VILLARS
(D'après Ki^aud.)
et un manœuvrier de haut style : Churchill, comte, puis duc de Marlborough, «qui était la guerre elle-même ».
On les appela les Triumvirs.
Les Défaites. — Villars, vainqueur des Impériaux à Friedlingen (T702) et à Hochstaedt (1703), et déjà engagé sur la route de Vierme, fut rappelé, dès la seconde année de la guerre, pour ses désaccords avec ChamiUart et le duc de Bavière. Ce fut comme le signal de la défaite. Villeroy fut surpris et fait prisonnier à Crémone. Le duc de Savoie, bien que beau-père du duc de Bourgogne et du jeune roi d'Espagne, passa à la coalition. La Bavière fut perdue après le désastre de Bleinheim (30 000 hommes hors de combat et prisonniers), laBelgique après celui de Raraillies.le .Milanais après celui de Turin, malgré la stérile victoire de Vendôme à Cassano, puis Gibraltar après le désastre naval de Velez-Malaga et tout le littoral méditerranéen de l'Espagne après la chute de Barcelone.
L'archiduc poussa jusqu'à Madrid, où il fut proclamé sous le nom de Charles III (1703-1706).
Guerre des Cévennes. — Comme si la guerre étrangère ne suffisait pas au malheur du royaume, une tragique gusrre civile éclata dans les Cévemies.
Ce qu'il y restait de protestants après les émigrations, les emprisonnements et les rafles pour le serNace des galères, s'était révolté sous le commandement de deux jeunes chefs, presque des enfants, Cavalier et Roland.
Les Camisards, comme les appelaient les catholiques à cause des chemises blanches qu'ils revêtaient pour se reconnaître pendant la nuit, soulevèrent tout le haut Languedoc. Les rigueurs impitoyables de ^loutrevel et de Basvillc (400 villages brûlés, des milliers de déportations) ne firent qu'enrager ces montagnards que « les pasteurs du désert »
menaient au combat.
Il ne fallût rien moins que Villars pour éteindre l'incendie. Il se montra, à son ordinaire, humain et politique, traita avec Cavalier, désarma et pacifia, aida à relever les villages, promit, ce qui ne dépendait pas de lui, la liberté de conscience (1702- 1704).
Invasion du royaume. — Le roi, ayant payé une grosse rançon pour Villeroy, fait prisonnier, comme on a vu, à
i-oQ. — LE GRAND HIVER.
Crémone, l'avait appelé au commande- Les avertissements. — Nécessairement, ment de l'armée des Flandres ; le cri avec les années de défaite, l'accroispublic fut si fort après Ramillies que le sèment continu des impôts, les logevieux favori dut prendre sa retraite, ments et passages de troupes, avec les Louis XIV lui dit seulement : « Monsieur exigences du service militaire dont sont le maréchal, on n'est plus heureux à exemptés les riches, les fonctionnaires, notre âge. » Il mit à la tête de l'armée le les domestiques de la noblesse et du duc de Bourgogne (fils aîné du dauphin), clergé, et qui s'abat d'autant plus dureet lui donna, pour Mentor, le duc de ment sur les pauvres, la misère s'est Vendôme. ^ encore étendue et aggravée.
Le jeune prince n'en voulut faire qu'à Fénelon avait écrit dès 1693 : « La
sa tête ; la bataille d'Oudenarde, perdue France est un grand hôpital désolé et sans
par sa faute, entraîna la chute de Lille, provisions. » L'économiste Boisguilbert,
malgré la belle résistance de Boufflers. Racine, dans le mémoire de 1699 qui le
La Flandre maritime et l'Artois furent fît renvoyer de la cour, les intendants,
envahis en 1708 ; la Provence l'avait été dans le rapport au duc de Beauvillers,
l'année d'avant et furieusement ravagée jusqu'?. Toulon.
L'empereur, qui était maintenant Joseph I«^ obligea le pape à reconnaître l'archiduc comme roi des Espagnes (1708).
La misère du royaume. — La misère du peuple était extrême. Tant d'années de guerre avaient fini par ruiner l'œuvre de Colbert. Le commerce était arrêté sur les mers, l'industrie en chômage, faute de bras et d'argent, près de. la moitié de la terre arable occupée par des friches stériles '.
La période des revers commençait
ont signalé la détresse croissante.
(I Près de la dixième partie du peuple est réduite à la mendicité ; des neuf autres parties, il y en a cinq qui ne sont pas en état de faire l'aumône à celle-là, parce qu'eux - mêmes sont réduits, à très peu de chose près, à cette mallieureuse condi-
tion ^. » La disette est endémique. Les pauvres gens, ceux des villes comme ceux des campagnes, « meurent par troupeaux». La population, Avant la fin du règne, aura
diminué de six mil- Gravure satirique contre les abus dont les paysans étaient linns morts « de victimes. (D'après une gravure de Lagniet, 1660, Bilii. . ,' ^ ^^ f.,;^ 3
Aa/.) ^^.^..^^ ^.
LE l'.WS.lN ET SO.N .SEIG.NEUR OU LA MOUCHE ET L ARAIGNEE
seulement quand La Bruyère écrivit la page fameuse : « L'on voit certains animaux farouches, des mâles et des femelles, répandus par la campagne, noirs, livides
misère et de faim La Dîme Royale.
