CONVERSION DE HENRI IV
Dès lautomne, le combat d'Arqués a chaugé la face des choses. Pris entre le feu des quatre canous du château et celui de 400 arquebusiers conduits par le fils de Coligny, Mayenne est mis en déroute. Il n"a que le temps de courir au secours de Paris où Henri s'est vivement porté, pensant l'emporter d'un coup de force.
L'année d'après, c'est la bataille d'Ivry (14 mars 1590). Le duc de Panne, Alexandre Famèse, gouverneur des Pays- Bas, a envoyé aux ligueurs 2 000 lances et ai'quebusiers espagnols. Henri charge à 1 1 tête de son escadron de nobles gascons: « Si vos cornettes vous manquent, ralliezvous à mon panache blanc : vous le trouverez au chemin de la victoire et de l'hormeur. » La bataille gagnée, il recommanda d'épargner les Français.
Siège de Paris. — Le siège de Paris dura d'avril à août. La grande ville (de 200000 habitants) fit une farouche résistance, excitée par des processions de ittoines cuirassés, la présence du légat et de l'ambassadeur d" Espagne.
Bien que « le bon roi » laissa passer quelques convois, 13 000 malheureux moururent de faim.
On en était venu aux chats, aux rats, à une atroce farine tirée des squelettes, quand Famèse, descendant des Provinces-Unies, rejoignit Mayenne et parut sur les derrières de l'armée royale.
Henri se replia, mais pour entreprendre bientôt le blocus de Paris par Toccupation de tous ses greniers d'Ilede-France et de Normandie.
La guerre espagnole. — La guerre piétina pendant les années suivantes.
Le fait principal fut le siège de Rouen où l'armée royale échoua, Famèse ayant recommencé la même manœuvre, plus audacieuse encore, qui avait fait lever le siège de Paris. Par contre, les événements politiques se hâtèrent vers le dénouement.
Le cardinal de Bourbon étant mort, ni Mayenne ni aucun autre Lorrain ne revendiqua la succession du prétendu Charles X. L'ambassadeur d'Espagne dit durement « qu'il fallait attendre les ordres du roi très catholique », ce que le légat confirma.
■ Les Espagnols envoyèrent des troupes partout où les appelaient « les véritables catholiques», comme se nommaient les ligueurs par opposition aux royalistes, (•n Bretagne, en Languedoc, à Marseille, 11 Picardie. Le duc de Savoie, qui prétendait de rétablir le royaume d'Arles, • nvahit la Provence.
Les Seize. — Cependant le foyer parisien de la Ligue se consumait sur place. Les Seize, qui avaient été Vàmc brûlante du siège, rêvaient d'une Saint- Barthélémy des « politiques » et avaient commencé par pendre le premier président du Parlement. Mayenne renversa ce Soviet, étrangla sans autre forme de procès cinq de ses membres.
Les États de Paris. — Philippe II, à qui le désastre de V Armada avait fait manquer l'Angleterre, s'était persuadé que les Etats généraux, par baine d'un roi hérétique, lui offriraient la couronne de France ; tout au moins ils abrogeraient la loi salique en faveur de l'infante Isabelle, destinée tantôt à un archiduc d'Autriche, tantôt au jeune duc de Guise, échappé de sa prison de Tours.
Il avait donc exigé de Mayenne la réunion des Etats à Paris, où son ambassadeur extraordinaire prit séance et posa la candidature de l'infante. Les ligueurs eux-mêmes, et des plus enragés, se cabrèrent ; un arrêt du Parlement invita Mayenne à empêcher que « ce royaume, qui ne dépend d'autre que de Dieu, ne fût, sous aucun prétexte ide religion, occupé par des étrangers» (juin 1393).
Conversion de Henri IV. — Henri IV reconnut que l'heure était venue. Le parti politique, ou tiers parti, qui n'avait pas cessé de grandir, le pressait depuis longtemps d'abjurer. C'était maintenant l'avis de quelques-uns de ses amis protestants les plus sûrs, le noble et vaillant Duplessis-Mornay, le sage Rosny (le futur duc de Sully). Ils ne voyaient pas d'autre moyen d'en finir « avec tant d'ennuis, de peines et de difficultés ».
Comme c'était aussi le conseil de Gabrielle d'Estrées, elle fut des premières informée par le roi, d'une phrase brusque et vite fameuse, qu'il avait résolu « de faire le saut périlleux» (avril-mai 1593).
S'étant alors rapproché de Paris avec un gros de troupes, Henri fit connaître sa résolution aux Etats et appela à Saint- Denis quatre curés de Paris, dont l'un des plus fougueux prédicateurs de la Ligue, puis l'archevêque de Bourges et quatre évêques, pour recevoir son « instruction ».
L'affaire fut vivement menée. Le 25 juillet, après avoir embrassé les ministres protestants et leur avoir juré de ne jamais permettre qu'on fît violence à leur religion, il se rendit à la basilique de Saint-Denis. L'archevêque y reçut, signée de sa main, <<]a forme de sa profession ».