L'EUROPE CONTRE LOUIS XIV
A révocation souleva d'autant plus forma le projet de rétablir à la fois le
^ de colères chez les puissances protestantes qu'elles y virent la préface d'une entreprise générale contre la Réforme. Suède, Brandebourg et Hollande contractèrent une première alliance. Non seulement le roi négligea l'avertissement, mais il parut s'appliquer à provoquer, comme dans un vertige d'orgueil, les puissances catholiques dans le même temps que les protestantes. Il fit attaquer
sans raison des vaisseaux espagnols, diversion aux Turcs que réclama pour sa belle-sœur, la duchesse pressait sur le Danube. d'Orléans, une partie du Palatinat, V'auban et Duras firent tomber en
envoya Catinat en Savoie contre les deux mois Philippsbourg, Liège, Spire, Vaudois, prétendit installer l'évêque de Mayence, et occupèrent toute la rive Strasbourg au siège archiépiscopal et gauche, sauf Coblence et Cologne (sep-
catholicisme et la monarchie absolue.
Il n'y avait que lui et les Turcs qui n'eussent pas adhéré à la Ligue européenne.
Guerre de la Ligue d'Augsbourg. — Louis XIV, vo^-ant la guerre inévitable, prit les devants ; mais alors que l'endroit sensible de la coalition était aux Flandres, il jeta brusquement ses armées sur le Rhin dans la pensée d'aider par une ~ l'Autriche
à l'électorat de Cologne, rompit avec le pape pour le maintien abusif de <• l'exterritorialité » de son ambassade et occupa Avignon.
Ligue d'Augsbourg. — La Ligue
tembre-octobre 1688).
Révolution de 1688. — La riposte fut prompte. Le prince d'Orange passa en Angleterre, poussé, comme on dit, par des vents protestants. Sa petite
d'.\ugsbourg, formée d'abord de quelques armée (15 000 hommes) était commandée
princes allemands, reçut bientôt l'adhé- par un réfugié, le maréchal de Schom-
siôn de l'empereur, des rois d'Espagne berg. Jacques II, abandonné par tous les
et de Suède, de la Hollande, du duc de siens, s'enfuit en France. Les Comnmnes
Savoie et du pape lui-même (1686). Son et les lords, ayant déclaré le trône vacant,
objet principal fut d'apparence défen- y appelèrent la princesse Marie, nièce
sive : assurer le respect des traités de de Charles II, et son mari, Guillaume III.
Westphalie et de Nimègue. Chaque asso- La révolution n'avait pas coûté une
cié se tiendra prêt à marcher au secours goutte de sang.
de celui qui sera « attaqué ou inquiété L'établissement définitif du régime
par des recherches injustes et des parlementaire en Angleterre date de la
demandes illégitimes ». Révolution de 1688.
Le nouveau roi d'Angleterre, Jac- Mazarin avait reconnu Cromwell ;
qucs II, était catholique. A la solde de Louis XIV refusa de reconnaître Guil-
Louis XIV, comme avait été son frère laume et engagea sa parole à Jacques II,
Charles II, il lui vendit Dunkerque. Il réfugié à Saint-Germain, de le restaurer.
EXFCi TIO.\ DU PALATISAT. — i6Kg.
L'Angleterre et la Hollande entrèrent aussitôt dans la gnerre, où elles furent suivies par l'Espagne et la Savoie, achevant l'encerclement de la France dans un monde d'ennemis.
Exécution du Palatinat. — La guerre de la Ligue d'Augsbourg dura neuf ans (16SS-1697).
Dès le début elle fut atroce. Louvois, pour assurer la défensive sur le Rhin, ordonna « l'exécution » du Palatinat (16S9). Turenne, en 1674, l'avait déjà ravagé pour faire le vide devant l'ennemi.
Le château de Heidelberg, les villes
l'Europe des sujets d'aversion terrible. »
L'aiTnée allemande, pendant la guerre de 1914-1918, a commis des dévastations de beaucoup plus horribles ; mais elle n'a eu ni un Duras ni un Tessc.
La guerre pour les Stuarts. — Louis XIV avait nourri deux ambitions:
rétablir les Stuarts à Londres et dominer sur le Rhin. L'ambition d?*"la Ligue était de reprendre à la France les Flandres et l'Alsace.
Ni Louis XIV ni la Ligue ne réussirent dans leurs desseins.
La guerre en faveur des Stuarts eut
B.^i-vli^LE L<E LA IlOLOUE (1692J.
I-a légende sur la banderole porte que les flottes combinées de l'Angleterre et de la Hollande mirent en fuite In
flotte française. Tourville, en fait, ne perdit pas un seul navire dans la bataille avant de se retirer devant les forces
doubles de l'ennemi. (Gravure hollandaise du .xvn« siècle.)
de Mannheim, de Spire et de Wonns furent incendiées, tout le pays mis à sac, cent mille habitants chassés par les flammes.
Le cœur en saigna aux exécuteurs de ces affreuses dévastations i. Tessé écrivit : « Je ne crois pas que de huit jours mon cœur se retrouve dans sa situation ordinaire » ; Duras conjura le roi de songer « à sa réputation et à sa gloire » : « La mine de ces villes donne à toute
I. C. RoussET, Histoire de Louvoi's, t. IV, p. 159 : < Que le patriotisme français n'excusera en rien. •
pour principal résultat de porter un coup terrible à cette marine militaire qui avait été l'une des grandes pensées de Richelieu et de Colbert.
