‹ Francia; histoire illustrée de la FranceChapitre 247 sur 725 · I. Lamartine · texte numérisé non relu

I. Lamartine

j->j A 1736. — GUERRE DE LA SUCCESSION DE POLOGNE 193

de sa lettre et qu'ainsi « l'union avec l'Autriche ôterait, à l'avenir, aux Anglais toute occasion de reprendre la balance des affaires de l'Europe ». Il parut pusillanime et presque félon.

Après avoir écarté pendant quatre années d'un effort laborieux (172 7-1 731) les menaces d'un conflit général, Fleury ne put empêcher les guerres dynastiques de la succession de Pologne et de la succession d' Autriche. Du moins il abrégea la première et la rendit profitable par l'habile négociation qui nous laissa la Lorraine. Il mourut de la seconde.

Succession de Pologne. — Le père de la reine, Stanislas Leszczynski, ayant été réélu roi de Pologne, le candidat de l'Autriche et de la Russie, Auguste de Saxe, s'était fait proclamer par quelques dissidents.

Le roi se fût volontiers désintéressé de son beau-père ; la reine, par esprit de famille, et le secrétaire aux Affaires étrangères, Chauvelin, soutinrent que l'honneur commandait d'appuy r Stanislas et qu'il fallait saisir l'occasion de mener en Italie, avec l'Espagne et la Savoie, une croisade décisive contre l'Autriche.

Au contraire, Fleury redoutait de voir se reformer les alliances de la succession d'Espagne et, comme alors, d'engager une grande guerre dans un intérêt simplement dynastique.

Il semble bien que l'opinion ait été avec Chauvelin. « On eût dit que la nation faisait pour elle-même la conquête de la Pologne. »

La guerre de la succession de Pologne.

— La guerre dura trois ans (1733-1736). En Pologne, Plélo, ministre de France à Copenhague, se lit héroïquement tuer- en cherchant, avec i 500 soldats débarqués devant Dantzig, où Stanislas était assiégé, à forcer les lignes russes. En Italie, l'octogénaire Villars conquit en trois mois la Lombardie ; Coigny, après la mort de Villars, battit les Autrichiens à Parme et, à Guastalla. Sur le Rhin, d'Asfcld prit Philippsbourg, après que le vieux Berwick eût été tué dans la tranchée et sans que le prince Eugène, accouru pour faire lever le siège, osât engager le combat.

Préliminaires de Vienne. — Comme Fleury ne souhaitait que sortir au plus tôt de la guerre, il s'empressa d'accueillir la médiation de l'Angleterre.

L'empereur fut heureux d'obtenir, au prix de quelques sacrifices en Italie, la reconnaissance de la Pragmatique Sanction par laquelle il assurait à sa fille Marie-Thérèse son entière succession.

Naples et la Sicile furent attribués à don Carlos, second fils du roi d'Espagne, en échange de Parme, cédée à l'Autriche, et les princes Lorrains transportés en Toscane.

Stanislas, ayant renoncé à la Pologne, eut en échange la Lorraine ; à sa mort, la Lorraine sera acquise à la France (Préliminaires de Vienne, avril 1736).

Réunion de la Lorraine. — Apre tant d'occupations temporaires, qui ne constituaient qu'un régime assez précaire de fait, la réunion, désormais assurée et définitive, de la Lorraine à la France fut saluée comme une grande victoire de la monarchie. Réalisée en 1766 à la morî de Stanislas, ce sera sa dernière victoire. La cession de la Corse par la République de Gênes en 1768 sera considérée comme une simple opération coloniale, « une compensation, dira Choiseul, de la perte du Canada ».

Au lendemain de la paix de Vienne, le cardinal fut réputé dans les chancelleries l'arbitre de l'Europe ou, comme il disait dans son vocabulaire plein d'avenir, « de la Société des Nations »*.

Le roi de Prusse lui-même ne se taisait pas de son estime pour la sagesse et la prévoyance du ministre français.

Cependant il continuait à être en butte, à Versailles et à Paris, aux attaques du parti anti-autrichien qui n'attendait que la mort de l'empereur pour courir sus à la maison de Habsbourg. Elle n'aurait plus à sa tête qu'une femme et serait aisément vaincue.

Succession d'Autriche. — La France et l'Angleterre s'étaient pareillement engagées à respecter la Pragmatique Sanction. A la mort de Charles, l'.^ngleterre resta seule fidèle à l'engagement.

Bien que les deux nièces de l'empereur eussent renoncé à leurs droits, leurs maris, l'électeur de Bavière et l'électeur de Saxe, qui était en même temps roi de Pologne, réclamèrent la totalité de la succession, pendant que le roi de Sardaigne prétendait au Milanais, le roi d'Espagne, comme représentant de la branche aînée d'Autriche, à la Bohême et à la Hongrie, et le roi de Prusse aux duchés silésiens (1740).

Le roi de Prusse, c'était maintenant Frédéric II, plein d'ambition et de génie, sans autres passions que celles de l'intelligence qu'il avait forte et claire, réaliste jusqu'au cynisme dans les affaires d'État, qui avait reçu de son père un

I. Instructions à l'ambassadeur de France à Vienne, décembre 1737.

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