TRAITE DE PA RIS
les alliés naturels : les Bourbons d'Espagne, des Deux-Sicile5, de Parme et de Plaisance.
Le « Pacte de famille » donna à réfléchir à l'Angleterre. Pitt, toujours intraitable et qui aurait mieux aimé, disait-il, donner aux E-spagnols « la tour de Londres » que le droit de pêcher la morue à Terre-Neuve, fut renversé, peu après l'avènement de George III, et remplacé par un modéré. Bute.
D'autre part, la Russie, en quelques mois, avait passé par deux révolutions ; à la mort d'Elisabeth, Pierre III, de la famille de Holstein-Gottorp, enfant malade et violent, et grand admirateur de Frédéric, avait rappelé ses armées et rendu toutes ses conauétes ; sa défection était à peine accomplie que sa femme, Catherine d'Anhalt-Zerbst, le renversa, le fit étrangler et prit la couronne.
La lassitude était universelle. Selon les calculs de Frédéric, l'Europe avait perdu depuis sept ans près d'un million d'hommes.
Traité de Paris. — La France et l'Espagne traitèrent avec l'Angleterre aux préliminaires de Fontainebleau (1762) qui devinrent, l'année d'après, le traité de Paris. La France céda l'Inde (moins les comptoirs de Pondichéry, Chander^ nagor, Karikal et Mahé), le Sénégal (moins Corée) et son empire d'Amérique (moins la Martinique, la Guadeloupe et deux îlots, Saint-Pierre et Miquelon, au banc de Terre-Neuve). Pour recouvrer Cuba, qui avait été occupée par les Anglais dès le début de la guerre, l'Espagne leur céda la Floride et reçut en dédommagement la Louisiane.
Le traité d'Hubertsbourg termina la guerre continentale ; il ramenait l'Allemagne au statu quo ante.
Frédéric, illustré par tant de victoires et gardant la Silésie, était, moralement, le maître de l'Allemagne : l'Angleterre, enrichie de nos dépouilles coloniales, était eû'ectivement la maîtresse des mers.
Les dernières années de Louis XV. — * Cela durera bien autant que moi », disait Louis XV. Et Mme de Pompadour : « Après nous, le déluge ! » Les philosophes annonçaient la Révolution comme les oiseaux de mer la tempête. Voltaire écrivit en 1764: «Tout ce que je vois jette les semences d'une révolution qui arrivera immanquablement et dont je n'aurai pas le plaisir d'être le témoin. »
Le Parlemeni et les Jésuites. — La suppression des Jésuites par arrêt du Parlement, au lendemain de la guerre de
Sept ans, parut une première victoire sur un des suppôts du trône.
La fameuse Compagnie avait fondé dans toutes les parties du monde des établissements d'où elle tirait de grandes richesses. La révolte contre leur domination partit du Paraguay. Le ministre portugais Pombal les dénonça à Rome, puis inculpa trois Jésuites dans un complot contre la vie du roi. L'un d'eux, le vieux Malagrida, fut condamné par l'Inquisition au supplice du feu. Sa culpabilité est restée douteuse.
L'exemple de Pombal encouragea les ennemis de l'Ordre. Le père La VaUette ayant fait faillite à la Martinique, la juridiction consulaire de Marseille déclara les Jésuites de France solidairement responsables des ruines qu'avait entraînées la banqueroute de l'un d'eux. Les Pères commirent l'imprudence d'en appeler au Parlement de Paris.
Le Parlement, où dominait l'esprit des jansénistes, rendit un arrêt de saisie et décida une enquête sur les statuts et constitutions de la Société.
Le roi eût voulu sauver l'Ordre par des mesures dilatoires. Mais les Parlements poussèrent vivement; ceux de Rouen, de Rennes, de Metz et de Toulouse ordonnèrent aux Jésuites de vider leurs ressorts ; celui de Paris déclara que « la société se disant de Jésus était, par sa nature, inadmissible dans tout État policé »; sa doctrine était << perverse, destructive de tout principe de religion et même de probité, injurieuse à la morale chrétienne ». En conséquence, il proclama la suppression de l'Ordre.
L'arrêt fut alors promulgué au nom du roi (1764).
Abolition de l'Ordre. — L'Espagne, puis tous les autres princes catholiques de l'Europe expulsèrent les Jésuites.
Enfin le pape Clément XIV (Ganganelli) lança le hrei Domïnus acRedemptor noster : « Les membres de la Compagnie avaient troublé la république chrétienne » ; «pour le bien de la chrétienté», il valait mieux que l'Ordre disparût (1773)-
Le ministère de Choiseul. — Choiseul ayant gagné de la force à soutenir le Parlement contre les Jésuites, eut l'ambition, qui excédait sa taille, d'être un grand ministre.
A l'intérieur, il fit d'honorables efforts pour restaurer l'armée, la marine et ce qui restait de nos colonies. Il développa les écoles militaires, appela Gribeauval, technicien éminent, à la direction de l'artillerie, reconstitua la flotte, ranima