Désastre de la Hougue. — La descente en Irlande ayant échoué par la lâcheté de Jacques II qui s'enfuit, à la bataille de la Boyne, dès le premier choc, Louis XIV prépara une expédition en Angleterre.
Tourville, laissé à lui-même, avait remporté en 1690 une belle victoire, à Beachy-Head, sur la flotte anglo-hollandaise ; il reçut l'ordre, en 1692,
j697. — PAIX DE RYSWICK.
loO
d'aller chercher l'ennemi dont les forces étaient doubles. Louis XIV escomptait la défection d'une partie des officiers anglais. Tourville, sans illusion, traduisit l'ordre en ces termes : « Jlessieurs, le roi nous commande de nous laisser tuer à son service. »
Ce fut le désastre de la Hougue. Après avoir tenu tête pendant dix heures aux Anglo- Hollandais, le grand amiral battait en retraite, sans qu'il eût perdu im seul de ses navires, et 22 vaisseaux avaient déjà regagné Saint-]\Ialo quand la marée vint à manquer dans les bas-fonds du Cotentin. I.a digue de Cherbourg n'existait pas. Tourville, plutôt que de la rendre aux Anglais, brûla la moitié de sa flotte. Ni les hardis corsaires, Jean-Bart, Duguay-Trouin, Forbin, « se jouant des vents et des ennemis », ni Tourville luimême ne purent reprendre la maîtrise de la mer.
Fleurus et Steinkerque. — La fortune fut plus favorable sur terre.
La coalition avait l'avantage du nombre, mais l'unité du commandement lui manquait. Du côté français, Turenne et Condé avaient laissé des cadets qui ne furent pas indignes de leurs grands aînés. C'étaient Boufflers, de Lorges, Villars, le duc de Vendôme, le « plébéien » Catinat que ses soldats appelaient « le père la Pensée », Luxembourg qui enveiTa à la basilique de Paris tant de drapeaux qu'on le nommera « le Tapissier de Notre- Dame ».
Cependant l'offensive stratégique a changé de camp ; « Louis pourra s'estimer heureux d'avoir réussi à défendre ses frontières contre une confédération telle que l'Europe n'en avait pas vu depuis plusieurs siècles. »
A la frontière des Alpes, Catinat gagna sur le duc de Savoie les deux belles batailles de Staffarde et de la Marsaille, mais sans pouvoir aller jusqu'à Turin.
Aux Pays-Bas, Luxembourg, qui évoquait Condé comme Catinat faisait penser à Turenne, remporta sur le prince de VValdeck notre première \ictoire de rieui-us, battit Guillaume III lui-même à Steinkerque et l'arrêta à la bataille de Nervvindeu.
C'est à Nervvinden qu'au spectacle de notre cavalerie immobile pendant quatre heures, en attendant le moment de la charge, sous le feu de 80 canons, Guillaume s'écria : « O l'insolente nation! »
La baïonnette (lame d'acier que l'on fixe à l'extrémité du fusil pour en faire une arme à la main) était apparue
en 1642. Perfectionnée par le tacticien Martinet, elle brilla à Nerwinden et à la Marsaille. Vauban l'appelait «l'arme chérie, française par excellence ».
La barrière. — La principale affaire pour Guillaume III, c'était la défense de ses forteresses du Sud-Est et de l'Est, la fameuse barrière. Vauban avait pris Namur en 1692 ; la prise de Liège, l'année d'après, eût ouvert la route de Bruxelles. Guillaume III s'établit près de Louvain, offrant bataille.
Bien que Luxembourg se tînt pour assuré de la victoire, Louis XIV refusa le combat, envoya la plus grande partie de l'armée en Allemagne et retourna à Versailles.
Cette reculade du roi, conseillée, semble-t-il, par Mme de Maintenon,- souleva une campagne de libelles ; il ne reparut plus aux armées.
Paix de Ryswick- — Cela contribua fort à lui faire chercher la paix.
Aussi bien l'ouverture de la succession d'Espagne devenait-elle imminente, et c'était la pensée du règne. Louis XIV alla jusqu'à proposer de rendre Strasbourg pour une paix immédiate.
Les coalisés ayant laissé passer l'occasion, la guerre reprit, mais plus molle, jusqu'à ce que la Suède offrit sa médiation qui fut acceptée dans une afireuse lassitude.
Les négociations s'engagèrent à Ryswick, au château du duc d'Orange, sur la base générale du retour à la paix de Nimègue, sauf que la P'rance gardait Strasbourg en toute souveraineté. La Lorraine, moins Longwy et Sarrelouis, resta dans l'Empire ainsi queBrisach, Philippsbourg et Trêves ; la Savoie reprit Nice et l'ignerol, l'Espagne Barcelone et Luxembourg, la Hollande sa barrière des Pays-Bas, l'Angleterre les établissements de Terre-Neuve et de la baie d'Hudson, le pape Avignon. En outre, Louis XIV reconnut solennellement Guillaume III comme roi d'Angleterre (1697)-
En apparence, rien n'était changé en Europe. En fait, la maison d'Autriche et l'électorat de Brandebourg s'étaient consolidés dans l'Empire, la Ligue du Rhin était dissoute, les puissances maritimes et libérales (Angleterre et Hollande) avaient l'honneur de l'équilibre rétabli entre les Bourbons et les Habsbourg, et la France, qui avait perdu sa primauté, était à la fois épuisée par la guerre, dont elle avait supporté le poids, et ruinée par la révocation qui était la cause profonde de la guerre.