‹ Francia; histoire illustrée de la FranceChapitre 105 sur 725 · U89-IS · texte numérisé non relu

U89-IS

(D'après une estampe

du XVI' siècle. i

mais de vous qui servez contre votre prince, votre patrie et votre serment».

Pavie. — Le roi prit lui-même le commandement des armées, mais pour courir au plus grand désastre. Ayant franchi es Alpes et, de nouveau, emporte Milan à la course, il avait mis le siège devant Pavie. Les Impériaux, avec Bourbon, Lannoy et le marquis de Pescaire, se portèrent au secours de la ville et attaquèrent les assiégeants dans le dos.

Ce (ut un nouveau Crécy. Les mercenaires suisses s'étant débandés, les Espagnols firent un grand massacre des fantassins français.

Entouré d'ennemis et bien que blessé au visage, à la cuisse et au bras, François se défendait de sa terrible épée pendant que tombaient, l'un après l'autre, autour de lui. les premiers hommes de France et les meilleurs de ses chefs de guerre; La Trémoille, La Palice, Bonnivet se battirent, à son exemple, comme simples soldats.

Son cheval étant tombé sous lui, il refusa de se rendre à un officier du connétable et remit son épée à Lannoy qui la reçut à genoux (25 février 1525).

Captivité à Madrid. — De la forteresse de Pizzighettone, où il fut enfermé avant d'être conduit à Madrid, le roi écrivit à sa mère : « De toutes choses ne m'est demeuré que l'honneur et la vie qui est sauve. »

La formule : « Tout est perdu, fors l'honneur », où l'on a condensé cette phrase, est restée dans la mémoire des hommes.

Le lendemain de Pavie, Henri VIII proposa à Charles-Quint, avec l'assentiment du pape, le partage de la France : le roi anglais se serait fait couronner à Paris ; l'empereur, épousant la fille vmique de Henri VIII, se serait assuré la réunion de la France et l'expectative de l'Angleterre. La régente, Louise de Savoie, fut très ferme ; elle vit très bien que les alliés de Charles-Quint ne tarderaient pas à s'inquiéter pour eux-mêmes d'une telle victoire. La monstrueuse puissance, issue des mariages de Bourgogne, a pour devise : « Toujours plus oultre <> ; elle menace tous les Etats et tous les peuples.

Loin de se laisser abattre par le désastre, la France s'y retrempa. Elle eût

désespéré, étant sans roi et sans armée, que c'en était fait pour longtemps de la liberté du monde. La régente négocia, .^vant la fin de l'aimée, le roi d'Angleterre, le pape et les princes italiens avaient rompu avec l'empereur.

Paix de Madrid. — François I", dans sa prison de Madrid, s'était résigné, après quelque résistance, à toutes les conditions de Charles-Quint.

Il s'obligeait, en échange de sa délivrance, à lui « restituer » la Bourgogne, lui reconnaissait la suzeraineté de la Flandre et de l'Artois, renonçait à «ses» royaumes de Naples et de Milan ; de plus il amnistiait Bourbon et ses complices, les remettait en possession de leurs biens, délaissait ses alliés, promettait une armée et une flotte pour la future croisade ; et, encore, étant devenu veuf de Claude de France, il épouserait la sœur de Charles- Quint, Eléonore (14 janvier 1526).

Charles-Quint exigea la ratification du traité de Madrid par les Etats i énéraux du royaume. Comme gage, François dut jurer « sur son honneur de roi et de chevalier » et « sur sa foi de chrétien » d'observer le traité, et, en outre, donner comme otages ses fils, dont le dauphin.

Il découvrira par la suite que le serment et la remise d'otages s'excluent.

La Ligue de Cognac. — A peine libre, après avoir été échangé contre ses enfants sur la Bidassoa, le roi rédigea une protestation secrète, le jour même où il signa le traité, pour en déclarer toutes les clauses nulles et de nul effet. Il reçut ensuite les députés de Bourgogne qui lui signifièrent la vanité de ses engagements, puisque le serment du Sacre interdisait au roi de France d'aliéner aucune partie de son domaine ; ils entendaient rester français. Enfin il contracta avec le pape, les Vénitiens et Henri VIII «la Sainte- Ligue de Cognac » qui jetait les bases d'une confédération pour mettre fin aux eatreprises de suprématie et aux guerres, « barrer le chemin qui mènerait à la monarchie de la chrétienté ».

Cette première esquisse d'une Société des Nations s'appelait «la République chrétienne ». La Ligue dégageait le roi de ses obligations de Madrid.

Il n'en tint aucune, remettant toujours à une date prochaine, chaque fois qu'il reçut sommation de l'Empereur. ,

Il attendit pourtant pn'-s de deux ans avan t d'envoyer son roi d' armes, Guyenne, en compagnie de Clarence, roi d'annes d'Angleterre, déclarer à nouveau la guerre à Charles-Quint, dans son château de Burgos (22 janvier 1528). Charles le pro-

TRAITE DE CREPY

voqua en duel pour avoir manqué à sa foi : François répliqua que « tout homme gardé ne peut avoir obligation de foi » et que, si l'empereur le chargeait d'avoir commis un acte contre l'honneur, o il en avait menti par la gorge ».

Sac de Rome. — Dans l'interv^alle, les Italiens s'étaient soulevés ; le connétable de Bourbon, marchant aussitôt contre le pape avec les Impériaux, fut tué à l'assaut de Rome ; ses bandes mirent la Ville sainte au pillage pendant huit jours.

Toléré par l'empereur, ce brigandage contribua beaucoup à ramener I l'opinion de l'Europe à ses ennemis, dont François était le plus illustre et la tête.

Guerres et trêves. — Les guerres qui vont suivre jusqu'à la fin du règne furent, comme la guerre de Cent ans, interrompues fréquemment par des traités (Cambrai en 1529, Nice en 1538, Crépy en 1544) qui n'étaient en fait que des trêves.

Les peuples soufflaient, les armées se reconstituaient, le roi d'Angleterre et les républiques italiennes passaient d'un parti à l'autre ; puis, au moment qu'il tenait pour le plus opportun, le roi lançait de nouveau, « à son de trompe par tout le royaume », le « cri de guerre » contre l'empereur.

Flux et reflux, selon l'ordinaire de telles guerres où les forces sont à peu près égales. Lautrec rentre dans Milan et échoue devant Naples ; Charles-Ouint ravage la Provence jusqu'à Aix, est arrêté devant Marseille et, avec Montmorency sur ses talons, repasse le Var après avoir perdu la moitié de son année ; le comte de Nassau et ses ♦ Bourguignons » se brisent devant Péronne, le dauphin Henri devant Perpignan ; Luxembourg est pris et reperdu ; Xice emportée d'assaut ; la victoire de Montluc à Cérisoles paraît la glorieuse revanche de Pavie. Les Impériaux envahissent la Champagne, descendent par la rive droite de la Marne, s'emparent d'Epernay et de Château-Thierry, puis, arrivés à vingt lieues de Paris qui pousse résolument ses fortifications, se voient menacés d'être « environnés et enveloppés », ♦ entièrement perdus et ruines ' ». et se replient, par Soissons, vers le Nord; campagne de l'été de 1544, qui est comme l'ébauche de la campagne de l'été de 1918.

Aucune de ces actions n'est décisive, mais le roi de France « tient ». Et tenir

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