XVIII<= SIÈCLE. — LES CLASSES PRIVILÉGIÉES
lessinécures, des abbayes qui rapportent de 40000 à 400000 livres par an. Brienne, archevêque de Sens, possède en bénéfices 678 000 livres de rente ; une coupe de bois dans une de ses forêts lui rapporte un million '.
I.ioins quelques lopins de terre qu'elle a abandonnés aux curés, cette noblesse ecclésiastique possède près du quart du sol français avec 130 millions de livres de revenus, auxquels il faut ajouter 123 millions de dîmes et 100 millions perçus à titre de seigneurs féodaux.
La noblesse. — Les privilèges de la noblesse laïque ne sont pas moins considérables.
Les nobles sont exempts de la taille et de la plupart des' impôts. Eux seuls peuvent occuper les emplois de la maison militaire et de la maison civile du roi, sinécures qui rapportent entre 20 000 et 150000 livres. Si la réalité du pouvoir appartient aux intendants, ils ont gardé les gouvernements généraux, presque tous les gouvernements particuliers et presque toutes les lieutenances générales, sinécures qui rapportent entre 12 000 et 160000 livres. Ils ont presque tous les grades dans l'armée et dans la marine.
Droits seigneuriaux. — La féodalité, en devenant noblesse de cour, petite noblesse campagnarde ou noblesse ecclésiastique, c'est-à-dire en abdiquant ses offices et ses devoirs, a gardé la plupart des droits seigneuriaux : droits exclusifs de chasse €t de pêche ; — droits de garenne et de colombier ; — droits de mutation (chaque fois que la terre du paysan change de maître) ; - — droits sur les routes, les ponts, les foires; — banalités (redevances chaque fois que le paysan se sert du moulin, du four et du pressoir seigneurial, et il lui est défendu de porter ailleurs son blé, son grain ou son raisin ou ses olives) ; — redevances en argent, quint et requint, et en nature, en vin et en graines sur les terres des paysans du voisinage, car « ces terres ont appartenu autrefois aux barons » ; — et, encore, ces autres droits que le clergé de Touraine qualifiera dans ses cahiers d' « indécents et de ridicules » : obligation de battre les grenouilles dans les douves du château pour procurer au seigneur un sommeil tranquille ; — droit de fouage (interdiction de faire, sans redevance préalable, du feu dans sa chaumière) ; — droit de relarquier (interdiction de nourrir des bestiaux, sans redevance préalable, sur les herbages du territoire).