I. Duc d'At/MALE, II
quèrent de peu leur grand coup de la Ligue.
Le coup de la Ligue. — La « paix de Monsieur » apparut à la masse des catholiq\ies comme une trahison. Ce n'était pas seulement le désaveu de la journée où cette même Catherine et ce même Anjou avaient convié le peuple de Paris à exterminer « les conspirateurs », et le triomphe insolent de l'hérésie. Mais c'était aussi le démembi'ement de la royauté : les protestants constitués en une sorte de république, les grands apanages rétablis, la Touraine avec le Berry au duc d'Alençon, la Guyenne au roi de Navarre, la Picardie à Condé, d'ailleurs cinq gouvernements aux Guises.
Pour l'électeur palatin, il n'avait renoncé aux trois évêchés (Metz,Toul et Verdun) qu'en échange de 3 600 000 livres, solde due à ses reîtres et à lui-même.
L'unité religieuse, l'unité nationale, c'était bien tout un. Le clergé était intéressé à le faire croire et, certainement, en était convaincu.
Voici donc le double objet déclaré de la Ligue : « Remettre (rétablir) le saint service de Dieu, selon le terme de l'Eglise catholique, apostolique et romaine »; « rendre aux provinces les libertés telles qu'elles étaient du temps du roi Clovis, premier roi chrétien ». C'est l'article principal de l'acte constitutif, rédigé en 1585 à Péronne, envoyé à Paris et dans toute la France. Et comme la religion prétendue réformée et le parti « politique » se sont recrutés surtout dans la noblesse, la haute bourgeoisie et les « intellectuels », la Ligue est démocratique ; les petites gens adhèrent en foule, amenés par le bas clergé et les moines populaires.
Pour r arrière-pensée des promoteurs et chefs de l'entreprise, nous l'avons, du premier jour, dans le mémoire envoyé par le cardinal-archevêque de Paris 2 à Philippe IL Une généalogie de fantaisie fait descendre les Guise, à la foisde Clovis et de Charlemagne ; les Valois éteints ou déchus, les Bourbons exclus (parce que le roi de Navarre est revenu au protestantisme), la lignée usurpatrice de Capet ainsi condamnée par Dieu et par les hommes, le trône de France passera aux princes lorrains.
L'héritier protestant. — Henri III suivit, une fois de plus, la politique au jour le jour de Catherine. Il « avoua » le mouvement, au lieu de s'y opposer, et
2. Pellevé, alors à Rome, où son mémoire (rédigé par T avocat parisien David) fut soumis au pape.