‹ Francia; histoire illustrée de la FranceChapitre 134 sur 725 · DE BOURBON · texte numérisé non relu

DE BOURBON

Proclamé roi par la Ligue

sous le nom de Charles X .

façon d'une fièvre grands incidents.

La crise éclata d'Anjou, survenue

s'en déclara le chef, pensant ainsi jouer les Guise-.

Cela lui fit gagner quelques années (1577-1384), mais où la royauté s'abîma davantage et le pays s'enfonça dans plus de misère. Bien que le Tiers aux Etats de Blois eût parlé très haut pour la paix religieuse, la guerre reprit, toutefois à la intermittente, sans

la mort du duc son retour d'une désastreuse entreprise aux Pays- Bas (1584). Il était l'héritier présomptif. L'héritier légitime, c'est désormais le j roi de Navarre.

I II n'aurait pas hérité d'une femme, n'arrivant pas au degré successible ; toutes les autres branches issues de saint Louis étant mortes, il héritait du trône, et il était hérétique et relaps.

La France voulait rester catholique ; eût-elle accepté un roi protestant?

Traité de Joinville. — C'était l'heure de Guise. Toutefois il ne revendiqua pas encore ses droits carolingiens et mit en avant l'aîné, après Navarre, de la maison royale, le vieil et imbécile cardinal de Bourbon qui tiendrait la place peu de temps.

Couvée depuis dix ans, l'opération fut aussitôt appuyée par Philippe II et par le nouveau pape Sixte-Quint.

Les (juise- signèrent à Joinville (janvier 1585) « une union personnelle avec le roi très catholique afin d'extirper de France et des Pays-Bas les sectes et hérésies, et, au besoin, les anéantir ». Le pape excommunia le roi de Navarre et le prince de Condé, « génération bâtarde et détestable de la maison de Bourbon », et les déclara « déchus de leurs seigneuries er incapables de succéder à la couronne de France ».

Le Parlement contre la Ligue. — Si craintif que fût devenu le Parlement, il refusa d'enregistrer la bulle « privatoire ». Ses remontrances furent très fortes. " Le pape mutine les sujets, il renverse les fondements de toute justice et de tout ordre politique. »

£ntre temps, la Ligue lança un manifeste d'une extrême violence. Ses chefs, princes du sang, cardinaux, évoques, seigneurs, officiers, bonnes villes, « faisant

la meilleure et la plus saine partie du royaume », appelèrent les catholiques au.x armes. On ne les posera pas avant que <■< le roi n'ait fait cesser le péril (d'un roi protestant) qui menace la ruine du service de Dieu ».

Manifestes de Navarre. — Le roi de Navarre, avec ce mélange de fierté, de bon sens et de grâce qui fera le génie de Henri IV, répliqua par deux manifestes.

Il fait part <i à tous les rois, princes et peuples de la chrétienté » qu'il entend revendiquer ses droits et leur <■ déclare» le grand principe moderne de liberté et de justice : « Pourvu que le fonds de bonne conscience y soit, la diversité de la religion ft'empèche point qu'un bon prince ne puisse tirer très bon service indifleremment de ses sujets. »

S'adressant ensuite aux trois ordres de la nation, il renvoie aux Guise; la responsabilité de la guerre civile. Il aime, lui, tous les Français ; « il se sent périr et affaiblir de leur sang... L'étranger (la maison de Lorraine) ne peut avoir ce sentiment. Dieu sait mon cœur ! Le sang soit sur les auteurs de ces misères ! »

Il offrit ensuite à Guise de vider cette grande querelle en champ clos.

L'édit de Nemours. — Henri III le pressa d'^ jurer, puis, sur son refus, capitula aux mains de Guise qui s'était avancé avec ses bandes jusqu'à Nemours.

L'édit qu'il y signa révoquait tous les précédents édits de tolérance et proscrivait « la religion prétendue réfonnée ». Les ministres protestants sortiront du royaume dans le délai d'un mois et, dans le délai de six, tous les autres hérétiques obstinés, sous peine de confiscation de corps et de bien (juillet 1585).

