I. D'oi'i son surnom de El Heciizado
C'était comme si le droit féodal n'existait plus et comme si le principe de l'hérédité dynastique, pour lequel le roi de France avait versé tant de sang, était aboli.
Guillaume III et Louis XIV conclurent successivement deux traités :
le premier mettait le prince bavarois, âgé de cinq ans, sur le trône d'Espagne ; le second, après la mort soudaine de cet enfant, consentait le trône à l'archiduc ; l'un et l'autre partageaient le reste de l'Empire entre la France, l'Angleterre, la Hollande et l'Autriche. D'aucune façon, la monarchie de Charles-Quint ne serait reconstituée.
Louis XIV, pour sa part, eût reçu des provinces italiennes, mais avec faculté de les échanger contre la Lorraine, le Luxembourg, la Savoie et Nice. Il écrivit lui-même : « Il est plus avantageux à ma couronne d'acquérir ces provinces que de mettre un de mes petits-fils sur le trône d'Espagne. »
Le testament de Charles II. — Cependant le roi d'Espagne, si lamentable qu'il fût, entendait rester maître de sa succession ; il se refusait de morceler l'immense monarchie qui comprenait encore, avec la péninsule, le Milanais, la Sardaigne, les présides de Toscane, Naples et la Sicile, les Pays-Bas catholiques, les présides du Maroc, les îles Canaries, les Philippines et les Mariannes, le Mexique, l'Amérique centrale et, sauf le Brésil, toute l'Amérique du Sud.
La même répugnance apparaît dans un mémoire des chefs du parti national : « L'union indissoluble de cette vaste monarchie doit être, avant toute autre chose, le but de nos efforts ; c'est en elle que réside notre gloire ; nous y sommes tous également intéressés, depuis la grandesse de ce royaume jusqu'à la dernière classe du peuple. »
Le pape, consulté, se prononça pour la succession intégrale.
La reine, allemande, tenait pour l'archiduc ; le Conseil de Castille et le Conseil d'Etat pour le duc d'Anjou. Un mois avant sa mort, le roi signa le testament en faveur du prince français.
Le débat sur le testament. — Louis XIV apprit à Fontainebleau (9 novembre 1700) la mort de Charles II et la teneur de son testament.
Le poète latin parle de cet homme « qui voit le bien et l'approuve, et qui suit le pire )>. Le roi inclina d'abord à refuser le testament et à se tenir au traité
— LA GRAXDE ALLIANCE.
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avec Guillaume III, traité qui donnait à la France de belles frontières, barrait la route à toute récidive de monarchie universelle, assurait la paix.
Ce fut aussi, dans les premières heures, l'avis de Mme de Maintenon, effrayée de la guerre où l'acceptation précipiterait le roi.
Le Conseil se réunit dans sa chambre.
Le gouverneur des enfants de France, le duc de Beauvillier, «l'honnête homme dans l'amour de l'Etat, l'homme de bien dans le désir du progrès de la vertu » ', se prononça contre le testament. Le chancelier Pontch art r ai n montra le pour et le contre. Torcy, ministre des Affaires
étrangères, après avoir hésité, dit que le traité de partage ne serait pas reconnu par l'Autriche, que r. Angleterre et la Hollande n'étaient pas sûres, bien qu'ayant signé, qu'on n'avait donc pas à choisir entre la guerre et la paix, mais
entre la guerre et la guerre. Le dauphin réclama «son héritage ».
Mme de Maintenon, mais seulement dans la soirée qui suivit, se rangea avec le dauphin, le roi de demain.
Le testament accepté — L'orgueil l'emporta ; quel triomphe que « de soumettre à la l-"rance la monarchie dont elle avait été trois cents ans larivale»!^ Louis XIV accepta le testament et fit partir aussitôt le duc d'Anjou pour l'Espagne.
Le voyage fut triomphal. L'ambassadeur espagnol, Castelldorius, ayant dit que, « présentement, les P>Tcnées étaient fo.idues », un journaliste (du Mercxire de France) en fit le mot qui fut attribué à Louis XIV : « Il n'y a plus de Pyrénées ».