— Vauban, en 1707,3 développé dans la Dîme royale deux idées maîtresses : que, sans privilèges ni exemptions, tous les Français doivent contribuer aux
et tout brûlés du soleil, attachés à la dépenses publiques à proportion de leurs terre qu'ils fouillent et remuent avec une revenus, et que l'impôt doit être soustrait opiniâtreté invincible. Ils ont comme une aux exactions et voleries des traitants, voix articulée, et, quand ils se lèvent sur Le conseil privé, saisi par le roi, orleurs pieds, ils montrent une face humaine, donna la confiscation et la mise au pilon et, en effet, ils sont des honunes. Ils se du noble livre.
retirent la nuit dans des tanières où ils Le grand hiver. — L'hiver de 1709,
vivent de pain noir, d'eau et de racines.» l'un des phis froids qu'on eût connus en
(1689.) Europe, fut atroce en France. Le pain
C'était ce paysan à qui Henri IV manqua prestjue partout pendant que
avait voulu d '/nner tous les dimanches les blés gelaient dans les sillons. Paris
la poule au pot. ,,
' '^ 2. Vauban.
I. T AINE, L'ancien Régime, p. 512 : « L'op- 3. Voir le calcul, d'après les documents de
pression et la misère comtnenfxnt vers 1672.» l'épo(]ue, dans Taine, p. 430.
MALl'LA{)UE r. — 170Q.
lui-mcme ne mangea plus que du pain épuisé, affamé, eut un élan admirable,
d'avoine. La mortalité par le froid « Ce ne fut, dans tout le royaume, qu'un
s'ajouta à la mortalité par la famine, cri d'indignation et de vengeance. » Les
Versailles grouillait d'une foule de recrues affluèrent. Et quels hommes ! Au
pauvres, t noire de faim ». Il y eut des matin de Malplaquet, on vient de leur
soulèvements, « une émeute de sque- distribuer le pain quand retentit la son-
lettes » jusque devant les grilles dorées nerie de bataille. Ils jettent le pain et
du château. courent au combat.
Négociations de La Haye. — Louis XIV, La fortune resta encore hostile. Le
qui avait déjà tenté d'entamer des pour- roi s'était enfin résolu à donner le com-
parlers avec les Hollandais, reprit les négociations au printemps qui suivit le « Grand Hiver ».
T o r c y , sous un dé- ::uisement, se rendit à La Haye, où il trouva les Anglais et les Hollandais assez accomm o d a n ts , mais l'empereur impitoyable.
Quand le roi, hier encore le jnaître de l'Europe, eut consenti de démolit Dunkerque , renoncer
DISTRIBUTION DU PAl.N DU ROI AU LOUVRE de En 1693, '® P^'" manqua dans les boulangeries. Le roi fit faire au Louvre \ des distributions qui donnèrent lieu à des bag^arres.
, ' CBM. .Va/., Est.)
mandement à \'illars, mais lui imposait de garder la dé f ensive.
Les ennemis continuèrent à pousser dans les Flandres et prirent Tournai.
La bataille de Malplaquet, la plus sanglante qui se fût encore livrée, eût été une victoire si Villars n'avait pas été blessé au fort de l'action.
Boufflers ordonna la retraite, mais sans perdre ni un canon ni un drapeau.
Villars, de
Lille et à
Strasbourg, de céder Terre-Xeuve et de son lit, conseilla de « remarcher à l'en-
reconnaïtre Charles III comme roi d'Es- nemi » ; mais le roi s'y opposa, l'armée
pagne, l'empereur fit adopter par les prit ses quartiers d'hiver et les HoUan-
alliés une nouvelle exigence : si Phi- dais s'emparèrent de Mons (septembre
lippe V se refuse à vider le royaume, 1709).
son aïeul se joindra « aux Etats stipu- Guerre défensive. — Bien que la viciants » pour l'en chasser. Encore le traité toire eût été manquée de peu, le roi offrit n'eût-il été qu'une trêve de deux mois, de nouveau la paix, allant jusqu'à con-
Vendôme, dès 1706, avait conseillé à sentir des subsides à la Coalition pour
Louis XIV de convoquer les Etats gêné- détrôner son petit- fils. Les alliés ne vou-
raux ; c'eût été le démenti de tout le lurent rien entendre. Ils prétendirent que
règne. Le roi, après la rupture des négo- Louis XIV fût seul chargé, au besoin, de
ciations de La Haye, s'adressa directe- chasser Philippe V.
ment au peuple. Il écrivit aux intendants. Le Conseil, à Versailles, fut d'avis
gouverneurs et archevêques une lettre « qu'il n'y aurait que de la bassesse à
qui fut rendue publique : « Je suis per- laisser plus longtemps les plénipoten-
suadé que mes peuples s'opposeraient tiaires à La Haye ».
eux-mêmes à recevoir la paix à des condi- Encore une fois, la nation « fit corps »
tions également contraires à la justice et derrière le roi, qui resta très ferme ; « son
à l'honneur du non français ». immutabilité demeura tout entière » ^
Bataille de Malplaquet. — Ce peuple i. Saint-Simon.