Henri de Bourbon, membre pourri que Rome a retranché, est déchu de ses droits.

La guerre des trois Henri. — D'avoir fait signer l'édit, Guise se crut roi. C'était son arrêt de mort.

Henri III n'avait cédé que contraint ; il dit au cardinal de Bourbon qu'il n'avait pas accepté volontiers cet arrêt sauvage, que « ce serait la ruine de son État et de son peuple ». On l'entendait répéter le verset : « Mes ennemis me serviront à me venger de mes ennemis. »

La guerre des trois Henri fut ainsi appelée du prénom des trois chefs, Valois, Guise, Bourbon. Le Béarnais gagna sur le duc de Joyeuse la bataille de Coutras ; le Balafré repoussa l'armée de secours que les luthériens d'Allemagne avaient envoyée à leurs frères calvinistes.

Philippe II avait les «fanfarons» de

ijj.ss. — JOURNÉE DES BARRICADES

lOS

Lorraine en peu d'estime ; mais il avait le plus grand intérêt à retenir la France chez elle, en proie à la guerre civile, pendant qu'il achèverait d'écraser la révolte des Pays-Bas et réaliserait la grande pensée de son règne qui était de détruire la maison de banque de tous les réfomiés, l'Angleterre d'Elisabeth.

L'or. espagnol travailla Paris' tandis que l'invincible Armada s'apprêtait à faire voile.

Journée des Barricades. — Guise était très populaire à Paris pour son éclatante réputation et les grandes qualités qui lui tenaient lieu des bonnes.

Les prédicateurs de la Ligue, moines

Champagne, Guise vint à Paris. Il y fut reçu en triomphe. Le roi appela des troupes suisses, sous le commandement de Grillon. Paris se couvrit de barricades et bloqua les troupes royales ( 12 mai 1588).

Guise, enfermé dans son hôtel, laissa faire. Sa sœur, la duchesse de Montpensier, portant à sa ceinture des ciseaux d'or « pour faire la couronne monacale à Henri III », excitait les lx)urgeois et la populace. Les prédicateurs criaient qu'il fallait « aller prendre frère Henri de Valois dans son Louvre ».

Le roi se déroba, monta à cheval et s'enfuit à Chartres.

États de Blois. — Une fois en sûreté,

iss\-, 1N\1 UUILU Lit OL Ibl

I a sctnc reprcicnte le (lui de Guise assailli par cinq gentilshommes fie la garde Au Roi au momem ou il arii\e k la porte du caUnet de Henri III. A droite, dans son cabinet, derntre la porte large oBVerie, Henri III regarde assassiner « le roi de Paris ». (JHlri. Nat., Hsi.)

de toutes robes et curés de Paris, orateurs abondants et furieux, tonnèrent en chaire contre le roi hypocrite qui favorisait les hérétiques en souterrain. Les Seize (chefs des quartiers de la ville) délibérèrent de s'emparer de Henri III et de le forcer à abdiquer.

D'avance, la Sorboimc les justifia :

t On avait le droit d'ôter l'administration à un tuteur suspect. »

Malgré que le roi lui eût commandé de rester dans son gouvernement de

I. On .1 In compte des sommes versées par l'hilippf H an dur, tic Gui'c (Forneron, Viiiloire de Philippe II, t. II!, p. 226).

il aurait pu parler haut ; mais il continua ;\ s'humilier, tout en roulant des projets do vengeance. Guise, qu'on appelait « le roi de Paris », lui dicta ses conditions. « L'Edit d'Union» confirma celui de Nemours, accorda amnistie pour la journée des Barricades, déclara exclu du trône tout « prince hérétique ou fauteur d'hérésies », et convoquait les Etats généraux (juillet).

Les Etats se réunirent à Blois où le roi s'était transporté avec sa cour et sa garde personnelle des Quirante-Cinq. Les ligueurs avaient la majorité dans les trois ordres. Guise vint de Paris (pour

ASSASSINAT DU DUC DE GUISE. — l 'iSS

retrouver une maîtresse), se querella avec le roi, lui rendit ses charges, annonça qu'il partirait le lendemain, resta.

