FRAXÇOIS II ET LES GUISES
- CHARLES IX (1350-1574)
(D'après Clouet, Musée du Louvre.
de donner le signal de la guerre intérieure. Sa veuve, Catherine de Médicis, va être, pendant près de trente ans, la véritable reine de France. Sa dure image préside à l'extinction de la maison de Valois, finissant comme l'avait fait celle des Capétiens directs et comme fera celle des Bourbons, par le règne de trois frères.
A François II, qui dépérit après avoir occupé le trône pendant dix-sept mois et avant d'avoir atteint sa dix-septième année ', succéderont Charles IX, pendant quatorze ans '^, et Henri III, pendant quinze 3, sans qu'aucun de ces rois déplorables ou détestables ne laisse de postérité.
L'auteur du Génie du Christixni'^me a dit de Catherine : « Elle était incrédule et superstitieuse ainsi que les Italiens de son temps ; elle n'avait en sa qualité d'incrédule aucune aversion contre les protestants et les fit massacrer par politique ; elle ne vit jamais dans le vaste royaume dont elle était souveraine qu'une Florence agrandie, les émeutes de sa petite république, les soulèvements d'un quartier de sa ville natale contre un autre quartier, la querelle des Pazzi et des Médicis dans Ja lutte des Guise et des Châtillon. »
La cour et les Jésuites. — La cour des Valois ne fut à aucun moment plus dissolue ; les filles d'honneur, « l'escadron volant » de « Madame » Catherine, les « honnêtes dames i> que raconte Brantôme, les mignons de Henri III et de son plus jeune frère Alençon, donnaient un perpétuel scandale dont les graves huguenots tirèrent parti.
Dans le même temps, la claire dévotion des politiques d'autrefois (Suger, saint Louis, le cardinal d'Amboise) s'obscurcit au contact de l'Espagne et des jésuites.
C'était un ordre nouveau, qui avait été, au commencement du siècle, conçu sur la colline de Montmartre dans l'âme tourmentée d'un soldat biscayen, Ignace de Loyola, et qui avait rapidement acquis, d'abord en Espagne, beaucoup de puissance et de grandes richesses.
Les derniers Valois. — Même aux
heures que traversent des éclairs de vertus chrétiennes ou romaines, le règne des derniers \'alois est l'une des époques les plus affreuses de notre histoire. Elle paraît d'autant plus sombre que les événements contrastent davantage avec l'éclat toujours plus vif des choses de l'esprit. Eclaboussé de sang, le xvi^ siècle continue à resplendir avec son Collège de France, ses maîtres de droit, ses précurseurs scientifiques, ses philosophes, ses humanistes, sa floraison d'artistes.
La bête humaine déchaînée est atroce (massacres, empoisonnements, supplices raffinés), et la poésie ne fut jamais plus fraîche :
Mignonne, allons voir si la rose Qui ce matin avait déclose Sa robe de pourpre au soleil....
Ce demi-siècle est un temps de transition, donc de contradictions violentes, où triomphera finalement, mais combien frêle encore ! la liberté de penser. Au dehors, dans l'Italie de Sixte-Quint, au Portugal et dans l'Espagne de Philippe II, dans l'Angleterre d'Elisabeth, le génie humain s'éleva à quelques-uns de ces sommets : Le Tasse, Camoëns, Cervantes et, le plus grand de tous, Shakespeare.
François II et les Guises. — François H, roi enfant, à peine âgé de quinze ans, laissa le gouvernement aux Guise ; ils étaient les oncles maternels de sa femme Marie Stuart, reine d'Ecosse, idole des poètes durant son passage en France, vouée à une destinée tragique.
Sous ce règne d'un an et demi, et encore aux premiers temps de Charles IX, la guerre civile continue à hésiter. Les nuages s'accumulent, mais ne crèvent pas.
Les Guises (le duc François et le cardinal), les « Lorrains », comme on les appelait, éloignèrent les premiers princes du sang: Antoine de Bourbon, par son mariage avec Jeanne d'Albret, roi de Navarre ; son frère Louis, prince de Condé S et les trois Châtillon (Coligny, Dandelot et le cardinal-évêque de Beauvais), qui avaient passé à la Réforme. Ils redoublèrent de rigueur contre le gros des protestants ; du Bourg fut rais à mort.
4. Leur père, Charles, duc de Vendôme, frère du connétable de Bourbon, avait eu de l-rançoise d'Alençon sept fils et si.x filles.
ANTOINR
PE BOI'RIiON
père de Henri IV
(Musée Condé.)
CHARLES IX
Ils disaient aussi, ou laissaient dire, que la race des \'alois était lépreuse, pourrie, et qu'il faudrait changer bientôt de dynastie.
Les protestants se lassèrent de supporter le martyre, comme sous le règne précédent, avec une «patience chrétienne et évangélique ». La Réforme française va devenir un parti politique, sans cesser pour cela de garder ce caractère moral qui fait sa noblesse, mais dont la gravité semble un reproche à ce qu'il y a d'aimable et de facile dans le génie français
Conjuration d'Amboise. — La conjuration d'Amboise, dont « le chef muet », « l'âme invisible », fut le prince de Condé, eut pour objet de réclamer au roi la liberté du culte réfonné et d'ôter le gouvernement aux Guises (1560). Le secret, bien gardé pendant six mois, fut trahi par un avocat parisien à qui l'un des meneurs de l'entreprise (La Renaudie) s'était imprudemment confié.
Le roi s'étant laissé arracher la nomination du duc de Guise comme lieutenant général, la répression fut sauvage. Les Lorrains ' voulaient livrer au bourreau Condé et le roi de Navarre, têtes de la famille de Bourbon qui les séparaient du trône. On ne fit pendant un mois que « décapiter, pendre et noyer ». La Loire roula des cadavres attachés par couples de trois ou de quatre.
Mais <• ces morts n'étaient pas muettes » ' ; le petit roi, devenu un objet de haine, s'en lamentait : « Hélas ! qu'ai-je fait à mon peuple ! » Il lui aurait fallu entendre (et comprendre) la forte parole du vieux d'Aubigné, reconnaissant les têtes de ses meilleurs amis sur les poteaux où elles étaient exposées : « Les bourreaux ont décapité la France ! »
Minorité de Charles IX. — La guerre civile fut retardée, encore une fois, par la mort du roi. Son frère, Charles IX, était âgé de neuf ans. La régence fut reconnue (de fait, sinon de droit) à la reine mère.
Le chancelier de l'Hôpital — Catherine avait lu, avec son acuité florentine, dans l'ambition des Guises. Elle les écarta, se rapprocha des Bourbons, moins par sympathie que pour les opposer aux Lorrains plus redoutables, et essaya d'abord de gouverner avec le chancelier Michel de l'Hôpital.
C'était le plus honnête homme du royaume, " le plus grand et le plus digne chancelier qu'il y ait eu en France ^» .