef, le titre d'ambassadrice. La négociation dont madame de Guébriant était chargée semblait du reste affaire de femme, uisqu'il s'agissait de conduire vers Wlaislas la princesse Marie- Louise de Gonzague , qu'il avait épousée par procureur. La princesse arrive à Varsovie ; elle trouve le roi prévenu contre elle. On l'accusait d'avoir éperdument aimé le malheureux Cinq - Mars , et pour ce fait elle allait être outrageusement renvoyée en France. Madame de Guébriant vit le péril ; elle sut qu'une partie de la cour intriguait contre Marie de Gonzague; qu'une princesse polonaise visait à supplanter la reine ; elle résolut de tenir tête à la fortune. Ce qu'elle déploya de dextérité, d'esprit et de profonde diplomatie pour amener Wladislas à reconnaître Marie de Gonzague pour épouse , serait incroyable , si on n'en avait le détail authentique dans une série de lettres écrites par la maréchale à la princesse Anne, mère de la reine de Pologne. Non-seulement la princesse fut reconnue , mais Wladislas donna ordre de rendre à l'ambassadrice les mêmes honneurs qu'avait reçus l'archiduchesse d'Inspruck, Claude de Médicis , lorsqu'elle lui avait amené à Varsovie sa première femme , fille de l'empereur Ferdinand III. Une fois entrée dans la diplomatie, madame de Guébriant résolut de n'en plus sortir.
Charlevoix, gouverneur de Brisach, venait d'être remplacé par Tilladet dans cet office; mais lorsque le nouveau gouverneur se présenta devant la place, l'ancien refusa de lui en ouvrir les portes , etilfallutsonger à négocier ou à donner, avec des troupes françaises , assaut à une place française dans laquelle il ne
se trouvait d'autre rebelle que le gouverneur. On fit appel aux talents de madame de Guébriant. Celle-ci , feignant du mécontentement personnel contre ia cour, se rendit près de Charlevoix avec une femme qu'il aimait ; une fois dans la place , elle n'eut pas de peine à inspirer au gouverneur assez de confiance pour l'engager à aller hors des murs se promener avec sa maîtresse. Un avis envoyé à temps au commandant de Philisbourg donna à celui-ci la facilité d'enlever Charlevoix pendant une de ces promenades , et la place fut livrée au nouveau gouverneur tandis que l'autre dut rester en prison /usqu'à ce que la France fût entièrement pacifiée. Cette perfidie fit beaucoup d'ennemis à la maréchale ; mais elle augmenta encore son crédit à la cour, qui, dit-on, allait la nommer gouverneur de Brisach et de l'Alsace , lorsqu'elle mourut à Périgueux, le 2 septembre 1659, au moment où elle prenait part à la négociation de la paix des Pyrénées, sous le titre de première danie d'honneur de la jeune reine, Marie-Thérèse d'Autriche (*). Gui Patin raconte que la maréchale refusa à ses derniers moments de recevoir les secours de l'Église, fait qui peut-être n'est pas moins extraordinaire à cette époque, que ne l'est le reste de la vie de cette femme.
GiTeidan, baronnie de Provence, fut
(*) Louis XIV continua à faire des dames d'honneur les instruments de sa politique : ou lit dans les Annales de la cour et de Paris, 1697 et 1698 , imprimées à Amsterdam en 1706 : « Il faut savoir que la dame d'honneur de madame la duchesse d'KIbeuf ayant voulu se retirer, sa place (il y a deux mille écus de pension ) fut briguée par quantité de femmes de qualité qui, outre ces deux mille écus qui leur faisoient envie, considéroient que ce poste leur pourroit être utile par les relations qu'on y a avec Sa Majesté. Car Elle est bien aise qu'on lui rende compte de ce que fait madame la duchesse ; et c'est pour cela qu'on a établi ces sortes de dames d'honneur chez les princesses du sang, et que le roi s'est chargé de payer lui-même ces pensions. C'est une politique fine et adroite qui les retient dans le devoir, et même qui y retient leurs maris, parce qu'ils savent qu'ils ont aussi chacun dans leurs maisons une personne qui prend garde qu'il ne s'y passe rien au préjudice de ce qui est dû à Sa Majesté.»