LE GRAND DESSEIN DE COLIGNY
le souci constant du bien public. Il ne poursuivait pas seulement l'établissement de la liberté religieuse ; sa pensée profonde, c'était de « rétablir l'ancienne liberté française, en faisant en sorte que cette monarchie fût gouvernée par le conseil de plusieurs des plus prudents personnages, et que l'autorité du monarque fût restreinte à certains termes»*.
L'amiral installa son centre à La Rochelle, d'où il recevait par mer les secours anglais. Ayant remporté quelques
Le grand dessein de Coligny. —
Charles IX n'avait été encore qu'un roi d'apparat, gracieux, mélancolique, bizarre, amoureux d'une petite bourgeoise (la flamande Marie Touchet), à ses heures poète et forgeron. Le désir de jouer un rôle dans les affaires de l'Etat lui arriva avec sa vingtième année. Celui qu'il entrevit était le plus grand : intervenir aux Pays-Bas contre Philippe II, les délivrer de l'Espagne, qu'il haïssait.
On a son projet de sa main, dans une
L* SAINT-B.\RTHELEMy
Conmie l'indique une inscription en haut de la gravure, la scène représente le massacre des Huguenots dans les
rues et les maisons de Paris. Le giaveur i alleniancl ou hoUandai^ a représenté dans le même cadre, au premier plan
h i;auche, la tentative d'assassinat de Maurevel tirant d'une fenêtre sur Coligny à sa sortie du Louvre, deux jours,
avant le massacre ; Coligny est à cheval. Au-dessous du cheval on lit : Dft- amiral.
(D'après une gravure du temps, Eibl. Nat.)
succès, il forma le projet de marcher sut lettre à son ambassadeur à Constanti-
Paris par le Rhône et la Loire. nople 2, pour qu'il en avise le sultan :
La Saint-Barthélémy. — Le deuxième c Toutes mes fantaisies sont bandées pour
édit de Saint-Germain (août 1570), sur- m'opposer à la grandeur des Espagnols,
venant tout à coup, a paru si favorable et aider ces gueux des Pays-Bas qui ont
aux réformés (amnistie, liberté de con- déjà pris toute la Zélande et ébranlé la
science, liberté de culte pour les villes Hollande ». Cette lettre s est d'autant
déjà protestantes, et quatre villes de plus significative que la Turquie, à l'au-
sûreté, dont La Rochelle et Montauban) tnniiie précédent, avait subi à Lépante
que leurs historiens y ont découvert un un désastre naval ; la flotte de la Ligne
piège : Catherine les aurait voulu induire en confiance afin de les livrer plus sûrement aux massacreurs de la Saint- Barthélémy (août 1572).
Cette préméditation n'est pas établie.
Le massacre a été à peu près improvisé.