I39S A 76/0. — MI XI STÈRE DE SULLY
d'organiser qui vaut des révolutions.
- C'est ainsi qu'il établit les premiers budgets par chapitres, accrut les recettes par une comptabilité sévère dans la perception de l'impôt, amortit cent millions de rentes, opéra le recouvrement des aliénations domaniales injustifiées, constitua une réserve de 40 millions, diminua la taiUe et presque tous les autres droits. Il réveilla le travail, mobilisa les métiers et les charrues. Les terres, qui semblaient mortes, ressuscitèrent ; la Picardie, la plus dévastée de toutes les provinces, redevint le grenier de Paris.
0 Labourage et pâturage, disait Sully, sont les deux mamelles de la France. » Son impulsion méthodique activa les travaux publics, dessèchement de marais, canaux (canal de la Seine à la Loire, dit de Briare), ponts, routes royales plantées d'arbres. Il embellit la capitale, encouragea le commerce, la navigation, l'industrie naissante de la soie, et, malgré leur impopularité, les entreprises de colonisation ; Charaplain, au Canada, qui s'appelle «la Nouvelle France», fonde Quéloec.
La part du ministre dans cet ensemble d'intelligentes et heureuses mesures, est plus considérable que celle du roi ; mais la paix du dedans et du dehors, sans lesquelles rien n'eut été possible, la paix royale où était rentrée la France, c'était l'œuvre de Henri IV.
Aussi bien s'informe-t-il de tout, s'intéresse-t-il à tout, il lit et relit tous les jours des pages du Théâtre d'Agriculture d'Olivier de Serres, s'en va par le pays causer avec les artisans et les campagnards, sans peur d"y compromettre la majesté et, quand les rois, ses prédécesseurs, tenaient à déshonneur de savoir combien valait un écu, il veut savoir ce que vaut un liard, pour la peine que mettent les pauvres gens à l'acquérir, " afin qu'ils ne soient chargés que selon leur portée ».
Il eût voulu que chaque paysan eût, tous les dimanches, <■ la poule au pot ».
Le grand dessein de Henri IV. — On a vu qu"après le coup manqué de Henri II sur Strasbourg, l'ambition des « politiques » se retourna vers les Flandres.
Ce plan de Coligny ', c'est le fond solide de la politique extérieure, du « grand dessein » de Henri IV, — non pas la division de l'Europe en quinze dominations, rêve de Sully au temps où il écrit ses Mémoires après la mort du roi.
Il a dit "in iour à des délégués bres-
!. \'oir p. 102.
sans (à l'époque d'une courte guerre contre le duc de Savoie où il réunit leur pays, le Bugey et Gex, au domaine royad) : « Que la langue espagnole demeure à l'Espagnol, la langue allemande à l'Allemand, mais que toute la française soit au roi de France. »
Non pas qu'il se désintéressât de l'Alsace, mais, sériant les questions, il allait au plus pressé, Flandres, Franche- Comté, Savoie ; il semble d'ailleurs avoir songé à une sorte de protectorat du Rhin.
Quand le bruit se répandit que l'empereur négociait avec l'Espagne pour la cession de l'Alsace, il assura les princes qu'il serait avec eux pour empêcher un tel attentat. Il avait des intelligences dans les villes rhénanes, signait ses lettres aux magistrats de Strasbourg :
«Votre bon, sûr et constant ami.... »
De fait, tous les peuples opprimés se tournaient vers lui comme vers un libérateur, et il était l'arbitre des autres. Il régla le différend entre le pape et \'enise, protégea la jeune république des Provinces-Unies (Hollande), contribua fort à la faire reconnaître par l'Espagne.
Depuis la mort d'Elisabeth d'Angleterre, il parut le premier souverain de l'Europe.
« J'ai perdu un second moi-même, avait-il dit à Sully ; elle était ennemie irréconciliable de mes ennemis » (l'Autriche et l'Espagne). Il ne poussa que plus acti\-ement les préparatifs pour la reprise de la guerre, qui paraissait depuis longtemps ■ inévitable, des puissances libérales contre les deux branches de la maison d'Autriche.
Les persécutions s'étaient à ce point accrues dans l'Empire que les protestants de Hongrie appelaient les Turcs à l'aide et qu'une partie des catholiques allemands, prenant exemple sur les « politiques », appuyaient les luthériens contre la tyrannie de \ienne.
Affaire de Clèves. — A l'automne de 1609, la petite et confuse affaire de la succession de Clèves parut le prétexte qui mettrait le feu aux poudres.
La fuite du prince de Coudé, enlevant à Bruxelles sa femme dont Henri IV était amoureux, l'excita à presser le mouvement, mais ne fut nullement la cause déterminante de son intervention dans l'affaire de Clèves.
Les négociations de Henri IV avec le pape, \'cuise, Florence, Londres, les Pays-Bas, les puissances luthériennes, la Hongrie et, même, Constantinople, tout ce grand système d'alliances et de contreassurances ne tendait à rien moius qu'à