Le roi décida de passer au plus tôt l'acte, de se débarrasser de Guise par

Révolte des villes. — Comme tous les assassinats pulitiques, celui-ci fut inutile. Les Etats eéuéraux se séparèrent sans oser rien dire, mais les Parisiens se soulevèrent, furent déliés aussitôt par la

le lucnie moyen que sa mère, Guise et Sorbonne du serment de fidélité et appe-

lui avaient supprimé Colifjny. lérent le duc de Mayenne, frère cadet de

Crilion ayant refusé de faire le coup. Guise. Sa sicur Moutpensier alla elle-

parce qu' « il faisait profession de soldat même le chercher dans son gouvernement

et non point de bourreau », Loignac, pre- de Bourgogne, et le ramena à Paris, mier gentilhomme de la Chambre, et les Acclamé président du «Conseil des

Quaranie-Ciiiq s'en chargèrent. Quarante », qu'il avait institué pour

Averti (peut-être par Catherine) que faire échec à la démagogie des Seize et

Je roi machinait sa mort, Guise haussa remettre un peu d'ordre dans la ville.

Mayenne pritle titre . de « lieutenant général de l'Etat et couronne de France ». Presque toutes les grandes villes, Amiens, Orléans, Rouen, Rennes, Bourges, Lyon, Aix, Marseille, passèrent à la Ligue en moins de deux mois (janvier-février 1589).

Le Roi contre la Ligue. — Henri 111, qui gardait tout juste Tours et Blois, lit appel aux réformés, AssAbsi.NAT LIE HENRI Hi ou'il avait mis

I.c moine Jacques Clément apporte au roi une lettre de Paris assiégé ; ^ , , .

[)en lant que le roi lit la lettre, Clément lui plante un couteau dans le nOrS la lOl, et ventre. (Bibl. NaU, Hst.J. ^^ j-qj de Na-

traîner d'un bout de la chambre à l'au- varre, qu'il avait exclu de sa succession.

trc, au pied du lit du roi, où il tomba. Au préalable, il avait essayé de s'en-

On raconta plus tard, mais le récit tendre avec Mayenne, par l'intermédiaire est fabriqué, que le roi ayant contemplé du légat ; mais le pape refusait de Table cadavre, s" écria : « Il paraît encore plus soudre du meurtre du cardinal, grand mort que vivant. » Le roi de Navarre lança un appel à

Le suriendemain, il fit massacrer à la nation : « N'est-ce pas une misère

coups de hallebardes le cardinal de Guise, qu'il n'y ait si petit ni si grand en ce

Les cendres des deux frères furent jetées royaume qui ne voie le mal, et, néanmoins

à la Loire, de crainte que le parti ne fît jusqu'ici nul n'a ouvgrt la bouche pour

des reliques de leurs corps. y trouver le remède? » Lequel.'' La paix

Dès qu'il se fut assuré de la mort du religieuse. « Nous avons tous assez fait duc, Henri III se rendit chez sa mère,

les épaules : « Il n'oserait ! » Il dit encore à l'archevêque de Lyon que, si la mort entrait par la porte, il ne sortirait pas par la fenêtre.

Assassinat de Gaise. — Le guet-apens fut hideux. Le matin du 2 3 décembre, Heuri III mande Guise pour le conseil ; le duc se rend à l'appel et, comme il est à deux pas du cabinet où se tient le roi, les assassins se ruent sur lui.

Il eut la force de les en-

malade de la goutte qui allait l'emporter quelques jours après. Il lui annonça, tout triomphant : « Je suis roi de France, j'ai tué le roi de Paris. — Dieu veuille, répliqua la vieille femme, que cette mort ne soit point cause que vous soyez roi de rien! Bien coupé, mais saurez- vous recoudre? »

et souffert de mal. Nous avons été quatre ans ivres, insensés et furieux. N'est-ce pas assez? »

Il parlait du cœur, et au cœur de la nation.

Le traité qu'il passa avec Henri III rendait aux protestants la liberté du culte ; il s'engagea à ne jamais dénier la

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